Le rock celtique est un genre de folk rock auquel sont incorporés des éléments de musiques celtiques. Cette fusion celtique intègre l'instrumentation et les thèmes dans un contexte « rock ». Il se développe réellement à partir des années 1970, et peut être considéré comme un fondement essentiel du développement des groupes traditionnels celtiques à grand succès et des artistes musicaux populaires, ainsi que la création d'importants dérivés à travers d'autres . Il joue un rôle majeur dans le maintien et la définition des identités régionales ou nationales et permet de favoriser une culture interceltique. Il a également aidé ces cultures à s'adresser à un public extérieur.

Caractéristiques vignette|Red Hot Chilli Pipers Le rock celtique est un style musical hybride des formes musicales traditionnelles irlandaises, bretonnes ou écossaises associées à la musique rock. Ceci peut être réalisé : par le jeu de la musique traditionnelle, en particulier des ballades, des jigs, des reels, plinn, avec une instrumentation rock ; par l'ajout d'instruments traditionnels celtiques, y compris la harpe celtique, les cornemuses (Great Highland Bagpipe, biniou, uilleann pipes, border pipe), la bombarde, le violon (fiddle), le bodhrán, l'accordéon (diatonique), les flûtes (traversière en bois, tin whistle), le concertina, le bouzouki, les clarinettes, aux formats conventionnels du rock ; par l'utilisation de paroles en langues celtiques ou dialectes et par l'utilisation de rythmes traditionnels et des cadences autres que dans la musique rock conventionnelle.

Tout comme la validité du terme celtique en général et la contestation d'une étiquette musical, le terme de rock celtique ne peut pas être pris pour signifier une culture musicale celtique unifiée entre les nations celtes. Toutefois, le terme reste un moyen utile de décrire la propagation, l'adaptation et le développement de la forme musicale dans des contextes différents, mais liés. Par exemple, à partir des années 1970, les jeunes musiciens bretons ont éprouvé une attirance « pour la virtuosité qui s'exprimait en musique irlandaise, à une époque où la musique bretonne, dans ses formes instrumentales, l'était beaucoup moins, notamment au violon, où ne subsistaient que les traces d'une culture musicale qui avait sûrement été plus dynamique » témoigne Erik Marchand.. De nouveaux instruments sont introduits en Bretagne : la flûte traversière en bois, le bouzouki, le banjo ainsi que la guitare, folk (en accordage ouvert par exemple) puis électrique (en se rapprochant du rock anglo-saxon)..

Histoire Le rock celtique se développe à partir de la scène folk electric (origine anglaise). Dès le début des années 1960, Bob Dylan joue du folk . La première utilisation du terme écrit peut provenir du chanteur écossais Donovan pour décrire le folk rock qu'il crée pour son album en 1970, qui lui-même présente une chanson nommée .. Toutefois, l'absence claire d'éléments celtiques aux compositions signifie que même si le nom est pris ici, ce n'est pas le premier exemple d'un genre qui était en développement. Le groupe anglais East of Eden tentera une approche rock progressif en 1971 avec , ce à quoi Alan Stivell cherche à aboutir en France. La world music se développera en fin de millénaire, avec des précurseurs comme Alan Stivell ou Peter Gabriel du groupe Genesis et des projets fédérateurs comme l'Héritage des Celtes ou Riverdance en Irlande.

France vignette|gauche|Alan Stivell.

