Paul Déroulède, né le à Paris et mort le à Nice, sur le mont Boron, est un poète, auteur dramatique, romancier et militant politique français.

Son rôle de fondateur de la Ligue des patriotes et son revanchisme en font un acteur important de la droite nationaliste en France. Il est considéré par de nombreux historiens comme l'un des précurseurs d'un fascisme à la française.....

Alors qu'il s'affirme comme républicain, il tente toutefois d'effectuer un coup d'État en 1899 après la défaite cuisante des nationalistes aux élections législatives de 1898. Aidé de Barrès, de Pujo et, espère-t-il, du général Roget, cette tentative se solde par un échec après le refus de ce dernier d'y participer avec ses troupes..

S'il est un partisan moins extrême que certains de ses compagnons de l'antisémitisme en France, il s'oppose tout de même à la gauche, qu'il accuse de vouloir lorsque des députés de gauche proposent une loi pour instaurer la laïcité. Il appuie aussi son coup d'État sur des partisans, dont la plupart sont des antisémites notoires.

Déroulède tient des déclarations antisémites à d'autres reprises et utilise le ressort de l'antisémitisme pour mobiliser les masses. Il est l'un des députés qui lancent le thème du à l'Assemblée. Avec Barrès, il critique le général Boulanger pour son refus de l'antisémitisme.

Biographie vignette|gauche|redresse|Plaque 3 place du Louvre (1 arrondissement de Paris), à l'emplacement de la maison où il est né.

Débuts Fils d'un avoué à la Cour d'appel de Paris et neveu par sa mère d'Émile Augier, il est l'arrière petit-fils de Pigault-Lebrun. Il suit ses études aux lycées Louis-le-Grand, Bonaparte et de Versailles, puis à la faculté de droit de Paris où il obtient une licence.

Il entretient une relation avec Madeleine Brohan, avec qui il a un fils, Paul Langély, né en 1866 à Paris et mort sans descendance en 1938.

Guerre de 1870 Jusqu'à la guerre de 1870, c'est un versificateur (admirant beaucoup Le Cid) qui fréquente les milieux littéraires républicains. Assez insouciant et peu intéressé par la guerre, il rencontre Victor Duruy qui devient son patron, le lance dans le nationalisme et le fait aussitôt nommer sous-lieutenant en faisant jouer ses relations au gouvernement, alors qu'il n'a aucune expérience militaire.

Il s'engage fin , avec son jeune frère André, au 3 régiment de zouaves, unité d'élite, au sein du bataillon du commandant Félix Hervé, futur général, qui restera son , Paul Déroulède, 1870 - Feuilles de route : Des bois de Verrières à la forteresse de Breslau., BnF-P, 2016, p. 59. ; le général Hervé témoignera en sa faveur à son procès en 1899. Il est fait prisonnier après la bataille de Bazeilles en septembre puis interné à la forteresse de Breslau, d'où il s'évade en novembre. En décembre, il s'engage au régiment de marche de tirailleurs algériens, stationné à l'ouest de Meung-sur-Loire. Au sein de l'armée de l'Est du général Bourbaki, sous-lieutenant à la tête de sa section de tirailleurs, il se distingue le à Montbéliard ce qui lui vaut d'être fait chevalier de la Légion d'honneurArmand Plat, Deux Français libres sur les traces de Paul Déroulède, Nouvelles Éditions latines, 1960, p. 184. Prix de l'Académie en 1961. le . Il participe ensuite à la répression de la Commune de Paris.

Il est blessé à la fin de la semaine sanglante de mai et c'est durant sa convalescence qu'il écrit Les Chants du soldat, parus en 1872. À la suite d'une chute de cheval et une fracture du tibia, il doit renoncer à la carrière militaire et retourne à la vie civile en 1875.

