Joseph Ferdinand Cheval, plus connu sous le nom du facteur Cheval, né le à Charmes-sur-l'Herbasse (Drôme) et mort le à Hauterives (Drôme), est un facteur français célèbre pour avoir passé de sa vie à édifier un monument qu'il nomme le « Palais idéal ».
Il a aussi passé huit années supplémentaires à bâtir son propre tombeau.
Situation personnelle Origines Joseph Ferdinand ChevalSite larousse.fr, page sur Joseph Ferdinand Cheval, consulté le 24 octobre 2020 naît dans une famille de petits cultivateurs, installée à Charmes-sur-l'Herbasse, un modeste village de la Drôme des collines, une microrégion terrienne et rurale ., située au nord de Romans-sur-Isère.
Il est le fils de Jean-François Cheval et de sa deuxième épouse Rose-Françoise Sibert ; sa mère meurt le . Il a un frère, prénommé François Victor et marié avec Rosalie Perrier.
Vie privée et familiale vignette|gauche|150px|Ferdinand Cheval avec son épouse Philomène et sa fille Alice (1885). Le , il se marie avec Rosalie (ou Rose) Revol (1841-1873), lingère, avec qui il aura deux enfants, Victorin (1864-1865), et Cyrille (1866-1912). Il sera le grand-père d'Eugénie et d'Alice (Marie-Louise) Cheval.
Après la mort de son épouse en 1873, il se remarie le avec Claire-Philomène Richaud (1838-1914), tailleuse et également veuve. Elle apporte en dot l'équivalent de deux années de traitement de facteur et une petite propriété qui lui permet d'acquérir un lopin de terre à Hauterives. De leur union naît, en 1879, sa fille unique, Alice, qui décédera en 1894.
Formation et carrière professionnelle vignette|Hauterives, village d'adoption du facteur Cheval. Du fait d'une scolarité courte , il maîtrise mal la langue française, qu'il écrit phonétiquement. Après l'obtention de son certificat d'études primaires, il devient à l'âge de treize ans apprenti boulanger. Il est pris en tutelle, à l'âge de dix-huit ans, à la mort de son père, par son oncle maternel Joseph Burel, qui le fait rapidement émanciper (la majorité à cette époque étant fixée à ). Il laisse à son frère la ferme familiale pour devenir en 1856 boulanger à Valence puis à Chasselay, une commune située au nord de Lyon en 1859.
La mort de son premier fils en 1865 lui fait abandonner la boulangerie, activité qu'il a pratiquée durant presque une douzaine d'années et dont l'expérience du pétrissage aurait influencé son savoir-faire de sculpteur et de créateur. Il s'engage comme ouvrier agricole, métier qu'il abandonne à la naissance de son second filsSite géo, article de Émeline Férard "Le Palais du facteur Cheval, l'incroyable histoire cachée derrière ce monument historique", consulté le 11 février 2019.
Acculé à la misère, il se présente au concours de facteur et entre officiellement dans l'administration des Postes le . Il est successivement facteur à Anneyron, puis à Peyrins, puis à Bourg-de-Péage. À sa demande, en 1869, il est affecté à Hauterives, à une douzaine de kilomètres de son village natal, ayant la charge de la « tournée de Tersanne », une longue tournée pédestre quotidienne. Il y restera jusqu'à la retraite.
Ses longues tournées en solitaire de plus de trente kilomètres n'ont pas le même rythme que les tournées cyclistes ou motorisées d'un « préposé » rural du Site Orion en aéroplane, page sur le palais idéal du facteur Cheval, consulté le 22 février 2019Site Cairn, article "Postiers et facteurs en France depuis deux siècles" de Sébastien Richez, Dans Flux 2007/4 (), pages 88 à 92, consulté le 22 février 2019 : vignette|Le château de Charmes-sur-l'Herbasse, une des sources d'inspiration pour le facteur Cheval.
Il occupe ses heures de randonnée à de longues rêveries au cours desquelles il imagine un « palais féerique », rêveries qui ne commenceront à être concrétisées qu'une dizaine d'années plus tard, après maints voyages avec sa brouette qu'il appelle sa « fidèle compagne de peine »Le Palais Idéal de Ferdinand Cheval - Histoire - Palais Idéal du Facteur Cheval. En 1896, il prend sa retraite.
