Leopold von Sacher-Masoch, né le à Lemberg en royaume de Galicie et de Lodomérie (aujourd'hui Lviv en Ukraine) et mort le Les dates retenues ici sont celles de la notice d'autorité de la BNF à Lindheimen Allemagne, est un historien et écrivain journaliste autrichien de langue allemande. Le mot masochisme est formé à partir de son nom.
Issu d’une lignée bohémienne et slave, fils du préfet de police de Lemberg, il porte en lui les empreintes d’une enfance hantée par une scène fondatrice : depuis sa cachette, il surprend sa tante Zénobie en train d’humilier son mari, le rouant de coups de fouet. Mais lorsqu’elle s’aperçoit de sa présence, elle l’attrape et, sans pitié, lui inflige à son tour la même correction.
Par la suite, il est fasciné par des lectures où les femmes ont un rôle prédominant : les images de martyrs torturés le mettent dans un état fiévreux. Il est subjugué par l'art. En peinture, il est médusé par l'œuvre de Rubens qui représente son épouse Hélène Fourment nue, musclée et ensauvagée de fourrure. En sculpture, il est amateur des Vénus de pierre et de marbre ; il admire Auguste Rodin et le lui témoigne.
Écrivain passionné par le théâtre, Masoch écrit deux pièces autour de la politique qui furent en leur temps plébiscitées par le public. Pour l'historien Bernard Michel, qui considère Sacher-Masoch comme un des plus grands écrivains d'Europe centrale, ce sont « des pièces de circonstance dont les hardiesses n'étaient compréhensibles que par les contemporains ». Leopold von Sacher-Masoch est aussi le créateur d'une revue littéraire, Auf der Höhe, à laquelle les plus grands écrivains européens de l'époque participent.
À partir des , le psychiatre Richard von Krafft-Ebing forge le mot masochisme pour nommer ce qu'il considère comme une pathologie. Il rend ainsi le nom de Leopold von Sacher-Masoch célèbre, mais son œuvre d'écrivain tombe dans l'oubli. À la fin des , le philosophe Gilles Deleuze s'intéresse à nouveau à Sacher-Masoch. Depuis, une grande partie de ses romans et nouvelles a été rééditée et fait l’objet de nombreuses analyses critiques de la part des chercheurs.
Biographie
Vie Leopold von Sacher-Masoch est né le à Leopol (Lemberg en allemand, Lviv en ukrainien), alors située en Galicie, une province orientale de l'empire d'Autriche, aujourd'hui en Ukraine. Il est le fils de Leopold von Sacher, le préfet de police de Lemberg, dont le propre père, originaire de Bohême, est envoyé en Galicie, en tant que haut fonctionnaire à la fin du et reçoit en 1818 le titre transmissible de chevalier. La mère de l'écrivain, Caroline Masoch, est la fille d'un médecin de Leopol dont la famille est d'origine tchèque ou slovaque et qui, en 1838, fait prendre à la famille de son gendre le nom de Sacher-Masoch de crainte que son nom disparaisse.
Contrairement à ce qu'affirmeront certains des détracteurs du de Sacher-Masoch, sa famille n'est pas d'origine juive, mais catholique, quand bien même elle se targue d'un ancêtre paternel venu d'Espagne comme capitaine de cavalerie dans l'armée de Charles Quint. Enfance Sur le plan personnel, deux personnes ont sur lui une influence déterminante, sa nourrice Handscha et la tante Zénobie. La nourrice Handscha
Pour l'enfant, la première apparition qui émerge des nimbes de son passé, c'est Handscha, sa nourrice ukrainienne. Elle deviendra un personnage récurrent dans l'œuvre masochienne. Lorsque Sacher-Masoch la décrit, il précise qu'elle porte des bottes de maroquin rouge. Nombreuses seront les femmes cruelles bottées de maroquin rouge dans l'œuvre masochienne. Pour Masoch les femmes qui l'entourent font très souvent référence à une œuvre d'art, un peintre ; pour Handscha c'est une madone à la chaise de Raphaël.
