Une cabane de résinier est un type d'habitat traditionnel des Landes de Gascogne, associé à la pratique du gemmageNathalie Pinard de Puyjoulon, Régine Rosenthal et Régis Mac, Les cabanes du Sud-Ouest : gardiennes du temps passé, Aubanel, Genève, 2003 ..

Présentation Si le gemmage est attesté dans la région depuis l'AntiquitéVoir l'histoire des Landes. — les Romains venaient déjà chercher la résine dans le port de Segosa (probablement près de Mimizan) pour le calfatage de leurs bateauxSite officiel de la commune d'Escource, « Cabanes de résiniers », escource.fr [consulté 2025]. Transcription de la description de Claude Masse (vers 1708) et témoignages sur la vie des résiniers jusqu'en 1993. — c'est avec la généralisation du procédé à partir de la seconde moitié du sous l'impulsion de la loi du 19 juin 1857 que les cabanes de résiniers se multiplient dans la forêt des Landes.

Le gemmage, pratiqué de février à octobre, est une opération qui consiste à blesser le pin maritime pour en récolter la résine, riche en colophane et en essence de térébenthine, en respectant les étapes suivantesLe gemmage, un métier de la forêt, panneau de présentation réalisé par la mairie de Mézos, consulté sur site le 29 juin 2026. : le pelage : début février, avec les premières remontées des température, le résinier commence à râcler l'écorce du pin grâce au sarcle à peler ; le cramponnage : opération qui consiste à fixer un pot de résine sur l'arbre pour en récolter la résine, entre un crampon (lame de zinc incurvée) placée en haut du pot et un clou en-dessous ; la pique : avec le hapchot, le résinier pique l'arbre pour en extraire la résine. Chaque semaine, il pratique une nouvelle entaille juste au-dessus de la précédente (la profondeur ne devant pas excéder 1 centimètre) ; l'amasse : quand les pots (contenance de 50 cl) sont pleins, la femme du résinier en vide le contenu dans les escouartes (récipients de 16 litres) à l'aide d'une palinette (petite spatule). Ces barriques sont ensuite transportées dans les distilleries de résine.

Description architecturale Bien qu'il en existe certaines en brique, les cabanes de résiniers sont pour la plupart en bois de pin. Le bâti est rudimentaire, constitué le plus souvent d'une à deux chambres. Certaines ne comportent parfois qu'une pièce unique organisée autour du seul élément maçonné en dur du bâtiment : la cheminée. La forme du bâtiment est parallélépipédique : les murs gouttereaux regardent au nord et au sud, tandis que les pignons sont tournés vers l'est et l'ouest. L'entrée principale est orientée vers le sud. Le toit est à deux pans, de faible pente, constitué de tuiles canal ou parfois de tuiles à emboîtement. Le bardage en bois extérieur est de couleur noire, à quelques exceptions près, constitué soit de planches verticales à couvre-joints étroits à la façon des cabanes d'ostréiculteurs du bassin d'Arcachon, soit de planches horizontales montées à clin. Dotées de peu d'ouvertures, ces cabanes sont souvent très sombres à l'intérieur. Les plus aisés disposaient d'un four à pain, d'un puits, de quelques pieds de vigne et d'animaux domestiques dans une clairière attenanteCharles Daney et Jean-Christophe Poumeyrol, Cabanes dans le Sud-Ouest, Éditions Cairn, Pau, 2006..

Organisation dans la forêt On peut rencontrer aussi bien des cabanes isolées dans la forêt qu'un groupement de quelques cabanes avec des cabanons servant de dépendances pour ranger du matériel, un four à pain, un puits et quelques pieds de vigne, le tout dans un petit airial. Les habitations sont réparties dans la forêt suivant les différentes parcelles exploitées et sont reliées entre elles par des chemins de sable, parfois recouverts de coquilles d'huîtres ou de grépin . Au début du , on compte autant de cabanes que de familles de gemmeurs, autant de familles que de « pièces » de pins à résiner. À son apogée, dans les années 1930, on estime à près de 30 000 le nombre de gemmeurs actifs dans la régionBassin-arcachon.org, « Le résinier du bassin d'Arcachon : entre patrimoine historique et renaissance contemporaine », février 2026..

