L'Albatros des Antipodes (Diomedea antipodensis) est une espèce d'oiseaux de mer de la famille des Diomedeidae. Il se reproduit uniquement dans les îles subantarctiques de Nouvelle-Zélande. Sa sous-espèce, D. a. gibsoni, est parfois appelée Albatros de Gibson.

L'Albatros des Antipodes est un oiseau de grande taille, qui peut atteindre trois mètres d'envergure et pèse en moyenne . Il compte deux sous-espèces au plumage et à la répartition différents : la sous-espèce antipodensis, plus sombre, a les ailes noires, le corps plus ou moins brun chocolat, et souvent une couronne brune sur la tête. Nicheuse dans les îles des Antipodes et en très petit nombre sur l'île Campbell et dans les îles Chatham, elle vole à travers le Pacifique hors de sa période de reproduction, jusqu'au large du Chili et de l'Antarctique. La sous-espèce gibsoni, plus claire, a les ailes sombres et le corps blanc. Elle niche exclusivement dans les îles Auckland et recherche sa nourriture dans une zone plus réduite, surtout dans la mer de Tasman, au large de l'Australie et dans le Pacifique.

Son cycle de reproduction est très long : il se reproduit pour la première fois entre , après avoir passé plusieurs années à former un couple. Il niche dans des îles inhabitées, en terrain plat et ouvert, et construit son nid sur une plateforme au milieu des herbes hautes. Un seul œuf est pondu tous les deux ans, sauf en cas d'échec de la couvée. Le poussin éclot en mars ou en avril, puis il lui faut neuf mois avant de prendre son envol. Au total, le cycle de reproduction complet dure un an, à l'issue duquel les adultes et les jeunes partent en mer. Son espérance de vie dépasse 40 ans.

L'Albatros des Antipodes est un carnivore et un charognard, qui se nourrit de céphalopodes, surtout de calmars, et de poissons. Il cherche sa nourriture à la surface de l'eau et suit les bateaux pour profiter des déchets de pêche, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux captures accidentelles par des palangriers. Le nombre de captures annuelles est difficile à évaluer et probablement sous-estimé, mais elles concernent plus les femelles, ce qui crée un déséquilibre entre mâles et femelles.

Cette forte mortalité des femelles entraîne une baisse du nombre de poussins, alors que l'Albatros des Antipodes, ayant un cycle de reproduction très long, est particulièrement sensible à des changements de population. L'espèce subit un déclin démographique important depuis 2004 et la population pourrait encore décliner de plus de 50 % dans les décennies à venir. Le changement climatique et les conditions météorologiques sont d'autres enjeux qui affectent l'espèce, aujourd'hui classée en danger par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

La classification de l'Albatros des Antipodes et de l'Albatros de Gibson varie selon les auteurs : ils sont parfois considérés comme des sous-espèces de l'Albatros hurleur (Diomedea exulans), parfois comme deux espèces à part entière, ou bien, dans la classification la plus largement reconnue, l'Albatros de Gibson est considéré comme une sous-espèce de l'Albatros des Antipodes.

Description Dimensions et plumage L'Albatros des Antipodes est un oiseau de grande taille, qui mesure de long pour une envergure pouvant aller jusqu'à .. D'après Christopher Robertson et John Warham, qui ont compilé les mensurations moyennes de plusieurs individus, l'aile mesure en moyenne entre , la queue une vingtaine de centimètres, ses tarses entre et le culmen (la ligne supérieure du bec) . Les pattes et le bec sont roses et peuvent changer de teinte selon la saison. L’oiseau pèse en moyenne , les femelles étant un peu plus légères que les mâles. Au moment de prendre leur envol, les jeunes peuvent peser jusqu'à ..

L'Albatros des Antipodes comprend deux sous-espèces, qui ont les mêmes dimensions mais dont le plumage est différent. La sous-espèce antipodensis est plus sombre. Les mâles adultes ont le corps blanc et le dessus des ailes noir, avec souvent une couronne brune et des marques brunes sur la poitrine. Les femelles et les jeunes peuvent avoir le corps entièrement brun sombre, excepté la face, le bas-ventre et le dessous des ailes. La sous-espèce gibsoni est bien plus pâle, avec le corps blanc et le dessus des ailes noir à l'âge adulte. Les femelles gibsoni ne sont pas sombres comme dans la sous-espèce antipodensis, et les mâles n'ont pas de couronne brune. Les jeunes peuvent être entièrement sombres excepté la face et le dessous des ailes.

