La diaspora chinoise en France est une communauté regroupant des personnes dont les ancêtres sont chinois et ont émigré en France, qui comprend largement à la fois des personnes originaires directement de Chine ou des personnes de culture chinoise, principalement de l'ethnie Han, vivant hors de Chine lors de leur émigration (notamment de l'Asie du Sud-Est).

Cette immigration très hétérogène est formée par plusieurs vagues successives de migrants venus à différentes époques et pour des raisons diverses. Il serait à ce titre plus exact de parler de communautés au pluriel.

Généralités

Lieux d'origines En France métropolitaine, on distingue trois principales communautés chinoises issues d'immigration : les Wenzhou (de la ville de Wenzhou, Zhejiang en Chine), dont les premiers sont arrivés en France pendant la Première Guerre mondiale ; les Chaozhou ou Teochew (ils ont pour lointaine origine la ville de Chaozhou, province du Guangdong en Chine, ceux de France, viennent principalement, dans les années 1970, de communautés de Chaozhou ayant vécu pendant plusieurs générations en Indochine) ; les Dongbei (de la région Dongbei, signifiant Nord-Est en chinois, regroupant les trois provinces du Heilongjiang, Jilin et Liaoning), des communautés arrivées plus tardivement.

Population Selon certaines estimations il y aurait entre personnes pour la diaspora chinoise en France, qui serait ainsi la plus importante d'Europe.

L'Insee en France donne des chiffres sur le pays de naissance. En 2018, on recense personnes nées en République populaire de ChineRépartition des immigrés par groupe de pays de naissance en 2018, INSEE, 25 juin 2019 ainsi que descendants directs d'au moins un parent né en Chine, soit au totalOrigine géographique des descendants d’immigrés Données annuelles 2018, INSEE, 19 juillet 2019.

Ces chiffres sont indicatifs : en France, seule la nationalité des personnes et le pays de naissance sont recensés, pas leur origine « ethnique »..

Présence

Région parisienne vignette|Lune de miel, dans le quartier chinois de Belleville. vignette|McDonald's à Porte de Choisy, dans le arrondissement de Paris, avec le nom écrit en chinois simplifié. Paris et sa région possèdent plusieurs quartiers d'implantation de populations chinoises :

arrondissement, Paris : le quartier du Temple et le quartier des Arts-et-Métiers sont les plus anciens quartiers chinois de Paris, avec l'ancien îlot Chalon, près de la gare de Lyon, aujourd'hui détruit et réaménagé, une plaque rue Chrétien-de-Troyes, commémore ce quartier et ces migrants. arrondissement, Paris : à la fin des années 1970, des immigrés chinois venus d'Indochine rejoignent le triangle de Choisy (compris entre l'avenue de Choisy, l'avenue d'Ivry et le boulevard Masséna). Ce « quartier chinois » s'étend désormais au sud sur les communes d'Ivry et de Vitry. Aujourd'hui, ce quartier est identifié comme étant le « Chinatown » de Paris, même si son influence culturelle tend davantage à être sud-est asiatique. arrondissement, Paris : des Chinois de Chine continentale, notamment de Wenzhou, se sont ensuite installés à Belleville et à Crimée. Marne-la-Vallée, Seine-et-Marne (77) : La plus grande communauté chinoise en France hors de Paris se trouve à Marne-la-Vallée. Seine-St-Denis (93) : Une importante communauté vit également au nord de Paris (Aubervilliers (triangle d’or des grossistes du textile), Saint-Denis, Sarcelles et Villeneuve-la-GarenneLa Chine et les Chinois de la diaspora, Jean-François Doulet, Marie-Anne Gervais-Lambony, Atlande, 2000, pages 223-224.).

Province Hors d’Île-de-France, les seules communautés chinoises véritablement constituées sont dans l'agglomération de Lyon, de Lille, et celle de Marseille.

Outre-mer

Une forte immigration chinoise vers les régions d'outre-mer françaises a eu lieu avant même vers la métropole, en lien avec l'engagisme notamment. Ces premières migrations sont aujourd'hui en partie assimilées aux populations locales.

