La citadelle de Dinant est une fortification militaire belge édifiée en 1818, à l'époque néerlandaise, dans le cadre de la construction de la barrière Wellington contre la France.

Elle domine la Meuse et la ville de Dinant, dans la province de Namur. Elle est située sur l'emplacement d'un fort démantelé construit par Sébastien Le Prestre de Vauban, lui-même édifié sur le site d'un ancien château médiéval construit en 1051 par le prince-évêque de Liège, Théoduin de Bavière.

Après son utilisation par les forces armées belges à la suite de l'indépendance de la Belgique de 1830, elle est démantelée en 1867 et revendue à la ville le . Transformée en musée, elle est aujourd'hui l'une des attractions touristiques de la cité mosane.

Histoire Origines

Moyen Âge vignette|gauche|Vue de la ville et de l'ancien château de Dinant. La première mention d'un château fort au sommet de l'éperon rocheux qui domine la ville remonte à 1040, lorsque Dinant fait partie de la principauté de Liège. La construction fut ordonnée par l'évêque de Liège, Nithard. La construction étant finalisée à partir de 1080 et le château permet alors la défense de la ville et du pont enjambant la Meuse en contrebas. Plus tard, le fleuve fait officie de frontière entre les Pays-Bas bourguignons et la principauté de Liège : Bouvignes-sur-Meuse se trouvant côté bourguignon et Dinant côté liégeois, devenant l'une des « bonnes villes » de la principauté. Dans le contexte des guerres de Liège, le dernier duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, rase le château en 1466, lors du sac de Dinant. En 1525, Érard de La Marck, le prince-évêque de Liège le reconstruit.

Période française vignette|gauche|Les fortifications de Sébastien Le Prestre de Vauban après la prise de la ville par les armées de Louis XIV lors de la guerre de Hollande. En 1554, les troupes du roi de France Henri II, commandées par Gaspard Ier de Coligny, s'emparent du château lors de la Dixième guerre d'Italie. Le siège de Dinant débute le et s'achève par la reddition du commandant espagnol, Julián Romero, quatre jours plus tard.

vignette|centre|Dinant en 1649. En 1672, la guerre de Hollande commence, opposant la France de Louis XIV à une alliance composée, entre autres, de la monarchie espagnole (qui règne sur les Pays-Bas espagnols), des Provinces-Unies et du Saint-Empire romain germanique. C'est dans ce cadre qu'en 1675, le général français Armand de Madaillan de Lesparre demande à la ville, dont le château est occupé par une garnison allemande, de laisser entrer ses militaires : Les Dinantais répondent que la garnison allemande les en empêche et le maréchal François de Créquy entame le siège de la ville. Une gravure de Louis de Châtillon relate la prise de Dinant avec, pour inscription :

Charles Sevin de Quincy relate également les faits dans son Histoire militaire du règne de Louis le Grand paru en 1726 :

Louis XIV entre dans Dinant le et fait entreprendre de grands travaux de réaménagement de la citadelle par son célèbre architecte Sébastien Le Prestre de Vauban. En 1692 le souverain français installe sa cour en ville. Le musée de la Citadelle possède d'ailleurs un carrosse utilisé par Madame de Maintenon. Cependant dès 1697, à la suite de la signature du Traité de Ryswick, les nouvelles fortifications sont démantelées et Dinant repasse sous le giron liégeois dès 1703.

Après l'éphémère tentative d'émancipation lors de la révolution liégeoise de 1789, les territoires sont annexés à la Première République. Dinant est prise par le général Jean-Baptiste Jourdan le et devient une sous-préfecture du département de Sambre-et-Meuse.

