vignette|upright=1.3|La Terre, la nuit. Image nocturne simulée du monde durant l'Anthropocène, ici en 1994-1995.
L' Les éons, ères, périodes, époques, âges et autres sous-âges géologiques prennent la majuscule en tant que substantif. La forme adjectivée garde la minuscule. est un néologisme désignant une nouvelle époque géologique qui débute au moment où l'influence de l'être humain sur la géologie et les écosystèmes est devenue significative à l'échelle de l'histoire de la Terre.
L'aspect significatif doit se traduire par des changements visibles ou des marqueurs spécifiques dans les strates géologiques ou glaciaires, à la fois global dans l'espace (présent partout sur la planète) et synchrone dans le temps (apparaissant au même moment aux différents endroits), et formalisé par un point stratotypique mondial, comme les autres époques géologiques.
Le terme, qui signifie « ère de l'être humain », a été popularisé en 2000 par le météorologue et chimiste de l'atmosphère Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie. Il reprend la désignation, par Eugene Stoermer, biologiste, en 1980, d'une époque qui aurait débuté à la fin du avec la révolution industrielle, et succéderait ainsi dans l'échelle des temps géologiques à l'Holocène, période du Quaternaire ayant débuté il y a .
La notion d'Anthropocène n'est cependant pas admise par la communauté scientifique géologique – spécifiquement au sein de la Commission internationale de stratigraphie (ICS) de l'Union internationale des sciences géologiques (UISG) – qui détermine les subdivisions de l'échelle des temps géologiques. Aucun marqueur global faisant consensus n'a encore été trouvé. Le concept est malgré tout de plus en plus utilisé dans les médias et la littérature scientifique et a aussi provoqué de nombreux débats et recherches dans différents champs scientifiques.
Concept Étymologie Anthropocène est un néologisme construit à partir du grec ancien (anthrôpos, « être humain ») et (kainos, « nouveau », suffixe relatif à une époque géologique)., en référence à une nouvelle période où l'activité humaine est devenue la contrainte géologique dominante devant toutes les autres forces géologiques et naturelles qui avaient prévalu jusque-là.
Prémices
L'idée que l'influence de l'humain sur le système terrestre serait devenue prédominante n'est pas nouvelle. Dès 1778, Buffon écrit dans Les Époques de la Nature : ..
En 1864, l'écologiste américain George Perkins Marsh publie . En 1873, l'abbé Antonio Stoppani, professeur au Muséum de Milan, imagine dans son cours de géologie une ère géologique nouvelle, l'« Anthropozoïque »..
En 1922, à Paris, le géochimiste et biologiste Vladimir Vernadski et deux penseurs chrétiens : le professeur de géologie Pierre Teilhard de Chardin et le mathématicien et philosophe Édouard Le Roy développent le concept de noosphère, la « sphère de l'esprit humain » qui prend en compte l'influence grandissante de l'humain et de son pouvoir intellectuel et technologique sur la biosphère. ; ces trois penseurs s'inspirent de la pensée de Bergson, exprimée dans son ouvrage L'Évolution créatrice.
À la suite de Vernadski qui a conceptualisé l'influence humaine sur les cycles chimiques de la Terre (La Géochimie puis La Biosphère) James Lovelock, père de l'hypothèse Gaïa étudie à son tour l'influence anthropique sur les cycles biochimiques.
La première occurrence du terme remonte à 1922, lorsque le géologue russe Alexeï Petrovitch Pavlov décrit les temps actuels comme ceux d'une période (ou système) « Anthropogénique » ou « Anthropocène » Shantser, E. V. in Great Soviet Encyclopedia Vol. 2 (ed. Prokhorov, A. M.) . Simon L. Lewis & Mark A. Maslin, « Defining the Anthropocene », Nature, 519, 2015, , doi:10.1038/nature14258, Published online 11 March 2015. reprenant presque l'appellation « Anthropozoïque » de Stoppani.
En 1955, a lieu le symposium de Princeton : « La Terre, transformée par l'action humaine » (The Earth as modified by human action).
