L’escalade, également appelée grimpe ou parfois varappe (désuet)Emploi comme nom commun attesté dès 1875 (Dictionnaire historique de la langue française, 1992), de Varappe, nom de plusieurs couloirs rocheux du mont Salève, près de Genève où, dès 1862, des grimpeurs se retrouvaient (J.-J. Boimond, Le Salève, images et anecdotes, Genève 1987, ). Si le terme « varappe » est encore utilisé par le grand public, il n'est plus d'usage chez les pratiquants., est une pratique et un sport consistant à progresser le long d'une paroi pour atteindre le haut d'un relief ou d'une structure artificielle par un cheminement appelé voie ou itinéraire, avec ou sans l'aide de matériel. Le terrain de pratique va des blocs de faible hauteur aux parois de plusieurs centaines de mètres, en passant par les murs d'escalade. Le pratiquant est couramment appelé « grimpeur »Les termes « escaladeur », « varappeur » et « rochassier » ne sont plus utilisés par les pratiquants et médias spécialisés. D'autres termes comme « ascensionniste » ou « alpiniste » désignent des adeptes d'une pratique plus spécifique en haute-montagne, l'alpinisme..

L'escalade développe de nombreuses qualités physiques, comme la force musculaire, la souplesse, l'endurance musculaire, l'équilibre, de bonnes capacités psychomotrices des bras, du tronc et des jambes.

Cette discipline se développe en tant que sport à part entière dès la fin du . Son développement s'accélère à partir des années 1970 avec l'essor de l'escalade libre et l'apparition des premières structures artificielles. Les premières compétitions internationales officielles sont organisées en 1988 sous l'égide de l'Union internationale des associations d'alpinisme (UIAA). La gestion des compétitions internationales est désormais assurée par la Fédération internationale d'escalade (IFSC), qui organise chaque année la Coupe du monde d'escalade, contenant les catégories difficulté, bloc et vitesse ainsi que les Championnats du monde tous les deux ans.

L'escalade devient discipline olympique lors des Jeux olympiques d'été de 2020 à Tokyo, marquant une étape majeure dans sa reconnaissance internationale.

Les différentes disciplines (escalade sportive, bloc, grande voie, escalade traditionnelle, vitesse) présentent des niveaux de risque variables. La sécurité repose généralement sur un système d'assurage comprenant corde, baudrier et dispositifs de freinage. L'escalade en solo intégral constitue une exception notable, le grimpeur évoluant sans aucune protection contre la chute. Cette pratique a été médiatisée notamment par Patrick Edlinger dans les films La Vie au bout des doigts et Opéra vertical réalisés par Jean-Paul Janssen, ainsi que par Alain Robert, connu pour ses ascensions d'immeubles et de gratte-ciel, autour du monde.

Histoire

Jusqu'en 1885 : les origines À l'origine, l'escalade n'était pas considérée comme une activité de loisirs, mais comme un moyen d'accéder à un endroit surélevé qui offrait un meilleur champ de vision ou une meilleure protection contre les dangers. Les hommes préhistoriques escaladaient notamment certaines parois rocheuses présentant des cavités en hauteur destinées à les protéger des animaux sauvages et des prédateurs. Au fil des siècles, certains peuples se sont distingués par leur aptitude à escalader des parois rocheuses, comme les Chinois dont il existe des aquarelles datant du qui représentent des hommes escaladant des rochers.. Au , les Amérindiens Anasazis étaient réputés pour leurs qualités de grimpeurs qui leur permettaient d'installer leurs villages sur les hauteurs des falaises. Leurs aptitudes étaient telles que lorsque les Navajos sont arrivés dans la même région, ils pensaient que les Anasazis étaient dotés de pouvoirs magiques.. Le , Antoine de Ville réussit à atteindre le sommet du mont Aiguille dans le Vercors, réalisant ainsi la première ascension officiellement reconnue de l'histoire de l'alpinisme.. Dès lors, l'escalade se retrouve intégrée à la pratique de l'alpinisme et permet aux alpinistes de réaliser l'ascension de sommets toujours plus hauts et inaccessibles par la marche.

1886 - 1944 : les débuts européens Grimpeurs célèbres Walter Parry Haskett Smith (1859-1946) Paul Preuss (1886-1913) Hans Dülfer (1892-1915) Pierre Allain (1904-2000) Riccardo Cassin (1909-2009) vignette|gauche|redresse|alt=Illustration de trois alpinistes au sommet d'un éperon rocheux|La première ascension de la en 1905. À la fin du , l'alpinisme se développe et de nombreux clubs alpins se créent en Allemagne, en France, en Italie, en Angleterre et aux États-Unis...... Les alpinistes commencent à s'intéresser à la discipline de l'escalade en la dissociant de l'ascension d'une montagne, qui n'est plus une finalité ; en 1886, Walter Parry Haskett Smith réalise l'ascension de Napes Needle, un piton rocheux de situé à flanc de montagne dans le Lake District en Angleterre. Cette ascension est reconnue comme étant le début de l'escalade comme activité à part entière, distincte des ascensions de sommets.. Avec l'augmentation de la difficulté des voies d'alpinisme, de nombreux alpinistes commencent à pratiquer l'escalade, notamment comme un moyen d'entraînement.. Ils vont alors grimper sur les parois du Salève en Haute-Savoie, les blocs de Fontainebleau et les falaises de Lake District et de Dresde en Allemagne orientale lors de sorties organisées par les premiers clubs alpins nouvellement créés..

