vignette|Titre : United States slave trade, 1830.|300x300px

L'esclavage aux États-Unis (1619-1865) désigne l'exploitation et la privation de liberté de millions de personnes, dans la région actuelle des États-Unis, avant et après l'indépendance du pays en 1776. Institution contestée dès ses débuts, elle prend son essor dans le dernier quart du dans la colonie anglaise de Virginie, puis au début du siècle suivant en Caroline, avant de subir le choc des dizaines de milliers de libérations d'esclaves par les Anglais pendant la guerre d'indépendance dans les . Malgré les premières abolitions qui ont immédiatement suivi dans les États du Nord, cette pratique a duré encore près d'un siècle dans les États du Sud, pour ne s'achever qu'à la fin de la guerre de Sécession et l'adoption du de la Constitution américaine adopté par le Congrès le . Celui-ci est suivi du en 1868, accordant la citoyenneté à toute personne née ou naturalisée aux États-Unis et interdit toute restriction à ce droit, et du en 1870, garantissant le droit de vote à tous les citoyens des États-Unis.

Par la suite, l'application des droits constitutionnels fut encore entravée dans les États du sud jusqu'aux , par les lois Jim Crow, et par les divers règlements légalisant différentes formes de ségrégation raciale.

Les historiens estiment que, en trois siècles, un total d'environ y ont été déportés pour y travailler comme esclaves (sur les au total de la traite occidentale), et que leur population sur place avoisinera les d'individus lors de l'abolition en 1865. Pour marquer cet événement, le est devenu un jour férié aux États-Unis, nommé « Juneteenth ». Il est promulgué en 2021 et il symbolise les derniers esclaves libérés aux États-Unis le Le 19 juin devient jour férié pour marquer la fin de l’esclavage, 20 minutes (Suisse), 17 juin 2021.

Introduction gauche|vignette|Débarquement en 1619 des premiers captifs africains dans la colonie de Virginie. vignette|Vente d'esclaves à la Nouvelle-Amsterdam (actuelle New York) en 1655, par Howard Pyle. Succédant à une forme de servitude temporaire , un esclavage fondé sur le commerce de déportés africains s'institutionnalise progressivement, à un rythme variable selon les colonies, dans le dernier quart du , sous l’effet de décisions de justice et d'évolutions législatives.

Après les dizaines de milliers d'esclaves libérés par les Anglais entre 1775 et 1784, cette pratique est progressivement abolie dans les États du Nord du pays, pendant et dans les années qui suivent la révolution américaine. L'esclavage continue cependant à occuper par la suite une position centrale dans l'organisation sociale et économique du Sud des États-Unis. Les esclaves sont utilisés comme domestiques et dans le secteur agricole, en particulier dans les plantations de tabac puis de coton, qui s'impose au comme la principale culture d'exportation du pays. Au total, les Treize Colonies puis les États-Unis font venir , soit 3,5 % du total des esclaves déportés vers les Amériques, jusqu'à l'interdiction de la traite atlantique en 1808.

Avant la Guerre de sécession, le recensement américain de 1860 dénombre dans le pays. La marge d'autonomie que ces derniers sont parvenus à se ménager à l'intérieur du système d'exploitation dont ils ont été victimes a donné naissance à une culture originale qui emprunte à la fois à leur culture africaine d'origine et à celle de leurs maîtres.

