Marcel Mayer, dit Mayer, est un sculpteur français né à Grenoble le et mort à Monaco le .

Il a mené une carrière indépendante hors des écoles et des doctrines comme l’a dit de lui Albert Camus.

Biographie Natif de Grenoble, Marcel Mayer descend par sa mère, peintre et musicienne, d’une lignée de peintres bordelais aux origines ibériques et est très tôt initié aux arts plastiques. Il est le petit-neveu du peintre Nelson Dias, élève de Gustave Moreau.

Sa vocation précoce est freinée par l’irruption de la Seconde Guerre mondiale. Mobilisé très jeune, il est fait prisonnier en Allemagne. vignette|redresse|L’appel des prisonniers du Stalag 325 à la citadelle de Lemberg (Lviv). Photographie de Marcel Mayer (1943). vignette|redresse|Estampille des autorités allemandes sur le verso des photographies ramenées du Stalag 325 par Marcel Mayer.

Il tentera de multiples évasions pour rejoindre la Résistance. Rattrapé chaque fois, il sera interné dans des camps de représailles de plus en plus durs jusqu’à sa déportation en Pologne au Stalag 325 de Rawa Ruska dans la forteresse de Lemberg (Lviv), réservé aux évadés récidivistes. En dépit des circonstances, il continue à travailler, avec du matériel de fortune, le dessin, la fresque et la sculpture dans les divers camps. vignette|redresse|Monument Commémoratif de Rawa Ruska (1943), créé par Marcel Mayer durant sa détention dans le camp de représailles des évadés récidivistes à Lviv. Lviv, cimetière de Lytchakiv. Au sein même de la forteresse de Lemberg au Stalag 325, puisant sur sa force intérieure, il crée un monument Le Prisonnier mourant, dédié aux prisonniers français morts en exil, sculpté en taille directe avec des outils forgés dans des ressorts d’armes antichar, dans un morceau de marbre provenant d’une tombe juive profanée par les nazis et auquel il entend ainsi redonner une dignité. vignette|redresse| Marcel Mayer (croix) devant le baraquement des artistes du Stalag 325. Celui-ci sera érigé, avec l’autorisation des autorités allemandes, sur la fosse des prisonniers français au cimetière de Lytchakiv de Lviv. C’est dans ce camp disciplinaire qu’il rencontre un tailleur de pierre prisonnier qui lui transmet un secret technique.

Libéré par les Américains après cinq années de captivité et six évasions, il rentre en France pour apprendre la mort de son frère aîné André Mayer, résistant du Vercors, fusillé par les Allemands.

Il lui est proposé d'entrer à l’atelier du sculpteur Charles Despiau, mais il refuse en raison du passif de collaboration de ce dernier, proche d’Arno Breker, le sculpteur officiel du Troisième Reich.

Il rejoint une partie de sa famille installée à Nice où la ville, sous la municipalité de Jacques Cotta, lui attribue un des ateliers officiels de la villa Paradisio, organisée pendant la guerre pour accueillir les prix de Rome. Cet atelier avait été précédemment occupé par le sculpteur René Collamarini qui, comme Mayer, était un adepte de la sculpture en taille directe. Il y travaillera sept ans, réalisant plusieurs commandes publiques où il mettra son art au service de la mémoire des heures sombres qu’il avait traversées.

Il est remarqué par Socrate Stavropulos, un mécène grec vivant à Trieste (Italie) qui acquiert une dizaine d’œuvres pour sa collection. vignette|redresse|Le Monument à la Résistance d’Antibes en cours de réalisation dans l’atelier de Marcel Mayer à la villa Paradisio à Nice. Son atelier devient un lieu de rencontre où l’on échange sur l’art, la philosophie, la spiritualité, l’orientalisme. Il s’y croise des personnalités aussi contrastées que la comtesse Marie de Saint-Exupéry, mère de l’écrivain Antoine de Saint-Exupéry avec qui il se lie d’amitié, Paul Léon de l’Institut, le père Valencin, ami de Teilhard de Chardin, le sculpteur Armand Fernandez, alors un fidèle, qui deviendra Arman et qui y amène Yves Klein. À Nice, il rencontré aussi Jean Cocteau qui l'encourage, et a des échanges très riches avec son ami et voisin d’atelier le peintre Jules Henri Lengrand.

