Une ballade, au sens ancien, est un poème médiéval à forme fixe composé de trois couplets et d'une demi-strophe appelée « envoi », chacun étant terminé par un vers refrain, qui rappelle la forme chantée des origines. L'histoire de la poésie retient en particulier les ballades aux strophes carrées (le nombre de vers est égal au nombre de syllabes de chaque vers) de huit ou dix vers et aux thèmes très variés qu'ont composées des poètes comme Guillaume de Machaut, Eustache Deschamps (fin ), Christine de Pizan et François Villon (début et milieu du ) ou encore Clément Marot au , alors que la Pléiade rejette le genre de la ballade comme vieilli, privilégiant des formes nouvelles comme le sonnet ou l'ode.

La ballade voit son sens évoluer dans les traditions anglaise et allemande à la fin du pour aboutir à la ballade romantique, parfois instrumentale. En dehors du domaine littéraire, le mot ballade s'est appliqué à un type de chanson populaire, lente et mélodieuse : c'est le sens commun à la fin du .

Étymologie Il s'agit de la famille du verbe du latin tardif « ballare » (emploi chez saint Augustin, fin du ), mot issu du grec et qui remplace le latin classique « saltare ». Le Moyen Âge connaît au le verbe « baller » que l'usage remplacera au par « danser », sans doute d'origine germanique et qui semble-t-il s'appliquait à des danses plus élégantes. La connotation populaire est demeurée dans le mot « bal ».

« Ballade » remonte également au mot d'origine méridionale « ballata » et apparaît à la fin du dans le Jeu du Pèlerin qui évoque Maistre Adam le Bossu (Adam de la Halle) mort vers 1287 qui « savait chansons faire // Et balades ne sais quantes (combien) ». Ernest Langlois précise cependant à propos du trouvère artésien du : « L'auteur du Jeu du Pèlerin lui attribue de nombreuses ballades : on n'en connaît pas » (Introduction, page VIII).. Le mot s'établit au à l'époque de Guillaume de Machaut pour désigner un poème chanté composé de stances égales terminées par un refrain et suivies d'un envoi. Lui-même emploie le mot avec un sens imprécis dans Le remède de Fortune, un long poème de près de qu'il écrivit sans doute vers 1341 (vers 2893 « Quant elle ot fine sa balade » : Quand elle eut fini sa balade). Les vers suivants parlent de « douce harmonie », de « doux chant » « Qui moult me fu plaisant et sade // Dedens le cuer et a l'oie » : Qui fut très plaisant et gracieux dans le cœur et à l'oreille. Le terme « balade » se trouve aussi après le vers 3012 mais il s'agit peut-être d'un ajout de copiste : il s'applique à un poème de trois strophes à refrain sans envoi (vers 3013-3036 : « Dame, de qui toute ma joie vient »). Le texte comporte aussi une « baladelle » (vers 2851 : « de ma clere vois // Te diray une baladelle, // De chant et de ditté nouvelle » : de ma voix claire je te dirai une balladelle de mélodie et de métrique nouvelles). Selon [Ernest Hœpffner] « Le diminutif baladelle est probablement motivé par la forme des vers : ceux-ci ne sont ici que de sept et de trois syllabes ». Machaut y parle plus loin de « chanson baladée » (3349-3496). Guillaume de Machaut présente son poème comme une forme nouvelle et propose plus loin la dénomination de « chanson baladée » en soulignant sa proximité avec le virelai : « Lors sans delay // Encommensai ce virelay // Qu'on claimme chanson baladée // Einsi doit elle estre nommée » : Sans délai je commencerai ce virelai qu'on appelle chanson baladée, c'est ainsi qu'elle doit être nommée» (vers 3449). La forme de la ballade proche au départ du virelai (strophes isométriques, refrain, envoi), ne se fixera que peu à peu avec Eustache Deschamps dans la seconde moitié du mais elle conservera souvent des variantes.

