thumb|Le palais des papes d'Avignon.|alt= thumb|Une importante consommation de vin au Moyen Âge.|alt= Les vins des papes d'Avignon sont ceux choisis par les neuf pontifes de cette cité pour approvisionner leur table et celles de la Cour pontificale. En effet, au début du , pour fuir la lutte entre Guelfes et Gibelins, la papauté délaissa Rome et s’installa sur les rives du Rhône à Avignon. Pour certains, comme Pétrarque, commença dès lors l’exil de Babylone et le poète vauclusien n’eut pas de termes assez vifs pour décrire Avignon, sentine de tous les vices.
Quant aux cardinaux et à la Curie, nul n’avait l’intention d’abandonner la splendide cité et la douce Provence, terre qui est la beauté du monde ! Beaucoup craignaient de ne pas retrouver en Italie les vins tant appréciés en Avignon. Depuis la remarquable étude d’Yves Renouard, sur La consommation des grands vins du Bourbonnais et de Bourgogne à la Cour pontificale d’Avignon, il est de bon ton de dire, écrire et affirmer que les pontifes avignonnais se régalèrent uniquement de vins de Saint-Pourçain et de BeauneCf. Y. Renouard, La consommation des grands vins du Bourbonnais et de Bourgogne à la Cour pontificale d’Avignon, Annales de Bourgogne, T. XXIV, 1952..
Ce que n’a jamais expliqué ni laissé entendre ce savant universitaire. En fait, durant tout un siècle, de 1309 à 1404Ce fut à cette date que Benoît XIII, le dernier pape d'Avignon, fut obligé de fuir définitivement cette ville., les neuf papes d’Avignon ont eu des goûts bien précis en matière de vins et privilégièrent la culture des vignobles qu’ils appréciaient le plus.
Il suffit d’ailleurs de se plonger dans les comptes de la Révérende Chambre Apostolique (le ministère des finances pontificales) pour s’en persuader. Ils démontrent d’abord que la consommation des vins à la Cour pontificale était d’importance. Elle atteignait environ deux litres et demi par jour et par personne. À titre de comparaison celle des ordres monastiques plafonnait à quatre-tiers de litres tandis que le populaire se contentait de trois-quarts de litre.
Clément V (1305 – 1314) thumb|Le vignoble du piémont du Ventoux près de Malaucène.|alt= Originaire de la région de Bordeaux dont il avait été l’archevêque, Bertrand de Got, vers 1300, avait fait planter à Pessac une vigne qui depuis est devenu le Château Pape ClémentJean-Pierre Saltarelli, Il vino , p. 88...
Élu par le Sacré Collège réuni à Pérouse, il quitta la Guyenne pour se faire couronner à Lyon en . Derrière lui suivaient vingt tonneauxUn tonneau égale .de vin nouveau, don du roi d’Angleterre. Clément resta longtemps fidèle au claret d’Aquitaine, région qu’il abandonna en 1309 pour s’établir dans le Comtat Venaissin, territoire pontifical depuis trente-cinq ansJean-Pierre Saltarelli, Il vino , ..
Il s’installa au pied du Ventoux, à Malaucène, près de la fontaine du Groseau, où il fit planter le premier vignoble pontificalMichel Brusset, Malaucène, aspects de l'Histoire entre Ventoux et Ouvèze, Ed. Le Nombre d'Or, Carpentras, 1981..
Jean XXII (1316 – 1334) thumb|Châteauneuf-du-Pape et son vignoble dominé par le château castelpapal.|alt= Après deux années de siège vacant, Jacques Duèze, natif de Cahors, cardinal de Porto, fut élu pape lors d’un conclave réuni à Lyon. Il établit la Cour pontificale à Avignon, dont il avait été évêque, et l’approvisionna de vins du Rhône et de toute la région.
Il fit venir son vin nouveau de Tournon (Hermitage), des Costières (Saint-Gilles, Nîmes, Beaucaire avec son cru renommé de Cante-Perdrix), de la Provence (Aix, Saint-Rémy, Noves), de la Côte du Rhône (Roquemaure, Saint-Laurent-des-Arbres), du Comtat Venaissin (Carpentras), de l’État d’Avignon (Bédarrides) et de l’Enclave des Papes (Valréas).