Dans les années 1820, un mouvement anti-esclavagiste, extrêmement actif, s'organise dans le Nord et, avec lui, un réseau d'aide pour les esclaves fugitifs, le chemin de fer clandestin. L'esclavage devient l'un des enjeux principaux du débat politique du pays. Le compromis de 1850, le Fugitive Slave Act, l'arrêt Scott v. Sandford de la Cour suprême ou les émeutes du Bleeding Kansas sont autant d'étapes de la polarisation croissante autour de cette question, à l'origine du déclenchement de la guerre de Sécession en 1861. À l'issue de ce conflit, le amendement de la Constitution fédérale met fin à l'esclavage en étendant à l'ensemble du territoire américain les effets de la proclamation d'émancipation du Amendment to the U.S. Constitution, document de la Bibliothèque du Congrès, États-Unis., sans toutefois régler la question de l'intégration des Afro-Américains à la communauté nationale malgré la promulgation du Quatorzième amendement de la Constitution des États-Unis de 1868, accordant la citoyenneté à toute personne née ou naturalisée aux États-Unis et interdisant toute restriction à ce droit, et du Quinzième amendement de la Constitution des États-Unis, de 1870, garantissant le droit de vote à tous les citoyens des États-Unis. Après l’ère dite de la Reconstruction qui prend fin en 1877, la plupart des institutions des anciens États confédérés repassent sous le contrôle des Sudistes racistes qui entraveront l'application des droits constitutionnels des Afro-Américains en établissant des lois locales comme les Lois Jim Crow, la clause de grand-père et par le développement de mouvements terroristes comme le Ku Klux Klan ou la White League. Peu à peu se constitue un système légal de ségrégation raciale dans le Sud, conforté par des milices racistes qui font taire toute tentative de rébellion des Afro-Américains par tous les moyens violents possibles (assassinats, attentats, viols, tortures, enlèvements, incendies d'écoles et d'églises afro-américaines). La ségrégation, dernier rejeton de l'esclavage, ne prend fin que dans les avec la vague du mouvement américain des droits civiques et l'adoption de différentes lois fédérales comme le Civil Rights Act de 1964, le Voting Rights Act de 1965 et le Civil Rights Act de 1968 qui mettent en principe fin à toutes les formes de discrimination raciale sur l'ensemble des États des États-Unis. Il n’en reste pas moins que de graves problèmes de race demeurent dans le fonctionnement du système pénal américain.

Origines

Le développement de l'esclavage aux États-Unis s'est principalement effectué d'abord au dans la colonie de Caroline. La Virginie, colonie plus ancienne, est restée pendant trois quarts de siècle une terre d'agriculteurs blancs modestes. Elle n'avait que en 1650, dont seulement 300 noirs (2%)"The African Experience in Colonial Virginia Essays on the 1619 Arrival and the Legacy of Slavery" sous la direction de Colita Nichols Fairfax en 2020 , et en 1670, dont un peu moins de (5%).

Le nombre de ces derniers passe à en 1680 et en 1700, les grandes plantations de tabac n'ayant pris leur essor qu'après 1673, année du monopole français du tabac., qui dope la contrebande anglaise en provenance de Virginie et lamine les planteurs français de Saint-Domingue. Les exportations annuelles de tabac virginien de 1741 à 1747 sont 60 % plus élevées que dans les , résistant au quadruplement des taxes, qui va cependant pénaliser la Virginie dans les , contribuant à déclencher la guerre d'indépendance américaine.

vignette|Vente d'esclaves amérindiens et noirs aux États-Unis, .

En Caroline, les premiers esclaves furent acheminés de l'île de la Barbade par leurs propriétaires au début des , sans recours ensuite à la traite car au cours des quatre premières décennies d'existence de cette colonie, près de furent réduits en esclavage, dont une majorité de femmes. Les esclaves noirs les ont remplacés au siècle suivant, leurs arrivées étant multipliées par six en deux décennies d'autant que les tensions s'avivent avec les Amérindiens, désormais mieux immunisés contre les maladies, peu avant la Guerre des Yamasee de 1715-1717, qui fait 400 victimes blanches, en vengeance de l'esclavage.

Vers 1690, la Caroline s'est tournée vers la culture du riz, importée d'Afrique de l'Ouest, adaptée aux terres inondables et qui permet des économies d'échelle sur des plantations plus grandes, employant beaucoup plus d'esclaves, 90 % dans certains comtés. Les planteurs de Caroline ont les moyens d'en acheter car les rendements du riz sont bien supérieurs, 20 % par an, contre 5 % à 10 % pour le tabac de Virginie, enrichissant une élite agricole plus récente.

