La peur est une émotion primaire, de nature physiologique et universellement partagée chez l’humain ainsi que chez de nombreuses espèces animales. Elle se manifeste en présence, ou en anticipation, d’un risque ou d’un danger, qu’il soit réel ou perçu, imminent ou potentiel.

La peur joue un rôle important dans les mécanismes de survie, en préparant l’organisme à réagir face à une menace. Elle s’accompagne de réponses physiologiques immédiates (accélération du rythme cardiaque, tension musculaire, sécrétion d’hormones du stress), visant à favoriser la fuite, l’évitement ou la confrontation. Ce type de réaction est parfois désigné sous le nom de réponse combat-fuite (de l’anglais fight or flight response).

Sur le plan neurologique, la peur est notamment liée à l’activation de l’amygdale, une structure située dans les lobes temporaux, impliquée dans le traitement des émotions et l’évaluation des signaux de danger..

En psychologie, la peur se distingue de l’anxiété : la première est une réponse à une menace spécifique et identifiable, tandis que la seconde relève d’un sentiment plus diffus et souvent anticipatoire Öhman, A. (2000). Fear and anxiety: Evolutionary, cognitive, and clinical perspectives. In M. Lewis & J. M. Haviland-Jones (Eds.). Handbook of emotions. (). New York: The Guilford Press.. Des formes persistantes et irrationnelles de peur sont qualifiées de phobies, telles que l’arachnophobie ou l’agoraphobie.

Le mot « peur » peut également être employé, par extension, pour désigner une appréhension face à des situations sociales, des objets ou des animaux, parfois sans menace objective, et pouvant affecter le bien-être ou la vie sociale des individus.

La peur dans l'Histoire Dans La peur en Occident, l'historien français Jean Delumeau en a décrit les différentes facettes, pour la période du , sous l'angle de l'histoire des mentalités et de l'histoire de la vie quotidienne. Il y dépeint « Les peurs du plus grand nombre »Jean Delumeau, La peur en Occident, s, une cité assiégée, Fayard, 1978 (peur de la mer, peur des ténèbres, peur de la peste, etc.) ainsi que « La culture dirigeante et la peur » (l'attente de Dieu, la présence de Satan et de ses agents, le juif, la femme, la sorcellerie…).

Peurs communes Biologiquement parlant, la peur est liée à l' qui permet aux animaux d'éviter les situations dangereuses pour eux-mêmes ou pour leur progéniture. Le principal objet de peur pour un animal est typiquement la présence d'un prédateur. La complexité de l'esprit humain a néanmoins transposé cette émotion et l'a dirigée vers des objets et des situations aussi divers que peuvent l'être les activités humaines. Certaines de ces phobies ont probablement une origine évolutive profonde, par exemple pour la peur des serpents, des araignées, dont on a montré qu'elles sont universelles chez l'humainDesmond Morris, Le Singe nu. D'autres phobies sont liées à des activités sociales récentes et propres uniquement aux sociétés occidentales modernes (peur du téléphone, de prendre l'avion ou d'autres modes de transports). On ne peut donc raisonnablement pas supposer qu'elles aient une origine biologique directe.

Différentes études citent parmi les peurs les plus communes : les fantômes, être seul dans la nuit, l’Océan, l'existence de pouvoirs maléfiques, les cafards, les araignées, les serpents, les hauteurs, l'eau, les espaces restreints, les tunnels et les ponts, les aiguilles, l'ostracisme, l'échec, les orages, les évaluations, les examens, les situations menaçantes (délinquance, etc.) et le risque de mourir, les discours publics et les souvenirs traumatiques de guerre.

Dans un test innovant sur les peurs éprouvées par les individus, Bill Tancer analyse les types de peur incluant la phrase « peur de… ». Les peurs les plus fréquemment citées sont : le vol, les hauteurs, les clowns, l'intimité, la mort, le rejet, les gens, les serpents, le succès et la conduite Tancer, B. (2008). Click: What millions of people are doing online and why it matters. New York: Hyperion..