Il mentionne Handscha dans ses souvenirs publiés en 1887 dans Le GauloisLe Gaulois, journal littéraire et politique français - livraison 16 août 1887. Avec Handscha il parle russe, langue natale de sa nourrice. Il fait également l'apprentissage d'autres langues : le français, le ruthène, le polonais et s'initie à l'allemand. Le milieu culturel dans lequel il évolue est celui d'un panslavisme populaire rehaussé d'une pratique du français, apanage de la bourgeoisie cultivée. Jean-Paul Corsetti ajoute qu'il est aidé par une gouvernante française, du nom de MartinetJean-Paul Corsetti. Repères bibliographiques - La Pêcheuse d'Âmes 377.
Handscha, fille de paysans slaves, était opulente, robuste. Il compare Handscha à La Vierge à la chaise de Raphaël.
Fièvre typhoïde, domination bienveillante et première émotion Une fièvre typhoïde le cloue au lit. Dans ce texte aux accents proustiens, nous dit Bernard Michel, Sacher-Masoch évoque ses fantasmes : En lisant Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau il découvre la délectation de ce dernier à recevoir des fessées de Lambercier, il comprend que son cas n'est pas isolé.
Pour Paul-Laurent Assoun, la scène primitive est là :
Tante Zénobie - La scène primitive La scène avec sa tante Zénobie est la scène primitive de Masoch. La femme bourreau est une tante éloignée qu'il nomme Zénobie, reine de Palmyre : (publié pour la première fois dans la Revue bleueRevue Bleue Souvenir d'enfance et réflexions sur le roman 1888). Pour Élisabeth Lemirre et Jacques Cottin font partie de la scène primitive toujours recommencée, vécue par fragments etc. Ensuite Sacher-Masoch raconte comment, caché, il a espionné cette tante si fascinante qui trompait son mari, comment il a assisté à l'humiliation de ce dernier. Alors que le petit Leopold est caché derrière un porte-habit, patatras ! Le porte-habit tombe. Et la tante Zénobie découvre le petit voyeur.
Cette scène primitive, ce vécu toujours revécu, aménagé, photographié, figé dans son imaginaire a marqué son enfance et déterminera non seulement son œuvre, mais aussi sa sexualité. Comme Jean-Jacques Rousseau a vécu sa scène primitive avec LambercierJean Jacques Rousseau - Les Confessions - Livre Ichap III.
Pour Jean-Paul Corsetti, Zénobie, cruelle et tendre, souveraine et charmeuse, semble faire pivot dans l'inconscient du petit Leopold . le père de Sacher-Masoch est commissaire, enfant il passe ses premières années dans la préfecture de police, lieu privilégié pour les mises en scène soldatesques et les déguisementsJean-Paul Corsetti Repères bibliographiques - La Pêcheuse d'Âmes 377. Dans cette maison de police qui fut la maison de son enfance, il voit depuis sa fenêtre des vagabonds, des criminels enchaînés, des . Au journaliste français Victor Tissot, il déclare : .L'enfance de Sacher-Masoch est marquée par deux évènements politiques, le soulèvement de Cracovie en 1846, dont il vit les effets à Leopol, et la révolution de Mars, en 1848, qu'il vit à Prague.
Massacres en Galicie En 1846, il vit les massacres de Galicie, au moment du soulèvement brutal des communautés paysannes contre leur seigneur. Leopold von Sacher-Masoch a dix ans et découvre la violence dans l'histoire des guerres civiles. La misère des paysans est un déclencheur. La justice paysanne lynche ceux qui s'opposent. Leopold von Sacher-Masoch en témoigne dans trois romans : La Justice des paysans (1877), Le Paradis sur le Dniestr (1877), La Mère de Dieu (1883). Dans cette révolution Leopold von Sacher-Masoch est fasciné par le personnage de Jakub Szela, chef des paysans polonais. On le retrouve souvent dans les romans de Sacher Masoch. Il gardera en mémoire qui transportaient les blessés et les morts,le sang coulait à travers la paille et les chiens léchaient disait-il. Image terrible, Masoch raconte à Thérèse Bentzon qui en témoigne dans la Revue des deux Mondes. Le jeune Leopold a tout vu de ces massacres. Il décrit les scènes dans deux romans : Une histoire Galicienne (1858) et Le Nouveau Job (1879).