Période néerlandaise Contexte vignette|Les deux obusiers ornant l'entrée de la citadelle furent coulés en 1828 à la fonderie royale de canons de Liège. En 1815, les puissances européennes victorieuses du Premier Empire de Napoléon Bonaparte, décident de créée un état-tampon afin de contrer les éventuelles futures velléités françaises pendant de l'époque de la Seconde Restauration. Elles créent donc le royaume uni des Pays-Bas (qui marie grosso modo la Belgique et les Pays-Bas actuels) avec pour objectif de disposer d'un état suffisamment puissant militairement pour barrer la route de la Prusse aux Français. Dans ce cadre, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande finance la construction d'une barrière de trois lignes de fortifications parallèles à la frontière française : la barrière Wellington. Le fort de Dinant fait partie de la première ligne de ces lignes, qui va de la forteresse de Nieuport aux forts liégeois de la Chartreuse et de la Citadelle.

Construction vignette|Représentation d'un artilleur des forces armées du royaume uni des Pays-Bas en garnison dans le fort de Dinant entre 1821 et 1830. Les plans sont établis par le capitaine-ingénieur Eiso Bergsma, tandis que le chantier est placé sous la supervision directe du général-major Otto Christopher von der Howen, commandant la sixième direction d'artillerie à Namur, puis le grand commandement militaire des forces armées du royaume uni des Pays-Bas. Plus largement, l'édification et la restauration des ouvrages de la barrière Wellington est sous la responsabilité du général Corneille Rodolphe Théodore Krayenhoff, et sont suivis de près par le duc de Wellington, qui vient régulièrement inspecter les travaux en personne.

La construction débute en 1818 dans une philosophie où . Le tracé bastionné est dès lors abandonné pour un tracé perpendiculaire, et le fort de Dinant prend la forme d'un pentagone allongé, tourné vers la vallée de la Meuse au-delà de laquelle se trouve la France, à l'ouest. Des expropriations ont lieu en 1819 afin de permettre aux travaux de débuter.

Sur le portique d'entrée est gravé dans la pierre l'inscription en latin : Cela se traduit par « Si tu n'es pas prudent, prends garde d'être attaqué. Sixième année après la bataille de Waterloo ». Le message prouve à la fois l'année d'inauguration et l'adresse aux Français, perdants de la célèbre bataille du . Dès la fin des travaux en 1821, la Citadelle est investie par les forces armées du royaume uni des Pays-Bas et abrite un bataillon de la afdeeling sous le commandement du Major Jean-François Joseph de Venne à partir du . De nombreuses pièces d'artillerie coulées à la fonderie royale de canons de Liège viennent armer la forteresse.

Le cout du construction du fort de Dinant est, à l'époque, de .

Période belge Révolution et prise de la citadelle vignette|Vue de la citadelle de Dinant et de la chaine d’alimentation vers 1830. En 1830, lors de la révolution belge, les volontaires dinantais revenus des combats des Quatre Jours de Bruxelles propagent la nouvelle de la victoire des Journées de Septembre dans la ville. Dès le , on fait sonner le tocsin et se réunir les masses populaire à l'hôtel de ville de Dinant, qui forcent ensuite la garnison à se retrancher dans la citadelle, sous les ordres du Major Jean-François Joseph de Venne, l'un des rares officiers supérieurs « belges » de l'armée du royaume uni des Pays-Bas. Un corps-franc de Ciney vient en renfort des dinantais qui entament le blocus de la place-forte. Celle-ci n'est plus alimentée en eau par la machine à poulies qui la relie à la ville et est, dès lors, contrainte de capituler dès le , soit deux jours avant la déclaration d'indépendance de la Belgique. Pour cet acte et pour l'envoi de volontaires lors des différentes batailles de la guerre belgo-néerlandaise, la ville de Dinant fut récipiendaire de l'un des cent Drapeaux d'Honneur de 1830, toujours exposé à l'hôtel de ville.

La première unité des forces armées belges à prendre ses quartiers dans la citadelle est une « compagnie de discipline », le . Elle compte environ et est rejointe par une compagnie d'artillerie et une autre du génie civil.