Le mot « balader » repéré en 1422 a le sens de « chanter des ballades » mais celui-ci évolue : un lexique de 1628 note un emploi familier dérivé : « aller demander l'aumône [en chantant des ballades], mendier » et Vidocq, en 1836 dans son ouvrage documentaire intitulé Les Voleurs, signale l'emploi familier du mot avec le sens « aller en flânant » ; la forme pronominale « se balader » est repérée quant à elle en 1858.. Le mot « balade » (orthographié avec un seul l) s'établit à la même période : le TLF donne l'exemple d'un emploi dans L'Assommoir de Zola en 1877 (ch. XI) : « Le jour baissait, elles [Pauline et Nana] faisaient un dernier tour de balade ».. « Balade » est ainsi devenu un synonyme populaire de « promenade » avec une orthographe souvent fautive qui ne respecte pas la distinction balade/ballade, la dernière graphie s'appliquant à la forme poétique et à ses dérivés.

Ballade française Histoire Le mot « ballade », issu de la forme méridionale « ballata » se rattache à la famille de « baller » qui signifie « danser » au Moyen Âge. Avéré au , « ballade » désigne alors une chanson dansée ou « chanson ballatée » comportant plusieurs strophes et un refrain. De moins en moins chantée après Guillaume de Machaut (≈1300 - ≈1377), la forme poétique se fixe peu à peu avec Eustache Deschamps (≈1346 - ≈1407) même si elle connaît des variantes..

Elle se distingue peu à peu d'autres genres poétiques qui comportent aussi strophes isométriques, refrain et envoi : le chant royal est en effet plus long et plus solennel et le virelai plus vif, plus varié dans ses mètres et se réduira à deux strophes.. Très employée aux (Eustache Deschamps en a écrit plus de onze cents puis Christine de Pizan (≈1364 - ≈1430) plus de trois cents)Histoire du vers français Georges Lote . et siècles (François Villon (1431 - apr. 1463), Charles d'Orléans (1394-1465)), la ballade est considérée comme une forme vieillie au où la Pléiade lui préfère le sonnet ou l'ode : Du Bellay en 1549 dans La Défense et Illustration de la langue française parle des « rondeaux, ballades, virelais, chants royaux, chansons, et autres telles épiceries, qui corrompent le goût de notre Langue »éd. Jean-Charles Monferran, Genève, Droz, 2001, . mais Clément Marot (1496?-1544) l'emploie encore. Moquée au comme dans la scène 5, acte III des Femmes savantes de Molière, où Trissotin, partisan du sonnet, affirme à Vadius : « La ballade, à mon goût, est une chose fade ; // Ce n'en est plus la mode ; elle sent son vieux temps » (vers 1006), elle est encore utilisée quelques fois par La Fontaine mais son usage finit par disparaître.

Ce sont les Parnassiens et Théodore de Banville, attirés par la virtuosité métrique qu'elle demande, qui la ressuscitent dans la deuxième moitié du . : les premiers essais de Banville datent de 1856 et aboutissent en 1873 à la publication des Trente-six ballades joyeusesBanville - 36 Ballades joyeuses.. Charles Cros, Jean Richepin. et quelques poètes plus ou moins mineurs publieront eux aussi des ballades à la fin de ce même siècleJ.-L. Aroui — Métrique des ballades de Verlaine, Revue Verlaine, 10, 2007, . et au début du vingtième.. Verlaine composera une dizaine de ballades à la fin de sa carrière, après 1885. Par exemple Ballade en l’honneur de Louise Michel (huitains d'octosyllabes et envoi commençant par « Citoyenne »), Ballade en rêve (dizains de décasyllabes, envoi commençant par « Princesse ») reprises dans le recueil Amour, 1888 ; Ballade de la mauvaise réputation (huitains d'octosyllabes, envoi commençant par « Prince »), Ballade Sappho (huitains de décasyllabes, envoi commençant par « Prince ou princesse ») publiées dans Parallèlement, 1889. Ces poèmes montrent des structures de rimes diverses et complexes.. Un peu plus tard on trouve un emploi célèbre de la ballade dans la comédie héroïque d'Edmond Rostand Cyrano de Bergerac (1897) où le bretteur au grand cœur utilise dans son duel le refrain fameux :