Les barricades de Prague. Il n'a que douze ans vignette|L'amazone de Prague sur les barricades en 1848, archives de Sacher Masoch. Après son doctorat en philosophie obtenu à l'université de Graz, Leopold von Sacher-Masoch étudie l'histoire. En 1856, il donne des cours à l'université de Graz. Il coupe les ponts avec l'université après onze ans de démêlés avec un milieu universitaire dans lequel il ne s'était jamais vraiment intégré. Il publie un ouvrage historique où il relate les barricades de Prague 1848. Le , la révolution éclate. Sacher-Masoch se retrouve sur les barricades à côté des insurgés. Il se souvient de ce premier jour en dédiant son premier ouvrage, L'Insurrection de Gand sous Charles Quint en 1857Jean-Paul Corsetti. Repères bibliographiques - La Pêcheuse d'âmes 379..
En 1848, la famille se retrouve à Prague. Les Tchèques élèvent des barricades. Sacher-Masoch est là. Il observe Mikhaïl Bakounine plaider, écoute, subjugué. Mais, avant tout, malgré ce climat révolutionnaire, il décrit les femmes polonaises : Aphrodites de la Vistule, expression qu'il emprunte à Heinrich Heine. Et pour Georges-Paul Villa, la légende veut que Sacher-Masoch, dans ce climat d'émeutes, ait fait une apparition accompagnée d'une jeune cousine vêtue d'une pelisse et portant un pistolet à la ceinture. Elle aurait jeté des ordres que Masoch aurait exécutés. George-Paul Villa de conclure que cette anecdote s'accorde trop bien avec les fantasmes de MasochGeorge-Paul Villa, préface, biographie de Leopold von Sacher-Masoch Éditions Claude Tchou Tome 1 - . Or Masoch n'a que douze ans à cette époque. . Pendant cette tuerie, une femme du peuple cria : . Bernard Michel affirme qu'il est hors de doute que Masoch ait assisté à ces évènements. Il en a été aussi témoin par des récits postérieurs.
Enfin Sacher-Masoch décrit les combattantes . Il ne s'agit pas d'une simple vue de l'imaginaire de Sacher-Masoch. Son existence est attestée par une gravure de l'époque L'Amazone sur la barricade.
Elle s'appelait Theophilia Dittrichova. Elle était une ancienne serveuse, . À douze ans, spectateur ou acteur ? Masoch s'est identifié aux révolutionnaires.
À son sujet Masoch écrira plus tard : . Faire référence à Omphale et Sémiramis est un thème récurrent chez Sacher-Masoch. On retrouve ce thème dans nombre de ses romans.
Lorsque Sacher-Masoch raconte l'Amazone de Prague :. Morte, elle est Vénus au corps de marbre.
Les barricades de 1848 marquent Sacher-Masoch à tout jamais. Il les évoque en 1881 dans ses Nouvelles Histoires juives. .
Études Le , il passe brillamment l'épreuve d'histoire. Le il passe l'épreuve de philosophie et obtient son doctorat. Soutenu par Weiss, doyen de la faculté en 1856-1857, il décide de présenter une thèse d'habilitation pour accéder à l'enseignement supérieur. Il choisit Charles Quint.. Inspiration Handscha dans l'œuvre masochienne Les bottes de maroquin rouge qui chaussent Handscha, et de multiples fois les héroïnes des romans de Masoch. Handscha apparaît rétrospectivement à Leopold comme un objet de désir sexuel. Elle est l'image originelle de la séductrice, ce qu'il ne cessera de rechercher toute sa vie.
Handscha fut la première femme qui lui donna le goût du cruelÉric Alliez - Masoch avec Deleuze Multitudes 25 été 2006 - . en se montrant implacable quand elle lui racontait les légendes d'Ivan le terrible, de la czarine noire, et de la juive Esterka qui enchaînait le roi Casimir le Grand.
Criminels enchaînés, des « prostituées ricanantes et fardées » Lorsqu'il évoque la maison de son enfance « il hésite entre la nostalgie du paradis perdu et l'évocation d'un enfer ». Leopold von Sacher-Masoch passe ses premières années dans la préfecture de police, lieu privilégié pour les mises en scène soldatesques et les déguisements. Dans cette maison de police qui fut la maison de son enfance, il rencontre des vagabonds, des criminels enchaînés, des . Au journaliste suisse Victor Tissot, il déclare : .
On retrouve ces brigands, les mises en scène soldatesques et les déguisements, ces criminels enchaînés, ces prostituées ricanantes et fardées, la schlague tout au long de l'œuvre masochienne.
L'art