Le Cambrésis est un pays traditionnel de Picardie situé dans les départements du Nord, du Pas-de-Calais et de l'Aisne. La ville-centre du Cambrésis est Cambrai.

Cambrésis était également le nom de tradition de l'escadron de , stationné sur la base de Cambrai-Epinoy.

Géographie thumb|Carte du relief Le Cambrésis se présente comme une plaine aux molles ondulations. Il est situé entre, à l'est, les collines de la Thiérache et de l'Avesnois, contreforts des Ardennes et à l'ouest les collines de l'Artois, extrémité du Bassin Parisien. C'est un point relativement plus bas (« seuil du Cambrésis » parfois appelé aussi « seuil de Bapaume ») qui facilite le passage entre le sud et le nord : Bapaume (Artois) : ; Avesnes-sur Helpe (Avesnois) : ; Cambrai 41 à .

Ce « pays de la craie » repose sur des couches de calcaire du crétacé, elles-mêmes recouvertes de lœss et de limons accumulés par les vents, qui rendent le sol très fertile. Le Cambrésis est une terre à blé et à betteraves. Le paysage d'openfield qui domine la plus grande partie du pays commence à céder la place, à l'est du Cateau-Cambrésis, au bocage.

thumb|center|upright=1.7|Paysage agricole du Cambrésis, au nord de Caudry

Hydrographie Le Cambrésis correspond à peu près au bassin versant de la haute vallée de l'Escaut et à celui de son affluent de rive droite, la Selle, qui arrose Le Cateau-Cambrésis et Solesmes.

Histoire Préhistoire Des bifaces datant du Chelléen, première partie du Paléolithique inférieur, ont été retrouvés à la fin du dans une carrière de phosphates à Quiévy. Ceci atteste une occupation humaine dans ce qui est aujourd'hui le Cambrésis il y a environ.

En 1985, a été découvert à Gouzeaucourt un site qui a livré environ ainsi qu'environ sur éclats de silex. Cette industrie est datée d’environ et se rattache à l’Acheuléen supérieur (fin du Paléolithique inférieur)Marc Vaillant Histoire du Cambrésis sur le site de l'association Camérix..

On a retrouvé également des gisements datant du Moustérien, l'une des cultures du Paléolithique moyen ( à ) à Solesmes, à Busigny et à Marcoing. Cette période est celle de l'homme de Néandertal. D'autre part, deux sites témoignent du débitage de rognons de silex orientés vers la production d'éclats Levallois ; ils ont été fouillés à Hermies, dans le Pas-de-Calais près de Cambrai, dans les années 1990Le gisement moustérien d'Hermies (site consulté le 17 décembre 2007)..

Au Paléolithique supérieur apparaît l'homme de Cro-Magnon, dont on n'a retrouvé des traces qu'à Écourt-Saint-Quentin, sur l'Escaut en amont de Cambrai..

Le Néolithique a livré peu de témoignages dans le Cambrésis. Toutefois, un puits contenant de nombreuses céramiques chasséennes et de la culture de Michelsberg a été découvert en 1999 à Raillencourt-Sainte-Olle, lors de fouilles dans la zone industrielle de l'« Actipole ».

Antiquité et Haut Moyen Âge À l'époque gallo-romaine le Cambrésis actuel faisait partie de la cité () des Nerviens, qui s'étendait grosso modo sur toute la rive droite de l'Escaut et dont la capitale fut d'abord ou Bavay, puis vers le milieu du ou Cambrai.

L'évêché de Cambrai, installé au et qui se confondait avec la cité des Nerviens, fut divisé en six pagi ou « pays ». : (le Cambrésis) ; (le Hainaut) ; (la région de Famars) ; (la région de Valenciennes) ; (le Brabant) ; (la région d'Anvers).

Le terme de Cambrésis est donc dérivé de en latin, littéralement « le pays de Cambrai ».

Le avait pour limites au nord et à l'ouest l'Escaut et la Sensée, à l'est le Hainaut, au sud l'Artois et le Vermandois dont le séparait la ligne de faîte entre le bassin de l'Escaut et les bassins de la Seine et de la Somme.

