L'urbanisation est un mouvement historique de transformation des formes de la société que l'on peut définir comme l'augmentation du nombre d'habitants en ville par rapport à l'ensemble de la population. C'est donc un processus de développement des villes et de concentration des populations dans celles-ci.. Le processus spatio-temporel de l'urbanisation se fait différemment selon les pays et les villes.

L'urbanisation peut se faire autour de villes déjà existantes, généralement dans des territoires jugés attrayants ou pour des raisons culturelles et historiques (capitales) ou religieuses ( La Mecque, Lourdes), ou sur des zones commercialement, industriellement ou militairement stratégiques ( bases militaires). Certaines villes champignons sont nées autour de ports et d'industries positionnés autour de ressources minérales, énergétiques ou humaines (main-d'œuvre bien formée ou bon marché).

L'urbanisation présente un caractère exponentiel (nettement avéré depuis les années 1800) qui semble être vécu comme une fatalité par la plupart des gouvernements et aménageurs. En 2007, le taux d'urbanisation mondial dépasse les 50 %.

Histoire

L'apparition des premières villes est l'objet de nombreux débats.

Les premières villes importantes connues seraient apparues à la fin du Néolithique, avec, entre autres, la culture de Cucuteni-Trypillia, à partir de la fin du avant notre ère, située dans les actuelles Ukraine, Roumanie et Moldavie. Ces villes pouvaient regrouper plus de et s'étendre sur plusieurs kilomètres carrés, elles étaient très planifiées et organisées en plan elliptique concentriquesSite entièrement consacré à l'archéologie de la culture Cucuteni-Trypillia, http://www.trypillia.com.

Ensuite de plus grandes villes apparaissent durant l'Antiquité ancienne en Mésopotamie, dans la région dite du Croissant fertile. Ont été explorées par des archéologues des sites comme Uruk ou Jéricho. Ces villes prennent la forme politique de cité-État, forme qui se propage ensuite dans la vallée du Jourdain, la vallée de l'Indus, la vallée du Nil et du Yangzi Jiang. Autour de , les premières villes apparaissent en Amérique centrale. Plus tardivement, le modèle de la ville fait son apparition dans le sud de l'Europe continentale. La Grèce antique obéit au schéma de la cité-État, tandis que l'Égypte antique met en place un centralisme urbain variant suivant les changements de régimes politiques. Avec la République romaine, puis l'Empire, la Rome antique devient peu à peu un centre urbain de plus d'un million d'habitants au .

Un mouvement croissant d'urbanisation a lieu en Europe au Moyen Âge, à partir du : de nombreuses villes sont alors refondées à partir des anciennes urbae romaines : la City de Londres, l'île de la Cité de l'ancienne Lutèce, etc. Elles sont protégées par des murs, des fortifications. On voit par ailleurs dans le développement des bastides en France, un premier mouvement de regroupement vers les villes. La bourgeoisie (au sens d'habitants d'un bourg) apparaît. Dans les villes se concentrent la construction des grandes cathédrales gothiques et la fondation des premières universités (comme la Sorbonne à Paris, fondée en 1253). Une très grande partie de la population au Moyen Âge reste toutefois rurale..

La nette augmentation des populations urbaines après 1800, du fait de l'industrialisation et l'exode rural, permet au terme d'« urbanisation » .

À titre de comparaison, pourcentage de la population mondiale habitant en ville : 1800, 3,4 % 1900, 15 % 1950, 30 % 2007, 50 % 2018, 55 %.

En 2007, le taux d'urbanisation atteint le seuil historique de 50 %, la population urbaine dépasse la population rurale..

Au rythme actuel et d'après les projections de l'ONU, 65 % de la population sera urbaine en 2025, et plus de 80 % dans de nombreux pays. Il y a déjà en 2000, de plus d'un million d'habitants, et de plus de d'habitants. À titre de comparaison, en 2017, plus de ont plus d'un million d'habitants et plus de d'habitants.. Selon l’ONU (FNUAP), la population urbaine pourrait encore doubler d'ici . Entre 1900 et 2000, la population urbaine a été multipliée par 20 alors que la population mondiale se contentait de quadrupler.

Dans les années 1960-1970, les taux de croissance de nombreuses agglomérations atteignaient les 7 à 8 % annuellement, ce qui donne un doublement de la population en . Aujourd'hui, les mêmes agglomérations ne s'accroissent plus que de 1 à 3 % par an. Les chiffres de population les plus récents montrent en effet, tous sans exception, une baisse très importante de la croissance démographique urbaine. Pour autant, l'augmentation de la population dans les villes n'est pas terminée, celle-ci reste largement positive et les taux s'appliquent à des effectifs énormes : 2 % supplémentaires par an représentent tout de même pour une agglomération de d'habitants.

En 2025 on estime que 80 % de la population dans certains pays sera de la population urbaine.. De plus, on estime que d'ici 2050 plus de 68 % de la population mondiale vivra dans les villes et que d'ici 2030 le monde comptera avec plus de d'habitants chacune, on appelle ces villes des villes géantes..

Raisons de l'urbanisation

De nombreux facteurs historiques, politiques et socioculturels peuvent expliquer l'urbanisation croissante :

L'exode rural et le développement d'une société tournée vers l'industrie et les services ont fait des centres urbains la source principale d'emploi salarié. L'attrait culturel et politique des villes, en particulier des capitales, encourage l'arrivée de nouveaux habitants, malgré des hausses chroniques de loyers et de prix du foncier. Ce prix encourage une densification des constructions et l'exploitation du sous-sol (stationnements, garages et commerces parfois).