Jean Médecin élu maire de Nice à la suite de Jacques Cotta, lui retirera l’atelier en 1952. Mayer s'installe alors à Paris quelques années et a des rencontres enrichissantes avec les sculpteurs du moment comme Louis Leygue, Robert Couturier, René Leleu, Apelles Fenosa et René Collamarini.

Mayer rencontre l’écrivain Albert Camus chez Gallimard, dans son bureau de la NRF. Celui-ci lui dédie un texte pour sa première exposition parisienne en 1954 à la galerie Simone Badinier. L'exposition est inaugurée par le préfet de la Seine, Paul Haag, qui a déjà inauguré en 1947 son Monument à la Résistance situé place des Martyrs de la Résistance à Antibes. La baronne Alix de Rothschild lui achète plusieurs œuvres et lui passe des commandes dont une Marianne en pierre pour la mairie de Reux dont elle est maire.

En 1954, il est de retour sur la côte, en arrière-pays niçois. vignette|redresse|Maquette du Monument à Antoine de Saint-Exupéry que Marie de Saint-Exupéry souhaitait faire ériger à l'aéroport d'Orly. vignette|redresse|Romy Schneider posant pour Marcel Mayer en 1959. vignette|redresse|Romy Schneider (1959), buste en marbre, localisation inconnue. À la demande de la comtesse Marie de Saint-Exupéry, avec qui il est en contact amical régulier, il réalise le buste de son fils Antoine sur la base de ses photographies familiales et travaille à un projet de monument prévu pour l’aéroport d'Orly, mais que la mère de l’aviateur-écrivain n’arrivera pas à faire financer.

En 1959, il réalise le buste en marbre de l’actrice Romy Schneider qui pose pour lui entre les prises de vues dans les studios de la Victorine à Nice, ou dans sa suite de l’hôtel Ruhl. Romy Schneider offrira le buste à sa mère l’actrice Martha Schneider.

Dans les années 1960, Marcel Mayer part pour plusieurs années aux États-Unis. Il est chargé de mission par le Syndicat national des sculpteurs statuaires, dont il est membre de longue date, pour établir des contacts avec les sculpteurs américains. À cette fin, il est muni de lettres de recommandation de la Confédération des travailleurs intellectuels (CTI), de la Direction des Affaires culturelles et techniques du ministère des Affaires étrangères, de Paul Léon de l’Institut, de Cécile Goldscheider, conservatrice du musée Rodin. Soutenu par Édouard Morot-Sir, conseiller culturel de l’ambassade de France à New York, il visite les ateliers des sculpteurs de la National Sculpture Society avec lesquels il établit des échanges, donne une série de conférences et organise des expositions dans plusieurs états américains. Il établit ses quartiers généraux à Taos au Nouveau-Mexique, dont il devient un membre de la colonie artistique. Il expose entre autres au Museum of Fine Arts de Santa Fe, crée une académie de dessin et de sculpture à Dallas, où il est exposé en permanence à la Valley House Gallery avec des œuvres de Georges Braque et Henry Moore. Il participe également à des expositions de groupe avec des artistes américains, notamment à la National Sculpture Society de New York. Il travaille également plusieurs mois au Mexique.

De retour en France, il enseignera plusieurs années au sein de l’Éducation nationale et réalisera plusieurs commandes publiques dont le Monument à Jean Moulin et à ses frères de combat érigé à Aix-les-Bains et inauguré en 1969 par la sœur du héros, Laure Moulin et le préfet de Savoie en la présence de Pierre Dalloz, organisateur du maquis du Vercors et ami de Marcel Mayer. vignette|redresse|Détail du Monument à Jean Moulin et à ses frères de combat (1969), Aix-les-Bains. vignette|redresse|Essor (1968), sculpture monumentale en granit et marbre au Châtelard. vignette|redresse|Monument à Edgar Quinet (1970), Bourg-en-Bresse.