C'est à l'époque mérovingienne que Cambrai devint une véritable ville : le transfert du siège épiscopal d'Arras à Cambrai par l'évêque saint Vaast, envoyé par Clovis, devait avoir des conséquences considérables dans les siècles suivants pour la ville et sa région. Au commencement du , un comte Waddo y est signalé48..

L'un des successeurs de Vaast, saint Géry (), construisit à Cambrai un palais épiscopal ainsi que des églises et monastères qu'il dota de reliques et qui devinrent lieux de pèlerinages15-17..

Moyen Âge

Au , le comté de Cambrai correspondait encore au . Au traité de Verdun en 843 la rive droite de l'Escaut est attribuée au royaume de , dans lequel se trouvent donc Cambrai et le Cambrésis. L'abbaye que Géry avait fondée dans la ville de Cambrai constituait au et au l'un des principaux bénéfices des titulaires du comté. Il semble que Boson, le neveu de Teutberge, femme de Lothaire , et le beau-frère de Charles le Chauve, était investi en 878 de la charge d'abbé de Saint-Géry. Il était donc probablement comte de Cambrai48-49..

Cependant à la mort de Lothaire , sans héritier, Charles le Chauve tente de mettre la main sur son royaume en se faisant sacrer à Metz. Le Cambrésis revient ainsi dans le royaume de Francie occidentale. Il est probable que vers cette époque (peut-être en 879) Raoul, frère de Baudouin  de Flandre, fut comte de Cambrai49.139..

En 880, le Cambrésis revient à Louis le Jeune. En 881, Louis III de France combattit les Normands dans le Cambrésis, en établissant son camp à Étrun. Arnulf de Carinthie ne parvint pas à se faire reconnaître dans le Cambrésis : le comte Raoul lui demeurait hostile. L'évêque de Cambrai avait pris une autre attitude : en , Dodilon de Cambrai s'était rendu à Francfort auprès du roi, tout comme Foulques de Reims, Honorat de Beauvais et Hétilon de Noyon. Raoul persista néanmoins dans son attitude ; il embrassa la cause de Charles le Simple et ne se rallia pas avant 895 à Zwentibold50.. Il fut tué en 896 alors qu'il pillait les biens de l'abbaye de Saint-Quentin53..

Après le ralliement de Raoul à Zwentibold, le Cambrésis suivit les destinées du reste de la Lotharingie ; il fut soumis successivement à Louis l'Enfant (900), à Charles le Simple (911), à Raoul de Bourgogne (923), à Henri l'Oiseleur (925)51.. Le Cambrésis restera ainsi terre d'Empire jusqu'à ce qu'il soit annexé par le royaume de France par le traité de Nimègue en 167823..

À partir de 916 apparaît le comte Isaac de Cambrai, dont l'existence est attestée jusqu'en 946. Il descendait peut-être d'une fille de Raoul51-52..

Isaac fut l'un des vassaux fidèles de Charles le Simple et en 939, s'associant à la rébellion du duc Gislebert, il prêta hommage à Louis  d'Outre-Mer. Isaac avait un fils, Arnoul52-54..

Il mourut sans doute vers 948 ; c'est en cette année, le , qu' conféra à l'évêque Fulbert l'abbaye de Saint-Géry avec l'immunité excluant toute autorité laïque ; cette concession avait pour effet de réduire le pouvoir du comte au territoire extérieur à la cité. Depuis ce moment l'évêque fut seigneur temporel et vassal immédiat du roi. Aussi en 980 il est mentionné dans la liste des vassaux qui doivent fournir un contingent pour l'expédition d'Italie : il enverra douze hommes52..

Dès ce moment, l'évêque eut probablement son châtelain. Il avait pour mission de défendre le territoire de l'évêque par les armes et d'y exercer la justice séculière ; mais d'une manière constante les châtelains entrèrent en conflit avec les évêques et se permirent des violences et des usurpations que les prélats cherchèrent vainement à réprimer56..

Le premier titulaire de l'emploi, Jean, qui appartenait à une famille puissante dans le Cambrésis et le Vermandois, avait donné l'exemple de l'insubordination. L'évêque Tetdo (972 – 978 ou 979) dut, pour le châtier, recourir à l'intervention de Gautier, châtelain de Lens, auquel il remit la châtellenie qu'il conserva jusqu'en 101156-57..

