Le chant chrétien est l'ensemble des pratiques liturgiques chantées dans la religion chrétienne. Il joue un rôle important dans l'histoire de la musique occidentale et dans celle de la musique religieuse. Issus des musiques païennes de la Rome Antique et des traditions hébraïques, la première période est déterminée par les plus anciens documents musicographiques.

Naissance des traditions musicales chrétiennes Les relations avec la tradition grecque

La musique des Romains est étroitement liée aux fêtes et aux représentations des païens et n'est donc pas conforme à la nouvelle religion en train de se répandre rapidement dans tout l'empire, le christianisme. Durant les siècles de l'Empire tardif, les traditions philosophiques néoplatoniciennes et néopythagoricienne, apparues à Rome avec les cultures hellénistique et alexandrine, influencent fortement la pensée des théoriciens de ce temps. Les exigences musicales sont strictement déterminées par la nouvelle liturgie chrétienne. En conséquence, alors que le modèle théorique offert par la tradition grecque est désormais complètement distinct de la pratique artistique et réduit à la spéculation pure, les modèles traditionnels s'avèrent inadaptés à ces nouvelles exigences. Il s'agit de créer une tradition musicale - bien que non opposée au modèle grec - capable d'unifier la sur le point de se substituer au grand empire. Comme dans d'autres domaines culturels, les chrétiens voulaient être les continuateurs de la culture hellénistique classique qui aurait, au travers de ses philosophes et penseurs les plus éclairés - selon la pensée de l'époque - déjà entrevu et prédit les vérités de la révélation ; le devoir de la nouvelle foi aurait été d'expliquer et de porter à la lumière les vérités déjà sous-jacentes dans l'ancien monde.

Ainsi, toute la théorie musicale des Grecs ne devait pas être rejetée en tant qu'invention païenne mais, au contraire, repensée et adaptée aux nouvelles exigences, avec l'objectif d'en démontrer la continuité avec la pratique musicale moderne. À ce titre, des écrits tels que le Traité de la Musique de Boèce furent fondamentaux.

Le langage musical des premiers chrétiens

Le chant chrétien accompagné d'instruments de musique, basé sur le livre des Psaumes, est l'un des premiers styles de musique chrétienne Frederick B. Artz, The Mind of the Middle Ages: An Historical Survey, University of Chicago Press, USA, 2014, p. 92.

Chant grégorien Pour comprendre comment est apparu et s'est développé le chant grégorien - première manifestation documentée du chant chrétien - il est nécessaire de reconstituer l'histoire du christianisme à partir de la destruction du temple de Jérusalem en 70

À la suite de cet événement historique, les Juifs se dispersent dans tous les pays du bassin Méditerranéen. La plupart restent fidèles à la religion hébraïque ; quelques-uns se convertissent au christianisme. Ce sont ces derniers qui répandent le message du Christ dans les populations de l'Empire romain. Il est raisonnable de supposer que la première liturgie chrétienne fut influencée par le culte hébraïque hérité des synagogues. Le musicologue letton Bramo Idelsohn a découvert dans des documents les traces des deux styles sur lesquels était fondée la tradition synagogale : la cantillation et le jubilus. Il s'agit de la preuve la plus évidente permettant d'affirmer - avec une certitude historiographique - que la pratique musicale chrétienne découle de la tradition hébraïque et non pas grecque.

En 313, l'édit de Constantin reconnait la liberté de culte aux chrétiens. De surcroît, en 391, Théodose met un veto à la persistance de cultes païens dans l'empire. À cette époque, sur la base du modèle impérial bureaucratique, le christianisme se dote d'une organisation hiérarchique institutionnelle.

À la suite de l'effondrement de l'empire, Rome et Byzance entretiennent toujours des relations malgré leurs mésententes, jusqu'en 1054, date du schisme entre l'Orient et l'Occident. Ainsi, alors que le patriarcat de Constantinople impose la liturgie orthodoxe chrétienne en langue grecque, baptisée rite byzantin, en Orient, en Occident, la tradition chrétienne est liée au chant et à la liturgie en langue latine, appelée grégorien. Dans les plus importantes villes de l'Empire romain d'Occident se constituent des diocèses avec à leur tête un évêque. L'évêque du diocèse de Rome est le chef de la chrétienté, c'est-à-dire le Pape.

Durant le Haut Moyen Âge, les liens entre les différents centres de l'Empire romain sont très limités. Aussi voit-on se produire une scission dans la liturgie et le chant chrétien : dans chaque siège se développe une liturgie et un chant autonome. Par exemple, à Milan se développent la liturgie et le chant ambrosien, du nom de l'évêque de Milan, Saint Ambroise ; à Rome, on trouve le chant vieux-romain ; en France, c'est le chant gallican ; en Espagne, le chant mozarabe.

