vignette|Guerriers du tlaxcaltèques mènent une guerre fleurie contre les guerriers de Texcoco, Cuauhtepec et Ocelotepec. Une guerre fleurie ou guerre des fleurs (expression traduite du ) est le nom donné aux batailles opposant les Aztèques (c'est-à-dire les Mexicas ou un de leurs alliés de la Triple alliance) aux troupes de Tlaxcala ou d'une autre cité de la vallée voisine de Puebla.

Il s'agissait d'un exercice très codifié et ritualisé dans lequel s'affrontaient deux camps, généralement deux altepeme (cités) dans le but de procéder à la capture de prisonniers à sacrifier aux divinités. La bataille avait lieu à un moment convenu à un endroit situé à la limite entre les deux cités et appelé cuauhtlalli ou yaotlalliRoss Hassig, Aztec Warfare, Oklahoma University Press, 1995, .

Il semble que le but était davantage de parvenir à maîtriser l'adversaire en le saisissant par la longue touffe de cheveux que chaque guerrier portait sur la tête, plutôt que de tuer un maximum d'ennemis sur le champ de bataille. Le combat était donc éclaté en une multitude de duels. Le captif empoigné était alors ligoté et amené dans le camp de son vainqueur et remis aux mains des prêtres chargés du sacrifice. Il pouvait alors être brûlé vif sur place, ou attendre d'être transféré dans la cité où serait organisé un rituel sacrificiel plus élaboré.

Description dans les sources anciennes

Nos sources primaires, à savoir différents chroniqueurs du , présentent des divergences notables, tant quant à l'origine qu'aux modalités des guerres fleuries.

C'est chez Chimalpahin que l'on trouve la mention des événements les plus anciens qualifiés de guerres fleuries : en 1324 à propos d'un conflit entre Chalco et Tlacochcalco, et ensuite à propos de la longue guerre qui opposa les Mexicas aux Chalcas : «Les douze années que dura la guerre des fleurs(de 1376 à 1387) les vassaux seuls succombaient, tandis que les grands ne mouraient pas, aussi était elle appelée guerre fleurie.cité dans: Michel Graulich, Montezuma, Fayard, 1995, ». En 1415, par contre, lorsque des nobles sont tués aussi, la guerre cesse d'être fleurie. Les Annales de Cuauhtitlan vont dans le même sens : « C'était comme un jeu et elle était appelée « guerre fleurie ».» Dans ce contexte « préhistorique » de la guerre fleurie, selon les mots de Michel Graulich, il faudrait donc entendre par « fleurie » que l'on ne sacrifiait pas les nobles.

Selon IxtlilxochitlFernando d'Alva Ixtlilxochitl, Obras historicas, Mexico, Editora nacional, 1965, volume 2, chapitre XLI, ., la guerre fleurie aurait trouvé son origine dans la famine qui ravageait le Mexique central en 1454. Alors que les souverains de la triple alliance étaient réunis avec les dirigeants de Tlaxcala, les prêtres étaient d'avis qu'il fallait sacrifier un grand nombre de victimes pour apaiser les dieux irrités. À Nezahualcoyotl qui suggérait qu'on ne sacrifiât que des prisonniers de guerre, les prêtres répliquèrent que les guerres n'étaient pas suffisamment fréquentes, et que les captifs ne seraient pas assez nombreux et trop affaiblis. Un des chefs tlaxcaltèques, Xicotencatl, aurait alors proposé d'organiser régulièrement des batailles entre Tlaxcala, Texcoco, ainsi que leurs alliés respectifs, à un endroit prédéterminé, à nombre égal de chaque côté, dans les premiers jours de chaque vingtaine. L'auteur ajoute que de telles guerres permettraient aux jeunes guerriers de s'exercer.

