Le Lusitanien est une race de chevaux de selle d'origine portugaise. Connu comme l'un des « cheval des rois » aux , son stud-book est très ancien, puisqu'il remonte à 1889. Il subit une période de déclin due à l'engouement pour le Pur-sang et les chevaux de sport. Il partage le nom d'Andalou avec le Pure race espagnole, dont il est très proche, jusqu'en 1942. Son statut de race séparée remonte à 1967. Il est remis au goût du jour, notamment, par l'écuyer portugais Nuno Oliveira.
Il connaît un regain de popularité grâce à ses performances en spectacle équestre, en dressage et dans l'équitation de travail.
Étymologie et terminologie
Cette race est également connue sous le nom de Cavalo Lusitano par analogie avec le Pure race espagnole. La dénomination officielle du stud-book portugais est « Pur-sang lusitanien ». Le nom portugais « Lusitano » dérive de Lusitania, nom que les romains ont donné à l'actuel Portugal.
Histoire Le Lusitanien et le Pure race espagnole partagent la même origine génétique. La présence de chevaux dans la péninsule Ibérique est attestée dès la Préhistoire, entre autres par des peintures rupestres dans la grotte de La Pileta sur le territoire de Malaga. Pour l'historien portugais Ruy d'Andrade, des tribus espagnoles auraient utilisé les chevaux dès le . Une peinture rupestre découverte en Espagne et datant avant notre ère présente ce qui semble être un harnais peint sur un cheval. Cette découverte a été citée comme preuve de l’utilisation du cheval dans la péninsule Ibérique bien avant la période communément admise, mais cette hypothèse n'est pas reprise par la communauté scientifique. L’artiste aurait seulement voulu accentuer la démarcation de la bouche et les lignes latérales décrivant le côté du crane.
Les recherches sur l'ADN ancien ont révélé des traces de domestication du cheval remontant à la fin du Néolithique et au début de l'âge du bronze sur la péninsule Ibérique.
Bien que Ruy d'Andrade suppose que le Sorraia soit l'ancêtre des chevaux ibériques actuels, les études génétiques sur l'ADN mitochondrial montrent que le Sorraia appartient à un cluster de gènes largement séparé de la plupart des races ibériques. Ces recherches démontrent que l'Andalou de la péninsule Ibérique (aussi bien PRE que Lusitanien) et le Barbe sont très proches : ces deux races ont franchi le détroit de Gibraltar dans un sens ou dans l'autre pour être élevées, chacune influençant l'autre. Malgré leur ancienneté supposée, la quasi-totalité des Pure race espagnole et Lusitanien actuels descendent d'un petit nombre de chevaux élevés par des ordres religieux à partir du .
Avant l’époque moderne, les races chevalines sont désignées partout en Europe principalement par le nom de la région où ils sont élevés. Le prend son nom de . Un cheval très semblable, l'Andalou espagnol, est à l'origine décrit comme un cheval de qualité distincte en provenance d'Andalousie en Espagne. Certaines sources déclarent que l'Andalou et le Lusitanien sont génétiquement la même race, et que la seule différence est le pays dans lequel ces chevaux sont nés.
vignette|Un étalon espagnol sur une peinture de 1603.|alt=Tableau représentant un jeune homme en costume d'époque tenant en main un cheval gris qui semble piaffer. Au cours des , les échanges de chevaux entre l'Espagne et le Portugal sont réguliers, et des chevaux des élevages andalous sont utilisés pour améliorer la cavalerie portugaise. La victoire du Portugal contre l'Espagne lors de la guerre de Restauration (1640-1668) est en partie axée sur des troupes montées sur des chevaux de guerre de sang espagnol. Avec le règne de Philip III de Portugal (Philippe IV d'Espagne), l'élevage de chevaux portugais atteint son point le plus bas. L'espagnol fait promulguer des lois pour interrompre la production de chevaux de cavalerie dans le pays. Quelques haras poursuivent leur activité en secret avec des chevaux de contrebande ou volés en Espagne. Ces fermes secrètes, cependant, ont fourni la base du Lusitanien moderne. En 1662, quand Charles II d'Angleterre épouse Catherine de Bragance du Portugal, la dot royale inclut les garnisons de Tanger et de Mumbai appartenant au Portugal. Ces garnisons possèdent une importante cavalerie portugaise, montée sur des chevaux ibériques.