Il écrit en 1905 :
Particularité psychologique Malgré certains avis divergents, le Olivier Dulac, neuropsychiatre à l'hôpital Necker, suggère que le facteur Cheval présentait le profil type d’un autiste d'Asperger et son comportement semblerait attester de quelques aspects du spectre autistique. Monomaniaque et obsédé par l'idée fixe de construire un merveilleux et immense palais dans son propre jardin (ce qu'il parvint à faire), il présentait bien une structure psychologique particulièreSite pointdevue.fr, page sur le palais du facteur Cheval, consulté le 7 septembre 2020.. Nils Tavernier, réalisateur du film sur la vie du facteur, partage cette idéeSite ledevoir.com, article "L’art brut et glorieux du facteur Cheval", consulté le 7 septembre 2020.Site petit-bulletin.fr, article de Vincent Raymond, "L'Incroyable histoire du Facteur Cheval : aux marges du palais", consulté le 3 février 2021..
Cependant, la pratique des diagnostics rétrospectifs en psychiatrie est considérée comme méthodologiquement fragile et largement spéculative : sans examen clinique, données contemporaines et anamnèse directe, ces analyses post-mortem ne peuvent être considérées comme des diagnostics établis, mais seulement comme des hypothèses interprétativesMuramoto O., « Retrospective diagnosis of a famous historical figure: ontological, epistemic and ethical considerations », Philosophy, Ethics, and Humanities in Medicine, 2014, vol. 9, article 10, doi:10.1186/1747-5341-9-10. lire en ligne archive.Larner A. J., « Retrospective diagnosis: Pitfalls and purposes », Journal of Medical Biography, vol. 27, no 3, 2019, , doi:10.1177/0967772019868433. lire en ligne« Retrospective diagnosis of mental illness: past and present », The Lancet Psychiatry, 2019, doi:10.1016/S2215-0366(19)30287-1. lire en ligne..
Constructions Palais idéal
Débuts de la construction thumb|upright|Ferdinand Cheval en pleine créativité artistique en janvier 1890 En , une pierre, qu'il dénommera sa « pierre d’achoppement »Site deuxième temps, page sur le palais idéal, consulté le 5 février 2019], entraîne sa chute sur le chemin de sa tournée et le fait transposer son rêve dans la réalité. Il rapporte dans ses cahiers. l'importance de cet événement :
Pour son voisinage, le Facteur Cheval devient alors un être étrange, un « pauvre fou » qui durant sa tournée met des pierres en tas, revient le soir les chercher en s'aidant de sa brouette, pour en remplir son jardin. Il commence la construction de son monument qu'il n'appelle pas encore Palais idéal en 1879.
En 1894, le décès de sa fille Alice, à l'âge de , l'affecte profondément. Il avait commencé à collecter les pierres de son palais l'année de sa naissance, mais sa fille ne connaîtra jamais son achèvement. Il habite ensuite une villa dénommée villa Alicius, en hommage à sa fille, qu'il fait construire à proximité du Palais idéal pour le valoriser. Cheval achève la construction de son palais en 1912. Ne pouvant être inhumé dans ce palais selon son souhait, il construit de 1914 à 1922 son tombeau au cimetière municipal. Il meurt le .
Œuvre d'un tiers de siècle vignette|redresse|Le Palais idéal vers 1890. Classé au titre des monuments historiques le grâce à l'appui de l'ancien ministre André Malraux, ce monument, qui a rendu célèbre Ferdinand Cheval, a été construit petit à petit durant entre et le courant de l'année 1912.
Ce monument, entièrement édifié par cet homme, mesure de hauteur et de long, les différentes pièces (des pierres ramassées sur les chemins pour la plupart) ont été assemblées avec de la chaux, du mortier, du ciment et des armatures métalliques (ce qui est précurseur en matière de technique de « béton armé »).