Diego Durán présente une version sensiblement différente dans son Histoire des Indes de Nouvelle-Espagne et des Îles de la Terre Ferme. Chez lui l'instauration de la guerre fleurie (Chapitre XXIX) précède la famine de 1454 (Chapitre XXX) et il n'établit aucun lien entre les deux événements. Il n'y est question ni de Nezahualcoyotl ni de Xicotencatl, mais du Cihuacoatl Tlacaelel. Comme l'empereur Moctezuma hésitait à sacrifier des prisonniers, de peur de manquer de victimes lors de la consécration du Templo Mayor, Tlacaelel lui adressa ce discours souvent cité :

Dans le même ordre d'idées, le conquistador Andrés de Tapia rapporte que l'empereur Moctezuma II lui avait expliqué que les Aztèques auraient été capables d'en terminer avec les Tlaxcaltèques, mais qu'ils ne le faisaient pas afin de donner à leurs guerriers l'occasion de s'entraîner et d'avoir des prisonniers à proximité à sacrifier.

Seul le chroniqueur tlaxcaltèque Diego Muñoz Camargo ne souffle mot des guerres fleuries dans son Historia de Tlaxcala, mais affirme (Livre I, chapitre XIII) que la guerre entre Tlaxcala et Tenochtitlan était due aux visées impérialistes des Aztèques. Il souligne que ceux-ci maintenaient Ttlaxcala encerclée et rapporte que ces guerres ont duré soixante ans avant l'arrivée des Espagnols - un cadre temporel qui coïncide grosso modo avec la famine du milieu du .

Interprétation moderne

Les guerres fleuries sont toutefois sujettes à controverse entre historiens modernes, tant à propos de leur nature que de leur finalité. En particulier, concernant les dernières années avant la conquête espagnole, se pose la question de la volonté et de la capacité des Mexicas à conquérir TlaxcalaFrances Berdan (Ed.), Aztec Imperial Strategies, Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1996, .

Frederic Hicks considère comme une généralisation abusive l'explication de la guerre fleurie par la nécessité des sacrifices. Il souligne que les données sont peu nombreuses. Il voit dans les guerres fleuries des conflits dont le but n'était pas la conquête, mais plutôt une occasion de s'entraîner pour les guerriers, une forme de « sport » ; même s'il ajoute que le participant le plus faible ne le percevait peut-être pas de la même manièreFrederic Hicks, «Flowery War» in Aztec History, in : American Ethnologist, vol. 6, , février 1979, .

Barry L. Isaac pense que les guerres fleuries sont une rationalisation a posteriori originaire de Texcoco pour justifier une guerre d'agression contre les de Huexotzinco et Tlaxcala, leurs anciens alliés avant que Texcoco ne forme une triple alliance avec Mexico-Tenochtitlan et Tlacopan. Il se demande pourquoi un Tlaxcaltèque - Xicotencatl - aurait fait la proposition d'instaurer la guerre fleurie, alors que la triple alliance était beaucoup plus puissante que Tlaxcala. Il n'accorde guère de crédit non plus aux affirmations qu'auraient faites Moctezuma II à Andrés de Tapia, car admettre que les Aztèques n'étaient pas capables de conquérir Tlaxcala aurait été un aveu de faiblesseBarry L. Isaac, The Aztec «Flowery War»: A Geopolitical Explanation, in: Journal of Anthropological Research, 1983, Vol. 34, , .

Ross Hassig considère que la guerre fleurie était principalement une démonstration de supériorité technique militaire qui, en tant que telle, était fondamentalement différente des guerres ordinaires, . ; il précise cependant que, dans les derniers temps de l'époque postclassique, la guerre fleurie était devenue une simple première étape de conflit au sein d'un processus stratégique de conquête expansionniste. Selon lui, elles permettaient aux Aztèques d'occuper des adversaires puissants pendant qu'ils s'occupaient de campagnes dans d'autres parties de l'empire, et d'user les forces de ces adversaires pour préparer une éventuelle conquête.

Notes et références

Annexes Articles connexes Armée aztèque

Bibliographie

Cyril Blanchard, « Quand la guerre devient rituel(le) : la guerre chez les Aztèques », dans La Revue d'Histoire Militaire, Les Lilas, La Revue d'Histoire Militaire, 2018 (lire en ligne). .

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