Carrière littéraire et politique vignette|gauche|redresse|Paul Déroulède tenant la bride du cheval du général Roget, durant la tentative de coup d'État. Supplément illustré du Petit Journal, . Désormais, par son œuvre littéraire et son action politique, il incarne la France de la « revanche » en réclamant le retour de l'Alsace et de la Lorraine. Il écrit les Chants du soldat (1872), vendus à plus de , dont le fameux Clairon, qui lui vaut la gloire et reste longtemps au programme scolaire. Son texte de Profundis relève de l'antiméridionalisme...

À l'instigation de Gambetta, Déroulède, dont la devise est « Qui vive ? France ! », crée la Ligue des patriotes en 1882. Cette passion pour la « revanche » sur l'Allemagne lui vaut de devenir également l'un des chefs du parti anticolonial. Pour lui, la conquête coloniale épuiserait l'énergie dont la France a besoin pour la future guerre contre l'Allemagne. De même, il estime que jamais les colonies ne pourraient offrir une compensation à la perte de l'Alsace-Lorraine et c'est dans ce sens qu'il répond au colonialiste Jules Ferry : D'autres sources citent : . Jean Martin, L'Empire triomphant, 1871/1936, Éditions Denoël, Paris, 1990, p. 384.. D'abord hostile au général Boulanger pour son radicalisme affiché, il finit par devenir son adepte fin 1886, (« celui qui nous délivrera des chinoiseries parlementaires et des bavards impuissants »). Après avoir profondément transformé la Ligue des patriotes au service du revisionnisme, il prend part à la campagne boulangiste en tentant d'imposer la Ligue comme organisation unique du mouvement.

En Charente, une élection partielle est organisée le , Boulanger ne se présente pas car les bonapartistes ne le soutiennent pas. C'est Paul Déroulède qui choisit de se présenter dans son département de résidence. Le CRN et Boulanger sont forcés de le soutenir tandis qu'il doit faire face au candidat opportuniste Lazare Weiller et au candidat bonapartiste Étienne des Seguins. La campagne est particulièrement violente et Weiller n'hésitant pas à dépenser généreusement son argent. Le résultat est de 40,95 % pour des Seguins, 31,25 % pour Weiller et seulement 26,92 % pour Déroulède qui se retire. Alors que les royalistes veulent soutenir des Seguins, le CRN soutient Weiller. Le comité boulangiste sur place continue la campagne du second tour où des Seguins est élu et Déroulède obtient tout de même 15,1 %. Face à cette défaite, Déroulède est en colère contre les boulangistes et se retire jusqu'en novembre, en proie à une phase de dépression.

À son retour dans la Ligue en novembre, Déroulède fait entrer dans le comité directeur ses ennemis Dillon et Henri Rochefort. Le , les membres de la ligue descendent dans une réunion possibiliste et les y affrontent physiquement. La dynamique semble reprendre dans les derniers mois de 1888.

Début 1889, Déroulède veut absorber les comités révisionnistes dans sa Ligue. L'ordre officiel est donné en , il fait inscrire en masse des ligueurs dans les comités pour les noyauter et les faire adhérer à la ligue. C'est un échec presque partout parce que les comités boulangistes sont individualistes. Les tensions augmentent entre boulangistes et ligueurs avec les investitures pour les législatives de fin 1889. Le ligue proposant surtout des candidats peu républicains voire bonapartistes que les comités boulangistes dénoncent. La Ligue est vraiment vue comme trop différente et trop impérialiste.

Déroulède est désormais à la tête d'une véritable armée de combat et la ligue constitue le véritable instrument de la victoire électorale du général Boulanger à Paris le . Malgré cette victoire, le putsch militaire souhaité par Déroulède ce jour-là n'a pas lieu, refusé par le général.