Selon John Penhallurick, les deux sous-espèces peuvent conserver un plumage sombre néoténique, c'est-à-dire un trait juvénile qui persiste à l'âge adulte..

La mue des adultes n'a lieu que lorsqu'un cycle de reproduction se termine, quand leur petit prend son envol. Le plumage est très usé à la fin de ce cycle et laisse apparaître les plumes blanches du duvet. Les femelles antipodensis, qui ont habituellement un plumage brun chocolat, sont alors beaucoup plus pâles, avec la tête et le cou mouchetés de blanc et de brun clair.

Voix

Les parades nuptiales de l'Albatros des Antipodes comprennent des chants caractéristiques et complexes. Marchant et Higgins (1990) décrivent les sons émis par l'Albatros hurleur, en incluant ses anciennes sous-espèces dont l'Albatros des Antipodes : des croassements, des sifflements stridents, des gargouillis, des claquements et des cliquetis de bec, ainsi que des vibrations des mandibules..

Espèces ressemblantes L'Albatros des Antipodes se distingue de l'Albatros hurleur (Diomedea exulans) car celui-ci est toujours plus pâle à l'âge adulte. L'Albatros des Antipodes, même dans sa sous-espèce gibsoni, n'atteint que très exceptionnellement un plumage aussi blanc.

Il a le bec uniformément rose, contrairement à l'Albatros de Sanford (D. sanfordi), l'Albatros royal (D. epomophora) et l'Albatros d'Amsterdam (D. amsterdamensis) qui ont une ligne noire caractéristique entre les mandibules. En vol, l'Albatros royal et l'Albatros de Sanford ont une silhouette plus bossue, et l'Albatros de Sanford a le dessus des ailes uniformément noir. L'Albatros de Tristan da Cunha (D. dabbenena) peut ressembler aux mâles de la sous-espèce antipodensis, mais il a les ailes plus courtes.

Distribution et habitat Distribution L'Albatros des Antipodes est considéré comme endémique de Nouvelle-Zélande, car il ne se reproduit que dans les îles subantarctiques de Nouvelle-Zélande.

La sous-espèce antipodensis se reproduit à 99 % dans l'archipel des Antipodes. Les quelques couples restants nichent sur l'île Campbell (une dizaine de couples par an) et, depuis le début des années 2000, dans les îles Chatham (trois couples sur l'île Pitt de 2004 à 2008 et un couple régulier sur l'île Chatham de 2003 à 2005). Sa zone de recherche de nourriture s'étend de la mer de Tasman, à l'est de la Nouvelle-Zélande, jusque dans le Pacifique sud, en passant par le plateau de Chatham.. La sous-espèce gibsoni se reproduit dans les îles Auckland, à 95 % sur l'île Adams. Les couples restants se répartissent entre l'île Disappointment et l'île Auckland. Ils recherchent principalement leur nourriture dans la mer de Tasman, ainsi qu'au centre du Pacifique..

Les oiseaux non reproducteurs de la sous-espèce antipodensis quittent presque tous la Nouvelle-Zélande à la fin de l'été pour rejoindre les côtes du Chili, où ils restent jusqu'au début de l'hiver avant de se déplacer aux alentours de l'archipel Juan Fernández. Entre la moitié de l'hiver et le début du printemps, ils retournent chercher de la nourriture au nord-est de la Nouvelle-Zélande, puis repartent souvent pour le sud du Chili à la fin du printemps. Mâles et femelles passent la plupart de leur temps entre les et sud, mais ils peuvent aller jusqu'au sud, au large de l'Antarctique. Les individus de la sous-espèce gibsoni, en revanche, survolent une aire plus réduite, principalement au-dessus de la mer de Tasman, et ne s'approchent pas de l'Antarctique.

