Michel Colombier, né le à et mort le , à Santa Monica aux États-Unis, est un compositeur de musiques de film, arrangeur et chef d'orchestre français.

Formé très jeune à la musique classique, au piano et à la composition, il s'intéresse au jazz à la fin des années 1950 et commence sa carrière professionnelle au début des années 1960 comme pianiste et arrangeur, avant de collaborer avec de nombreux artistes majeurs de la chanson française, parmi lesquels Serge Gainsbourg et Barbara. Parallèlement, il compose de plus en plus pour le cinéma, la télévision, le ballet et le théâtre.

Compositeur éclectique, Michel Colombier mêle musique symphonique, jazz, rock et pop dans ses disques solos, notamment sur ses albums Wings (1971) et Old Fool Back on Earth (1983). Installé définitivement à Los Angeles à partir de 1975, il poursuit une carrière internationale et signe de nombreuses bandes originales pour le cinéma hollywoodien, tout en continuant à collaborer avec des artistes comme Prince, Madonna ou Air.

Biographie Enfance et formation Michel Jean Pierre Colombier.. naît le , rue de Marseille dans le de Lyon, au sein d'une famille très mélomane.. Sa mère se souvenait qu'à l'âge de deux ans, le tout jeune Michel pleurait d'émotion quand il entendait la musique de Jean-Sébastien Bach diffusée à la radio.

Natif de Lyon et décédé en 1996, son père Pierre Colombier a joué un rôle essentiel dans l'éducation du compositeur, même s'il n'a jamais voulu reconnaître la valeur du jazz ou de la musique pop. Quittant son village à l'âge de 17 ans, ce dernier a d'abord gagné sa vie en tant que cordonnier... Il a ensuite travaillé dans une école de fabrication de souliers pour se payer des cours particuliers de violon afin de devenir lui-même un musicien professionnel. Passionné de musique classique, Pierre Colombier a fini par intégrer le Conservatoire de Lyon, avant d'apprendre le trombone et d'être recruté par l'orchestre du Théâtre de la Sinne à Mulhouse en tant que tromboniste en 1948. Fait prisonnier pendant la Seconde Guerre mondiale, il n'a pas pu voir grandir son fils, et quand il revint de captivité en , il commença d'abord par vérifier si le jeune Michel, âgé de six ans, avait l'oreille absolue. Persuadé qu'il deviendra un brillant musicien, il lui enseigne le piano en l'astreignant à une discipline particulièrement sévère : le futur compositeur devait jouer trois heures les jours d'école et pas moins de huit heures chaque jeudi et tous les dimanches. En plus du piano, son père lui apprend également le contrepoint, l'harmonie et la direction d'orchestre, sans oublier l'art du plain-chant, ainsi que d'autres instruments comme l'orgue liturgique et le trombone. Le garçon suivra tout de même un cursus plus académique en intégrant durant un an le conservatoire Huguette Dreyfus de Mulhouse à l'issue duquel il obtient un premier prix de piano. En dehors de Jean-Sébastien Bach, il est particulièrement sensible à l'esthétique romantique de Frédéric Chopin, un compositeur qui va beaucoup l'influencer. Dès l'adolescence, Michel Colombier s'intéresse aussi à l'improvisation puis, quelques années plus tard, il se passionne pour le jazz et commence à écrire ses premiers arrangements pour des combos et des big bands..

En 1958, juste après son service militaire, il entre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris dans la classe supérieure de piano d'Aline van Barentzen. Mais à cause de ses absences répétées et de son peu d'enthousiasme pour les cours, il est renvoyé deux ans plus tard..

Débuts comme pianiste et arrangeur (1960-1963) vignette|redresse=0.55|gauche|Il fut l'assistant de Michel Magne au début des années 1960.|alt=Portrait de profil en noir et blanc de Michel Magne en 1980.