L'information des volontés de Déroulède circule et, dès , des poursuites sont engagées contre la Ligue. Le ministre de l'Intérieur Constans utilise une attaque contre le gouvernement pour faire perquisitionner le siège de la Ligue et interdire tout rassemblement ou réunion, la dissolvant de facto. Il peut ainsi récupérer une circulaire du demandant aux comités locaux de préparer des marches militantes et mobiliser jusque 10 000 hommes, information déjà obtenue par le renseignement de la police. Cet ordre n'a en réalité pas été suivi par les sections et seuls 1000 hommes étaient mobilisables sans volonté de coups d'État. Le gouvernement poursuit personnellement aussi Déroulède, Naquet, Georges Laguerre, Charles-Ange Laisant et Edmond Turquet, dont l'immunité parlementaire est rapidement levée. Le procureur général rejette les preuves du gouvernement sur l'acte contre la sureté de l'État et le gouvernement axe son attaque sur la loi du sur les associations en indiquant que la Ligue est occulte et séditieuse. Les comités provinciaux sont dissous courant du mois de mars.

Après la fuite de Boulanger, Déroulède reste député de la Charente de 1889 à 1893 et de 1898 à 1901. Il prend cependant ses distances avec Boulanger, réaffirmant que sa Ligue n'est pas à son service, critiquant la fuite, Dillon, Rochefort et Thébaud. En retour, il est démis de sa fonction de vice-président dans le CRN.

Le , Déroulède est à Angoulême avec Laguerre et Laisant, pour un meeting. Après des tensions et des arrestations de militants de la Ligue, Déroulède s'insurge et crie , le commissaire de police le sortant de sa voiture pour l'arrêter, puis Laisant et Laguerre, relâché le , Déroulède est accusé de rébellion, mais il est acquitté, il est aussi accusé pour outrage, dont il est condamné à une amende. Continuant de mettre la pression sur lui, le gouvernement organise un coup monté à Béziers quelques jours plus tard, où il est accusé à tort d'avoir frappé un commissaire et un agent de police. Pour les élections législatives, Déroulède souhaite obtenir 10 sièges mais face à la relative défaite boulangiste, n'obtenant que 42 sièges, il n'a aucun ligueur élu. Après cette déroute, Déroulède est partisan de continuer l'agitation et participe à plusieurs manifestations sans le soutien de l'état-major boulangiste. Le , lors de la campagne pour les partielles de Paris, il participe à une réunion antisémite organisée par Francis Laur, qui réunit tous les ténors de l'antisémitisme français. Critiqué pour sa présence et se rendant compte de son erreur, il souhaite la condamnation de Laur par Boulanger et milite pour empêcher toute alliance avec eux, ce qu'il obtient car Boulanger n'est pas non plus antisémite.

Déroulède s'active d'autant plus pour les élections municipales de Paris pour relancer le mouvement boulangiste. Il cherche à obtenir les pleins pouvoirs pour mener la campagne, mais il est ignoré par les boulangistes, puis demande 20 candidats sur 80 pour ses ligueurs, il n'en obtient que 5. Il s'active partout et ouvre un conflit entre ses ligueurs et les comités boulangistes sur ces candidatures. Une nouvelle fois, il s'oppose à toute alliance avec les antisémites au nom des principes républicains. Il se déplace en personne pour contre-manifester face aux antisémites et à Édouard Drumont. Après un premier tour désastreux, malgré 30 % des voix les boulangistes n'ont qu'un seul conseiller élu et seuls dix candidats en mesure de gagner au second tour, Déroulède qu'il faut sauver l'honneur en faisant revenir Boulanger d'exil, même s'il doit être arrêté. Le , Déroulède, Laguerre, Laisant, René Le Hérissé et Alfred Naquet rencontrent le général à Jersey pour le convaincre de revenir. Face au refus, Déroulède lui fait un ultimatum entre rentrer ou disparaître de l'organisation, il critique aussi vivement son courage, ce qui ne fait que braquer d'autant plus Boulanger, bien décidé à ne pas rentrer. Ils repartent donc tous sans Boulanger, Déroulède sachant à partir de ce moment que tout est perdu. Le second tour ne voit finalement la victoire que d'un seul boulangiste.