De l'inégalité parmi les sociétés : Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire (Littéralement, « Fusils, microbes et acier : le sort des sociétés humaines ». Titre alternatif : Guns, Germs and Steel: A Short History of Everybody for the Last 13,000 Years.) est un essai du géographe et biologiste américain Jared Diamond paru en 1997. Il explique les trajectoires très diverses de l'histoire de l'humanité sur chaque continent par la géographie des plaques continentales et par le hasard de la répartition initiale des espèces de faune et de flore.
L'orientation d'est en ouest de la plaque eurasienne d'une part, sa dotation initiale en plantes cultivables et animaux domesticables de l'autre, sont les deux facteurs ultimes qui permettront aux Européens de construire les navires et les fusils qui leur serviront à explorer et conquérir le monde. Cette chaîne de causalité comporte plusieurs maillons rigoureusement présentés et analysés par l'auteur, les deux plus importants d'entre eux étant la domestication de grands mammifères et la culture des céréales : cette étape servira en effet de soubassement au développement de la vie en villages, puis à la création des métiers dits « non productifs » et à la spécialisation grandissante des sociétés ; elle sera aussi à l'origine de l'adaptation des peuples eurasiens, par sélection naturelle, aux virus issus des animaux qu'ils auront domestiqués, une « opportunité » qui leur donnera un avantage décisif sur leurs cousins d'Amérique, peu préparés à prendre de plein fouet germes et fusils.
Cet essai a valu à Diamond le prix Pulitzer 1998 pour le meilleur ouvrage général hors fiction. En 2005, le livre a été adapté en un film documentaire en 3 parties de 55 minutes, produit par National Geographic Society, et diffusé sur les chaînes américaines du réseau PBS. Ces documentaires ont été diffusés en français sur Arte en , sous le titre Un monde de conquêtes.
Résumé de la thèse de l'auteur À partir de la « question de » , un homme politique de Papouasie-Nouvelle-Guinée (pourquoi les Européens ont-ils colonisé les autres peuples et non l'inverse ?), l'auteur retrace l'histoire des sociétés humaines, entamée il y a au Néolithique en Eurasie. Les sociétés occidentales qui ont leurs racines dans le Croissant fertile doivent leur richesse à plusieurs hasards de circonstance liés à la présence de mammifères et de plantes domesticables..
vignette|L'orientation des axes continentaux telle que décrite par Jared Diamond dans De l'inégalité parmi les sociétés.
L'Eurasie est à la fois le plus vaste des continents mais aussi le seul dont l'axe dominant soit est-ouest. Sans grande barrière écologique de l'Atlantique à la mer de Chine, de nombreux grands mammifères ont pu y proliférer. Mais, contrairement aux grands mammifères des quatre autres continents qui furent rapidement exterminés par les sociétés de chasseurs, ceux de la plaque eurasienne ont su s'adapter, voire s'habituer, au cours de plusieurs millénaires à la présence humaine. Finalement, treize des quatorze grands mammifères domestiqués par l'humain moderne sont d'origine eurasienne, notamment cinq d'entre eux appelés à connaître une répartition mondiale : le mouton, la chèvre, le cheval, le porc et la vache.
Dans le domaine végétal, l'Eurasie était mieux dotée que les autres continents en plantes domesticables à grosses graines, notamment des céréales comme le blé et l'orge, et en légumineuses, source de protéines, comme le pois. La présence de telles plantes serait due à un environnement tempéré aux saisons bien marquées.
Ce « bagage » initial favorable a permis l'apparition de l'agriculture et de société de producteurs, et non plus de chasseurs-cueilleurs. Cela a permis une augmentation de la production alimentaire et donc des populations. Les humains eurent aussi plus de temps à consacrer à l'artisanat, l'industrie, l'innovation, la politique, la culture. Ils se sont organisés en sociétés hiérarchisées, avec une division du travail croissante rendue encore plus poussée grâce à l'écriture. Toutes ces conditions étaient réunies dans le croissant fertile.
Ces modes de vie n'étaient pas (encore) développés plus à l'ouest, faute des conditions requises, mais ils s'y sont facilement propagés, car il n'y a pas de barrières écologiques majeures. Ces innovations ont donc survécu à l'effondrement des sociétés sumériennes, probablement pour des raisons environnementales (déforestation et salinisation des sols provoquée par l'agriculture).
Le bétail transmet aux humains des maladies (variole, peste, tuberculose) ; les densités de population élevées et la grande masse d'habitants en Eurasie permettent l'évolution de microbes pathogènes de masse, qui ne pourraient survivre dans des populations trop réduites à cause de l'immunité persistant longtemps (rougeole, rubéole, grippe…) Les survivants de chaque épidémie transmettent leur immunité à leurs descendants, donnant ainsi une considérable "avance" aux occidentaux dans la résistance à ces maladies. Les autres peuples seront eux victimes des germes apportés lors des grandes découvertes ; notamment en Amérique avec l'échange colombien, où des taux de mortalité de 95 % sont observés, rayant de la carte les villes d'Indiens de la vallée du Mississippi, minant les structures administratives et le moral des empires aztèques et incas juste avant les expéditions espagnoles de Cortés et Pizarro. En sens inverse, les maladies endémiques causent des pertes importantes chez les conquistadors, mais ne se diffusent pas vers leur métropole, qui peut continuer à envoyer des renforts.
La population nombreuse permet l'émergence de structures étatiques fortes, capables de nourrir des spécialistes : lettrés qui font tourner l'administration, soldats, artisans (potiers, menuisiers, forgerons, tailleurs de pierre…) La diversité permet l'émergence, la diffusion et la combinaison d'innovations techniques, dont celles qui fourniront les véhicules (chariot, navires) et les armes (cuivre, bronze, fer, acier, armes à feu, rapports et informations écrites) de la conquête.
