Jean Joseph Pierre Pascalis (né à Eyguières le et mort à Aix-en-Provence le ) est un avocat qui eut une influence locale importante au début de la Révolution française. Il avait été assesseur d'Aix et procureur du pays de Provence sous l'Ancien Régime. Il est élu député du tiers état en remplacement de Joseph Servan, mais il refuse son électionBouches-du-Rhône (Les) : 04, II : encyclopédie départementale : dictionnaire biographique des origines à 1800. Première partie, des origines à 1789, Paul Masson éditeur, ..
Ses positions monarchistesStephen Clay, « Les réactions du midi : conflits, continuités et violences », Annales historiques de la Révolution française, 345, 2006. 58., et notamment son discours du , poussent un groupe de patriotes à l'arracher du château de la Mignarde (quartier des Pinchinats) où il s'était retiré, pour le jeter en prison à Aix. La prison où il est enfermé avec un royaliste, M. de Guiramand, est prise d'assaut par une foule qui les pend à un réverbère. Sa tête est ensuite tranchée et exhibée au bout d'une pique pendant 3 heures sur la route menant à Marseille.
Biographie
Formation Né à Eyguières d'une famille moyennement aisée installée avant l'an 1400 à Allos, fils de Jean Antoine Michel Joseph Pascalis, bourgeois d'Eyguières, et de Catherine d'Amphoux, Pascalis reçoit une éducation austère qui lui donne un sens du devoir qui le caractérise toute sa carrière.
Le , il passe les épreuves de la licence d'avocat et prête serment le au Parlement d'Aix. Avant lui, son oncle, Jean-Baptiste Pascalis le forme à la charge, le recevant chez lui. Il débute ainsi sa carrière sous l'aile de son oncle et dans un discrétion semble-t-il commune aux jeunes avocats. Il se forme au contact de brillants avocats provençaux, comme Jean-Jacques Pascal (1701-1772) ou Joseph Jules François de Colonia (1716-1766). Il se lie d'amitié avec le célèbre avocat Jean-Étienne-Marie Portalis (1746-1807), pourtant différent de lui, Portalis, homme simple et modeste, Pascalis, « avec son cœur de feu et ses allures brusques et véhémentes ». Tout le reste de sa vie, il habite un hôtel particulier qu'il loue sur le cours Mirabeau, au « Le cours Mirabeau, artère d'Aix-en-Provence », GénéProvence.com, février 2007..
Carrière de Pascalis avant la Révolution vignette|Portrait de Pascalis. Anonyme, 1854. Si les talents d'avocat de Pascalis ne font aucun doute parmi ses pairs, c'est davantage encore pour ses qualités de jurisconsulte qu'il est estimé. Même ses rivaux, dit-on, l'estiment. Il participe à la défense d'Émilie de Marignane, en compagnie de Portalis, lors du procès de celle-ci contre son mari, Honoré-Gabriel Riquetti de Mirabeau. On prête alors à Pascalis une dialectique et une érudition remarquables, même s'il ne possède pas l'éloquence de Portalis ou de GassierJacques Gassier, né à Brignoles le 16 juillet 1730, mort à Aups le 23 août 1811. S'il parle français à la barre, il s'exprime généralement en langue provençale dans l'intimité.
Charles de Ribbe donne une description physique de Pascalis dans son Étude sur la fin de la Constitution provençale (1854) :
Dans les années 1780, il est chef de file de la partie de la bourgeoisie qui milite pour un rétablissement des États de Provence où le tiers état, c’est-à-dire la bourgeoisie, aurait la majoritéGuy Lemarchand. « Dynamisme de la Révolution et changements structurels », Cahier des Annales de Normandie 30, 2000. Féodalisme, société et Révolution Française : études d'histoire moderne, / Guy Lemarchand, textes réunis par P. Dupuy et Y. Marec. 329.
vignette|left|Mirabeau, adversaire politique de Pascalis, voit en l'abbé Rive un soutien de sa politique, voire un instrument exécutant. Les convictions politiques de Pascalis, fervent défenseur de la constitution provençale, de l' et du maintien des libertés publiquesSéances et travaux de l'Académie des sciences, Académie des sciences morales et politiques, vol. 49, part. III, Paris, 1859, ., lui valent l'opposition de nombreux adversaires qui le jugent antirévolutionnaire. Le plus acharné d'entre eux est l'abbé Jean-Joseph Rive, instrument de Mirabeau, bibliothécaire aixois et fondateur en Histoire d'une ville. Aix-en-Provence, Scéren, CRDP de l'académie d'Aix-Marseille, Marseille, 2008, . du « club des Antipolitiques », installé rue des Bernardines, à Aix. Celui-ci voit en Pascalis le pire de ses ennemis. Dans un pamphlet, il le traite de « scélérat » et de « mortel exécrable » et appelle au meurtre de l'avocatÉvocation du vieil Aix-en-Provence, André Bouyala d'Arnaud, éditions de Minuit, 1864, ..
La Révolution française L'Assemblée départementale des Bouches-du-Rhône s'installe à Aix le . Cette création a pour conséquence le démembrement de l'ancienne administration provençale. L'article 10 du décret du 2- provoque la suppression du Parlement de Provence. Sous le coup d'une vive colère devant l'état de ruines des anciennes institutions de la province, Pascalis décide dans ces conditions de se retirer des affaires politiques et du barreau.
Discours du 27 septembre
Le , il entre en robe au palais du Parlement en compagnie de plusieurs avocats. Annoncé par l'huissier, il prononce un discours qui aura des conséquences majeures.
