L'agence de presse Inter-France était une agence de presse française fondée à Paris en 1937, connue surtout pour son orientation collaborationniste sous l'Occupation et le régime de Vichy.
Historique Agence anticommuniste, 1937-1940
Son fondateur et principal dirigeant, Dominique Sordet, critique musical du quotidien royaliste L'Action française, s'est fait connaître des milieux de la presse de droite par la parution simultanée en , sous ses auspices, d'un article anticommuniste établissant le bilan du Front populaire dans plus de 300 périodiques« Le manifeste des Trois cents », L'Echo de Paris, 24 octobre 1936. Un chiffre minimisé par le quotidien des socialistes, Le PopulaireMaurice Paz, « Les 300 », Le Populaire, 25 octobre 1936.
L'agence est « lancée en 1937 par des journalistes d'Action française et des financiers d'extrême droite » selon l'historien Pascal OryPascal Ory, Les Collaborateurs 1940-1945, Le Seuil, 1980, . Le terme de financiers est contestable ; c'étaient en fait des industriels. Et de droite pour la plupart, d'une droite certes extrême, effrayée par le Front populaire et le communisme., à destination des périodiques de province de droite, pour lutter contre le communisme et le Front populaire. Sordet affirmera en 1942 : Il oppose ces groupes aux « puissances d’argent » parisiennes, incapables de mener la lutte. Parmi ces industriels figure l'industriel cotonnier des Vosges Georges Laederich qui anime une officine patronale anticommuniste et contribue au financement de l'agence à partir de 1937. Il est en effet en relation avec Sordet et d'autres patrons impliqués dans le financement de l'agence comme Georges Brabant, Marcel Doligez, des Ets Champier, à Tarare (Rhône)Doligez est lié à une officine patronale fondée à Lyon en , la Centrale industrielle et commerciale (CIC), qui centralise les fonds de propagande du patronat de la région lyonnaise : Annie Lacroix-Riz, De Munich à Vichy: L'assassinat de la Troisième République 1938-1940, Armand Colin, 2008, Georges Roque, patron des Verreries Souchon-Neuvesel (Rhône), les Marseillais Bernard de Revel, des Raffineries de sucre de Saint-Louis, et Jean Fraissinet, armateur. Bernard de Revel est un cousin germain de SordetLe comte Bernard du Perron de Revel (1893-1958) est le petit-fils du fondateur des raffineries de sucre Saint-Louis, fondées en 1867, Henry Bergasse, et le sixième enfant du colonel Hugues du Perron, comte de Revel, et Sophie Bergasse. Henry Bergasse avait eu 7 filles. L’une d’elles, Sophie, épousa Hugues du Perron de Revel, et une autre, Henriette, épousa le général André Sordet. Laederich finance avec son officine patronale des petits périodiques d'arrondissement dans les Vosges et des quotidiens, L'Eclair de l'Est, de Nancy, et son pendant vosgien, Le Télégramme des Vosges, et contrôle un autre quotidien spinalien, L'Express de l'EstJean-François Colas, Georges Laederich (1898-1969) : le combat d'un industriel vosgien contre le Front populaire et le communisme, 1934-1939, dans les Annales de la Société d'émulation du département des Vosges, 2018, .