Statut des occupants Témoignages anciens Au début du , l'ingénieur cartographe Claude Masse (1652-1737), chargé par le roi Louis XIV de dresser la carte du littoral atlantique de la Gironde aux Pyrénées, est l'un des premiers observateurs à décrire les résiniers des Landes dans ses mémoires. Son portrait est sévère : « Comme ils sont toujours dans les bois, ils sont peu civilisés et à demi sauvages, et font peur en les voyant tant à cause de leur noirceur que par leurs mauvais habits. Ils font peine à voir, tant par leurs habits que par leur langage rustique et sauvage, parlant un mauvais gascon ; ils sont ordinairement jambes et pieds nus, et ont sur la tête une toque ou béret, n'ayant ni cravate ni collet. ».

Masse note également que ces familles habitent « dans de petites maisons ou cabanes en planches ou colombage avec de la terre ».

Un logement de fonction contraint Les résiniers ne sont pas propriétaires des cabanes, mais de simples exploitants souvent amenés à déménager en fonction de l'évolution de leur contrat. Selon un contrat proche du métayage, le gemmeur est associé à moitié au revenu de son travail et non payé à la journée comme un ouvrier. Le propriétaire fournit le matériel — pots de résine, crampons, pointes — ainsi qu'une cabane pour héberger le gemmeur et sa famille en pleine forêt. La cabane constitue donc un logement de fonction lié au contrat d'exploitation, non une propriété personnelle. Les cabanes sont habitées en semaine, et généralement la famille se rend dans le bourg voisin le dimanche, pour aller à l'office et se retrouver au bistrot. Le gemmeur quitte sa cabane pour porter les fûts de résine sur les lieux d'embarquement afin qu'ils soient acheminés à la distillerie. Le reste du temps, la famille vit au rythme des campagnes de gemmage, en forêt.

Luttes sociales et obtention du statut salarié La condition des résiniers, précaire sous l'Ancien Régime, s'améliore progressivement à la suite de luttes sociales répétées. On peut citer les émeutes de Sabres en 1863, les grèves dures de 1919 et de 1937, la célèbre manifestation de Mont-de-Marsan du 18 mars 1934 qui réunit plus de 30 000 gemmeurs et petits propriétaires, et le rassemblement de 12 000 gemmeurs aux arènes de Bordeaux en avril 1935 pour réclamer un prix minimum du cours de la barrique de gemme. Même s'ils sont toujours légalement considérés comme des métayers, leur activité tend à les assimiler à des ouvriers, puisqu'ils ne partagent pas la récolte mais le fruit de la vente. En 1968, les gemmeurs obtiennent le statut de salariés. Cette évolution juridique modifie profondément leur rapport à la cabane : celle-ci perd sa fonction de logement de fonction contraint pour devenir un simple abri de travail, accélérant le mouvement d'abandon des habitations forestières au profit du village ou de l'airial.

Déclin et état actuel Avec la démocratisation des transports individuels — automobiles, mobylettes —, les cabanes sont peu à peu abandonnées au cours du , la plupart ne servent plus qu'à remiser le matériel. C'est finalement avec la disparition du gemmage que les cabanes perdent leurs occupants. L'activité cesse en 1993 avec la hausse des charges sociales ; la France importe désormais sa résine du Portugal, de la Grèce et surtout du Vietnam et de la Chine. Certains propriétaires forestiers maintiennent néanmoins les cabanes en état et se rendent en forêt occasionnellement. Des communes comme Escource ou Luë engagent des programmes de restauration bénévole. Certaines cabanes sont encore habitées par d'anciens gemmeurs ou leur famille, comme à La Teste-de-Buch D'autres servent d lieux d'agrément ou de points d'interprétation du patrimoine, comme la Cabane du Résinier à Lège-Cap-Ferret, ouverte à l'annéeGironde Tourisme, « La Cabane du Résinier », gironde-tourisme.com [consulté 2025].