On peut différencier la peur pour soi et ses proches, de la peur éprouvée pour d'autres en situation de risque ou de danger (y compris pour de parfaits inconnus). On distingue aussi la peur éprouvée « chez soi » de la peur éprouvée « hors de chez soi », elle est généralement tournée vers la crainte de subir quelque choses (un vol, une agression, une intrusion, etc.) de la part de quelqu'un d'autre. Une étude a montré qu'en région parisienne, en moyenne, la peur à l'extérieur, mais dans un moyen de transport en commun varie aussi selon le type de transport : avec des variations contextuelles importantes selon la ligne, l'heure, les circonstances ou selon qu'on soit seul ou accompagné.

On distingue aussi la peur éprouvée « pour soi ou pour ses proches » d'une peur éprouvée pour autrui. La peur pour soi varie beaucoup selon la situation : rare chez soi en France (8,29 %) selon Pottier et al. (2002), ; l'être humain a peur pour soi, mais aussi, empathiquement, pour les autres : selon Robert et al., en 2003, la peur pour les enfants semble avoir une fréquence proche de la peur pour soi (dans les transports en commun, à l'écoleJaspard M., Brown E., Condon S., Firdion J.-M., Fougeyrolas-Schwebel D., Houel A., Lhomond B., Maillochon F., Saurel-Cubizolles M.-J., Schiltz M.-A. (2003) Les violences envers les femmes en France. Une enquête nationale, Paris, La Documentation française., dans la rue ou le quartier par exemple) mais elle est plus intense (.

Approche scientifique Physiologie thumb|Actrice mimant la peur en écarquillant les yeux (Le Carnaval des âmes, 1962). La peur est très certainement l'une des émotions les plus anciennes du monde animal. Si elle se manifeste de façon parfois spectaculaire, il faut noter cependant que ces manifestations sont, pour des raisons éthiques faciles à comprendre, difficiles, voire impossibles à observer selon la méthode expérimentale. Pour cette raison, elles sont connues essentiellement à travers les expériences personnelles et la croyance populaire, voire les légendes ou le mythe.

Chez l'être humain, la peur peut se manifester par des tremblements, une hausse de la fréquence cardiaque, un écarquillement des yeux et une perturbation du rythme respiratoire. Ces différentes manifestations sont essentiellement dues à la sécrétion d'adrénaline, principale hormone de la peur .. Dans certains cas, une peur soudaine peut provoquer le besoin de pousser un cri. La peur peut aussi provoquer une paralysie momentanée partielle et parfois complète, allant jusqu'à une perte de conscience. Il est aussi avéré qu'une peur violente peut provoquer une perte des cheveux pigmentés ne laissant apparaître que les cheveux blancs, comme ce fut le cas pour Marie-Antoinette d'Autriche.. La peur peut aussi provoquer un pâlissement de la couleur de la peau, ce qui explique probablement l'expression « être blanc (ou vert) de peur ». On dit aussi que la peur provoque l'horripilation, prosaïquement appelée « chair de poule ».

Dans les cas extrêmes, la peur peut aussi relâcher les muscles du bassin, dont les sphincters, provoquant ainsi l'évacuation de l'urine, et parfois même du bol fécal. Quelques expressions populaires décrivent ce phénomène (faire dans son froc). Il est prêté à la peur le pouvoir de mettre un terme au hoquet. Enfin, la peur provoque chez l'humain, comme pour la plupart des mammifères, une puissante activité hormonale qui peut provoquer le dégagement par la peau d'une forte odeur, ainsi qu'une hyperactivité du système de sudation, induisant ce qu'on appelle les « sueurs froides ».