Sordet se voit attribuer en 1937, pour l'année suivante, pour son informel. Il bénéficie ensuite de l'appui de la Confédération générale du patronat français. thumb|Salaire à Inter-France de Marc Pradelle pour le mois de février 1943. L'agence s'installe à Paris en 1937, rue de Téhéran, et Sordet est secondé à partir de par Marc PradelleRené-Gustave Nobécourt, Les secrets de la propagande en France occupée, Fayard, directeur d'un journal de province, de tradition monarchiste, L'Avenir du Loir-et-Cher, et ancien militant de l'Action françaiseAnnie Lacroix-Riz, Le choix de la défaite : Les élites françaises dans les années 1930, Armand Colin, 2010 Né en 1904, étudiant à l'Institut catholique de Paris, il a adhéré aux étudiants d'Action français en 1923, a été administrateur du journal L’Étudiant français, organe de la fédération des étudiants d’AF, et a milité aux Camelots du roi Il a été arrêté en 1925 à la sortie d’une réunion royaliste, trouvé porteur d’un revolver chargé, et a été condamné. En 1929, il a dirigé le service d’ordre constitué de militants de l'AF lors des obsèques d’Henry de Cardonne, directeur de L'Avenir du Loir-et-Cher, vice-président de l'Association de la presse catholique et monarchique des départements et membre de la ligue royaliste (L'Étudiant français, février 1926, L'Action française, 28 novembre 1925, Ibid., 21 juillet 1925, Ibid., 14 juin 1925, Ibid., 18 juin 1925, Ibid., 28 mai 1925, Ibid., février 1929). Après avoir été secrétaire d'Henry de Cardonne en 1928, secrétaire particulier de Xavier de Magallon de 1932 à 1934, puis du lieutenant-colonel de Puymaigre, conseiller municipal parisien en 1935, il a pris la direction de L'Avenir du Loir-et-Cher. Il est allé en novembre 1936 en Espagne avec Xavier de Magallon, présenté comme un ami et un collaborateur de L'Avenir, dans la zone franquiste : L'Avenir, 8 novembre 1936. Il est le directeur-gérant de L'Avenir jusqu'en mai 1938 mais sa signature apparait peu dans les colonnes du journal à partir de 1937 : collection de L'Avenir dans BNF/Gallica.. Il devient le directeur adjoint de l'agence.
Ils sont bientôt rejoints par le colonel Michel Alerme, Georges Vigne, qui a été un proche de l'Action françaiseNé en 1902, Georges Vigne a collaboré à L'Eclair, quotidien monarchiste de Montpellier. Il a été rédacteur à La Gazette du franc de Marthe Hanau, puis il a collaboré à divers périodiques, sous le pseudonyme de Georges Dovime, comme L’Ordre, Le Capital, ainsi qu’à L’Action française, La Revue hebdomadaire, Je suis partout. Il s’est spécialisé dans les questions économiques, écrivant des ouvrages au succès assez net, du fait de leur veine pamphlétaire (La stabilisation en 1928, Ne ratifions pas en 1929, Le fisc contre la patrie, en 1930, La débâcle de nos finances, en 1932). En 1929, Georges Vigne alias Georges Dovime participa à la campagne « des étudiants contre la Ratification [des dettes à l’égard des États-Unis]», menée par les étudiants d’AF, qui constituèrent un comité universitaire et lancèrent un périodique, Ne ratifions pas. En , il était l’un des conférenciers de l’AF pour une conférence sur « les dangers que font courir au pays les abandons criminels de Briand », aux côtés de l’amiral Schwerer et de Léon Daudet. Ses ouvrages ont été soutenus par l’AF et recommandés aux étudiants de la ligue, pour lesquels il donna une conférence, pour le Cercle d’études économiques de la ligue, en 1935 : Albert Marty, L’Action française racontée par elle-même, NEL, 1968, , Pierre-Marie Dioudonnat, Les 700 rédacteurs de Je suis partout : 1930-1940, Sedopols, 1993, , Almanach d’Action française, 1931, ; ibid., 1930, , L’Action française, 3 juin 1935, André Delavenne, Xavier de Magallon. Entré à l'agence en , Georges Vigne en devient le rédacteur en chef jusqu’en 1944.