Son vin vieux provenait de Malaucène dont le vignoble fournissait chaque année sept sauméesUne saumée correspondait à . de vin liquoreux.
Le pape Jean fut à l’origine du vignoble de Châteauneuf-du-PapeLes premières années le vignoble de Châteauneuf ne fournit que quatre puis six tonneaux par an de vin papalin. Dès 1325 la production atteignit douze tonneaux. Trois ans plus tard Jean XXII pouvait partager sa récolte avec son neveu Jacques de Via, le cardinal-évêque d’Avignon. Cf. Robert Bailly, Histoire du vin en Vaucluse, Avignon, 1972. Les spécialistes ont calculé que le vignoble pontifical devait alors couvrir huit hectares.(nommé Calcernier à l’époque), où en 1317 fut planté le premier vignoble pontifical par ses compatriotes de Cahors.
Benoît XII (1334 – 1342) thumb|left|La tour du Trouillas, palais vieux de Benoît XII.|alt= Surnommé le cardinal blanc, le cistercien Jacques Fournier était évêque de Pamiers et de Mirepoix avant de devenir Prince de l’Église. Élu pape, il fit connaître, le , son intention de retourner en Italie, à Bologne, mais la tiède réaction de cette cité le fit renoncer.
Le Souverain Pontife se le tint pour dit et ancra encore plus radicalement la papauté en Avignon en faisant venir les archives du Latran et en décidant la construction du premier palais des papes dominé par la Tour du Trouillas (du pressoir).
Homme austère et sévère, il garnit sa table uniquement des vins de la rive droite du Rhône. Pétrarque – qui ne l’aimait pas – le définit comme un ivrogne invétéré et, dépité, se retira à la fontaine de Vaucluse. Là, le chantre de Laure de Sade ne dédaigna pas le vinJean-Pierre Saltarelli, Il vino , p. 90..
Nous savons par l'une de ses lettres, adressée à son ami Jacques Colonna, évêque de Lombez, que le poète y avait consacré un jardin à Apollon, pour cultiver sa muse, et un autre à Bacchus, pour cultiver sa vigne.
Clément VI (1342 – 1352) thumb|left|Le vignoble de Beaune.|alt= Pierre Roger, le conseiller de Philippe VI de Valois, était archevêque de Rouen quand il reçut, en 1339, le chapeau de cardinal au titre des saints Nérée et Achillée.
Trois années plus tard, monté sur le trône de saint Pierre, il fit venir pour les festivités de son couronnement quinze tonneaux de vin muscat du Languedoc (Lunel, Mauguio) et de Provence (Toulon)Outre le vin muscat de Toulon, Clément VI appréciait ceux de La Ciotat et des Quatre-Tours, près de Manosque. Tous ces vignobles ont été anéantis par le phylloxéra. Cf. Alain Laborieux, Muscats, des vins, des terroirs, une histoire, Ed. Espace Sud, Montpellier, 1997.ainsi que vingt-quatre de vin de Beaune et de Saint-PourçainPour satisfaire celui qui fut le plus fastueux pontife d’Avignon, les cisterciens bourguignons subdivisèrent le Clos-Vougeot en trois climats afin de sélectionner la cuvée du pape. Les deux autres climats étaient la cuvée du roi et la cuvée des moines. Le vignoble de Saint-Pourçain jouissait d’une renommée fort ancienne. Sa célébrité culmina au où dans le poème La Desputoison du vin et de l’iaue, ce vin revendiquait la première place en ces termes : A la court de pappe et de France / Sus tous vins ai-je l’audience..
Éclectique, ce pontife appréciait aussi les vins de Provence, de la Rochelle (Poitou), du Rhin ou encore la Vernaccia des Cinque Terre, en Ligurie, sans toutefois négliger les vins aimés de ces prédécesseursLa Vernaccia ou Vernage de Cinqueterre, provenant d’un vignoble situé entre Portofino et la Spezia, était fort apprécié par Clément VI. Il y faisait noyer un collier d’anguilles qui était ensuite apprêté dans cette sauce. Le pontife dégustait alors ce mets avec forces lampées de ce même vin. Celui-ci portait le nom de son cépage souvent confondu avec le grenache. Ce vin blanc est toujours récolté dans cinq villages s’accrochant sur les éperons des Apuanes. Cf. Hugh Jonhson, Une histoire mondiale du vin, Hachette, Paris, 1989..