La prise de conscience des conséquences de l'activité humaine sur son environnement s'est accélérée entre autres avec le Club de Rome de 1972 et la publication du rapport Les Limites à la croissance (Limits to growth).
Le terme est utilisé ensuite dans les années 1980 par le biologiste américain Eugene Stoermer puis par le journaliste Andrew Revkin en 1992, avant d'être popularisé en 2000 par le météorologue et chimiste de l'atmosphère néerlandais Paul J. Crutzen associé à Eugene F. Stoermer Paul J. Crutzen et Eugene F. Stoermer, « », , , n° 41, . , 2000.
Ce concept intéresse les chercheurs en sciences humaines et sociales, notamment depuis l'article de 2009 de l'historien postcolonial Dipesh Chakrabarty, qui provoque la controverse car cet auteur avance qu'avec l'arrivée de l'Anthropocène, histoire humaine et histoire géologique auraient convergé...
Aujourd'hui, cette notion pourrait prendre un sens plus fort encore alors que l'espèce humaine est sur le point non plus seulement de comprendre et d'agir sur les processus biologiques et chimiques, mais de synthétiser la vie, ce que laisserait entendre l'annonce en mai 2010 que l'équipe de J. Craig Venter a synthétisé un génome et l'a inséré à la place du génome d'une bactérie qui a alors produit de nouvelles protéines.
Par ailleurs, une nouvelle dimension de l'Anthropocène pourrait être atteinte avec le développement de la géoingénierie, qui donnerait pour la première fois à l'humain la possibilité de modifier volontairement son environnement à l'échelle globale.
Enfin, le concept d'Anthropocène est également lié au courant de pensée qui vise à tisser des liens entre les différents impacts de l'humain sur la Terre (climat, biodiversité, ressources), et à chercher leur cause dans la société capitaliste et anthropocentriste. De nombreux ouvrages ont été publiés en ce sens en 2015 à la suite de l'encyclique Laudato si’ du pape François.
Depuis 2005, un groupe international d'experts scientifiques, le Group on Earth Observations (GEO), a été mis en place pour observer la Terre et mesurer notamment les conséquences des activités humaines.
Validation du concept S'agissant d'un terme de géologie, la création d'un nouvel intervalle dans l'échelle des temps géologiques doit suivre un processus établi d'études et d'approbation.
Le terme « Anthropocène » n'a pas été officiellement reconnu ni ajouté à l'échelle des temps géologiques, car, malgré un premier débat engagé en août 2012 à l'occasion du international de géologie réuni à Brisbane, en Australie., de nombreux géologues le jugent inadapté, anthropocentrique ou insuffisamment fondé par des preuves scientifiques .
Procédure Les intervalles géologiques sont définis par leur limite inférieure qui doit correspondre à un évènement majeur à l'échelle du globe. Cet évènement doit être enregistré dans les sédiments, et exposé sur une coupe géologique (le stratotype) où on le définit comme point stratotypique mondial (PSM), équivalent en français du . Le PSM est matérialisé sur le terrain par un clou d'or (symbole : ) que l'on retrouve dessiné sur les chartes stratigraphiques ..
La sous-commission de stratigraphie du Quaternaire () de la Commission internationale de stratigraphie () doit adopter une recommandation et la proposer.
Enfin, l'intervalle et le nom de la nouvelle subdivision géologique doivent être enfin ratifiés par l'Union internationale des sciences géologiques (UISG), en anglais : (IUGS).
Étapes franchies
L' (AWG), composé de trente-huit chercheurs, est créé en 2008Voir sur quaternary.stratigraphy.org. au sein de la pour étudier le sujet. En 2008, une proposition est présentée à la commission de stratigraphie de la Société géologique de Londres pour faire de l'Anthropocène une unité formelle dans les divisions géologiques en époques.. Une large majorité de cette commission décide que la proposition a ses mérites et doit en conséquence être examinée en détail. Progressivement des groupes de travail indépendants réunissant des scientifiques de différentes sociétés de géologie étudient si l'Anthropocène peut être formellement intégré dans l'échelle géologique.. De plus en plus de scientifiques utilisent maintenant le terme « Anthropocène ». Ainsi en 2011, la Société américaine de géologie intitule son congrès annuel : Archean to Anthropocene: The past is the key to the future..
vignette| L'essai nucléaire Trinity de juillet 1945 a été proposé comme le début de l'Anthropocène.
