Les préférences sexuelles correspondent au développement, en raison des expériences sexuelles vécues au cours de la vie, de préférences pour certaines activités et caractéristiques : baiser, coït vaginal ou anal, fellation… ; les positions sexuelles, l'utilisation de certains jouets sexuels ; le genre, l'âge et le nombre de(s) partenaire(s) ; les lieux et l'heure de l'activité sexuelle

Chez les mammifères non-primates (rongeurs, canidés, félidés, bovidés, équidés…), il existe des processus neurobiologiques spécifiques et des caractéristiques particulières qui sont à l'origine de l'apparition de préférences pour certains partenaires. Chez les hominidés (être humain, chimpanzé, bonobo, orang outan, gorille), en raison de l'évolution de plusieurs facteurs biologiques majeurs (hormones, phéromones, réflexes copulatoires, cognition…) du comportement sexuel, il se forme surtout des préférences sexuelles.

Chez les animaux qui ont un système nerveux très simple, comme les insectes, il n'existe pas de préférences sexuelles.

Neurobiologie des préférences sexuelles Chez les mammifères non-primates, plusieurs processus neurobiologiques et situations spécifiques sont à l'origine de préférences pour des partenaires particuliers Henley C.L., Nunez A.A., Clemens L.G. Hormones of choice: the neuroendocrinology of partner preference in animals. Frontiers in Neuroendocrinology, 32(2):146-154, 2011 Sakuma Y. Neural substrates for sexual preference and motivation in the female and male rat. Annals of the New York Academy of Sciences, 1129:55-60, 2008.

Certains processus sont liés à l'activité des circuits olfactifs et/ou du système somatosensoriel : Les conditionnements sexuels sont les principaux processus qui induisent des préférences sexuelles. La stimulation des zones érogènes (surtout le pénis et le clitoris), en particulier durant la copulation, active le système de récompense Matsumoto J., Urakawa S., Hori E., de Araujo M.F., Sakuma Y., Ono T., Nishijo H. Neuronal responses in the nucleus accumbens shell during sexual behavior in male rats. The Journal of Neuroscience, 32(5):1672-1686, 2012 Cibrian-Llanderal T., Tecamachaltzi-Silvaran M., Triana-Del R.R., Pfaus J.G., Manzo J., Coria-Avila G.A. Clitoral stimulation modulates appetitive sexual behavior and facilitates reproduction in rats. Physiology & Behavior, 100(2):148-153, 2010 ce qui induit la formation de préférences pour plusieurs caractéristiques du partenaire sexuel (en particulier les odeurs chez les rongeurs), induisant ainsi une préférence pour le partenaire de copulation. Chez des souris proches de celles vivant en milieu naturel (et donc différentes des souches sélectionnées pour être utilisées en laboratoire), des chercheurs ont identifié une phéromone, la darcin, qui est libérée dans les urines du mâle avec d'autres molécules odorantes de ce mâle. Quand une femelle entre en contact avec cette phéromone, la darcin provoque la mémorisation des odeurs contenue dans cette urine, et ensuite la femelle n'est plus excitée que par ces odeurs. Avant le contact avec la darcin, la femelle peut être attirée par tous les mâles, après le contact avec la darcin, la femelle développe une préférence pour un seul mâle Roberts S.A., Simpson D.M., Armstrong S.D., Davidson A.J., Robertson D.H., McLean L., Beynon R.J., Hurst J.L. Darcin: a male pheromone that stimulates female memory and sexual attraction to an individual male's odour. BMC. Biol., 8(1):75, 2010. Chez les espèces sociales ou monogames (renard, chacal, castor, gibbon, siamang…), la combinaison de plusieurs facteurs biologiques qui fonctionnent simultanément (l'ocytocine et/ou l'arginine-vasopressine et leurs nombreux récepteurs, les phéromones, le système de récompense et la copulation) provoquent l'attachement au partenaire sexuel, c'est-à-dire une préférence quasi exclusive pour ce partenaire Young L.J., Wang Z. The neurobiology of pair bonding. Nature Neuroscience, 7(10):1048-1054, 2004. Les chatouilles, chez les jeunes mais pas chez les adultes, induisent des préférences sexuelles pour le partenaire à l'origine de ces stimulations corporelles hédoniques Paredes-Ramos P., Miquel M., Manzo J., Pfaus J.G., Lopez-Meraz M.L., Coria-Avila G.A. Tickling in juvenile but not adult female rats conditions sexual partner preference. Physiology & Behavior, 107(1):17-25, 2012.

