Guédelon ou le château de Guédelon est un chantier de construction expérimental d'un château fort, débuté en 1997, selon les techniques et les matériaux utilisés au Moyen Âge.

Ce projet architectural situé à Treigny dans l'Yonne, dans une ancienne carrière désaffectée au centre d'une forêt et proche d'un étang à une trentaine de kilomètres au sud-ouest d'Auxerre, vise à améliorer les connaissances en castellologie et en archéologie expérimentale. Tout en développant une réflexion du type « art et traditions populaires », il met en scène dans un déroulement réel la construction d'un programme monumental, ce qui le différencie des parcs à thème.

C'est le troisième monument de la région Bourgogne-Franche-Comté le plus visité (après les hospices de Beaune et la citadelle de Besançon)..

Historique Étude préalable vignette|gauche|Plan de masse du château.

L'idée de construire un château fort à partir de rien germe depuis 1994 dans la tête de Michel Guyot, propriétaire et restaurateur du château de Saint-Fargeau, à la suite du succès rencontré par le spectacle historique de Saint-Fargeau qu'il a organisé pour financer la restauration.. Dans ce but, il met en place un comité scientifique qui cautionne le projet (avec notamment Nicolas Faucherre. et le castellologue Christian Corvisier qui ont travaillé à Saint-Fargeau) et fait appel à Maryline Martin qui devient la directrice générale du chantier médiéval... Le choix du terrain s'est arrêté sur le site de Guédelon en raison de sa position (sur une légère éminence idéale pour la surveillance) et en raison de ses ressources naturelles, comme il était d’usage durant l’époque médiévale car les transports de matériaux étaient lents et onéreux. : il est situé directement dans une carrière de grès ferrugineux (ce qui permet une réduction des coûts et des délais de transport) et à proximité d'une forêt (où l'on récolte du bois de chauffe pour la chaux), d'une route, où l'on dispose d'arène gréseuse, de glaise et d'eau..

En 1997, les plans du château sont réalisés par l'architecte en chef des monuments historiques Jacques Moulin. Le château est de type philippien, et intègre le logis du seigneur. Six tours circulaires maçonnées (quatre aux angles et deux qui forment le châtelet d'entrée) sont reliées entre elles par des courtines aveugles couronnées d'un chemin de ronde qui parcourra les de périmètre du château.. Le projet voit sa première pierre posée le et est prévu pour durer , au travers de l’Association des Compagnons Bâtisseurs de Puisaye créée à cet effet.

Association et société L'association lève plus de quatre millions de francs grâce au soutien de l'Union européenne, de la région Bourgogne, de la Caisse des Dépôts et Consignations, d'Électricité de France, et d'un particulier suisse.. Trente-cinq personnes ont été embauchées dont des maçons, des charpentiers professionnels et des personnes non qualifiées, en plus d'une centaine de bénévoles ponctuels.. Par la suite, une société à actions simplifiée est créée, actions détenues principalement par Michel Guyot et Maryline Martin, et remplaçant l'association., société qui ne reçoit pas de subventions. Le chantier est visitable de mars à novembre. La première année du chantier, celui-ci avait accueilli .

Évolution du chantier vignette|gauche|Le chantier en 2000. Au premier-plan, une cage d'écureuil.

Guédelon a démarré comme un chantier médiéval sur une conception dont la plupart des difficultés ne sont examinées qu’au fur et à mesure qu’elles se présentent. Le projet initial n’a résolu ni la totalité des plans et des masses, ni la chronologie d’enchaînement des travaux. On a d’abord paré à l'immédiat : la fabrication des mortiers, la taille et l’approvisionnement de la pierre (essentiellement du grès ferrugineux extrait de la carrière au pied du château, et du calcaire pour les œuvres d'art). Trente-mille tonnes de grès sont nécessaires pour la construction du château.