En 1938, l'agence s'agrandit, publie un bulletin, et déménage au 146, boulevard Haussmann, siège d'une petite société anonyme fondée en mars et dont Sordet préside le conseil d'administration et où figurent aussi, notamment, André Delavenne, qui en devient le directeur en 1939, et un homme d'affaires, Georges BrabantLes Annonces de la Seine, 6 avril 1938. Cette source ne cite pas Marc Pradelle, cité par Gérard Bonet, qui s'appuie sur un rapport des R-G de 1944. La source et Bonet citent en revanche sans l'identifier un autre fondateur et administrateur, Fernand Le Pelletier, propriétaire à Paris. S'agit-il du professeur à l'Institut catholique de Paris du même nom qui sous l'Occupation assiste à une conférence à Paris de Xavier de Magallon, tenue sous les auspices d'Inter-France ? (L'Union française, juin 1941). L'agence passe en un accord avec le Syndicat des journaux et périodiques des départements (SJPD), présidé par l'ancien député Pierre de Monicault et animé par Georges Riond, son délégué général, permettant d'adresser aux adhérents du syndicat un bulletin. Riond devient chef des informations puis en rédacteur en chef-adjoint de l'agence de Sordet tandis que le siège du SJPD est transféré à celui de l'agence. Riond est aussi l'un des vice-présidents de la Fédération nationale des correspondants (FNC), issue de la Fédération française des correspondants républicains nationaux des journaux, anciennement liée au Centre de propagande des républicains nationaux et désormais à Inter-France. Dans ses mémoires, Riond cite quatre bailleurs de fonds de l’agence, issus du « patronat de province [...] (qui) a décidé de prendre lui-même en main ses opérations de sauvegarde politique » : Jean Fraissinet, « César fougueux » et « patron de combat », Bernard de Revel, « avançant cent idées pour en laisser tomber 99 », Georges Roque, « potentat maussade », et « René (sic) Laederich, magnat lorrain dont l’impulsivité idéologique brouille le jugement »G. Riond, Chroniques d’un autre monde, Paris, France-Empire, 1979, ..
Inter-France prend la forme d'une société anonyme, possédée officiellement par ses clients (38 journaux actionnaires à la veille de la guerre). Ses statuts sont établis le , son capital s'élève alors à . Son nom complet est « Inter-France, agence nationale d'informations de presse et de documentation politique ». Des sociétés publiant des quotidiens de province administrent cette société : la société Marseille-Matin, contrôlée par l'armateur Jean Fraissinet, la SA du Nouvelliste et de la Dépêche de Lille, la société du Petit Courrier, l'Imprimerie Théollier, la société du Salut public (Le Salut public de Lyon), la Société des journaux et publications du Centre (Courrier du Centre à Limoges), SARL Lafond fils et Cie (Le Journal de Rouen). Quatre sociétés liées au groupe de presse catholique La Presse régionale font partie du conseil d'administration : la SA de La Liberté du Sud-Ouest (Bordeaux), la Presse du Sud-Est (La République du Sud-Est, de Grenoble), la Presse de l'Ouest (L'Echo de la Loire, de Nantes) et la Presse de l'Est (L'Éclair de l'Est, de Nancy). Ainsi que des individus : le colonel Michel Alerme, Édouard-Adolphe Marret, représentant de L'Éveil provençal et vice-président du SJPD, Jacques Thénard, administrateur de sociétés, propriétaire et directeur du quotidien Le Bien public de Dijon, Henri Hutin, directeur-propriétaire de l'hebdomadaire meusien L'Echo de l'Est, industriel fromager et maire de Lacroix-sur-MeuseFrère cadet de Paul Hutin-Desgrées, il sera résistant et membre du Comité départemental de libération (CDL) de la Meuse, sociétaire de Ouest-France en 1944 : Guy Delorme, François Régis Hutin: le dernier empereur d'Ouest-France, Apogée, 2009, , Biographie d'Henri Hutin (Une erreur : Hutin n'était pas compagnon de la libération). L'Echo de l'Est cesse de paraitre en septembre 1939. La démission d'Hutin du conseil d'administration d'I-F n'est enregistrée qu'en juin 1943 (Gérard Bonet, op. cit., . Selon G. Bonet, Henri Hutin est le père de Paul Hutin. Henri Hutin, père d'Henri et de Paul, est en fait mort en 1932). Henri Hutin, avec Jacques Warnier, défend Georges Laederich lorsque ce dernier est arrêté en 1945. Il utilise notamment ses relations avec Pierre-Henri Teitgen, ministre de la justice et sociétaire d'Ouest-France, pour plaider la cause de Laederich (Richard Vinen, The Politics of French Business 1936–1945, Cambridge University Press, 1991, )., Eugène Leroux, directeur-propriétaire du Messager de Darnétal (Seine-Maritime), Gaston Barbez, directeur-propriétaire du Journal des Flandres (Nord)La Journée industrielle, 16 novembre 1938. Le colonel Alerme va présider le conseil d'administration. Parmi les autres périodiques actionnaires figure Le Moniteur du Puy-de-Dôme (10 actions), possédé par Pierre Laval, que Sordet aurait rencontré en 1938Gérard Bonet, op. cit., .