Histoire Sous la dynastie Yuan Le moine nestorien Rabban Bar Sauma, originaire de Pékin, se rend en Europe en 1287 en tant qu’ambassadeur du khan Arghoun et rencontre le roi de France Philippe le Bel à Paris et le roi d’Angleterre Édouard à Bordeaux.

Au À cette époque, les Chinois sont soumis à une interdiction de sortie du territoire ; rares sont ceux qui quittent le pays. Les premiers Chinois connus qui se sont rendus en France sont Shen Fuzong, qui accompagnait un procureur jésuite et a été présenté à Louis XIV en 1684 ; et Arcade Huang, qui a travaillé au premier lexique chinois-français Dominique Lelièvre, Voyageurs chinois à la découverte du monde: de l'Antiquité au , page 324, Éditions Olizane, 2004 - 472 pages..

Avant la Première Guerre mondiale À la suite de l’ouverture en 1876 du port de Wenzhou au commerce international, on voit apparaître dans les rues de Paris des colporteurs chinois originaires de cette région, la première communauté chinoise qui s'implante en France. Elle écoule à pied ou à vélo les marchandises de la province du Zhejiang, notamment des objets sculptés en pierre de Qingtian par Véronique Poisson, docteure en sciences sociales à l'EHESS, 2005, dans la revue ..

Le recensement de 1911 comptabilisait en France 283 Chinois. La micro-société chinoise parisienne de la Belle Époque (1900-1914) était très composite : étudiants, journalistes, intellectuels anarchistes, et déjà quelques marchands de produits chinois, des manucures, deux ou trois restaurateurs. Hors de Paris, il y a des ouvriers, comme à Dieppe (soie artificielle) ou à Colombes (huile de soja).

Première Guerre mondiale et travailleurs sous contrat

thumb|Le cimetière chinois de Nolette.

En 1916-1917, durant la Première Guerre mondiale, la France et le Royaume-Uni connaissent de graves problèmes de logistique, et décident d'engager respectivement. Dossier spécial « Chinois de France », coordonné par Véronique Poisson. 35 000 et , afin de contribuer à l’effort de guerre. Le , un traité est ainsi signé entre la France et le gouvernement chinois, alors dirigé par Duan Qirui, qui s'engage à fournir des coolies (désignés ) pour participer à des tâches non-militaires (la Chine ne voulant pas entrer en guerre contre l'Allemagne) ; ceci fait contraste avec les Annamites venant des colonies d'Indochine, recrutés dès 1915. Le , le Royaume-Uni emboîte le pas à la France.

Le recrutement doit se faire initialement dans le nord de la Chine, car, pensait-on, les Chinois du Nord s’acclimateraient plus facilement aux rigueurs de l'hiver. Le , le lieutenant-colonel Georges Truptil, retraité de l'infanterie coloniale, part pour Pékin, et fait signer à de jeunes coolies illettrés des contrats de travail de 5 ans. Ces jeunes paysans robustes comptent bien faire fortune, mais ne savent même pas que la guerre sévit sur le continent européen. Le recrutement, commencé dans le Nord, se fera finalement pour une grande part dans le Sud, autour de la ville de Wenzhou., en raison des difficultés de recrutement. L'objectif initial de requis ne sera jamais atteint.

Des tâches éprouvantes leur seront confiées, page 90., principalement des travaux de terrassement, de réfection des routes et des chemins de fer, de nettoyage des champs de bataille, ou de manutention dans les ports - toutes opérations primordiales pour soutenir la logistique militaireLive Yu-Sion, La Diaspora chinoise en France : Immigration, activités socio-économiques, pratiques socio-culturelles, Thèse de doctorat, EHESS, Paris, 1991..

La rudesse des conditions de vie des ouvriers chinois provoque de nombreux conflits entre ces derniers et les autorités françaises. Les coolies, installés dans des camps de travail (principalement à Blangy-sur-Bresle au lieu-dit "les tranchées", à Saigneville et dans la forêt de Crécy), ne peuvent même pas en sortir, car il leur est interdit d'entrer en contact avec la population. Mal nourris, mal chauffés, de nombreux ouvriers ne recevront jamais réellement leur salaire ( par jour pour ceux recrutés par l'armée anglaise, par les Français, qui leur donnent le statut d'indigène civil mais pratiquent de nombreuses retenues sur salaire), bien que la CGT défende leurs droits, voulant éviter un dumping socialLa Grande Guerre des célestes..

