La Fondation pour le logement des défavorisés (FLD) ou simplement la Fondation pour le logement, anciennement Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés ou simplement Fondation Abbé-Pierre (FAP) jusqu'en 2025, est une organisation créée en et reconnue d'utilité publique le , qui a pour mission de permettre à toute personne démunie d'accéder à un logement décent et à une vie digne, quels que soient le montant de ses ressources et sa situation sociale.
L’abbé Pierre, son fondateur, en a été le président d’honneur jusqu'à sa mort le .
La fondation pour le Logement des défavorisés finance et accompagne des associations qui luttent contre le mal-logement et l'exclusion. Elle soutient près de neuf cents projets par an, en France et à l'étranger, intervenant principalement dans la construction de logements très sociaux, la lutte contre l'habitat indigne, l'aide et l'accueil des personnes sans abri, le conseil et l'accompagnement juridiques des personnes mal logées, la sensibilisation de l'opinion et l'interpellation des pouvoirs publics.
Elle est présente sur l'ensemble du territoire français au travers de neuf agences régionales, vingt-huit boutiques solidarité (accueils de jour) et quarante et une pension de famille (lieux de vie).
En 2025, après les accusations d'agressions sexuelles et de viols à l'encontre de l'abbé Pierre, la fondation change de nom : la « fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés » devient la « Fondation pour le logement des défavorisés ».
Origine et création
Origine d'un combat
Marie-Joseph Henri Grouès.., né le à Lyon, est le cinquième d'une famille catholique de huit enfants, issu d’un milieu assez aisé. Très tôt, il souhaite mener une vie monastique au service des démunis. Il a pour modèle son père, qui sert les repas aux mendiants et leur coupe les cheveux.
Entre 1947 et 1949, l’abbé Pierre habite dans une maison délabrée qu’il rénove à Neuilly-Plaisance. Il y accueille les personnes défavorisées. et favorise la réconciliation entre Français et Allemands.
Fondation d'Emmaüs Le , un homme, qui vient de tenter de se suicider, se présente chez l’abbé Pierre. Georges Legay est désespéré. : il cherche une aide financière que l’abbé Pierre ne peut lui offrir. Celui-ci lui répond alors de venir l'« aider à aider » les autres..
Georges Legay devient le premier compagnon d’Emmaüs. Ensemble, ils organisent le Mouvement. L’abbé Pierre finance tout à l’aide de son indemnité parlementaire. Mais à l’issue de son mandat, l’argent vient à manquer et il connaît une période difficile. Pour subsister, il mendie sur les grands boulevards. Pour l’aider, ses compagnons deviennent chiffonniers et récupèrent des objets, des vêtements et des meubles usagés qu’ils réparent et revendent. Les fonds récoltés servent à construire des abris provisoires pour les personnes sans domicile.
Le mouvement Emmaüs se développe partout en France avec la création des premières communautés autour du concept « d’aider à aider ».
En 2021, l’association Emmaüs rassemble en France 288 structures qui interviennent dans les domaines de l’action sociale, l’insertion, etc... Le combat contre le mal-logement est confié à la fondation dès sa création en 1992.
Appel dit « L'insurrection de bonté » Après la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de maisons sont détruites. Des personnes vivent dans des cabanes ou des voitures abandonnées, faute de toit.
Début 1954, la France connaît une série de drames liés à la rigueur de l’hiver (il fait jusqu’à à Paris). Dans la nuit du , une femme est retrouvée morte dans la rue, tenant dans la main son avis d’expulsion. Cette tragédie pousse l’abbé Pierre à attirer l'attention des politiques..
Si les parlementaires refusent d’abord de l’entendre, les médias relaient son appel. RTF (Radiodiffusion Télévision Française) lui offre une tribune. Le , l’abbé Pierre rédige avec le journaliste de La Croix, Georges Verpraet, un texte qu’ils lisent à l’antenne de Radio-Luxembourg... Il commence son discours ainsi : « Mes amis, au secours... Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l'avait expulsée.. Chaque nuit, ils sont plus de deux mille recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain. » Il incite tous les Français à donner des couvertures, de la nourriture et du temps afin de sauver la vie de dizaine de milliers de personnes.. L’appel médiatique est entendu et suscite un vaste élan de générosité, surnommé « l’insurrection de bonté ». Il marque le début d’une lutte contre la misère sans précédent en France, et constitue l’un des plus grands élans de générosité de son histoire. Couvertures, vêtements, chèques… Les dons arrivent en masse.. L’acteur Charlie Chaplin lui remet même 2 millions de francs pour la cause.
Après cet événement, l’abbé Pierre parcourt le monde et s’engage dans une lutte mondiale contre la misère.. Il rencontre notamment Jawaharlal Nehru, Albert Einstein et Dwight D. Eisenhower.
C’est lui qui accompagnera Michel Colucci, dit Coluche, vers sa dernière demeure.
En 2007, la loi « abbé Pierre », sur le droit opposable au logement, est votée..
Création Tout commence à Pont-Saint-Esprit (Gard), en , lors des premières Rencontres humanitaires internationales organisées dans le cadre de l’année mondiale des personnes sans abris à l’initiative de l’Organisation des Nations unies. Placées sous le haut patronage de l’abbé Pierre, ces journées réunissent des parlementaires, des élus locaux, des responsables d’associations et des représentants de l’État, tous concernés par le problème du logement des personnes en difficulté.