Usage La ballade médiévale se caractérise par sa forme et non par son ton ou son sujet. Si l'on retient surtout la ballade courtoise et lyrique, elle a été aussi jeu verbal, poème grave et engagé avec des considérations religieuses ou politiques. Les titres d'Eustache Deschamps sont éclairants : ballade CCCXCVII Ballade moult morale. Allégorie sur les impôts excessifs, ballade CCCXCIV Requête aux rois de France et d'Angleterre pour avoir la paix, ballade CCCXCIX La mort égale pour tous. Les 29 ballades de Villon montrent la même diversité : tonalité dramatique de la Ballade des Pendus, tonalité religieuse de la Ballade pour prier Notre Dame, tonalité plaisante de la Ballade des proverbes ou Requête à Monseigneur de Bourbon, tonalité familière de la Ballade de Merci.

Métrique La forme type comporte trois strophes carrées (le nombre de vers de la strophe est égal au nombre de syllabes par vers) suivies d'une demi-strophe appelée « envoi » parce qu'il commence par une adresse au dédicataire (le plus souvent « Prince » qui désigne souvent le président du concours de poésie ou « puy ».).

La structure de la ballade a évolué du au siècle, aussi bien dans la présence d'un envoi que dans les mètres (entre 5 et 12 syllabes) et dans les types de strophes (le septain est la strophe usuelle avec la disposition ababbcc, par exemple chez Adam de la Halle ou Guillaume de Machaut), la base se réduisant au nombre de strophes (trois couplets) dont le dernier vers est répété pour faire le refrain. La forme se distingue du chant royal et du virelai et se stabilise avec Eustache Deschamps au début du mais les variantes seront toujours nombreuses.

Les strophes et leur refrain sont généralement construites sur les mêmes rimes et la strophe carrée s'est imposée à la fin du avec les prescriptions de Jean Molinet dans son Art de la Rhétorique en 1493 : « Ballade commune doit avoir refrain et trois couplets et l'envoi au prince » et « chaque couplet par rigueur d'examen doit avoir autant de lignes que le refrain contient de syllabes ».. Les structures les plus fréquentes sont la « petite ballade » en huitains d'octosyllabes (exemple : Marot, Ballade de s'amie bien belle) et la « grande ballade » en dizains de décasyllabes (Villon, Ballade des Pendus) mais les variantes demeurent assez nombreuses tout au long de la période, par exemple Charles d'Orléans dans En regardant vers le païs de France utilise des décasyllabes et des septains disposés ababbcc).

Dans la strophe, les quatre premiers vers constituent en général un ensemble construit sur des rimes croisées (abab). Communément, pour le huitain, la strophe fonctionne sur trois rimes et la suite de la strophe reprend la rime b dans un ensemble de rimes croisées d'où la structure ababbcbc (exemples : Eustache Deschamps Le chat et les souris , ou Villon Ballade des dames du temps jadis). On rencontre aussi pour le huitain la structure ababbccb avec des rimes embrassées pour le « quatrain » final comme dans la ballade dite « primitive » créée par Guillaume de Machaut. Je maudis l’heure et le temps et le jour (huitains de décasyllabes sans envoi)..

Les dizains sont en général sur quatre rimes avec la structure ababbccdcd : un distique central fait la transition entre les deux quatrains aux rimes croisées (exemples : Eustache Deschamps, Ballade sur le trépas de Bertrand Du Guesclin ou Villon, Ballade des pendus). Là encore des variantes nombreuses existent.

Envoi L'envoi reprend le système de rimes et le refrain des demi-strophes finales : il n'est pas présent à l'origine, c'est Christine de Pisan et Eustache Deschamps qui au en consolident l'emploi qui devient majoritaire par la suite mais non exclusif (par exemple Christine de Pisan elle-même :Ballade XVII ou Villon Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie).