L'Inquiétante Étrangeté ( en allemand) est le titre, souvent traduit ainsi (L'inquiétante étrangetéTraduction de Marie Bonaparte et E. Marty en 1933 pour .) en français, d'un essai de Sigmund Freud paru en 1919.

Histoire du texte et de la notion de l' vignette|left|Revue Imago, volume V, où parut Das Unheimliche en 1919. L'essai de Freud, dans sa rédaction définitive, paraît à l'automne 1919 dans le volume V de la revue Imago. Selon la notice des OCF.P, sa parution est contemporaine de Au-delà du principe de plaisirNotice des OCF.P à Sigmund Freud, « L'inquiétant », dans Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse, tome XV, Paris, Presses universitaires de France, 1996, .. Il s'agit alors du remaniement d'un article , ainsi que l'atteste, selon Ernest Jones, une lettre de Freud datée du à Sándor Ferenczi.

Références littéraires et psychiatriques de Freud À côté d'écrivains comme Friedrich Schiller et E.T.A. Hoffmann, le psychiatre allemand , auteur de en 1906, est l'une des autres références de Freud dans son texte Sophie de Mijolla-Mellor, « inquiétante étrangeté (L') » (art.), dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), Hachette, 2005, .. En ce qui concerne l'exemple littéraire d'E.T.A. Hoffmann, Freud se rapporte à la notion d’Unheimliche chez Jentsch sur .

Sophie de Mijolla-Mellor signale que sinon n'est pas mentionnée sur des thèmes proches comme le « déjà-vu » de Pierre Janet et de Joseph Capgras.

Sens et traductions de vient de . Ce mot signifie « le foyer », la maison, et introduit une notion de familiarité, mais il est aussi employé comme racine du mot , qu'on peut traduire par « secret », dans le sens de « ce qui est familier » ou « ce qui doit rester caché. ».

Dans la littérature germanophone Unheimlich est un terme très présent dans la littérature allemande, en particulier la littérature romantique. Jacob et Wilhelm Grimm lui consacrent un important article dans leur dictionnaire. Il est également très présent dans les écrits d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, Clemens Brentano, Justinus Kerner, Theodor Körner, Ludwig Tieck, etc...

Leopold von Sacher-Masoch emploie pour qualifier l'impression faite par Nadeshda, comtesse Baragreff, sur le héros, Henryk Tarnow, dans la nouvelle L'Amour de Platon..

La traduction de l'essai de Freud « L'inquiétante étrangeté » est la traduction française donnée en 1933 par Marie Bonaparte de de Freud. D'autres auteurs traduisent par l'« inquiétante familiarité » (Roger Dadoun), « l'étrange familier » (François Roustang) ou les « démons familiers » (François Stirn)Voir les commentaires de François Stirn dans : ..

Selon Jean Laplanche, la traduction généralement admise de Marie Bonaparte par « inquiétante étrangeté » présente l'inconvénient d'introduire une notion supplémentaire d' « étrangeté » (Fremdartigkeit) Jean Laplanche, « Terminologie raisonnée », entrée « Inquiétant », dans André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche, François Robert, Traduire Freud, Paris, PUF, 1989, .. Le terme unheimlich fonctionne dans toute l'œuvre freudienne au-delà du sens qu'il a pris de manière surdéterminée dans das Unheimliche, où Freud , heimlich pouvant avoir deux sens opposés. Freud lui-même avait recensé plusieurs termes français susceptibles de traduire unheimlich: « inquiétant », « sinistre », « lugubre », « mal à son aise ». La traduction des OCF.P a opté pour « inquiétant » qui .

L'essai de Freud s'intitule (1955) dans la Standard Edition. Dans une étude de la littérature fantastique anglo-américaine, Sophie Geoffroy-Menoux emploie l'expression « . ».

Publication, éditions

Première publication 1919 : Das Unheimliche, Imago, 5 (5/6), Référence est faite en grande partie dans cette section à la notice des OCF.P à Sigmund Freud, « L'inquiétant », dans Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse, tome XV, Paris, Presses universitaires de France, 1996, .

Traduction anglaise 1955 : Standard Edition, t. XVII, , The « Uncanny »

Traductions françaises 1933 : « L'inquiétante étrangeté », traduit par Marie Bonaparte et E. Marty, dans S. Freud, Essais de psychanalyse appliquée, Paris, Éditions Gallimard, . 1985 : « L'inquiétante étrangeté », traduit par B. Féron, dans S. Freud, L'inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1996 : « L'inquiétant », traduit par J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, J. Laplanche, F. Robert, notice d'Alain Rauzy, dans Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse, tome XV, Paris, Presses universitaires de France, 2012 : L'inquiétant familier (suivi de : "Le Marchand de sable" de E.T.A. Hoffmann), Paris, Payot, ,

L'Unheimliche chez Freud La notion de l’ (adjectif substantivé : das UnheimlicheGrammaire allemande : un adjectif substantivé, c'est-à-dire employé comme nom (d'où la majuscule initiale), continue toutefois de suivre la déclinaison de l'adjectif qualificatif qui dépend du déterminant qui le précède quand il y en a un, ici l'article défini “das” au cas sujet (nominatif) : la désinence de l'adjectif, dite « faible », est « e » ; elle ne porte pas la marque du cas, car c'est l'article qui la porte (voir : déclinaison faible de l'adjectif).), qui intéresse Freud depuis longtemps et donne son nom à l'article publié dans Imago en 1919, est déjà présente dans Totem et Tabou (1913) : une note de Freud dans le texte (OCF.P, XV, ) renvoie à la section III de cet ouvrage, « Animisme, magie et toute-puissance des pensées ».

Un précédent chez Otto Rank : le thème du « double » thumb|thumbtime=2|L'Étudiant de Prague, 1913. L'essai d'Otto Rank sur Le Double (Der Doppelgänger), paru dans Imago date de 1914 : Rank, qui est , est alors influencé par un film, L'Étudiant de Prague (1913) Sophie de Mijolla-Mellor, « Don Juan et Le Double », dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), Hachette, 2005, ., et il étudie entre autres l'une . Freud, cité par Sophie de Mijolla-Mellor, marque en 1919 dans L'inquiétante étrangeté la mise en lumière par Rank de cette surprenante évolution du double :

Le familier inquiétant Ainsi que le commente S. de Mijolla-Mellor, l' Unheimliche se présente comme (Freud), de sorte qu'on est dans un paradoxe car le familier ne devrait pas être inquiétant : la réflexion freudienne concerne dès lors le moi-plaisir originel ramenant à l'opposition Moi/Non-Moi de Pulsions et Destins des pulsions (1915). Comme on ne s'explique pas pourquoi ce familier puisse devenir menaçant, on en arrive à un second aspect de lUnheimliche : le secret, le caché ; Freud emprunterait à Schelling l'idée selon laquelle . thumb|left|Le roi Lear et ses filles, Chronica Majora de Matthieu Paris, vers 1250. D'après Jacques Sédat, Freud reprend dans L'inquiétante étrangeté le thème du ou du qu'il a introduit dans « Le motif du choix des coffrets » (1913) Jacques Sédat, « La pulsion de mort : hypothèse ou croyance ? », Cliniques méditerranéennes, 2008/1 (), . DOI : 10.3917/cm.077.0177. : en repartant de l'étymologie du mot, Sédat note que . C'est ainsi que l'inquiétante étrangeté : là où pour Freud, « le moi, c'est le corps » ou l'image du corps, le double, comme , annonce .

Dans « Le motif du choix des coffrets », qui se trouve dans la mythologie et chez Shakespeare (Le Marchand de Venise, Le Roi Lear)Dans Le marchand de Venise, rappelle Jacques Sédat, l'homme est mis face à un choix entre trois coffrets (l'or, l'argent et le plomb), tandis que le choix pour Le Roi Lear est entre ses trois filles., Freud constate que l'homme , c'est-à-dire la troisième des trois Parques. Dans son article intitulé « La pulsion de mort : hypothèse ou croyance? », Sédat montre comment Freud articule le Unheimlich à la contrainte de répétition, ainsi que l'annonçait « Le motif du choix des coffrets », où il écrit que : l'homme , souligne Jacques Sédat.

Une conjonction entre contrainte de répétition et inquiétante étrangeté apparaît notamment dans L'inquiétante étrangeté à l'occasion d'un passage autobiographique où, en flânant , Freud tombe par hasard dans un quartier de prostitution, et alors qu'il se hâte de quitter la ruelle dans laquelle , il se retrouve dans la même rue après avoir erré quelque temps ; l'expérience se répète ensuite une troisième fois. Or Freud a un rapport superstitieux au chiffre 3. Il constate que dans ce genre de situation, le entraîne un où Sédat voit la conjonction d'un sentiment de détresse (Hilflosigkeit) et de la confrontation extérieure avec la mère : .

Extension de la notion freudienne de l'inquiétante étrangeté vignette|alt=Graphique|Le sentiment d'inquiétante étrangeté aurait fait jeter à la mer l'androïde FrancineL'automate Francine est une fable, celle de La fille Francine, résultat d'une association d'idée de René Descartes à Faust.., souvent interprété comme ayant été un des premiers à descendre dans la .. « L'inquiétante étrangeté », entendue comme un « familier » (heimlich) susceptible de s'inverser en son contraire « inquiétant » (unheimlich), trouve son application dans la pensée et la technique des hommes, en deçà et au-delà de la notion proprement psychanalytique que Freud a pu former, en s'inspirant d'ailleurs lui aussi des œuvres, le plus souvent littéraires, qui l'auront précédé.

Automates et robots Pour le roboticien japonais Masahiro Mori, qui a introduit la notion de « vallée de l'étrange », ...

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie

Autres textes de référence Sigmund Freud, Le motif du choix des coffrets (Das Motiv der Kästchenwahl, 1913), traduit par B. Féron, dans S. Freud, L'inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1985, ; traduit par René Lainé avec la collaboration de Pierre Cotet, dans OCF.P XII 1913-1914, Paris, PUF, 2005, Otto Rank, Der Doppelgänger (Imago, 3, , 1914 ; Internationaler Psychoanalytiker Verlag, Leipzig, 1925), traduction française dans .

Études

(Dans l'ordre alphabétique des noms d'auteurs) Jacques Adam, « De l’inquiétante étrangeté chez Freud et chez Lacan », Champ lacanien, 2011/2 (), . DOI : 10.3917/chla.010.0195. Hanania Alain Amar, Inquiétante étrangeté et autres récits, Paris, L'Harmattan, 2002 Ernst Jentsch, L'Inquiétante Étrangeté (Zur Psychologie des Unheimlichen, 1906), traduction de Pascal Le Maléfan et Frauke Felgentreu, Études psychothérapiques, 1998, 17, Jean Laplanche, « Terminologie raisonnée », entrée « Inquiétant », dans André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche, François Robert, Traduire Freud, Paris, PUF, 1989, , . Pascal Le Maléfan, L'inquiétante étrangeté entre Jentsch et Freud, Études psychothérapiques, 1998, 17, . Sophie de Mijolla-Mellor, « Don Juan et Le Double », « double (le-) », « étrangeté (sentiment d'-) » , « inquiétante étrangeté (L') », dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), Hachette, 2005, . . Alain Rauzy, notice pour « L'inquiétant », Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse, tome XV, Paris, Presses universitaires de France, 1996, Jacques Sédat, « La pulsion de mort : hypothèse ou croyance ? », Cliniques méditerranéennes, 2008/1 (), . DOI : 10.3917/cm.077.0177. Henri et Madeleine Vermorel, « romantisme allemand et psychanalyse » dans Dictionnaire international de la psychanalyse (Dir. Alain de Mijolla), Paris, Hachette Littératures, , 2005, .

Adaptations « L'inquiétante étrangeté », traduction de M. Bonaparte et E. Marty, illustré avec des photomontages de Paula Jiménez, éditions Interférences, Paris, 2009 , site consulté le ,

Articles connexes Psychanalyse appliquée Romantisme allemand#Freud et le romantisme allemand L'Étudiant de Prague Francine Descartes Vallée dérangeante

Liens externes

Sigmund Freud, L'Inquiétante Étrangeté Sigmund Freud, L'Inquiétante Étrangeté, traduit de l'allemand par Marie Bonaparte et

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