François Boucher, né le à Paris où il est mort le , est un peintre, dessinateur, graveur et décorateur français, représentatif du style rocaille.
Maître particulièrement prolifiqueEmmanuel Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays, Paris, Roger et Chernoviz, 1911, 1056, ., Boucher a abordé tous les genres : peinture religieuse, sujets mythologiques, scènes rustiques, paysages, animaux, décorations de monuments et de maisons particulières, modèles de tapisserie. C’est peut-être le plus célèbre peintre et artiste décoratif du , dont on a pu dire qu’il était l’un des génies les plus purs. Il estime lui-même, un an avant sa mort, avoir produit plus de dix mille dessinsMais trouvait encore le temps de travailler dix heures par jour à des représentations idylliques et voluptueuses de thèmes classiques, mythologiques et érotiques, d’allégories décoratives et de scènes pastorales.. Il devient peintre de la cour de Louis XV, puis celui de Madame de Pompadour, dont il a peint plusieurs portraits et qui en fait son protégé. Sa carrière atteint son apogée lorsqu'il est nommé Premier peintre du Roi et directeur de l'Académie de peinture en 1765. Boucher a consacré beaucoup de son temps à des tableaux qui relèvent de genres mineurs, comme le paysage ou les pastorales galantes et rustiques, essentiellement destinés à la décoration intérieureContrairement à ses autres œuvres plus abordables, ses toiles s'adressent à la clientèle de la haute société : elles décorent des propriétés royales (Versailles, Fontainebleau, Meudon, Choisy), des résidences de Madame de Pompadour (châteaux de Bellevue et de Crécy), des hôtels particuliers de Paris et dans ses environs, commandés par l'aristocratie et la grande bourgeoisie. Il réduit ses pastorales et ses peintures d'histoire à sujet galant au format de la peinture décorative adaptée à ces demeures dans lesquelles . Cf ., ce qui explique cette reconnaissance tardive.
Biographie Fils unique d’Élisabeth Lemesle et de Nicolas Boucher, maître peintre et dessinateur de l’Académie de Saint-Luc, il reçoit les premières leçons de son pèreFrançoise Joulie ; Jean-François Méjanès, François Boucher : hier et aujourd’hui : musée du Louvre, 17 octobre 2003-19 janvier 2004, Paris, Réunion des musées nationaux, 2003, 159 , ., mais il montrait de telles dispositions que celui-ci décida de le faire travailler sous une direction plus qualifiée que la sienne.
Formation Vers 1720, à l'âge de , il entre dans l’atelier de Lemoyne qui l’initie aux secrets de la peinture décorative et des grandes scènes mythologiques, dans lesquelles il est spécialisé.Deux de ses premiers tableaux, la Naissance et la Mort d’Adonis, gravés par Aubert et Scotin, se ressentent directement de l’influence de son premier maître.. Il ne resta que quelques mois dans cet atelier de Lemoyne.
Pour se procurer les ressources nécessaires pour vivre, il doit accepter des travaux de dessin du graveur et éditeur Jean-François Cars, pour lequel il produit ses premières gravures d’illustrationPierrette Jean-Richard, L’Œuvre gravé de François Boucher dans la Collection Edmond de Rothschild, Paris, Éditions des musées nationaux, 1978, 435 , ., des titres de thèse, des images religieuses et des dessins pour l’illustration de livres de piété. pour lesquelles il reçoit par mois, non compris le logement et la table. Il se lie avec le fils de son employeur, Laurent Cars, à peu près de son âge. En 1721, il dessine des illustrations de livres pour Cars, et commence à pratiquer l’art de la gravure. Ses premiers essais décident le collectionneur Jean de Jullienne à lui passer commandes de gravures d'après Watteau.
Cette période de son apprentissage est des plus profitables à Boucher qui trouve dans les œuvres de Watteau, qui vient de mourir, en 1722, tous les éléments de sa propre inspirationUn dessin de Boucher, conservé au musée de Francfort et représentant le jeune violoniste de la tapisserie de Beauvais, la Musique, et de l’écran du Louvre, se rapproche tellement de la manière de Watteau qu’il avait été catalogué au nom de ce maître.. Les par jour que lui donne, à cette époque, Jullienne pour prix de son travail lui font la vie assez facile mais, très épris de son art, il veut entrer à I‘Académie et s’efforce de perfectionner sa technique, travaillant à la fois le dessin, la gravure et la peinture.
Il se forme également auprès de Sebastiano Ricci et Giovanni Antonio Pellegrini, actifs à Paris dans les années 1720..
En 1723, il concourt au prix de l’Académie de peinture, dont le sujet est « Evilmérodach, fils et successeur de Nabuchodonosor, délivré des chaines dans lesquelles son père le retenait depuis longtemps ». Il remporte le premier prix. Âgé d’à peine vingt ans, il ne possède pas encore la faveur dont il jouira plus tard et l’opposition du duc d’Antin, directeur général des bâtiments, l’empêche d’obtenir son envoi à Rome comme pensionnaire du roi. En attendant qu’une pension puisse lui être attribuée pour l’Académie de France à Rome, il continue à graver pour Jullienne. En 1725, il expose pour la première fois, quelques tableaux à l'Exposition de la Jeunesse de la place Dauphine..
Séjour à Rome Deux ans plus tard, en 1727, ayant réuni quelque argent, et grâce à la générosité d’un tiers, il part pour Rome, comme élève libre, en compagnie de Carle Van Loo et de ses neveux François et Louis. Au début de , le directeur de l’école de Rome, Nicolas Vleughels, signale leur arrivée à Rome au duc d’Antin, ajoutant : À peine arrivé, Boucher se met au travail, et, dès le , le directeur signale son assiduité. En l’absence de dessins ou de tableaux que l’on puisse sûrement dater, à l’exception de quelques eaux-fortes gravées plus tard d’après ses études faites à Rome, il est impossible de retracer les étapes du séjour de Boucher en Italie, qui lui est néanmoins plus profitable que n’ont bien voulu le dire les détracteurs du rococo et partant, du style de Boucher.
Après un séjour de près de quatre années en Italie, il rentre à Paris, à la fin de 1731, ayant beaucoup travaillé et acquis une maîtrise qui frappe Vleughels, qui écrit à son sujet, dans une lettre du : Et dans une autre lettre, datée du de cette même année, il le place, avec les Van Loo, Natoire et Bouchardon, au rang des meilleurs élèves de l’Académie..
Les honneurs vignette|upright|Renaud et Armide (1732), Paris, musée du Louvre.
Agréé dès son retour à l’Académie royale de peinture et de sculpture, le , il devient immédiatement le peintre mondain, le portraitiste semi-officiel des femmes à la mode, épouses ou maîtresses des financiers, gagnant une fortune rapide et un renom considérable.vignette|upright|Alexandre Roslin, Portrait de Marie-Jeanne Buzeau, épouse de Boucher (1761), Munich, château NymphenburgExposé au Salon de 1761..
Les commandes commencent à affluer, et c’est de 1732 que date la réalisation de Renaud et Armide, inspiré de la Jérusalem délivrée du Tasse, où le modèle de la blonde Armide est Marie-Jeanne Buseau, la jeune fille de qu’il épousera le Marie-Jeanne Buseau, 17 ans, fille de Jean-Baptiste Buseau, bourgeois de Paris, et de Marie-Anne de Sédeville, demeurant rue l’Évêque, paroisse Saint-Roch. Boucher habitait alors rue Saint-Thomas-du-Louvre, sur la paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois, et ses parents rue des Foureurs, paroisse Sainte-Opportune.. Au dire de ses contemporains, Marie-Jeanne est remarquablement jolie, et Boucher semble s’en être souvent inspiré dans ses créations de jeunes beautés radieuses et triomphantes. Elle pose également pour d'autres peintres de leur entourage, La Tour expose son portrait à son premier Salon en 1737, Lundberg fait d’elle un pastel paru au Salon de 1743, le peintre suédois Roslin expose son portrait au Salon de 1761, et Gabriel de Saint-Aubin en fait un croquis en marge de son exemplaire du Livret. De ce mariage naissent trois enfantsUne fille, Jeanne-Élisabeth Victoire, baptisée le ; un fils, Juste-Nathan, baptisé le et une seconde fille, Marie-Émilie, née le ., dont les deux filles épousent, le à Saint-Germain-l'AuxerroisAugustin Jal, Dictionnaire critique de biographie et d’histoire : errata et supplément pour tous les dictionnaires historiques, Paris, Henri Plon, 1872, 1357, ., les peintres Baudouin et Deshays.. Marie-Jeanne Boucher travaille avec son mari, grave quelques-uns de ses dessins, et reproduit en miniature plusieurs de ses tableaux.Dont une grande miniature sur parchemin de l’Entrée de Psyché dans son palais, d’après le tableau de Boucher exposé au Salon de 1739 et exécuté en tapisserie à Beauvais..