Surnommé le Magnifique, il vécut en prince et décéda, à la suite de ses excès, d’une crise de gravelle.
Innocent VI (1352 – 1362) thumb|Cellérier en train de goûter le vinLivre de Santé d'Aldebrandino de Sienne, .|alt= thumb|left|Prieuré de Montézargues.|alt= Un des premiers actes d’Étienne Aubert, quand il monta sur le trône pontifical, fut de changer la date d’une procession, fixée au , pour la mettre au afin de protéger, lors du pèlerinage de sainte Praxède, les vignes de Montfavet, aux portes d'Avignon.
Tout au cours de son pontificat, il eut à lutter contre les Routiers attirés par les richesses de la cité papale lors des trêves de la guerre de Cent Ans. Ceux-ci ayant fait prisonnier un de ses clercs dans le Luberon, le pontife paya une rançon de cinquante-quatre saumées de vin pour le faire libérer.
Ce pape apprécia fort le Châteauneuf autant blanc que rouge comme en témoignent les comptes de la Révérende Chambre ApostoliqueCe fut sous le pontificat de Clément VI, en 1344, que le premier terroir connu de Châteauneuf-du-Pape fut répertorié. Il était dit Vieille Vigne (de nos jours Bois de la Vieille). Cf. R. Bailly, .. On sait qu’en 1360, le pape fit venir de ce vignoble pontifical du vin blanc puis un an plus tard du vin vermeil. Aux vins de ses prédécesseurs, il ajouta ceux de Pont-Saint-Esprit, Bellegarde, Rochefort-du-Gard, Villeneuve-lès-Avignon et Tavel (Prieuré de Montézargues)Jean-Pierre Saltarelli, Il vino , p. 91..
Ce fut sous son pontificat que les vins de Saint-Pourçain disparurent de la table pontificale.
Urbain V (1362 – 1370) thumb|Le Clos-de-Vougeotdont la qualité des vins valurent une menace d'excommunication à l'abbé de Cîteaux.|alt= Guillaume Grimoard, abbé de Saint-Victor de Marseille, dès son élection afficha clairement son intention de ramener la papauté à Rome face aux dangers que représentaient les Grandes Compagnies.
Pour préparer les cardinaux à ce retour, il menaça d’excommunication Jean de Bussières, abbé de Cîteaux, si celui-ci continuait à faire parvenir du Clos Vougeot en Avignon. Pétrarque en a donné l’explication : les cardinaux refusaient de revenir en Italie pour ne pas se priver de vin de BeauneCe fut Pétrarque qui expliqua que : L’obstination des cardinaux à ne pas retourner à Rome trouve son origine dans la qualité des vins de Beaune. C’est qu’en Italie il n’y a pas de vin de Beaune et qu’ils ne croient pas mener une vie heureuse sans cette liqueur ; ils regardent ce vin comme un second élément et comme un nectar des dieux..
Ce qui n’empêcha point le pontife et sa Cour de découvrir et d’apprécier le vin et les fruits confits d’Apt lors du concile qui s’y tint en juin 1365Ce fut le que Jean XXII acheta à Giraud Amic de Sabran son vignoble de Séoule (aujourd’hui Sylla), sur le terroir de Saint-Saturnin d’Apt. Après le concile qui se tint à Apt en juin 1365, Urbain V se rendit dans cette cité où était enterré son parrain Elzéar de Sabran. Le pontife, accompagné des cardinaux limousins Hugues de Saint-Martial et Pierre Roger de Beaufort, découvrit et apprécia le vin de Séoule et les confitures sèches d’Apt.. De plus il donna une nouvelle impulsion au vignoble de Châteauneuf en ordonnant qu’y fut planté du raisin muscat.