En 1997, le chantier est installé en forêt où débute le défrichement d'une clairière de par les essarteurs.. Ils sont relayés par les terrassiers qui rendent le terrain parfaitement plat et les maçons qui établissent les fondations. En 1998, une grange d'entrée destinée à l’accueil des visiteurs, des loges de toile et de bois destinées aux travaux du village et aux artisans sont rapidement construites et la construction des soubassements du château débute. Le chantier ouvre au public le . Un an plus tard, la cour est remblayée et les premiers murs s'élèvent à un mètre cinquante de haut ; la tour de la chapelle et la courtine ouest prennent peu à peu forme..

En 2001, le périmètre bâti monte à trois mètres. Tandis que la construction du pont dormant se termine, celles de l'escalier à vis de la tour de la chapelle (mise en place de douze marches) et de l'escalier rampant de la tour maîtresse se poursuivent. La citerne d’approvisionnement en eau du château est achevée en 2001 et le puits coiffé de sa margelle.

Le pont a été achevé en , constitué de de chêne et de forgés à la main. La tour de la chapelle comporte désormais une voûte à croisée d'ogives et de plus sur son escalier à vis. C'est aussi le début de l'édification de la poterne.

L'année 2003 est marquée par la construction du logis seigneurial de de longueur et la mise en charge de la voûte de la tour maîtresse. Deux cages d'écureuil sont construites. Démontables pour pouvoir être remontées en différents points du château, elles ont un simple tambour dans lequel un homme peut soulever à lui seul une charge de à plus de de hauteurFiche pratique trop fort le château ! , avril 2011..

Les deux années suivantes voient l'aménagement du rez-de-chaussée de la tour maîtresse : le sol est dallé, on construit la porte, l’assommoir, des archères. La construction de l'escalier rampant se poursuit, et on démarre enfin l'édification de la tuilerie qui se termine en 2006.

Le logis seigneurial reçoit sa charpente en 2010.. Pendant la saison 2011, la couverture du toit formée de est achevée, la courtine reçoit une cage d'écureuil pour monter les matériaux sur la tour maîtresse. À la différence des deux cages précédentes, celle-ci est pivotante sur presque 180° et à double tambour, cage d'écureuil à double tambour., deux hommes pouvant désormais monter de mortier ou de pierres en une seule montée.

Au printemps 2014, un moulin à eau est construit près du château avec l'aide de l'Inrap, après une collaboration de deux ans. D'une longueur de cinq mètres, d'une hauteur de et d'une largeur de , il possède une roue à aubes de qui actionne une meule d'environ un mètre de diamètre et d’environ . Mis en eau au printemps, ce moulin est inauguré et présenté au public le . Il est inspiré de deux moulins découverts à Thervay dans le Jura après une fouille préventive lors du chantier de la ligne LGV Rhin-Rhône, l'un d'eux datait d'une période comprise entre les , tandis que l’autre datait d'entre les ...

Depuis 2015

À terme, les courtines de de hauteur et d’épaisseur, entourées de fossés secs, formeront un périmètre de et dessineront un plan polygonal, la façade sud faisant , la façade nord , la façade ouest et la façade est .

Les tours de flanquement feront de hauteur, celle du logis et le donjon ..

L’histoire imaginée du seigneur de Guédelon L’équipe chargée de la construction du château de Guédelon s’est appuyée sur une histoire concrète, créée à partir de récits médiévaux (pour ne faire aucun anachronisme). Elle a créé un seigneur, Guilbert Courtenay, qui aurait demandé la construction d’un « château-résidence », c’est-à-dire un château de petite taille. En effet, il est un petit seigneur, qui ne possède pas les fonds et les moyens nécessaires pour demander la création d’un très grand château, comme celui du Louvre de Paris. Ce seigneur chevalier de Puisaye serait né en 1199 et serait le vassal de Jean de Toucy. Il aurait épousé l’une de ses nièces, ce qui le fit entrer dans la lignée de ce dernier, un lignage important et illustre de Toucy. Ce sera donc grâce à ce mariage qu’il pourra avoir des terres supplémentaires, desquelles il aura des revenus en plus, qui lui serviront à cette construction.