Le , il est reçu comme peintre d'histoire, à l’Académie royale sur présentation de son tableau de 1732, Renaud et Armide, aujourd’hui conservé au Louvre, et Oudry, à la direction de la Manufacture de Beauvais depuis 1734, l’appelle auprès de lui et lui demande plusieurs modèles au goût du jour. Le , il est nommé, avec Carle Van Loo et Natoire, adjoint à professeur de l'Académie..
Même s'il a été marqué par le style du peintre Lemoyne, Boucher trouve vers 1736 son style propre en devenant, en peinture, le maître incontesté du style rocailleSarah Maza, Vies privées, affaires publiques : les causes célèbres de la France prérévolutionnaire, Paris, Arthème Fayard, 1997, 384 lire en ligne.. Avec ses toiles principalement destinées à la décoration intérieure des demeure de la haute société parisienne (aristocratie et grande bourgeoisie), constituant des paires ou des séries.., il devient le peintre à la mode. Il obtient en 1745 la faveur de Madame de PompadourAimant les arts, elle occupe le premier rang des graveurs-amateurs du grâce à ses deux professeurs Boucher et Cochin dont on décèle souvent la main dans les 52 œuvres gravées de la marquise qui n'aurait fait que mettre son nom sur elles. Selon le biographe du peintre Georges Brunel, . Cf dont il fera à plusieurs reprises, le portrait et composera pour elle ses œuvres les plus raffinées dans les années 1750, ainsi que des décors pour son château de Bellevue et pour son boudoir de Crécy. Il travaille également pour de hauts personnages de la cour, comme le duc de PenthièvreHistoire de Sylvie, 1755-1758, Banque de France et musée des beaux-arts de Tours. ou pour des souverains étrangers (Le Triomphe de Vénus en 1740 pour le roi de Suède ; La ModisteStockholm, National Museum.). Il est un grand ami du général Montmorency.
vignette|upright|Mars et Vénus (vers 1754), Londres, Wallace Collection.
Membre de la célèbre goguette de la Société du Caveau, il y apporte souvent ses dessins pour les montrer. Ceux-ci, parfois, inspirent aux convives des sujets de chansons. Charles Pinot Duclos fait le pari de s'inspirer, pour écrire, d'estampes réalisées pour illustrer un texte de Tessin : Faunillane ou l’Infante jaune. Il compose alors le conte féerique Acajou et ZirphileAcajou et Zirphile est édité en 1744. On peut lire sur Internet une analyse d’Acajou et Zirphile par Pierre Berthiaume : « Les malheurs de Zirphile ou les prospérités de la vertu »..
Une série de quatre panneaux représentant les éléments, lui est commandée pour les portes du château de La Muette, pavillon de chasse de Louis XV. Il a exécuté seulement l'eau Arion et le dauphin, à l'Université de Princeton, et la terre Vertumne et Pomone, au musée d'art de Columbus. Il n'y a aucune preuve qu'il ait réalisé l'Air et le Feu.
À la mort d'Oudry, en 1755, il reprend sa charge d'inspecteur à la Manufacture des Gobelins mais ne travaillera plus pour Beauvais. Il y livre d'importantes séries de cartons, qui connaîtront le même succès. En 1765, il succède à Carle Van Loo comme Premier peintre de Louis XV. Travaillant avec une extrême facilité, il se vante d'avoir gagné jusqu'à par an. Il participe à la décoration des châteaux de Versailles et de Fontainebleau, à celle du cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale (1741-1746).