En 1960, après son exclusion du conservatoire, Michel Colombier fait ses débuts comme pianiste à Paris dans des combos de jazz ainsi que dans le big band du percussionniste Benny Bennet. À cette époque, il accompagne aussi l'humoriste Raymond Devos et fait même un arrangement sur un titre du super 45 tours Le Disque officiel des 6 jours, enregistré l'année suivante par le compositeur et accordéoniste Francis Lai. Il joue parfois dans une discothèque située au rez-de-chaussée des studios Barclay et dans le cabaret Au Pichet du Tertre situé place du Tertre dans le quartier de Montmartre. C'est dans ce lieu très prisé de la faune artistique qu'il retrouvera son ami harpiste Jean-Claude Dubois, un ancien camarade de conservatoire, qui fondera une dizaine d'années plus tard, le Studio de la Grande Armée.

Grâce à Jean-Claude Dubois, il parvient à décrocher en un poste de pianiste-répétiteur pour un spectacle du compositeur Michel Magne à l'Olympia. Ce dernier, charmé par les idées audacieuses et le dynamisme du jeune homme, l'embauche d'abord comme pianiste puis comme assistant afin qu'il puisse l'aider dans les arrangements de ses musiques de films. En , il réalise son premier travail pour le cinéma en assistant Magne pour les orchestrations de la bande originale de Gigot, le clochard de Belleville réalisé par Gene Kelly et dont les thèmes musicaux avaient été composés par Jackie Gleason. L'année suivante, il élabore les arrangements de nombreuses bandes originales de films populaires comme, entre autres, Un singe en hiver de Henri Verneuil ou Le Repos du guerrier de Roger Vadim. Ce dernier film comportait un thème néo-classique inspiré de la Passion selon saint Jean de Bach et un autre thème nettement plus moderne lorgnant du côté de l'esthétique jazz bebop.

Puis, en , Michel Magne présente Colombier à son vieil ami Eddie Barclay qui le recrute très vite comme directeur musical pour sa maison de disques. À seulement vingt-trois ans, le jeune musicien, qui a arrêté sa collaboration avec Magne, a alors l'occasion de réaliser les arrangements et orchestrations de The Time is Now, un album anglophone de Charles Aznavour produit par Quincy Jones et destiné au marché américain.. Multipliant les expériences, il travaille pour des artistes aussi différents que Jean-Jacques Debout, Sacha Distel, Danyel Gérard ou la chanteuse de jazz Chris Connor pour son album A Weekend in Paris, enregistré en 1963.

Premiers travaux d'un « homme de l'ombre » (1963-1970) Avec Serge Gainsbourg vignette|redresse=0.65|droite|Son travail pour Serge Gainsbourg contribuera à sa renommée.|alt=Portrait colorisé de Serge Gainsbourg souriant lors d'un passage en Italie. En 1963, l'arrangeur et chef d'orchestre Alain Goraguer décide de stopper sa collaboration avec Serge Gainsbourg, en lui recommandant de prendre contact avec Michel Colombier : Propos d'Alain Goraguer recueillis par Stéphane Lerouge, extraits du livret du longbox , ..

De culture plus « pop » que son prédécesseur, Colombier permettra à Gainsbourg de se débarrasser de son étiquette de chanteur « rive gauche » et de toucher un public plus large.. Il commence sa collaboration en écrivant en 1963 les arrangements de la musique du film Comment trouvez-vous ma sœur ? de Michel Boisrond, puis il réalise un important travail d'orchestration pour habiller les chansons de Gainsbourg pour plusieurs émissions de variété dont, entre autres, le Sacha Show. On lui doit aussi les arrangements de plusieurs succès de Brigitte Bardot comme Harley Davidson, Contact et Bonnie and Clyde . Il sera également le maître d'œuvre de la première mouture du sulfureux Je t'aime… moi non plus.