Avant les années 1960, le cheval ibérique type a été appelé « Andalou » tant au Portugal qu’en Espagne. En 1966, le nom de « Lusitanien » a été adopté par le Portugal après une séparation de stud-book entre les deux pays. Les guerres coloniales portugaises ont fortement impacté l’économie portugaise. Les propriétaires terriens ont attiré les agitateurs politiques, les propriétés ont été abandonnées, les haras ont été détruits et leurs chevaux vendus en Espagne. Cependant, les meilleures lignées ont été sauvées par les efforts d'éleveurs et l’élevage s’est bientôt accru.
Description L'impression générale est celle d'un cheval noble et harmonieux. Sa taille moyenne se situe autour d' au garrot pour les femelles et autour d' pour les mâles.
Morphologie
vignette|Tête d'un cheval lusitanien. Le type du Lusitanien est différent de celui du PRE, car ses lignes sont plus élancées et son arrière-main plus puissante, et bien arrondie. Ses amateurs le disent mieux conformé que son cousin espagnol. C'est un cheval médioligne : sa longueur de la pointe de l'épaule à la pointe de ses vertèbres de queue est égale à sa hauteur au garrot, la silhouette du Lusitanien s’inscrivant donc dans un carré. La tête est assez longue, avec un profil droit ou légèrement convexe, et des yeux doux et intelligents. Ses oreilles, courtes et droites, sont très mobiles. Les naseaux sont en amande et en retrait de la ligne du chanfrein. Son encolure est de longueur moyenne, rouée aux crins fins, d’insertion étroite avec la tête, large à la base et sortant du garrot sans dépression accentuée. Les épaules sont bien inclinées et puissantes. Sa poitrine est ample et son passage de sangle profond. Le dos est court et fort. Le rein est large et la croupe arrondie avec une queue attachée bas. Ses membres sont secs et solides. Ses jarrets sont longs et puissants ce qui lui permet des flexions importantes. Associés à des grassets bien développés qui lui permettent de fortes impulsions. Le pied est bien formé avec un sabot dur. La crinière du Lusitanien est très abondante et légèrement frisée.
Robe
vignette|gauche|La robe alezane est extrêmement rare chez le Lusitanien. Les tableaux de et de Laurent de Wittede prouvent que les chevaux ibériques pouvaient arborer toutes les couleurs de robe au . La robe alezane est toutefois devenue rarissime car une légende populaire affirmait que le cheval alezan était colérique. Le Lusitanien est l'une des rares races dont le standard accepte toutes les couleurs de robe, y compris le pie et le crème. La plupart des Lusitaniens sont toutefois de robe grise, ils naissent de couleur foncée et s'éclaircissent avec l'âge, jusqu'à devenir presque blancs. Il semble que la robe grise ait été privilégiée pour le prestige que représentait le fait de monter un cheval d'apparence blanche. Le bai est également fréquent, souvent avec des reflets brillants, le noir est très recherché. L'isabelle, le crème aux yeux bleus et le palomino sont des robes rares et recherchées. Le Lusitanien peut porter une raie de mulet, en particulier s'il est de robe bai dun ou souris (grullo), et des zébrures sur les membres. Ces robes originales lui donnent la faveur des cavaliers de spectacle. Ces qualités permettent au Lusitanien d'être un candidat de choix pour la sélection des chevaux « de couleur », la robe crème ayant été choisie par Bartabas pour l'académie équestre de Versailles.