En France et en Bretagne, le précurseur de ce style est Alan Stivell, à l'origine du renouveau culturel breton des années 1970 et principal promoteur de la harpe celtique. À 21 ans, il crée un groupe folk celtique avec le bagad Bleimor. Dès la fin des années 1960, il marie musique traditionnelle bretonne, irlandaise, écossaise ou galloise en y introduisant des rythmes et des instruments propres au rock comme la guitare électriqueArmel Morgant, La musique bretonne : Les groupes à danser, L'anthologie vol. 1, 2005, Coop Breizh, p. 7, Historique des groupes, consulté le 25 mars 2012.. Cette modernisation déjà présente sur son premier album Reflets qui paraît en 1970 va marquer le coup d’envoi d’un phénomène qui va révolutionner la BretagneY Guilloux, Le triskell et l'écharpe: la transceltique d'un maire breton, Éditions Cheminements, 2004 : L'innovateur celte Cochevelou/Stivell, p. 177 à 179 : « apport exceptionnel et polyvalent [...] à l'évolution de la musique celtique contemporaine et probablement de la musique tout court. [...] Elle exprime d'abord, et magnifiquement, le sens permanent d'adaptation du Celte, aujourd'hui comme hier, à la situation où il se trouve, aux moyens dont il dispose et dans l'institution où il est plongé, mais ceci dans la fidélité aux racines. ». Il le fait de manière plus marquée à partir de 1971 avec le titre puis, en 1972 et 1973 respectivement, avec certains titres des albums suivants À l'Olympia et Chemins de terre. Ce dernier comprend notamment un titre rock sans racine traditionnelle, une composition nouvelle mais chantée en breton : Brezhoneg 'Raok, véritable manifeste en faveur de la langue bretonne. C'est encore une première fois : avec ce titre, il redonne à sa langue minoritaire une expression publique. De par sa connaissance de la musique celtique, de la musique folk et du rock anglo-saxon, il innove musicalement en créant des compositions nouvelles avec des arrangements uniques. De par ses métissages, il sera l'un des précurseurs de la world musicY Guilloux, Le triskell et l'écharpe: la transceltique d'un maire breton, Editions Cheminements, 2004 : « Par son entremise, la musique bretonne, tout en s'élargissant aux autres musiques celtes, est devenue une grande orchestration, premier petit pas vers l'ouverture au monde et ce qui deviendra donc la world music... », consulté le 25 mars 2012..

vignette|redresse|Dan Ar Braz et L'Héritage des Celtes Cette tentative de panceltisme des musiques folk a eu un impact considérable en France et dans les pays celtes (Pays de Galles, Cornouailles) mais aussi en Europe et jusqu'aux États-Unis. Alan Stivell a largement contribué à promouvoir le genre folk rock celtique ou pop celtique, aussi bien en Bretagne ou sur les scènes parisiennes que dans ses grandes tournées dans le monde (Jazz é Breizh, Tro Ar Bed), comme Brenda Wootton en Cornouailles avec un folk rock celtique métissé ; elle fera de même découvrir le breton à un large public avec la chanson bretonne An Tour Dantelezet dédiée à saint Pol de Léon. Cela favorise l'émergence de nouvelles créations. Tout au long de sa discographie, certains titres sont clairement rock celtique. Ce fut d'ailleurs pour lui un rêve d'enfanceRégis Le Sommier, Alan Stivell, le druide de la musique celtique, Paris Match, 25 novembre 2009, consulté le 25 mars 2012.. Puis il essayera de mêler aux sonorités bretonnes des influences électro ou hip-hop (Légende en 1983, 1 Douar en 1998, Explore en 2006), ce que fait Denez Prigent avec la gwerz par exemple. Il était accompagné dans les années 1970 par les guitaristes Dan Ar Braz et Gabriel Yacoub. Yacoub a formé Malicorne en 1973, l'un des groupes folk qui a rencontré le plus de succès en France. S'inscrivant dans le renouveau celtique, Dan Ar Braz mènera une belle carrière solo et rencontrera enfin le succès commercial et populaire à partir de 1993 avec l'Héritage des Celtes, grand rassemblement fédérateur dont il a été à l'origine. La Bretagne et Alan Stivell notamment ont largement répandu la notion d'interceltismeE. Debaussart, Les musiques celtiques, Librio Musique, 1999, p. 14, consulté le 25 mars 2012..