En janvier 2015, 26 des 38 membres de l'AWG publient un article suggérant que l'essai nucléaire Trinity du 16 juillet 1945 aux États-Unis est la limite chronologique à retenir pour marquer le début de cette nouvelle époque.. Cependant, d'importants groupes suggèrent d'autres dates. En mars 2015, un autre article paru dans Nature propose soit 1610 soit 1964..
En se tient à Oslo une rencontre au terme de laquelle une quarantaine de chercheurs indiquent qu'il y a lieu d'officialiser le conceptReframing Environmentalism ? Environmental Political Theory in the Anthropocene, European Consortium for Political Research (ECPR)Allons-nous entrer dans l'anthropocène en 2016 ? Stéphane Foucart, Le Monde, 2 janvier 2016..
L'AWG se réunit en août et septembre 2016, lors du géologique international au Cap, pour étudier l'intégration de l'Anthropocène en tant qu'époque géologique au sein de l'échelle des temps géologiques.. L'Anthropocène n'y est pas reconnu. Par contre le découpage de l'Holocène en trois étages géologiques (Greenlandien, Northgrippien, Méghalayen) proposé par l' est entériné en 2018.. Hamilton soutient qu'on considère alors que les conséquences des activités humaines affectent l'ensemble de la planète (touchant à la fois l’atmosphère, l’hydrosphère, la cryosphère, la biosphère et la lithosphère), allant donc au-delà de seulement certains écosystèmes.
En avril 2019, l'AWG annonce qu'il vote sur une proposition formelle à l', afin de poursuivre le processus entamé lors de la réunion de 2016. En mai 2019, 29 des du GTA votent en faveur d'une proposition officielle à faire d'ici 2021. Le GTA vote également pour une date de début de l'ère au milieu du . Dix sites sont proposés comme point stratotypique mondial, l'un d'eux sera choisi pour la proposition finale.. Les marqueurs envisagés incluent les microplastiques, les métaux lourds ou les radioisotopes issus des tests d'armes thermonucléaires..
Le choix du stratotype relève de la décision de l'AWG et de la sous-commission au Quaternaire. Parmi une shortlist de neuf sites potentiels., le lac Crawford en Ontario est retenu, avec le plutonium comme marqueur... Ensuite, ce site devra être ratifié par l'..
Rejet par la sous-commission à la stratigraphie du Quaternaire Le 6 mars 2024, il est annoncé par voie de presse que la sous-commission à la stratigraphie du Quaternaire (SQS) de l'ICS refuse la proposition de création d'une nouvelle époque géologique nommée Anthropocène suivant un vote de ses membres de 12 voix contre et de 4 voix pour. Ce vote, bien qu'en partie contesté par certains membres du AWG et de la SQS favorables à la proposition, met de fait un coup d'arrêt au processus de validation..
Débats Si la pertinence scientifique d'une nouvelle ère géologique fait de plus en plus consensus, tel n'est pas le cas de sa frontière chronostratigraphique..
Marques d'une nouvelle époque géologique Les activités humaines ont la capacité de provoquer des modifications importantes de l'environnement terrestre, notamment : vignette|Quels espaces pour les espèces ? l'entrée en crise biologique globalisée, en raison de la dégradations des biomes avec pour conséquence majeure une perte de biodiversité à un rythme jamais atteint au cours des âges géologiques : réduction, destruction, dégradation et autres modifications des habitats naturels fragmentation écologique, causée notamment par l'évolution de la démographie et l'urbanisation, les industries et les transports ;