En 1974, il réalise le buste du trompettiste Louis Armstrong pour le festival du jazz de Nice. Érigé aux arènes de Cimiez, dans les jardins du musée Matisse, ce buste sera inauguré par la princesse Grace de Monaco et Lucille Armstrong, veuve du musicien, venue spécialement des États-Unis, ce qui donna une importante couverture médiatique internationale à l’évènement.

En 1976, il expose au centre culturel de l’abbaye de Sénanque à Gordes un important cycle d’œuvres graphiques de grands formats en noir et blanc. En gestation depuis les États-Unis, où il a mis au point une nouvelle technique à base d’encres d’imprimerie, ce cycle intitulé Lumière et Ténèbres, dédié à la quête de la lumière dans les différentes traditions de l’humanité, révèle une facette très particulière de l’œuvre de Mayer et marque un tournant où il s’ouvre désormais plus à l’expression picturale et graphique.

En 1976 également il fonde l’Association pour le renouveau de l’art de la taille des matériaux nobles avec son ami Bernard Mougin, second grand prix de Rome de sculpture. vignette|redresse|Prakriti (1983), marbre, localisation inconnue. En 1981 son exposition Hommage à la Femme à Genève (Suisse) qui présente une collection d'œuvres en taille directe en onyx, marbre, serpentine, est placée sous le haut patronage du ministre plénipotentiaire auprès du consulat général de France, présent au vernissage. Cet hommage à la féminité et à la pierre, matériau « noble », est chaleureusement accueilli par le public suisse.

En 1983, il crée le Monument aux maréchaux de France : Leclerc, Juin, de Lattre de Tassigny pour la Ville de Nice, en taille directe dans de granit rose Balmoral de Finlande. Inauguré en la présence du général Boone, gouverneur militaire de Lyon, commandant de la militaire représentant le ministre de la Défense, le monument sera par la suite vandalisé à coups de marteau. Marcel Mayer en restaurera les visages mutilés au moyen de raccords en granit prélevés à même les blocs et resculptés selon la technique de la taille directe. Le monument restauré et augmenté d’un hommage au maréchal Kœnig, élevé entre-temps au maréchalat, sera déplacé et érigé dans les jardins du musée Masséna, où il est resté jusqu'en 2007. À la suite de la restauration de la villa Masséna et de ses jardins selon leur dessin d'origine, la Ville de Nice l'a à nouveau déplacé et implanté dans le jardin Alsace-Lorraine, boulevard Victor Hugo.

En 1989, Marcel Mayer, dont l'art a toujours été empreint d’une démarche philosophique, crée le Centre culturel international de recherche holistique « Faire » sous la présidence d’honneur de l’académicien René Huyghe et du violoniste Yehudi Menuhin. Ce mouvement de convergence entre art, science et philosophie compte à son comité d’honneur des personnalités de ces différentes disciplines, parmi lesquelles son vieil ami le peintre Jules Henri Lengrand, premier grand prix de Rome, le biologiste Remy Chauvin et Samivel, avec lequel Marcel Mayer est en correspondance.

À partir des années 1990, l’artiste développe une nouvelle technique picturale en couleur parallèlement à la sculpture, et travaille à des écrits.

L’œuvre Selon Myriam May :

L’artiste se qualifie lui-même de et s’il a exploré de multiples formes d’expression jusqu’à la semi-abstraction symbolique, il s’est toujours enraciné dans la tradition classique universelle (Europe, Grèce, Inde, Égypte, civilisation précolombienne) où il a puisé ses sources d’inspiration et d’expression. Il a su allier la rigueur du classicisme à l’audace de la modernité. Les critiques ont dégagé des aspects clefs de sa démarche. vignette|redresse|Gaia (2003), taille directe, localisation inconnue.