vignette|gauche|Tri Yann Probablement le plus connu et certainement le groupe folk électrique le plus durable en France, Tri Yann s'est formé en 1969 et travaille toujours en studio et sur scène bien que l'un des "trois Jean" ait disparu en 2021. Il a très tôt ajouté à la musique traditionnelle des instruments (guitares, basse, batterie). Au début des années 1970 sont fondés vers Carhaix les Diaouled Ar Menez, vers Quimper les Sonerien Du et vers Brest les Bleizi Ruz, trois groupes illustrant le fest-noz moderne. Le groupe Storlok, fondé en 1976 par Denez Abernot et Bernez Tangi dans le Léon, est l'un des groupes pionniers du rock en bretonTangi Kermarec, 30 ans de rock en breton, ArMen, 2009, consulté le 25 mars 2012.. À noter aussi le succès du groupe Gwendal avec leur premier album paru en 1974. Dans les années 1980, malgré une baisse d'intérêt pour le folk, la musique retourne à l'essentiel avec les groupes de fest-noz novateurs comme Kornog, Gwerz ou Barzaz. Le rocker nationaliste de Morlaix Georges Jouin jouait un rock'n'roll tel Eddy Mitchell mais en langue bretonne. La fin de la décennie voit apparaître à Nantes le groupe breton-finnois EV et son rock en breton, le chanteur Gweltaz-Thierry Adeux souhaitant préciser l'étiquette celtique : Ce sera le début d'une période à forte créativité, marquée par les mélanges, expériences, fusions, découvertes, et échanges..

vignette|droite|Red Cardell et le Bagad Kemper. Dans les années 1990, les groupes Glaz, Forzh Penaos, Hastañ, New Dazont ou Kad renouvellent la musique traditionnelle bretonne grâce aux univers propres de leurs membres. Dès 1989, Penfleps mêle rock, danses bretonnes et musique arabo-andalouse, et à sa dissolution en 1992, il donne naissance aux groupes Red Cardell et Taÿfa, exemple original d'une fusion de la musique bretonne avec la musique berbère. Mais le groupe qui sonne le renouveau du fest-noz est Ar Re Yaouank (« les jeunes », dont Les Frères Guichen), jonction entre une audience traditionnelle et un . Arkàn, fondé en 1995 par Pascal Lamour et Eric Trochu (Complot Bronswick), est l'un des premiers groupes de fest-noz à marier musiques électroniques et musiques traditionnelles du monde, afin d’amener la danse à une forme de trans musicale, avec des textes en anglais, breton, sanskrit. On peut citer également les artistes majeurs que sont Soldat Louis, Red Cardell ou Gérard JaffrèsK. C., Rock celtique: mélange de tradition et de modernité, Le Télégramme, 23 août 2011, consulté le 25 mars 2012.. Des bagadoù pratiquent une ouverture à d'autres univers comme le bagad Kemper, bagad Bro Kemperle, bagad Saint-Nazaire, bagad Roñsed-Mor (dirigé par André Le Meut), bagad Brieg, bagad Konk Kerne, Kevrenn Alré (dirigé par Roland Becker)...

vignette|gauche|Soldat Louis Après une longue carrière, dont un passage dans le groupe Fairport Convention en 1976, Dan Ar Braz forme le groupe inter-celtique l'Héritage des Celtes en 1993, réussissant à atteindre le succès grand public en France (2 Victoires de la musique, Eurovision 96, Paris-Bercy, Stade de France...)Benjamin Locoge, Le grand air de la mer, Paris Match, 6 août 2010. L'album Again d'Alan Stivell sorti la même année relance la musique celtiqueRoland Becker et Laure Le Gurun, La musique bretonne, Coop Breizh, 1994, 119 p.. Le groupe parisien Stone Age se forme. À la fin des années 1990, le rock celtique des lorientais d'Armens, des brestois de Matmatah (La Ouache) et de Merzhin ainsi que le rap celtique de Manau font des merveilles dans le monde de la musique en France. Roland Becker, qui faisait partie des premiers groupes d'Alan Stivell, invente un : sonneur très jeune du Bagad d’Auray, il est attiré par le jazz, se rendant compte que le jazz et la musique traditionnelle bretonne partageaient en quelque sorte la même histoireBiographie de Roland Becker, site Gwerz, « L’idée d’un « jazz celtique » germe alors, il existe bien le rock celtique avec Alan Stivell et Dan Ar Braz… », consulté le 25 mars 2012.. Jacques Pellen crée en 1990 Celtic Procession, des albums et tournées dans ce genre musical et les frères Boclé et leur groupe Keltic Tales poursuivent dans cette voie avec l'aide de Ronan Le Bars.vignette|Interviewé au Salon Music&You de Paris en 2010, Pat O'May évoque Alan Simon et l'aspect très fédérateur de son opéra-rock Anne de Bretagne.