Le comté comportait douze pairies ou terres nobles, créées par l'empereur Othon III en 983 (ou 986). Les pairs du Cambrésis étaient vassaux de l'évêque de Cambrai et siégeaient aux États de Cambrésis.

À la fin du , Arnoul de Valenciennes, probablement un petit-fils d'Isaac, devient comte de Cambrai. Lorsqu'en 979 Lothaire de France menace Cambrai, Arnoul de Valenciennes, comte de Cambrai, aidé de Godefroid de Hainaut, s'occupe de la défense du territoire et fait appel au duc Charles. Plus tard, l'évêque Rothard invoque son assistance, ainsi que celle de Godefroid, contre Eudes de Vermandois qui construisait un château fort à Vinchy, à quatre milles de la cité55..

Les douze pairies avec leur blason, selon la description qu'en donne Eugène Bouly dans son Dictionnaire historique

Au commencement du , après la mort de son fils unique Adalbert, Arnoul de Valenciennes est vieilli, fatigué et harcelé à Valenciennes par Baudouin IV de Flandre. C'est alors sans doute, pour obtenir l'appui de l'évêque, qu'il renonça complètement au Cambrésis55-56..

En effet, en 1007, à la suite de sa campagne contre Baudouin IV, l'empereur Henri II fit de l'évêque le comte de tout le territoire du Cambrésis.. Arnoul ne survécut que peu de temps à cet abandon. Dès lors l'évêque cumula les pouvoirs spirituel et temporel et le comté laïque cessa d'exister ; Cambrai et le Cambrésis devinrent une principauté ecclésiastique, comme celle de Liège, indépendante mais rattachée au Saint-Empire. L'autorité du châtelain de Cambrai, Gautier, s'étendit alors à tout le comté.

Les comtes de Flandre n'en continuèrent pas moins à se mêler activement des affaires du Cambrésis, et ils intervinrent notamment à propos des différends qui s'élevèrent entre l'évêque et son châtelain.

À la mort de Gautier, la châtellenie fut concédée par Erluin à Gautier , fils du précédent. Lorsqu'en 1041 il fut assassiné, sa veuve Ermentrude, dont l'enfant mineur n'avait pas tardé à mourir, se remaria avec Jean, avoué d'Arras, qui réussit à obtenir du vieil évêque Gérard  la concession de la châtellenie. Jean joua un grand rôle dans les événements qui amenèrent l'expédition de Henri  contre Baudouin  de Flandre, en 1054, mais il fut dépouillé de son fief par l'évêque Liébert (1056-1076), qui en investit le jeune Hugues, petit-fils de Gautier . Anselme de Ribemont, comte d'Ostrevent, qui était proche de Hugues, géra provisoirement la tutelle.

Hugues, qui épousa Ada, nièce de Richilde de Hainaut, est généralement désigné sous le nom de Hugues d'Oisy, d'après la place forte qu'il occupait et qu'il avait probablement édifiée lui-même au nord-ouest de Cambrai ; elle devint une menace perpétuelle pour l'autorité épiscopale.

L'influence flamande n'avait cessé de grandir dans le Cambrésis. C'était un terrain qu'elle disputait aux ambitions non moins vivaces manifestées par le Hainaut. Vers le milieu du , la place de Lécluse qui, par sa situation au milieu d'un lacis de petits cours d'eau et de marécages, avait une importance stratégique considérable, se trouvait entre les mains du comte de Flandre..

Les événements qui se rapportent à la querelle des Investitures et les efforts de Henri  pour maintenir sur le siège épiscopal un prélat qui lui fût dévoué favorisèrent singulièrement l'ambition des comtes de Flandre, qui désormais se donnèrent pour tâche d'étendre de ce côté leur autorité140..

Robert le Frison, sous le pontificat de Liébert, c'est-à-dire avant 1076, avait envahi le Cambrésis avec l'intention de l'annexer. Il y réconcilia Gérard  avec le châtelain Hugues d'Oisy, qui n'avait cessé d'inquiéter son prédécesseur, l'évêque Liébert, et de son vivant encore, Robert , qui, dès 1087, avait été associé au gouvernement, expulsa du pays Hugues, qui avait recommencé ses violences, et le dépouilla complètement de la châtellenie ; mais il fit payer ses services de deux cents marcs d'argent et de la concession de l'impôt connu sous le nom de gavène140-141..