À la suite de ces journées, l’Association pour la création de la fondation Abbé-Pierre (Afap) est officiellement créée par l’abbé Pierre, avec l'aide d'André Chaudières, Raymond Étienne et Corrado Simioni, tous quatre fondateurs. Ses statuts sont déposés en . À l’initiative du projet, André Chaudières, directeur du groupe Logement pour tous et ancien président de la SA HLM Emmaüs, déclare alors : « Le financement de cette fondation sera assuré par des dons et lorsqu’elle sera reconnue d’utilité publique, par des legs. »
Trois ans après, le décret du , publié au Journal officiel du ., reconnaît la fondation Abbé-Pierre comme établissement d’utilité publique et consacre la naissance juridique de la fondation Abbé-Pierre pour le logement des personnes défavorisées.
Combats Mal-logement Néologisme francophone, le terme de « mal-logement », désormais courant dans le débat public, a été inventé par la fondation Abbé-Pierre lors de la parution de son premier rapport, en 1995.. Pour la Fondation, cela définit la situation de personnes privées de domicile personnel (sans-domicile, vivant dans un habitat de fortune, ou hébergées de manière contrainte chez des tiers) et de celles vivant dans des conditions de logement très difficiles (logement insalubre, humide, surpeuplé, sans eau, sans chauffage, sans sanitaires…)..
Chaque année, la Fondation pour le logement des défavorisés publie son rapport annuel sur « l’état du mal-logement en France ». L’occasion de faire un recensement, de dresser un état des lieux et d’attirer l’attention du public et des politiques sur des situations dramatiques, comme en 2014, où la Fondation dénombre plus de 600 000 enfants souffrant de mal-logement en France..
En 2019, elle appelle à l’ouverture de places en centre d’hébergement. alors que 700 enfants dorment dans la rue à Paris et vivent à l'hôtel en Île-de-France avec leur famille.
En 2022, selon la Fondation, 4,1 millions de personnes sont mal ou non logées en France. Parmi elles, l’Hexagone compte au moins personnes sans domicile fixe.. Ce chiffre a doublé en dix ans. Plus de vivent dans des squats ou des bidonvilles., dont près de mineurs.. Il y a 1,2 million de locataires présentant une situation d’impayés.
Au total, toujours selon la Fondation, 12,1 millions de personnes sont fragilisées par leur logement. (impayés, surpeuplement, précarité énergétique, copropriété en difficulté, loyers excessifs).. Le mal-logement toucherait ainsi 8 % de la population..
En 2024 s’ouvre le procès de la rue d’Aubagne, dont la Fondation s’est constituée partie civile.
Selon le rapport sur l’état du mal-logement en France, fin 2024, la France compte 4,1 millions de personnes mal logées, ce qui représente un chiffre stable sur un an. 1,1 million de personnes n’ont pas de logement personnel. La majorité est hébergée en centre d’urgence ou à l’hôtel. Plus d’un million de personnes vivent dans des logements exigus. Près de 2,9 millions de personnes vivent dans des conditions de logement « très difficiles ». 100 000 personnes vivent dans des habitats de fortune, des cabanes, des campings, etc. 208 000 gens du voyage ne disposent pas d’aire aménagée et vivent dans des conditions difficiles. 1,9 million d’individus habitent des logements considérés comme « inconfortables » (absence d’eau courante, de douche, de WC intérieurs ou de coin cuisine, moyen de chauffage défaillant, façade très dégradée).
La Fondation s’inquiète aussi face à la stagnation de production de logements sociaux et l’augmentation des expulsions locatives.
Le , la Fondation pour le logement des défavorisés publie son trentième rapport sur l’état du mal-logement. Le rapport alerte sur les discriminations, en particulier celles subies par les personnes en situation de handicap, qui ont moins de chances d'obtenir un logement social alors qu’elles sont censées être prioritaires. Les discriminations concernent les personnes atteintes de handicaps moteurs vis-à-vis de l’adaptation des logements mais aussi envers les personnes malentendantes, non-voyantes ou atteintes de troubles psychiques ou intellectuels. Les personnes âgées, ayant des difficultés à accomplir les gestes du quotidien sont également concernées. L’offre de logements adaptés est , s’inquiète la Fondation.
Selon le rapport, 735 personnes sont mortes dans la rue, un record en douze ans. La France compte 350 000 de personnes sans domicile, ce qui correspond à une hausse de 6 % sur un an et de 145 % depuis 2012.
Quatre millions deux cent mille personnes souffrent de mal-logement (privées de logement ou vivant dans des conditions difficiles). De cinq mille à huit mille personnes, dont mille à trois mille enfants, sont chaque soir refusées par le 115, faute de place en hébergement d’urgence. , alerte la Fondation pour le logement des défavorisés. , .
Par ailleurs, le parc locatif connaît toujours plus de demandeurs (deux millions sept cent mille ménages en attente) et des attributions toujours plus rares (moins de quatre cent mille foyers en 2023). , précise-t-elle. Quant au parc social, moins de moins d’un demandeur sur cinq reçoit une réponse favorable dans l’année..
Le rapport épingle aussi l’instabilité politique. , explique Christophe Robert, délégué général de la Fondation.. Dans le même temps, le trentième rapport sur l’état du mal-logement établit plusieurs recommandations.
Logement social L’association s’engage pour la construction de logements sociaux et lance des programmes de construction de logements dits « très sociaux », à faible loyer, confortables, et performants énergétiquement, destinés aux ménages touchant des revenus inférieurs au Smic.. De 2005 à 2020, elle participe à la production de près de logements accessibles aux personnes en difficulté.
Elle soutient la construction de logements à travers différents programmes. De 2005 à 2008, elle s’engage dans la production de mille cinq cents logements très sociaux. Puis, entre 2008 et 2011, elle lance .. Depuis 2012, elle s’appuie sur son programme « Toits d’Abord » portant sur la construction et la rénovation de 500 à 700 logements par an.