Allures
vignette|Lusitanien présenté en trot en main. Les allures relevées du cheval Andalou puis du lusitanien ont fait sa renommée et sont très différentes des allures rasantes des chevaux de sang influencés par le pur-sang anglais. Son mouvement est relevé, le pas énergique, et le trot très confortable pour le cavalier, avec une très bonne extension. Le galop est souple et moelleux, avec une bonne cadence et un bon équilibré, mais peu de vitesse.
Tempérament Le lusitanien possède un caractère volontaire et un mental exceptionnel, doux et très stable. Il est naturellement réceptif à tout apprentissage. Amical et obéissant, il montre de grandes qualités de courage et sait garder la tête froide, ce qui est important en tant que cheval de travail. Au Portugal, les mâles sont presque toujours gardés entiers.
Sélection et santé Les chevaux sont marqués à la cuisse avec le « fer » de leur éleveur. Il existe des lignées plus ou moins destinées à une activité en particulier. La lignée Veiga produit des chevaux plus agiles et plus vifs, parfaits pour la tauromachie, la lignée Andrade produit des chevaux plus de grande taille, plus athlétiques. Ce faisant ; ils sont utilisés par la cour portugaise pour l'attelage et par l'école portugaise d'art équestre. La lignée Coudeleria Nacional produite par les Haras Nationaux Portugais dispose du sang le plus répandu tandis que la lignée Alter-Real donne des chevaux très élégants, sélectionnés pour l'attelage. La diversité génétique est correcte, mais les éleveurs sont encouragés à éviter la consanguinité autant que possible. La race est également touchée par une maladie génétique, la myeloencéphalopathie équine dégénérative..
Diffusion de l'élevage vignette|150px|Lusitanien cremello présenté lors d'un concours. Le Lusitanien est élevé dans le monde entier mais principalement au Portugal, en Espagne, en France, au Brésil et au Mexique. L'ouvrage Equine Science (4 édition de 2012) classe le Lusitanien parmi les races de chevaux de selle connues au niveau international..
Au Portugal
Le Portugal compte plus de de Lusitaniens. C'est un élevage très lucratif et la race est largement exportée, puisqu'en 2013, 85 % des chevaux natifs du Portugal sont vendus à l'étranger. L'élevage est principalement concentré dans les régions de Ribatejo et Alentejo.
En France
En France, la race a été reconnue par les Haras nationaux en 1987 et le registre d'élevage créé la même année. Elle est gérée par l'Association Française du Lusitanien, association issue de l'AFCA en faveur de l'Andalou alors commune avec le Pure race espagnole. Les premiers élevages français naissent dans les années 1970 par l'importation directe de chevaux du Portugal. Depuis, l'élevage français a connu une forte croissance puisqu'en 2014, c'est le troisième plus gros producteur de chevaux lusitaniens dans le monde derrière le Portugal et le Brésil. Il s'agit également de la plus importante race étrangère reconnue en France en termes d'effectifs. Le Lusitanien est élevé principalement dans le sud de la France mais son élevage est aussi présent sur l'ensemble du territoire métropolitain. En 2013, on dénombre 294 naissances françaises dans la race, ce qui représente 16 % du total des immatriculations de races étrangères. 434 juments lusitaniennes ont été saillies cette année-là, dont 357 pour produire en race pure. 129 étalons en activité ont également été recensés. Un total de 157 élevages a été comptabilisé sur le territoire français en 2013. +L'élevage en France : évolution des immatriculations de LusitanienAnnées20132014201520162017Nombre d'immatriculation de Lusitanien en France315269265230234 Année20062007200820092010201120122013 Nombre de naissances en France. 349 360 404 443 390 370 353 294
Utilisations Par son histoire, le Lusitanien fait partie des races sélectionnées pour la discipline du dressage et en particulier pour la haute école. Sa conformation et ses allures naturellement relevées lui permettent de concourir au plus haut niveau. Ainsi Odin, premier étalon lusitanien à intégrer le Cadre noir de Saumur s'est présenté dans toute l'Europe pour son travail sous la selle et aux longues rênes.