À ce stade la civilisation chinoise est en avance technique sur l'Europe occidentale, mais d'un côté (en Chine) la géographie permet une unification complète et réduit la menace militaire des voisins, tandis que de l'autre (en Europe) elle permet le maintien d'états rivaux et en concurrence. Cette concurrence pousse à l'innovation : armement, navigation. Les occidentaux explorent les autres continents, où les populations n'ayant pas bénéficié d'autant de facteurs « favorables » sont restées à l'état de chasseurs-cueilleurs, ou de sociétés moins armées.
Travaux antérieurs
Comme il l'affirme lui-même, Jared Diamond écrit une synthèse de nombreux travaux et de nombreuses idées qui ne sont pas initialement de lui. La quasi-absence de gros animaux domesticables en Amérique et les différences de végétation entre Amérique et Eurasie était par exemple déjà citée comme cause de la différence de développement des habitants de ces deux masses continentales dès le début du XX siècle, à lire en anglais sur marxists.org : Fundamental Problems of Marxism.. L'importance du déterminisme géographique sur le devenir à long terme des sociétés était affirmée par Karl Marx dès le XIX siècle. La domestication des animaux est avancée par William H. McNeill dès 1967 comme source de nombreuses maladies infectieuses touchant l'humain, accès libre..
Plan de l'ouvrage Prologue : « La question de Yali » Les occidentaux dominent le monde, mais pourquoi eux plutôt que les habitants de Papouasie-Nouvelle-Guinée (dont fait partie celui qui pose la question, Yali) ? La réponse évidente est que c'est grâce au "cargo" (désignation indigène de l'ensemble des objets techniques occidentaux), mais elle ne fait que conduire à une autre question : pourquoi le cargo est-il originaire de là-bas plutôt que d'ici ? Or il est bien évident pour l'auteur que ce n'est pas une question d'intelligence ou de moralité, manifestement les habitants de Papouasie-Nouvelle-Guinée sont autant (et même mieux) dotés de ce point de vue que l'occidental moyen ; ceci pouvant être expliqué d'un point de vue évolutif par le fait qu'un Européen a connu une sélection naturelle par la résistance aux maladies, ce dont n'avaient pas autant besoin les Papous. Il faut chercher ailleurs.
Première partie : « De l'Éden à Cajamarca » Chapitre 1 : « Sur la ligne de départ » L'essor de l'Eurasie par rapport aux autres régions du monde commence à la fin de la dernière ère glaciaire. Pourtant si l'on se place en observateur extérieur à cette époque, il serait difficile de prévoir ce résultat. En effet les habitants des autres continents ont aussi de sérieux atouts.
L'Afrique est le berceau de l'humanité, c'est le continent qui est occupé depuis le plus longtemps et donc celui au sein duquel l'humain a eu le plus de temps pour s'habituer à son environnement. De plus c'est le continent sur lequel les êtres humains ont la plus grande diversité génétique ce qui rend les populations plus résistantes, notamment aux maladies.
L'Amérique est le continent qui a été atteint le plus récemment par l'humanité. C'est aussi celui dont le peuplement a été le plus rapide (quelques millénaires pour occuper les terres de la Béringie à la Terre de Feu), signe d'une grande adaptabilité à un nouvel environnement.
L'Australie et la Nouvelle-Guinée sont peuplées depuis près de . Leurs premiers occupants sont arrivés depuis l'Asie du Sud-Est en bateau (même lorsqu'il était au plus bas, le niveau des mers ne permettait pas de traverser les différents bras de mer à pied sec ; les plus larges faisant plusieurs dizaines de kilomètres ce qui implique que toutes les étapes de la traversée ne sont pas inter-visibles). À titre de comparaison, la Sardaigne n'est peuplée de façon certaine que vers et l'expansion austronésienne commence en Les habitants d'Australie et de Nouvelle-Guinée ont donc été avant cette époque les peuples les plus avancés technologiquement dans le monde.
Pourtant malgré tous ces avantages, c'est en Eurasie que sont nés les fusils et l'acier qui ont permis la conquête de ces autres peuples. Reste donc à voir pourquoi ce fut en Eurasie et non ailleurs.
Chapitre 2 : « Une expérience naturelle en histoire » Avant d'étudier l'influence de la géographie sur l'ensemble du monde, l'influence de l'environnement est étudiée dans une zone plus restreinte pour vérifier la plausibilité et l'intérêt de la théorie. L'étude porte alors sur les peuples polynésiens et commence en particulier par une étude des Îles Chatham. Celles-ci ont été peuplées à la suite de la Nouvelle-Zélande vers l'an 1000 par des migrants maoris : à la base il s'agit donc des mêmes peuples. Pourtant dans les années 1830, lorsque les maoris redécouvrent l'île et l'envahissent il s'ensuit un massacre quasi total des morioris. L'explication avancée est que la Nouvelle-Zélande est très étendue et que son climat permet l'agriculture sur une partie de son territoire, ce qui a permis le développement d'une structure de clans et d'un tempérament belliqueux. Les îles Chatham quant à elles sont petites et le climat y est trop rude pour permettre l'agriculture, et de plus les îles sont très isolées dans le Pacifique Sud. Ses habitants ont donc dû revenir à un état de chasseurs-cueilleurs, et le caractère limité des ressources a conduit à un comportement pacifique des moriori pendant plusieurs siècles. Lorsqu'ils furent envahis, ils ne résistèrent pas et furent massacrés.
L'environnement plus clément des îles Tonga et d'Hawaï est ensuite avancé comme explication du développement de l'empire Tuʻi Tonga et du royaume d'Hawaï en tant que sociétés centralisées.
Chapitre 3 : « Collision à Cajamarca »