Démantèlement Le fort de Dinant échappe une première fois à la destruction en n'étant pas repris dans la convention des forteresses du . Toutefois, dès 1858, il devient obsolète et perd son utilité militaire, notamment avec l'avènement de l'artillerie rayée qui accroit considérablement la portée des canons, mais aussi avec l'arrivée de la culasse qui permet de ne plus charger les armes par le canon. La stratégie de défense belge évolue également et abandonne le principe de défendre coûte que coûte les frontières au profit de la création d'un « réduit national » en cas d'attaque ennemie. Dans cet objectif, c'est la position fortifiée d'Anvers qui reçoit la priorité des investissements. Le désarmement de la citadelle de Dinant commence dès 1859 et elle est définitivement démantelée en 1867 avec le départ du bataillon du régiment d'infanterie de ligne le . Le fort est laissé à l'abandon puis revendu le pour la somme de (alors que sa construction avait coûté environ trois millions de francs belges) à Arnold Degraa et à monsieur Bauwens, entrepreneur de Bruxelles. Il devient un musée au début du .

La ville de Dinant, quant à elle, continue d'abriter des unités militaires belges dans d'autres endroits qu'à la Citadelle. La dernière unité militaire à quitter la ville est l'école royale des sous-officiers (ERSO), qui déménage en 2007 vers Saffraanberg.

Première Guerre mondiale vignette|La destruction de Dinant en 1914, lors de la Première Guerre mondiale.

Durant la Première Guerre mondiale, alors que les troupes allemandes avançaient, les troupes françaises ont pénétré en territoire belge et ont armé la citadelle de Dinant, la France étant alors avec le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande protectrice de la neutralité belge (dont l'armée était limitée et concentrée dans les grands centres urbains). Le pont de Dinant était en effet l'axe permettant aux troupes allemandes de relier Paris depuis Cologne.

Seconde Guerre mondiale

Le , pendant la bataille de France, alors que les Allemands de la d'Erwin Rommel traversent la Meuse à Leffe un peu plus au nord, leur artillerie tire sur la citadelle.

Caractéristiques vignette|Plan de la citadelle. Vue du ciel, la citadelle a la forme d’un pentagone irrégulier, inspiré de l’ingénieur français Marc-René de Montalembert. Son entrée principale, est défendue par six casemates : trois orientées au nord-est vers Ciney et trois orientées au sud-est vers la ville et la vallée.

Afin de permettre le ravitaillement du fort en eau et en nourriture, une chaine d'alimentation de de haut est construite entre 1818 et 1820, composée d'une machine de levage à poulies. Elle est remplacée par un puits creusé dans la roche en 1840.

La citadelle surplombe la Meuse à une hauteur de tandis que la superficie totale du site est de , et .

Accès vignette|L'escalier datant de 1577 et le téléphérique, reliant la citadelle à la collégiale Notre-Dame de Dinant. Un escalier relie la ville de Dinant à la citadelle depuis 1577. Il est composé de 408 marches depuis l'arrière de la collégiale Notre-Dame de Dinant jusqu'au flanc sud de la citadelle. Un téléphérique fut construit en 1956 afin de gravir les 100 mètres de dénivelé au-dessus du niveau de la Meuse. Il part du même endroit que l'escalier et fut rénové en 2019. Une seule route permet l'accès au site aux véhicules, depuis le haut de Dinant par le Pont d'Amour puis le chemin de la citadelle qui mène à l'entrée principale de la forteresse, sur sa façade est.

Utilisation actuelle vignette|Le passage incliné à 35° dans la partie du musée consacrée aux tranchées de 1914. La citadelle abrite aujourd'hui un musée qui concentre son exposition sur la période de la construction du fort sous le régime du royaume uni des Pays-Bas ainsi que sur les ravages de la bataille puis du sac de Dinant lors de la Première Guerre mondiale. On y trouve par exemple une simulation de tranchées, un abri de effondré, un passage incliné à 35°, les cachots, des scènes de la vie dans la citadelle au début du (boulangerie, chambrée, etc.). Un accès à la terrasse du fort permet un point de vue depuis le piton rocheux sur la vallée de la Meuse.

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