Les archives de l'INA attestent des dons de Ferdinand Cheval, indiquant :
Selon Le Dauphiné libéré, le palais reçoit la visite de quelque en 2013. et plus de depuis 2019.
Tombeau du silence et du repos sans fin
thumb|upright|Le Tombeau du silence et du repos sans fin (en 2006). Après l'achèvement du Palais idéal, il manifeste son désir d'être plus tard enseveli dans l'enceinte même de son œuvre, ce que la réglementation française ne permet pas lorsque le corps n'est pas incinéré. Ferdinand Cheval se résout à se faire inhumer, le moment venu, dans le cimetière communal, mais en choisissant lui-même la forme de son tombeau. À partir de 1914, il passe huit années supplémentaires à charrier des pierres jusqu'au cimetière d'Hauterives et à les assembler, pour former le Tombeau du silence et du repos sans fin, achevé en 1922.
Il écrit :
Il y est inhumé après sa mort, survenue le , à l’âge de .
Sa tombe monumentale, d'accès libre, est située à l'entrée du petit cimetière d'Hauterives, près du portail d'entrée. Elle est classée au titre des monuments historiques par un arrêté du .
Villa Alicius
Ferdinand Cheval est l'auteur d'un troisième monument inscrit au titre des monuments historiques : sa villa dédiée à sa fille Alice, située à proximité immédiate du Palais idéal.
Un autre regard sur l'art Dans le contexte artistique de la fin du , où prédomine encore un certain académisme et malgré les éclats de l'impressionnisme, Joseph Ferdinand Cheval fait figure de créateur complètement « décalé » et « hors normes ». L'œuvre est contemporaine d'une fin de siècle façonnée par le changement incarné par des esprits novateurs comme Jules Verne, Marx, Freud et NietzscheSite de France-Archives, texte de François Loyer, directeur de recherche honoraire au CNRS, consulté le 2 février 2019.
Influences vignette|redresse|Page illustrée de la revue « Le Magasin Pittoresque » Sa vie personnelle est fortement marquée par plusieurs deuils successifs : deux fois marié, il est deux fois veuf et tous ses enfants meurent avant lui, dont sa fille cadette, prénommée Alice, à l'âge de quinze ans.
On suppose que le Facteur Cheval — malgré son isolement — a pu subir quelques influences dont l'extravagance architecturale des parcs et jardins de la plupart des grandes demeures aristocratiques et bourgeoises qui mettent en scène des statues de marbre de héros et déesses grecques ; le début des grands voyages et de l'ère coloniale inspire des reconstitutions architecturales dans d'immenses jardins : avec des grottes artificielles, des cascades ruisselantes, des reproductions de pyramides ou de pagodes, des ruines anciennes ; les architectes « officiels » présentent des projets exotiques sinon « délirants » : Projet napoléonien de l'éléphant de la Bastille de Jean-Antoine Alavoine pour la place de la Bastille, Œil-Théâtre de Claude-Nicolas Ledoux pour Besançon, colosse-fontaine de l'Appenin de Jean Bologne à Pratolino en Italie ainsi qu'une revue de l'époque, Le Magasin pittoresque, évoque souvent ces architectures lointaines. Le Facteur Cheval a sans doute pu consulter cette publication, distribuée par la Poste, et, de la sorte, alimenter son rêve.
Analogies Le mouvement situationniste dans les années cinquante compare le destin de Ferdinand Cheval à celui de Louis II de Bavière : tous deux ont vécu un drame existentiel, « tous deux ont bâti les châteaux qu'ils voulaient à la taille d'une nouvelle condition humaine »Revue Potlach, , 1954.
Reconnaissance vignette|redresse|Buste du facteur Ferdinand Cheval à Hauterives. Au début des années 1930, l'œuvre reçoit le soutien moral de plusieurs artistes tels que Pablo Picasso et André Breton Le Facteur Cheval, œuvre de Picasso, et photo d'André Breton visitant le Palais, sur le fascicule de l'exposition de 2007.. Max Ernst, qui séjourne en Ardèche durant l'occupation, est fasciné par l'œuvre et lui dédie un de ses tableaux (Le Facteur Cheval).