En 1700, après quatre décennie de croissance de la Caroline, les noirs n'y représentaient que 40 % de la population non amérindienne, proportion cependant bien plus élevée qu'en Virginie. Leurs arrivées représentent dans les puis respectivement et au cours des décennies suivantes. Mais c'est dans les que l'expansion rizicole s'accélère : La production passe de 0,26 million de livres en 1700 à 6 millions dans les et 16 millions dans les "The Making of the American South: A Short History, 1500–1877", par J. William Harris, en janvier 2006. Editions Blacwell Publishing .

DécennieAnnées 1690Années 1700Années 1710Arrivées d'esclaves noirs en Caroline

La demande de riz est dopée dans les et 1730 par la forte immigration de familles modestes écossaises qui s'installent au pied des Appalaches"Les Américains", par André Kaspi. Le représentant de la colonie Henry Laurens exporte à Charleston, devenu le plus grand port du Sud, le bois qu'il lui livrent en échange de riz.

Développement progressif thumb|left|Cicatrices de flagellation sur un esclave. Photo prise le , à Baton Rouge, Louisiane. Légende originale du photographe : La colonie de Virginie fut la première non ibérique en Amérique, excepté le court passage de Pierre du Gua de Monts plus au nord, à l'Île Sainte-Croix, en Nouvelle-Écosse (1604-1607). Après l'échec en 1584 du navigateur anglais Walter Raleigh sur l'île de Roanoke Island, en 1607, une deuxième colonie anglaise fut fondée par la Virginia Company. Une vaste campagne de publicité, utilisant des brochures, des pièces de théâtre et des sermons dans toute l’Angleterre a convaincu près de physiques et morales d'acheter des actions, y compris des corporations commerciales et des villes.

Comme la Caroline plus tard, la Virginie pratique l'engagisme via des Le maître payait au travailleur le voyage et disposait de sa force de travail durant une période déterminée.. En échange de sept ans de travail, La colonie de Virginie fournit passage, nourriture, protection et propriété foncière aux 600 colons qui arrivent entre et , mais sans soutien logistique, ce qui déclenche la famine de 1609. La charte rédigée par Thomas Smythe, gouverneur de la Compagnie anglaise des Indes orientales depuis 1603, qui a échoué en Asie face aux Hollandais, interdit de s'en prendre aux leaders religieux Amérindiens mais enjoint de recueillir des enfants pour les convertir, ce qui cause des guerres.

La Compagnie devient rentable à partir de 1612 : la découverte de nouvelles variétés de tabac, plus adaptées aux goûts anglais, en fait une culture marchande, ce qui amène en 1614 la Couronne à reprendre à la Compagnie les îles Bermudes. La Virginie connaît de nombreux arrivages de colons, après avoir promis des terres à quiconque en transporte.

Le négociant Robert Kœnigsmann implante le tabac près de Strasbourg en 1620 et le cardinal de Richelieu décide de taxer en 1621 celui des Antilles, pour obtenir sept ans après les premières plantations en France, à Clairac (Lot-et-Garonne). En , les troupes du chef indien Opchanacanough tuent 350 des d'un seul des établissementsWilliams, Robert A. (1990). "The English Conquest of America". The American Indian in Western Legal Thought. Oxford, England: Oxford University Press. pp. 193–232, ce qui entraîne de nombreux départs. En 1624, seulement des colons avaient survécu "The lost colony and Jamestown droughts" Archived September 13, 2009, at the Wayback Machine, Stahle, D. W., M. K. Cleaveland, D. B. Blanton, M. D. Therrell, and D. A. Gay. 1998. Science 280:564–567. Le succès du tabac sur le Vieux continent, réexporté par Amsterdam, amène l'administration anglaise à envisager un monopole en 1620.