Finalement, l’équipe, qui a suivi les directives d’historiens en collaboration avec Michel Guyot, va achever le récit : le souverain de France aurait donné au seigneur de Guédelon l’autorisation de « bastir chatel ».

Objectif vignette|upright|Le château de Guédelon en : la pierre de taille est utilisée en moyen appareil pour les escarpes des tours et les chaînages verticaux.

La méthode de construction est celle des châteaux de l'époque médiévale construits au (plus exactement entre la fin du jusqu'au début , en cohérence avec le type d'architecture philippienne), en partant d'un site vierge et en utilisant uniquement des techniques de l'époque telles qu'elles étaient connues en Puisaye dans l'Yonne.

Le projet de Guédelon est notamment de permettre à l'archéologie expérimentale médiévale l'analyse complète d'un chantier de construction sur le long terme et ainsi d'aller au-delà d'une expérience ponctuelle sur des objets ou des opérations isolées. Dans ce souci du détail, l'utilisation de produits industrialisés est réduite au strict nécessaire, notamment pour des questions de sécurité. De même l'usage des radios, de canettes, des montres est prohibé sur le chantier, tandis que les fumeurs doivent faire preuve de discrétion.

Le chantier a pris pour parti de faire du château la propriété fictive d'un seigneur de bas rang dénommé Guilbert Courtenay, ou Guilbert de Guédelon, avec une date de démarrage fictive du chantier en 1228.. Ce parti pris vise à rendre réaliste historiquement la taille du château en justifiant l'absence de pont-levis, de douves, de prison, d’oubliettes mais la présence d'un donjon, d'une chapelle, d'une chambre seigneuriale et d'un moulin hydraulique.

La définition d’une époque, le milieu du , et la mise en scène d’une stratégie de déroulement ont donné au chantier sa vraie dimension. Déjà en cela, parce que la part d’improvisation provoque d’inévitables « remords de constructeur », l’entreprise est représentative du cheminement médiéval. Le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre savent qu’à chaque étape vont surgir des problèmes inédits. Non seulement cela n’a rien d’étonnant, mais c’est l’intérêt d’un tel ouvrage. Et le mérite est d’être à l’affût, de guetter comme une promesse, chaque complication ou contrariété, parce qu’elle fait partie de la raison d’être du chantier de Guédelon..

Guédelon n’est pas au premier chef un lieu pour faire des démonstrations d’outils et d’habileté artisanale. Bien sûr, il est aussi cela, et bien plus encore puisqu’il se veut un instrument éducatif, un lieu pour faire réfléchir autant qu’intéresser à des professions. Mais en fin de compte, il ne s’agit pas tant de construire un château fort que d’expérimenter, de redécouvrir, de vérifier et de trouver des réponses au parcours d’obstacles d’une telle tentative.

Les métiers vignette|Le charretier et sa jument percheronne attelée au trinqueballe.

Le chantier regroupe plusieurs corps de métiers d'« œuvriers » (terme médiéval générique pour désigner les ouvriers) qui travaillent entre trente-huit et quarante-huit heures par semaine, de mars à novembre.

La pierre Les carriers procèdent à l'extraction de blocs de pierre dans la carrière du site. Le bruit des outils sur la roche les renseigne sur la dureté de la pierre et sur son emploi : les roches les plus dures servent de base aux tours, celles de résistance moyenne sont destinées au tailleur, les plus friables et sableuses sont utilisées pour consolider les tours de l'intérieur. À l'aide de ciseaux, ils percent des trous appelés « emboîtures » espacés de le long d'une ligne de coupe et dans lesquels ils placent des coins en acier. En frappant ces coins à l'aide d'une masse, la pierre est fendue en blocs pouvant ensuite être travaillés par les tailleurs.