La teneur de ce discours se répand dans toute la ville en quelques heures et, tandis qu'il éveille les sentiments monarchistes d'une frange de la population, il provoque un déchaînement de colère chez les partisans de la Révolution et de la crainte chez les administrateurs d'Aix. Le président Noé dénonce les mots de Pascalis, les qualifiant d'« inconstitutionnels » et de « dangereux ». En début de soirée, les officiers municipaux, en tête desquels le maire Jean Espariat, débattent des mesures à prendre. Une délégation du club des Amis de la Constitution, menée par l'avocat Arbaud, futur juge de district à Marseille, surgit alors pendant le conseil et demande l'interdiction de la publication du discours, quitte à rendre visite à tous les imprimeurs d'Aix, ce qui sera le cas. Le registre sur lequel est retranscrit le discours est lacéré.
La même passion se manifeste au club des Antipolitiques, le , où on menace de lyncher Pascalis. Mais le calme est ramené en séancePaula Cossart. « S'assembler en Provence sous la Révolution : légitimité des réunions des sociétés populaires comme mode de participation collective du peuple au débat public (1791-1794) », Annales historiques de la Révolution française, 331, 2003. 65.
Charles Ribbe précise les accusations formulées contre Pascalis : « Ils allèrent jusqu'à l'accuser d'avoir voulu lever le drapeau de la guerre civile, ils le dénoncèrent comme un conspirateur cherchant à ramener les privilèges et les abus. » Le Procureur de la Commune rend une plainte contre l'avocat. Les officiers municipaux d'Aix rédigent un procès-verbal qu'ils adressent à l'Assemblée nationale, dont l'examen est confié au Comité des recherches de la Constituante.
Une société populaire de la ville va désigner en Pascalis l'ennemi du peuple : le club des Amis de la Constitution, formé de jeunes avocats et d'artisans que Ribbe qualifie de « désœuvrés ». Ajoutée à cette société, celle de l'abbé Rive s'acharne à insulter et à inciter ses membres à la violence contre Pascalis.
La conspiration du Sud-Est vignette|Le quartier des Pinchinats de nos jours. Celui-ci, craignant pour sa vie, mais, selon les témoignages, « inaccessible à la peur », se retire dans la campagne aixoise, au quartier des Pinchinats, dans le château de la MignardeCe château abritera, quelques années plus tard, la liaison entre Pauline Borghèse, la sœur de Napoléon, et Auguste de Forbin, jeune aristocrate aixois.. Le lieu est connu du tout Aix, car Pascalis y passe plusieurs moments de sa vie et vient s'y ressourcer, loin des bruits de la ville. Plusieurs amis lui rendent visite : Joseph Dubreuil, le futur maire d'Aix, le procureur Darbaud, les présidents d'Albert de Saint-Hippolyte et de Mazenod, ainsi que des magistrats du Parlement non-encore exilés. Le royaliste Antoine Balthazar Joachim d'André lui propose même de fuir par une lettre de Paris du , ce que Pascalis refuse catégoriquement.
Le , l'abbé Rive organise une réunion des paysans d'Aix dans l'ancienne église des Bernardines, donnant à l'assemblée le titre d'« Assemblée particulière des vénérables frères anti-politiques, c'est-à-dire des hommes vrais, justes et utiles à la patrie». Charles Ribbe rappelle la façon dont Rive parle de Pascalis : « Quand il parle de Pascalis, il écume de rage : Pascalis n'est pas seulement à ses yeux un ennemi, c'est un monstre ; c'est l'incendiaire Pascalis, le scélérat Pascalis, l'exécrable, le forcené Pascalis, l'abominable conjuré, le fameux énergumène Pascalis. » Alors qu'il prédit une « très prochaine anti-révolution » de la part des ennemis du peupleLa rumeur court alors dans les milieux jacobins de l'imminence d'un mouvement contre-révolutionnaire., lui et son club pressent la municipalité de poursuivre Pascalis.
La création d'une société monarchique à Aix met le feu aux poudres. Le , un écuyer à l'Académie royale d'équitation, le chevalier de Guiramand, accompagné de quatre hommes, vient demander l'autorisation de la création de sa société, la « société des amis de l'ordre et de la paix » à l'hôtel de ville. Celle-ci tient ses réunions au cercle Guion, sur le cours Mirabeau. Une rumeur se répand, selon laquelle un projet de contre-révolution se mettrait en place dans Aix. Aussitôt, on s'agite dans les clubs patriotiques. Le lendemain, , des gardes nationaux patrouillent en costume dans la ville, sabre en bandoulière. Dans l'après-midi, à 16 heures, deux clubs s'unissent : les Amis de la Constitution et les Frères anti-politiques. Chacun jure de verser jusqu'à la dernière goutte de son sang pour le maintien de la Constitution.
Arrestation de Pascalis
Une heure plus tard, alors que la nuit tombe, des mouvements de foule ont lieu dans la ville, causant des troubles. Au cri de « Ouf, ouf, les aristocrates à la lanterne » et de « Foou toutei leis esgourgea« Il faut tous les égorger », en provençal. Propos rapportés par Pierre-Joseph-Fortuné Bonnaud de la Galinière et consignés par . », un affrontement entre les révolutionnaires et les membres du cercle Guion, de Guiramand à leur tête, provoque des échanges de tir, blessant de Guiramand à la cuisse. La foule pénètre dans le cercle et le saccage.