En outre, alors que, selon leurs contrats, ils ne devaient pas se trouver sur la ligne de front, près de se trouveront exposés aux combats sur le front de l'Est, à la demande de Foch qui les met à la disposition du corps expéditionnaire américain en : non-armés, ils creusent des tranchées, réparent les barbelés, etc. Vingt mille Chinois trouveront ainsi la mort en Europe, plus de 800 d'entre eux étant enterrés au cimetière chinois de Nolette, à Noyelles-sur-Mer dans la Somme ; plusieurs recevront la Médaille commémorative de la guerre 1914-1918.

On estime que à d’entre eux sont restés en France après la guerre. Ils sont recrutés par l'industrie et, particulièrement, par les usines Louis Renault de Boulogne-Billancourt et les usines Panhard et Levassor, formant ainsi le tout premier noyau de la communauté asiatique françaiseLive Yu-Sion, Chinois de France : un siècle de présence de 1900 à nos jours, Ed. Mémoire Collective, 1994.. À Paris, ils s'installent alors près de la gare de Lyon, puis dans le .

L’entre-deux-guerres

La population chinoise commence à s’installer durablement en France après la Première Guerre mondiale. On retrouve une communauté chinoise durant l’entre-deux-guerres, regroupée dans certains lieux précis de Paris : vignette|Plaque commémorative de l'ancien îlot Chalon, rue Chrétien-de-Troyes. Quartier des Arts-et-Métiers () : les Chinois anciens combattants originaires de la région de Wenzhou s’installent près du Conservatoire national des arts et métiers, auprès des premiers compatriotes installés avant-guerre, se spécialisant notamment dans la maroquinerie et la confection. Alentours de la Madeleine ( / ) : marchands d’objets de luxe (vaisselles, meubles, céramiques, laques…). Ils sont majoritairement originaires du Zhejiang et Jiangxi, et une partie de leur famille formait souvent, à Shanghai, une élite de marchands. Alentours de la Gare de Lyon (et notamment l'îlot Chalon, aujourd'hui détruit) () : boutiques de chinoiseries (services à thé, éventails, colliers en perles artificielles…), ouvertes par d’anciens ouvriers recrutés en 1916 pour pallier les départs au front. Après les hostilités, ils refusent de repartir, et échappent aux contrôles policiers, parvenant à s’installer sur place. Faubourg-Saint-Honoré, Opéra, Madeleine… (rive droite) : pédicurie. Une vingtaine d’établissements ont été ouverts par des Hokkiens, mais surtout par des Chinois originaires du Hebei et du Shandong.

Le et les alentours de la Gare de Lyon fixent les colporteurs de chinoiseries qui vendent sur les marchés ou en porte-à-porte, activité qui cesse à la fin de l’entre-deux-guerres.

Mouvement d’études et travail en France

Entre 1919 et 1921, étudiants arrivent en France, étudiants pauvres qui travailleront afin de payer leurs études. Certains des participants de ce mouvement seront notamment des membres importants du Parti communiste chinois, comme Zhou Enlai (Premier ministre de 1949 à 1976) et Deng Xiaoping (président de la Commission consultative du Parti communiste chinois de 1982 à 1987). Sur les 2000 Chinois venus en France jusqu'en 1927, 400 passèrent par Montargis..

Après la Seconde Guerre mondiale

En 1949, la fermeture des frontières empêche la migration des Wenzhou jusqu’en 1978. On estime la population d’origine chinoise à jusqu’aux années 1970.

Migration d'Asie du Sud-Est thumb|Nouvel an chinois à Paris ( arr.), 2015. thumb|Défilé du nouvel an chinois dans le arrondissement de Paris, 2013. L’après-guerre verra plusieurs vagues de migration venant d’Asie du Sud-Est dont la plus importante viendra dans les années 1970, pendant et après la guerre du Viêt Nam.