Charles Darwin décrivit ainsi les différentes manifestations de la peur :

Neurobiologie L'amygdale est la structure clé du cerveau dans la neurobiologie de la peur. Elle participe au processus de traitement des émotions négatives (telles que la peur ou la colère). Des chercheurs ont observé une hyperactivité de l'amygdale chez les patients qui ont montré un visage menaçant ou confrontés à des situations effrayantes. Chez les patients souffrants de phobie sociale, on observe une réponse plus atténuée de l'amygdale . Des études ont également montré que les sujets exposés à des images d'expressions faciales de peur, présentaient une activité de l'amygdale plus réduite, alors que la lésion de celle-ci ou sa calcification rend incapable la personne atteinte de reconnaître les expressions de peur, tandis que la capacité d'identification d'autres émotions est maintenue.

La réponse à la peur causée par l'amygdale peut être mitigée par une autre région cérébrale connue sous le nom de cortex cingulaire antérieur rostral, situé au niveau du lobe frontal. Dans une étude de 2006 à l'Université Columbia, des chercheurs ont observé chez les participants à l'expérimentation moins d'activités dans l'amygdale lorsqu'ils perçoivent consciemment un stimulus de peur que lorsqu'ils le perçoivent inconsciemment . Il avait auparavant été découvert que le cortex cingulaire antérieur rostral freinait l'activité de l'amygdale, participant au contrôle émotionnel des sujets. Une étude menée par des scientifiques de Zurich a conclu que l'hormone ocytocine, liée aux sentiments d'altruisme et d'empathie ainsi qu'au désir sexuel, était capable de diminuer l'activité cérébrale des centres responsables de la peur"Fear not." Ski Mar.-Apr. 2009: 15. Gale Canada In Context. Web. 29 septembre 2011.

Après avoir été effrayé, cette information est envoyée de l'amygdale à une autre partie du cerveau, le cortex préfrontal, où cette information est conservée pour une situation similaire qui pourra exister dans le futurJohn Travis, "Fear Not", Science News, 2004.

Typologies de la peur La peur peut être catégorisée en deux types : peur externe et peur interne. la peur externe est une peur à propos d'un stimulus extérieur à l'individu, que celui-ci souhaite éviter ; la peur interne est une peur liée à un stimulus interne à l'individu, par exemple, associé à une émotion négative (exemple : faible estime de soi).

La peur peut être décrite selon les émotions ressenties par un individu. Ces émotions varient de la prudence à une phobie intense ou de la paranoïa. La peur peut se manifester par différents états émotionnels et cognitifs incluant l'inquiétude, l'anxiété, la terreur, l'horreur, la panique et la crainte. Les expériences de la peur peuvent se manifester longtemps après que les situations ont été vécues, c'est-à-dire que l'individu revit ses peurs, par exemple, durant des cauchemars, ou durant des nuits de terreur. Certaines pathologies peuvent être liées à la peur, comme les troubles anxieux (définis par des peurs irrationnelles et persistantes), qui sont très répandus, ou d'autres troubles plus sévères, certains symptômes pouvant provoquer de la peur chez le sujet (par exemple, certaines formes de schizophrénie ou d'autres troubles psychotiques).

L'expérience de la méfiance peut être expliquée par un sentiment de peur ou de prudence, habituellement en réponse à une personne dangereuse ou peu familière. La méfiance peut survenir lorsque quelque chose ou quelqu'un est remis en question ou inconnu. Par exemple, un individu peut se méfier d'un autre lorsque celui-ci agit d'une manière improbable ou peu commune. La méfiance est également considérée comme une prévoyance et une remise en cause de situations qui peuvent devenir à tout moment effrayantes, voire dangereuses.

La terreur est une forme très prononcée de la peur. C'est une sensation de danger imminent. Elle peut également être causée lors d'une phobie. La terreur peut conduire une personne à des choix irrationnels ou à un comportement atypique.

Peur de la mort thumb|180px|Le déguisement, le carnaval, l'humour sont des moyens de jouer avec les peurs ou de les repousser.