En mer, l'Albatros des Antipodes survole les plateaux continentaux et les eaux profondes. Il ne s'approche des côtes que dans sa zone de reproduction, ou lorsqu'elles sont longées par des eaux de grande profondeur, par exemple à Kaikoura. On le trouve souvent au-dessus de zones constamment poissonneuses, comme à l'est de la Tasmanie, au sud-ouest de la Nouvelle-Zélande, au-dessus du plateau de Chatham et de la chaîne sous-marine Louisville. Il peut parcourir de grandes distances à une vitesse élevée en planant grâce aux courants d'air et aux vagues, afin de ne pas battre des ailes pour économiser son énergie.

Habitat vignette|alt=Photographie d'un Albatros posé au sol, avec les ailes déployées, au milieu d'un terrain couvert de végétation et avec des collines sombres en fond.|Sur l'île des Antipodes, l'habitat de l'Albatros est surtout constitué de touffes de Poa litorosa. L'Albatros des Antipodes vit sur des îles inhabitées et rarement visitées par l'être humain. Sur l'île des Antipodes, l'habitat de l'espèce est constitué de pentes abruptes et de falaises qui s'élèvent à d'altitude, avec des sommets à . Ces pentes sont couvertes d'une végétation dense surtout constituée de Poa litorosa mêlée à des Poa foliosa, avec deux espèces d'arbustes du genre Coprosma et des fougères (Austroblechnum durum et ). Plus en altitude et dans les terrains plats, la végétation est plus basse et surtout constituée de touffes de Poa litorosa assez espacées. L'Albatros des Antipodes ne niche que dans ces grands espaces plats, ouverts et venteux, dans une colonie unique qui s'étend sur en 2024.

D'autres espèces d'oiseaux vivent sur l'île, comme le Pétrel de Lesson (Pterodroma lessonii) et le Puffin gris (Procellaria cinerea). L'île des Antipodes n'a été occupée que de manière épisodique par des pêcheurs, des chasseurs de phoques et des chercheurs scientifiques, et les tentatives pour y introduire du bétail au ont échoué, ce qui en fait une île très peu modifiée par l'humain. Les quelques couples nicheurs qui s'installent dans les îles Chatham depuis les années 2000 nichent dans un habitat plat et herbeux, similaire à celui de l'île des Antipodes.

Écologie et comportement Alimentation L'Albatros des Antipodes est un carnivore et un charognard qui se nourrit principalement d'invertébrés trouvés à la surface de l'eau, surtout des déchets de pêche qu'il trouve derrière les bateaux et sur les hameçons. L'étude des pelotes de réjection des poussins permet de connaître plus précisément son régime alimentaire. Les céphalopodes adultes représentent plus de 50 % de son régime : la proie la plus souvent consommée est une espèce de calmar, Histioteuthis atlantica, ainsi que d'autres espèces de la famille des Histioteuthidae, des Onychoteuthidae, des Cranchiidae et des Octopoteuthidae. Au total, l'Albatros des Antipodes consomme une quarantaine d'espèces différentes. Les poissons constituent l'autre part de son régime.

Les deux sous-espèces ont des aires de recherche de nourriture différentes, mais qui se recoupent légèrement : antipodensis se nourrit dans l'océan Pacifique, de l'est de la Nouvelle-Zélande au Chili et jusqu'aux eaux de l'Antarctique, tandis que gibsoni se nourrit à l'ouest de la Nouvelle-Zélande, dans la mer de Tasman et dans la Grande Baie australienne.

Reproduction vignette|alt=Photographie d'un Albatros des Antipodes posé sur son nid, avec un poussin devant lui.|Un mâle de la sous-espèce antipodensis avec son petit. L'Albatros des Antipodes se reproduit tous les deux ans, car il lui faut une année complète pour élever son petit, de l'éclosion à l'envol. En cas d'échec de la couvée, le couple peut revenir suffisamment tôt pour réessayer de se reproduire dès l'année suivante. La formation des couples dure plusieurs années, avec des parades nuptiales complexes qui comprennent des chants et des danses caractéristiques. La majorité des couples restent formés jusqu'à la mort de l'un des partenaires.