D'autres processus sont liés à des situations : Les activités ludiques durant l'enfance induisent, chez les femelles et à l'âge adulte, des préférences sexuelles pour les anciens partenaires de jeux Paredes-Ramos P., Miquel M., Manzo J., Coria-Avila G.A. Juvenile play conditions sexual partner preference in adult female rats. Physiology & Behavior, 104(5):1016-1023, 2011. Ce phénomène dépend également de conditionnements, puisque les activités ludiques procurent des récompenses cérébrales Trezza V., Campolongo P., Vanderschuren L.J. Evaluating the rewarding nature of social interactions in laboratory animals. Dev. Cogn Neurosci., 1(4):444-458, 2011 Vanderschuren L.J., Niesink R.J., van Ree J.M. The neurobiology of social play behavior in rats. Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 21(3):309-326, 1997. Ainsi, les différents types de récompenses somatosensorielles, provoquées par les différentes activités de stimulations du corps (sexuelles et non sexuelles), induisent différents types de préférences qui renforcent les préférences sexuelles.

Évolution des facteurs neurobiologiques

Au cours de l'évolution des rongeurs aux humains, on observe des modifications des facteurs neurobiologiques responsables de la formation des préférences sexuelles.

Chez les hominidés (l'être humain, le Chimpanzé, le Bonobo, l'Orang outan) et le Dauphin, plusieurs facteurs biologiques qui contrôlent la sexualité ont été modifiés. Au cours de l'évolution, l'importance et l'influence des réflexes sexuels (surtout la lordose), des hormonesBUVAT J. : Hormones et comportement sexuel de l'Homme : données physiologiques et physiopathologiques, Contracept. Fertil. Sex., 24/10:767-778, 1996 et des phéromones ZHANG J. , WEBB D. M. Evolutionary deterioration of the vomeronasal pheromone transduction pathway in catarrhine primates, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 100(14):8337-8341, 2003 Nei M., Niimura Y., Nozawa M. The evolution of animal chemosensory receptor gene repertoires: roles of chance and necessity. Nat. Rev. Genet., 9(12):951-963, 2008FOIDART A. , LEGROS J.J. , BALTHAZART J. : Les phéromones humaines : vestige animal ou réalité non reconnue, Revue médicale de Liège, 49/12:662-680, 1994 sur le comportement sexuel a diminué. Au contraire, l'importance de la cognition et des récompenses cérébrales est devenue majeure.

Chez l'être humain, le but du comportement sexuel n'est pas le coït vaginal, mais la recherche des récompenses / renforcements sexuels (ou plaisirs érotiques) AGMO Anders Elsevier 2007.. Ce plaisir est procuré par la stimulation du corps et des zones érogènes, ainsi que les émotions (système limbique) et le lien relationnel avec le partenaire. Ce comportement, où le plaisir érotique est la conséquence de l'expérimentation sexuelle, recherchée et désirée, est un comportement érotiqueLes distinctions entre "comportement sexuel", "comportement de reproduction" et "comportement érotique" sont expliquées dans les articles Comportement érotique et Comportement de reproduction. Ces expressions ont été proposées par les auteurs Martin Johnson et Barry Everitt dans leur ouvrage Reproduction (De Boeck Université 2001), afin de tenir compte des différences comportementales et neurobiologiques du comportement sexuel entre les espèces. L'ouvrage qui présente le plus de vérifications expérimentales de cette distinction est Functional and dysfunctional sexual behavior du neurobiologiste Anders Agmo.. La reproduction, chez l'être humain, peut être un résultat indirect du comportement érotique. Pour ces raisons, le comportement sexuel humain n'est plus seulement un comportement de reproduction, mais devient un comportement érotique et culturel WUNSCH Serge, Thèse de doctorat sur le comportement sexuel EPHE-Sorbonne, Paris, 2007..