À partir de 1966, Colombier et Gainsbourg décident d'unir leurs talents de compositeurs en co-signant plusieurs bandes originales de films comme Carré de dames pour un as de Jacques Poitrenaud ou L'Espion de Raoul Lévy, puis ils imaginent un thème instrumental pour L'Horizon de Jacques Rouffio, qui deviendra la célèbre chanson Élisa dont l'arrangement requiert pas moins de quatre pianos. Parmi leurs nombreuses productions, se détachent les partitions écrites pour Le Jardinier d'Argenteuil de Jean-Paul Le Chanois et la comédie musicale télévisuelle Anna de Pierre Koralnik, arrangée par Colombier. En 1968, les deux hommes écrivent le Requiem pour un con, une chanson extraite du film Le Pacha de Georges Lautner, dont le breakbeat marquera plusieurs générations de musiciens, notamment dans le hip-hop et la pop internationale. La même année, ils signent la bande originale de Manon 70 de Jean Aurel qui constitue sans doute l'un des sommets de leur collaboration. Partition symphonique au lyrisme morose teinté parfois d'un subtil impressionnisme, Manon 70 sera totalement écourtée au mixage et il n'en restera qu'un infime fragment dans le film. Néanmoins, Gainsbourg conservera la chanson titre Manon (prévue initialement pour le générique de fin et qu'il interprète lui-même) qui figurera sur l'album Jane Birkin - Serge Gainsbourg publié l'année suivante chez Fontana Records..

En fin d'année 1968, après un dernier travail en commun sur le loufoque Mister Freedom de William Klein (qui sort sur les écrans en janvier de l'année suivante), Michel Colombier décide d'arrêter leur collaboration afin de privilégier sa carrière personnelle. Par la suite, les deux hommes resteront amis, Gainsbourg écrira deux textes pour le premier album solo de Colombier, et les spectateurs retrouveront même leurs deux signatures à l'occasion de la revue Zizi je t'aime de Roland Petit avec Zizi Jeanmaire en 1972..

Interrogé par Stéphane Lerouge à l'occasion d'une parution CD, le compositeur déclara :

Avec Barbara vignette|redresse=1.2|gauche|La chanteuse Barbara à l'époque où Michel Colombier était son chef d'orchestre.|alt=Portrait en noir et blanc de Barbara derrière son piano lors du Grand Gala du Disque Populaire en 1968. Dans les années 1960, Michel Colombier est encore un « homme de l'ombre » mais sa personnalité s'affirme., et sa maîtrise des arrangements est de plus en plus recherchée par un nombre croissant de chanteurs et d'interprètes.

Le , à l'occasion de la du Gala de l'Union des artistes à l'opéra Garnier, Colombier fait la rencontre de la chanteuse Barbara après son numéro où elle interprète Yesterday des Beatles, accompagnée par une chorale en robe de bure. Barbara lui propose alors de travailler pour elle, et dès l'année suivante, il devient son arrangeur et chef d'orchestre lors de ses concerts à l'Olympia, ainsi que sur les albums Ma plus belle histoire d'amour et Le Soleil noir. Pour ce dernier disque, Barbara accepte même de chanter Plus rien, un de ses textes qu'il a mis en musique..

Pour son onzième album de 1970, Barbara a besoin d'un titre supplémentaire afin de graver le disque, elle déniche alors un morceau plus ancien qu'elle avait enregistré sur une cassette qu'elle donne à son chauffeur. Ce dernier l'apporte à Colombier en lui disant : . Le morceau deviendra le fameux L'Aigle noir (orchestré pour plus de quarante musiciens) et donnera son titre à un album qui sera également arrangé et dirigé par le compositeur.

Barbara devient une amie intime du musicien, et elle lui confie l'année suivante le soin d'orchestrer La Fleur d'amour, puis Seule au début de la décennie suivante.

Colombier n'avait que des louanges à son sujet :

Au cinéma, pour le ballet et le théâtre En plus de ce travail d'arrangeur, Michel Colombier se lance dans l'écriture de bandes originales pour des films comme L'Amour avec des si de Claude Lelouch (pour lequel il arrange une musique de Danyel Gérard)., Coplan, agent secret FX 18 de Maurice Cloche, et L'Arme à gauche de Claude Sautet (les deux co-composés avec Eddie Barclay), ou encore Une souris chez les hommes de Jacques Poitrenaud (avec Guy Béart). Il travaille également pour le cinéma transalpin en composant la musique du film Un monde nouveau de Vittorio De Sica.