Les décisions politiques relatives à l'aménagement du territoire encadrent le développement des villes existantes ou créent ex nihilo des villes nouvelles. Le plan d'occupation des sols (POS) ou plus récemment, le plan local d'urbanisme (ou PLU) assorti du Projet d’Aménagement et de Développement Durable (PADD), sont en France les principaux outils permettant aux collectivités d'appliquer ces politiques. Les techniques d'urbanisme orientent durablement l'occupation de l'espace dans les villes, les élus et techniciens étant par ailleurs confrontés à de nombreuses pressions contradictoires des habitants, commerçants, industriels, aménageurs

L'attrait touristique de certaines régions très ensoleillées (héliotropisme), enneigées en hiver ou proches de la mer a conduit au développement d'un habitat dense. On parle de mitage ou d'étalement urbain, voire de bétonnage du littoral pour décrire une occupation progressive et inéluctable de certaines vallées et littoraux. Le terme de baléarisation désigne par exemple la construction d'immeubles fonctionnels sur l'intégralité du front de mer pour accueillir de façon massive les touristes. L'urbanisation détruit alors le paysage même qui l'a fait naître. La Côte d'Azur, par exemple, présente une ligne de côte très urbanisée. Le littoral y est urbanisé à près de 95 %. On établit depuis quelques années des liens entre des risques naturels et sanitaires (inondations, incendies, pollution de l'air…) et le fort taux d'urbanisation qui affecte les espaces naturels et la biodiversité.

Modes d'urbanisation

La morphologie urbaine permet d'étudier les différentes formes d'urbanisation. Les villes peuvent se développer grâce à l'ERP de façon verticale ou horizontale, voire les deux à la fois. Le développement horizontal est tantôt concentrique, dendritique, ou linéaire (fréquent dans les vallées ou le long d'axes importants), en fonction du contexte biogéographique, politique ou historique (notamment de l'évolution des conditions historiques de propriété). L'urbanisation peut être concentrée ou diffuse : . L'urbanisme s'appuie généralement sur l'existant, sur le réseau de transport et sur un ou plusieurs centres ou pôles (développement multipolaire). De nombreuses villes nouvelles ont été créées dans les années 1960 en France à la suite de la politique des villes nouvelles (comme Lille-Est, Évry ou Cergy-Pontoise).

Hormis dans le cas de villes champignons liées à la découverte de filons d'or, de ressources rapidement épuisées, ou dans le cas de cités touchées par les retombées de Tchernobyl, depuis les années 1700, il est rare que les villes se stabilisent, disparaissent ou décroissent. Même Hiroshima et Nagasaki, ou les villes rasées durant la Première Guerre mondiale ou durant la Seconde Guerre mondiale, ou lors d'autres conflits ont rapidement été reconstruites et se sont développées. Ce n'est pourtant que dans les années 1970 avec les villes nouvelles, et dans les années 1990 que les urbanistes ont commencé à réfléchir aux conditions de soutenabilité du développement urbain. Et il faut attendre les années 2000 pour voir apparaître les premiers quartiers HQE (Bedzed par exemple à Londres) et 2006 pour le premier projet de ville HQE (en Chine).

Impacts socio-économiques, culturels, environnementaux et politiques L’urbanisation est un phénomène actuel important puisqu’il concerne plus de la moitié de la population mondiale depuis 2008 et concernera d’ici 2050 près de 70 % de cette dernière.. Cela en fait un sujet de plus en plus difficilement détachable du développement des différentes sociétés mais aussi de l’environnementJ. Veron, « L’urbanisation du monde », Alternatives internationales, , 2006, .. L’urbanisation entraîne, en effet, de nombreuses conséquences tant positives que négatives dans ces domaines. Il est de ce fait apparu que l’augmentation du nombre d’urbains pouvait être intimement liée au développement d’industries, de services à la population, de moyens de transport, mais risquait également d’entraîner une homogénéisation des modes de vie, une augmentation du produit, une dégradation des sols et des conditions de vie, etc.. Il apparaît donc pertinent d’étudier l’urbanisation, la manière dont elle est gérée par les autorités publiques et les conséquences qui en découlent. Si celle-ci est aujourd’hui mondiale, son intensité varie d’une région à l’autre. Cette différence se voit notamment entre les pays développés qui semblent être au terme de ce phénomène d’évolution urbaine et les pays en développement qui se trouvent au cœur de cette évolution. Il est alors légitime de se demander si la différence d’urbanisation entre les pays développés et les pays en voie de développement résulte juste d’un décalage dans le processus d’urbanisation et donc d’un simple retard de la part des pays du sud ou s’il existe une nouveauté radicale des processus urbanisant ces derniers. La première hypothèse semble difficilement tenable. En effet, bien que les continents asiatique et africain aient un niveau d’urbanisation bien inférieur à celui des pays occidentaux, leur taux d’urbanisation est plus de deux fois plus intense que celui enregistré dans les moments forts de la croissance urbaine des pays développés.

Il peut résulter des processus d'urbanisation des conséquences diverses en matière d’organisation sociale, qui reflètent les processus d'organisation de la ville. L'urbanisation peut se dérouler de différentes manières et regrouper spatialement différentes classes de la société (par exemple, l'urbanisation spontanée prend l'apparence d'habitations informelles comme les bidonvilles en Inde). Elle est donc une des causes de la ségrégation urbaine.

Dans les années 1960, Jean Gottmann a observé que l'urbanisation dans le monde contemporain a des conséquences politiques pour les pays en « manque d'urbanisation », réduisant leur poids politique dans les affaires internationales. Dans un cas comme la France, des oppositions entre les régions d'un pays de plus en plus urbanisées (et aussi industrialisées) et les régions qui perdaient en population voir en « urbanisation » se créaient..

Conséquences environnementales