Ainsi, par rapport aux préférences, en raison de ces modifications neurobiologiques chez les hominidés, les systèmes olfactifs deviennent secondaires, tandis que les récompenses somatosensorielles (les plaisirs du corps) et les processus cognitifs deviennent prépondérants dans la formation des préférences sexuelles Wunsch S. Comprendre les origines de la sexualité humaine. Neurosciences, éthologie, anthropologie. L'Esprit du Temps, 2014..

Préférences sexuelles chez l'être humain C'est au cours de ces différentes activités de stimulation du corps, avec soi-même, avec un ou plusieurs partenaires ou avec des objets, que se forment les préférences sexuelles par conditionnements et par apprentissages Pfaus J.G., Kippin T.E., Coria-Avila G.A., Gelez H., Afonso V.M., Ismail N., Parada M. Who, what, where, when (and maybe even why)? How the experience of sexual reward connects sexual desire, preference, and performance. Archives of Sexual Behavior, 41(1):31-62, 2012.. Par exemple, des chercheurs ont montré que des préférences pour des vêtements ou des chaussures sont apprises par conditionnement classique (ou Pavlovien) Rachman S, Sexual fetichism: an experimental analogue, Psychological Record, 16:293-295, 1966. Plus que la quantité, c'est la qualité des expériences érotiques qui est déterminante YATES Alayne. Biologic perspective on early erotic development, Child and Adolescent Psychiatric Clinics of North America, 13(3):479-496, 2004..

Les préférences sexuelles se forment de la même manière que toutes les autres préférences HOLSTEGE G, BANDLER R, SAPER C.B, The emotional motor system, Elsevier 1996 : chaque personne a des préférences alimentaires SAPER CB, CHOU TC, ELMQUIST JK, The need to feed: homeostatic and hedonic control of eating, Neuron, 36:199-211, des préférences musicales, des préférences olfactives ou des préférences pour certaines activités de loisirsBOISACQ-SCHEPENS N, CROMMELINCK M, Neuro-psycho-physiologie du comportement, Masson, , 1996. La préférenciation n'est pas une caractéristique particulière de la sexualité humaine. C'est un phénomène psychologique général.

Les récompenses cérébrales, les conditionnements et les autres formes d'apprentissages sont les processus cérébraux qui sont à l'origine du développement des préférences sexuelles CRAWFORD L. L. , HOLLOWAY Kevin S. , DOMJAN Michael. The nature of sexual reinforcement, J. Exp. Anal. Behav., 60(1):55-66, 1993 PFAUS J. G. , KIPPIN T. E. , CENTENO S. Conditioning and sexual behavior: a review, Hormones and Behavior, 40(2):291-321, 2001 WOODSON James C. Including 'learned sexuality' in the organization of sexual behavior, Neuroscience and Biobehavioral Reviews, 26(1):69-80, 2002.

Chez les hominidés et l'être humain, on commence à identifier des processus et des situations très spécifiques qui induisent ou renforcent des préférences sexuelles : Le cervelet atténue les sensations corporelles produites par autostimulation Blakemore S.J., Wolpert D.M., Frith C.D. Central cancellation of self-produced tickle sensation. Nature Neuroscience, 1(7):635-640, 1998 Blakemore S.J., Wolpert D., Frith C. Why can't you tickle yourself? Neuroreport, 11(11):R11-R16, 2000 Blakemore S.J., Sirigu A. Action prediction in the cerebellum and in the parietal lobe. Exp. Brain Res., 153(2):239-245, 2003. Pour cette raison, la masturbation génère en général des sensations moins intenses qu'une masturbation réciproque avec un partenaire. Ce phénomène cérébral induit une préférence pour les activités sexuelles avec un ou plusieurs partenaires.