Exemple de la cabane de résinier de Galiane, à Luë

Équivalents dans d'autres pays La pratique du gemmage est loin d'être une spécificité gasconne : elle est attestée en Allemagne, en Autriche, en Europe centrale et orientale ainsi qu'aux États-Unis. Dans chacun de ces pays, un besoin d'abri temporaire en forêt pour les résiniers et leur matériel a produit des solutions comparables, quoique différentes dans leur forme architecturale et leur organisation sociale.

Allemagne et Autriche : la Pechhütte En Allemagne et en Autriche, le résinier porte les noms de Harzer, Pecher, Pechler ou Pechsieder selon les régions. Son abri forestier est la Pechhütte. Ces résiniers vivant de façon isolée dans leurs Pechhütten, à l'écart des villages, où ils faisaient cuire la résine récoltée pour en produire de la poix (Pech), de l'essence de térébenthine et de la colophane. La fumée âcre qui s'en dégageait trahissait leur présence. Les gardes forestiers les surveillaient avec méfiance, car ils abîmaient parfois des arbres sains. Le calendrier saisonnier était rigoureusement défini : les Pecher disposaient d'un privilège seigneurial les autorisant à entailler les arbres de mai à juillet dans des forêts désignées (Pechwaide ou Picherei), puis à distiller la résine d'août à septembre. Cette présence prolongée en forêt impliquait un besoin d'abri analogue à celui des résiniers landais. Un exemple subsiste dans le Pfälzerwald (Palatinat) : le Ritterstein n° 149, pierre commémorative portant l'inscription « Pechhütte », marque l'emplacement d'une ancienne Pechhütte avec son four à résine (Harzofen). Face à ce marqueur subsiste encore aujourd'hui l'Ungerhäuschen, un petit bâtiment en maçonnerie avec ouverture fenêtre, construit en 1903 comme logement temporaire pour la récolte de résine de pins — l'un des rares exemples conservés et datés d'un abri de résinier hors de France. Contrairement à la cabane landaise en bois de pin sur poteaux, la Pechhütte allemande était généralement construite en matériaux locaux — pierre, torchis — reflétant les ressources disponibles en zone montagneuse. Elle combinait souvent l'abri d'habitation et l'atelier de transformation, contrairement à la séparation plus nette qui existait dans les Landes entre la cabane d'habitation et les ateliers de transformationSources régionales sur la Pechhütte : musée régional de Naila ; Austria-Forum ; documentation du Pfälzerwald sur le Ritterstein n° 149 et l' Ungerhäuschen (daté 1903)..

Europe centrale et orientale : la buda et le smolarstwo En Pologne et dans les forêts de Ruthénie et de Lituanie, le smolarstwo — production de goudron et de poix par carbonisation de bois résineux, activité cousine du gemmage — a généré un habitat forestier comparable. Les installations étaient appelées budy (singulier : buda), terme qui a donné leur nom aux praticiens eux-mêmes : les smolarze de Mazurie étaient désignés budnicy. Ces smolarnie étaient installées dans des clairières forestières à l'écart des habitations, à la fois pour éviter les risques d'incendie et pour réduire les coûts de transport du bois résineux. L'activité a perduré dans les Bory Tucholskie (forêts de Tuchola, au nord de la Pologne) jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. La buda diffère cependant de la cabane landaise en ce qu'elle constituait davantage un atelier collectif qu'un logement familial individuelDocumentation du Parc National des Bory Tucholskie (Pologne), citant des travaux ethnographiques sur le smolarstwo en Mazurie, Ruthénie et Lituanie..

Russie et URSS : la подсочка et l'organisation collective