L'éducation à l'image, ou éducation cinématographique, est une forme d'enseignement et d'initiation, destinée le plus souvent à un jeune public dans le but de lui faire découvrir différents aspects du cinéma. Par le biais de cette forme d'éducation, plusieurs activités sont mises en place pour aider les jeunes générations à comprendre le art et à l'apprécier mais aussi à utiliser les dans d'autres contextes que le cinéma.
Elle peut se mettre en place lors du temps scolaire, où elle sera alors accompagnée par un professeur ou un intervenant, ou hors temps scolaire via des organismes spécialisés et des salles de cinéma.
D'une manière plus générale, l'éducation à l'image peut aussi toucher la photographie, la télévision ou encore internet par exemple, on parlera davantage d'une éducation aux images, ou éducation aux médias dans ces cas-là.
Objectifs L'objectif de l'éducation à l'image est de donner du sens aux images mais aussi de transmettre le cinéma et le goût de celui-ci.
Voici plusieurs définitions suivant différents organismes :
Objectifs d'après le Ministère de l'Éducation en France : « l’éducation à l’image, au cinéma et à l’audiovisuel permet aux élèves d’acquérir une culture, d'avoir une pratique artistique et de découvrir de nouveaux métiers. »
Objectifs d'après le Centre national du cinéma et de l'image animée en France :
former le goût et susciter la curiosité de l'élève spectateur par la découverte d'œuvres cinématographiques en salle, dans leur format d'origine, notamment en version originale. offrir, dans le cadre du partenariat entre les ministères concernés et les collectivités territoriales, des prolongements pédagogiques et des formations. veiller à l'accès sur l'ensemble du territoire du plus grand nombre d'élèves à la culture cinématographique. participer au développement d'une pratique culturelle de qualité en favorisant le développement de liens réguliers entre les jeunes et les salles de cinéma[la source n'est pas vraiment adaptée, il s'agit des objectifs du dispositif "Collège au cinéma", non pas des objectifs de l'éducation à l'image vue par le CNC en général].
Objectifs d'après Le fil à l'image, des pôles régionaux d'éducation et de formation aux images :
Transmettre une culture cinématographique par la sensibilisation aux œuvres, au geste de mise en scène, à la démarche d’auteur. Rendre le spectateur actif et conscient de ses choix. Éveiller le regard en initiant à la pratique du film. Former une sensibilité critique capable de décrypter les œuvres audiovisuelles.
Axes principaux François Campana, coordinateur national du dispositif Passeurs d’images, parle de trois axes majeurs dans l’éducation à l’image : Voir, Faire, Réfléchir
Ces trois axes représentent trois manières de rendre possible la rencontre entre une œuvre et un public et les sensibiliser aux images, ils sont aussi un résumé des objectifs principaux cités au-dessus.
Voir Pour comprendre les images et pouvoir les appréhender, il est important de voir des œuvres, et de les voir en salle, si possible. La sortie en salle de cinéma avec la classe est mise en avant afin que les élèves puissent découvrir des films dans des conditions adéquates et optimales (sur grand écran et dans le noir notamment). Beaucoup d’élèves vivent leur première expérience au cinéma grâce à cela. C’est aussi une manière de créer une habitude qui pourra être reproduite ensuite en dehors de l'école et en devenant adulte.
Faire Il est donc ici question de sensibiliser aux pratiques de création des images permettant de mieux comprendre le mécanisme de création, les règles et les enjeux de ce qui est diffusé quotidiennement sur internet, à la télévision ou au cinéma. Plusieurs activités ou ateliers sont mis en place pour « faire du cinéma » et c’est aussi souvent l’occasion d’accueillir un intervenant professionnel présent pour expliquer, aider et rendre possible la création. Faire un film permet également de développer sa créativité et de mieux comprendre les mécanismes.
Réfléchir Il ne suffit pas de voir et de créer, il faut réfléchir sur ce que nous voyons pour donner un sens à tout cela. Analyser les images, comprendre les intentions du créateur ou de la créatrice, découper les plans, s'initier au langage cinématographique ou encore approfondir un propos. Tout cela permet d’éduquer le regard et d’aiguiser le sens critique. Si création il y a eu, il est important également de réfléchir à celle-ci ainsi qu'à son processus.
La réflexion en classe est rendue possible grâce à toutes sortes d'accompagnements : des documents pédagogiques pour soutenir et aider le professeur dans les discussions et ateliers en classe ainsi que des fiches explicatives à destination des élèves ; des DVD regroupant des extraits de films ou des œuvres complètes, des analyses filmiques, des exercices, des ouvertures vers d'autres thèmes ; des interventions en classe pour étudier un film, l'histoire du cinéma ou l'analyse de plan ; des leçons de cinéma etc
Éducation à l'image versus Éducation par l'image Une différence doit être apportée avec l’éducation « par » l’image, qui est le fait de parler d’un sujet en montrant un film sur celui-ci. Le film est donc davantage utilisé comme support pour parler de quelque chose, un évènement historique par exemple.
Dans l’éducation « à » l’image, l’objet étudié est le film en tant que média directement. Cette pratique s'intéresse davantage à la forme que prend l’œuvre et au sens qu'on lui donne qu’à son contenu et son propos.
Se faire « passeur d'image » ou « passeur de films »
Un passeur de films a une place intermédiaire et fait le lien entre une œuvre cinématographique et une ou plusieurs personnes. En transmettant son intérêt pour une œuvre, il initie à une cinématographie et peut donner le goût de voir, d’analyser, d’aimer les films mais aussi d’en créer, participant donc à une éducation à l'image à travers ses actes.