Les années suivantes, le niveau des grimpeurs progresse rapidement malgré un matériel encore très rudimentaire et les premières voies dans le de cotation sont ouvertes. En 1903, Siegfried Herford réalise l'ascension de (5) au Scafell en Angleterre et Olivier Perry-Smith celle de (4+/5) à Dresde en Allemagne. Ces deux voies atteignent alors la limite du système de cotation utilisé à l'époque, créé par Hans Dülfer. Deux ans plus tard, Perry-Smith introduit un nouveau niveau de difficulté avec les réalisations de et de . Ces voies seront classées par la suite dans le , lors de la mise en place du système de cotation proposé par Willo Welzenbach en 1925..

À cette époque, ce niveau est considéré comme la limite des possibilités humaines en escalade.. Pendant des années, l'escalade est pratiquée très différemment selon les pays. Les clubs alpins se réunissent alors à Chamonix en 1932 et fondent l'Union internationale des associations d'alpinisme (UIAA) afin de coordonner les actions des différents clubs et de régler les problèmes inhérents au milieu de l'escalade.. Durant la première moitié du , l'escalade progresse au rythme de l'évolution du matériel et des performances des grimpeurs, et des voies d'escalade de difficultés croissantes sont ouvertes au fil des années.

1945 - 1978 : l'engouement américain Grimpeurs célèbres Royal Robbins (1935-2017) Claudio Barbier (1938-1977) Kurt Albert (1954-2010) Ron Kauk (1957-) En 1945, avec la fin de la guerre, la Fédération française de la montagne (FFM) est créée à la demande du Haut commissariat aux sports afin de développer les sports de montagne comme l'alpinisme et l'escalade.. Les années suivantes, l'escalade connaît un fort engouement, notamment aux États-Unis., et de nombreuses salles d'escalade sont ouvertes. De plus, l'apparition des pitons à expansion permet de franchir des passages considérés comme infranchissables avec des pitons classiques. La première voie américaine dans le est ouverte en 1957 par Royal Robbins, Mike Sherrick et Jerry Gallwas, en réussissant l'ascension de la face nord-ouest du dans le Parc national de Yosemite.. Cette réalisation est la première d'une longue série de réussites américaines au parc du Yosemite, mais aussi en Europe. En 1962, Gary Hemming, Royal Robbins et trois de leurs compatriotes ouvrent La directe américaine aux Drus, puis en 1965, La directissime, toujours aux Drus. Ils ouvrent aussi de nombreux itinéraires sur , comme (1961), (1964) ou encore (1974), qui restent encore aujourd'hui des références de l'escalade artificielle. Parallèlement, l'escalade libre se développe peu à peu, en respectant l'éthique qui recommande de préserver la voie de l'usage abusif de pitons et à réussir les ascensions dans une approche minimaliste, voire sans aide.

vignette|alt=Un grimpeur gravissant une fissure avec une corde autour du torse|gauche|redresse|Un grimpeur allemand gravissant une fissure avec une simple corde autour du torse dans les années 1960.

Forts de leur expérience sur les parois du Yosemite, les Américains font rapidement progresser l'escalade et de nouveaux degrés de cotation sont atteints. En 1970, Ron Kauk réalise l'ascension d (7a/5.11c), la première voie dans le , puis en 1972, John Bragg réussit le dévers de Kansas City, premier 7b, et finalement en 1974, Steve Wunsch réussit Supercrack, le premier 7c.. Depuis la création de la FFM, la France est restée en retrait et n'a pas connu la même progression car l'escalade y est peu médiatisée, comparée à l'alpinisme.. Elle rattrape rapidement son retard, notamment grâce à Jean-Claude Droyer, qui ouvre les premiers 6b en 1976 puis les premiers 6c et 7a en 1977, et plus encore à Patrick Berhault et Patrick Edlinger qui, dès la fin des années 1970, réalisent un grand nombre de premières au Verdon et à Buoux ainsi que de nombreuses ascensions en solo intégral.

Si, pendant cette période, le développement de l'escalade a lieu essentiellement dans les pays occidentaux, le bloc de l'Est innove en organisant dès 1947 les premières compétitions d'escalade. À partir de cette date, l'URSS organise des compétitions qui sont la combinaison d'une épreuve de , semblable à la difficulté, et d'une épreuve de vitesse où les grimpeurs sont assurés en moulinette par un câble d'acier.. Ces compétitions sont principalement réservées aux athlètes russes jusque dans les années 1980..

1979 - 1991 : la démocratisation de l'escalade Grimpeurs célèbres Patrick Berhault (1957-2004) Patrick Edlinger (1960-2012) Wolfgang Güllich (1960-1992) Catherine Destivelle (1960-) Ben Moon (1966-) En 1979, Toni Yaniro, un jeune grimpeur de 18 ans, ouvre le en réalisant Grand Illusion (8a/5.13b). Cependant, cette ascension est mal vue du milieu de la grimpe, en raison de la méthode employée par Yaniro : après chaque tentative, il laisse la corde mousquetonnée, réalisant ensuite de nombreux essais en moulinette. Cette façon de « travailler » une voie difficile avant son enchaînement en tête, habituelle de nos jours à haut niveau, était rarement pratiquée à cette époque ; l'éthique des grimpeurs privilégiait le style (ascension à vue, engagement) plutôt que la difficulté.. Trois ans plus tard, en 1982, le reportage de Jean-Paul Janssen La Vie au bout des doigts est diffusé dans l'émission « Les carnets de l'aventure » sur . Le documentaire, qui traite de la passion de Patrick Edlinger pour l'escalade et le solo intégral, remporte un franc succès tant en France que dans le reste du monde, est nommé à la des César et fait connaître ce sport au grand public.. C'est à cette époque que l'escalade devient une discipline sportive à part entière et que sont organisées les premières compétitions internationales..