Dans le cadre scolaire, Alain Bergala (critique de cinéma et réalisateur) nous dit :« Lorsqu’il prend le risque volontaire, par conviction et par amour personnel d’un art, de se faire “passeur”, l’adulte change lui aussi de statut symbolique, abandonne un moment son rôle d’enseignant tel qu’il est bien défini et délimité par l’institution, pour reprendre la parole et le contact avec ses élèves depuis un autre lieu de lui-même, moins protégé, celui où ses goûts personnel entrent en jeu, ainsi que son rapport plus intime à telle ou telle œuvre d’art, où le “je” qui pourrait être néfaste dans son rôle d’enseignant devient pratiquement indispensable pour une bonne initiation »De son côté, Philippe Meirieu (spécialiste de la pédagogie) ajoute :« Des adultes, certes, mais des adultes qui n’ont pas de « pouvoir » institutionnel sur vous et qui partagent, avec vous, une passion. Ce sont des adultes qui occupent en quelque sorte la place anthropologiquement dévolue à l’oncle ou à la tante... »Le passeur peut être un enseignant dans le cadre scolaire, un professionnel du cinéma ou simplement un cinéphile souhaitant transmettre sa passion. Ce qui compte c'est la volonté de transmettre et de partager.
Un organisme d'éducation à l'image porte par ailleurs le nom de Passeurs d'image en France.
Passeurs et passeuses d'images reconnus
Cette liste (non exhaustive) présente des personnalités ayant pour la plupart œuvré au développement de l'éducation à l'image et à la découverte du cinéma. Jennifer Alleyin (réalisatrice) Jean-Jacques Bernard (journaliste) Dominique Besnehard (agent et producteur) Freddy Buache (critique de cinéma et fondateur de la Cinémathèque suisse) Jackie Buet (fondatrice du festival de films de femmes de Créteil) Serge Daney (critique de cinéma) Micheline Lanctôt (actrice et réalisatrice) Henri Langlois (fondateurs de la Cinémathèque française) George Nasser (réalisateur) Claude-Jean Philippe (auteur et critique de cinéma) Pierre Rissient (attaché de presse et producteur) Agnès Varda (réalisatrice)
Éducation à l'image au Québec
Le cinéma au Québec est marqué par la forte présence de la religion au début des années 1900. Celle-ci va même jusqu’à censurer et interdire le cinéma aux moins de à partir de 1911 et aux moins de en 1919. On dit même à l'époque que le cinéma « diminue le rendement scolaire, habitue à la réception passive, décourage l'effort d'apprendre et enlève tout esprit critique ».
En 1949, les premiers ciné-clubs dans des collèges font leurs apparitions et ils sont souvent le premier lieu de rencontre des jeunes avec le art.
Il faut attendre 1961 pour que l’initiative d’un cours de cinéma voit le jour et les années 1970 pour que le cinéma soit intégré à l’Université et au Cégep. Par ailleurs, plusieurs tentatives pour intégrer le cinéma au primaire et au secondaire ont été faites dans les années 1960, sans succès. On retrouve en 1989 la première mention de l'Institut québécois du cinéma concernant l'éducation cinématographique pour les jeunes mais le cinéma n’est pas encore pris au sérieux au sein des institutions d’enseignements (, former aujourd’hui les spectateurs de demain). Dans les années 1990, l’intérêt grandissant pour un projet d’éducation cinématographique débouche avec la création du Comité de concertation sur l'éducation cinématographique. En automne 1994, un projet pilote voit le jour dans cinq classes de secondaire du Québec. Il est pris en charge par l'Association des cinémas parallèles du Québec (ACPQ) qui développe un volet d'éducation à l’image depuis cette période.
Depuis les années 2010, plusieurs projets subventionnés aident les organismes à développer des actions d'éducation à l'image en direction du jeune public
Éducation à l'image en France
Le cinéma en France possède un statut particulier car elle est l'un des berceau du art. Elle est par ailleurs l'un des premiers pays a initier l'idée du cinéma en tant qu'art.
La création de ciné-club au début des années 1920, met en avant le cinéma comme « moyen de diffusion du savoir » L'apparition du terme « cinéma éducateur » apparait quelques années plus tard. Des films sont alors projetés aux enfants mais hors temps scolaire.
En France, l'éducation à l'image est reliée à l'éducation populaire, qui décide de donner davantage d'importance à la culture dans la société.
Dans les années 1930, le cinéma est utilisé comme outil pédagogique, mais ce n'est pas encore l’œuvre en elle-même qui est étudiée.
En 1959, le Ministère des affaires culturelles est créé. De plus en plus utilisé à l'école et dans les maisons de la culture, le cinéma fait petit à petit sa place auprès des jeunes enfants. Il apparait dans les années 1960 une volonté de faire connaitre au plus jeunes autre chose que les films très grand public et provenant des États-Unis notamment.
À partir de 1966 l’éducation à l’image est envisagée comme une discipline à enseigner, mais sans qu’il soit tranché si elle doit être une discipline à part entière ou seulement intégrée dans les programmes scolaires. Enseigner l’image aux collégiens et aux lycéens à cette époque est surtout synonyme d’apprendre à lire et à décortiquer scientifiquement l’image par une déconstruction systématique et techniciste.