Vers un chant chrétien unifié

Au milieu du , lors du débat sur les origines du chant grégorien, l'unification du chant liturgique par le pape Grégoire le Grand était l'hypothèse dominante. Par la suite, de nouvelles études mirent en avant une autre thèse :

En 730, le pape Étienne II, préoccupé par la menace lombarde, va requérir l'aide du roi des Francs Pépin le Bref. Il découvre alors qu'à Paris on ne chante pas le chant vieux-romain, mais un chant certes d'origine hébraïque comme le romain mais avec des caractéristiques différentes. Le pape demande à Pépin le Bref d'imposer le chant romain ancien dans le royaume des Francs. À cause de l'absence d'un système de notation musicale, cette tentative d'imposition n'aboutit qu'à une contamination entre le chant vieux-romain et le chant gallican, de laquelle naît le chant gallo-romain, la version franque du chant vieux-romain.

En 800, Charlemagne descend en Italie et bat les Lombards. Il est couronné empereur de l'Empire carolingien par le pape Léon III. L'Église demande alors l'unification du chant liturgique chrétien dans tout le territoire. Le résultat n'est pas l'imposition du chant romain, mais de la version franque du chant vieux-romain. Ainsi, à Rome se succèdent d'abord le chant vieux-romain, puis une période de cohabitation entre le chant vieux-romain et sa version franque et, finalement, la suprématie du chant gallo-romain. Le chant vieux-romain est alors appelé car il est attribué à Grégoire le Grand. Cette attribution entre dans le projet culturel de la renaissance carolingienne, à l'intérieur duquel s'insère l'imposition du chant gallo-romain à toute la chrétienté présentée comme l'œuvre de Grégoire le Grand. À cette époque (), une biographie de Grégoire le Grand écrite par Giovanni Diacono dit que le pape avait unifié les textes des chants chrétiens (devenus le grégorien) dans un Antifonarium Cento et avait fondé la Schola cantorum dont la tâche était de répandre et conserver les chants du répertoire sans contamination. Ce n'est que récemment que la critique historique a démontré le caractère erroné de ces attributions : les premiers essais de notation musicale sont postérieurs de deux siècles à la mort du pape Grégoire et aucune école n'existait lorsqu'il fut nommé pontife.

La liturgie et le chant chrétien : styles La liturgie chrétienne se divise en :

Heures canoniales : qui scandent la journée en heures canoniques, du matin au crépuscule, et sont pratiquées surtout dans les monastères. En principe, les offices du matin et du crépuscule impliquent aussi la population. Pendant les heures ils chantent surtout les hymnes, qui sont des textes qui ne sont pas issus de la Bible, mais importés par l'Orient en Occident, où ils sont diffusés grâce à l'œuvre de Saint Ambroise, donc principalement à Milan. Les hymnes sont strophiques: la mélodie de la première strophe se répète pour toutes les autres strophes ; très chantants, ils plaisent beaucoup aux fidèles ce qui contraint l'Église à les admettre dans son propre répertoire officiel. Ils font toujours partie du répertoire officiel de l'église catholique.

Liturgie de la messe : qui prévoit des textes bibliques qui appartiennent au Propre de la messe et à l'Ordinaire de la messe. Les premiers changent d'un jour à l'autre de l'an liturgique et sont l'introït, le graduel, l'alleluia, l'offertoire et la communion. Les seconds restent fixes pour tous les ans liturgiques et sont le Kyrie, le Gloria , le Credo, le Sanctus et Agnus Dei.

Initialement, les textes du propre de la messe et de l'Ordinaire de la Messe ont les mêmes styles que l'accentus qui dérive de la cantillation, une récitation du livre des psaumes sur une note rebattue ; l'alléluia qui dérive du jubilus, est une longue vocalise, en général concentrée surtout sur la « A » final de l'alléluia, mais qui peut aussi se produire tout au long de ce même alleluia. Né avec l'idée d'exaltation de Dieu qui passe à travers la virtuosité du chant ; le concentus est une mélodie qui se développe librement, avec des intervalles amples. Le concentus est semi-syllabique. Alors que l'accentus a une note pour chaque syllabe, le concentus peut présenter plus de notes pour chaque syllabe.

En ce qui concerne les modalités d'exécution, celles-ci peuvent concerner soit l'antienne, soit les responsoriales, soit l'alléluia.

Dans la psalmodie de l'antienne, les fidèles se divisent en deux groupes, chacun récitant un verset différent. Deux groupes de chanteurs s'alternent ; Dans la psalmodie responsoriale, le soliste chante le verset et l'assemblée y répond toujours avec une phrase égale, chantée en alternance entre soliste et chœur ; Dans la psalmodie de l'alléluia, les fidèles chantent à l'unisson.

l'Église est confrontée à la demande d'une créativité nouvelle. En effet, souhaitant imposer le chant grégorien au monde occidental, celle-ci désire qu'il soit accepté comme un texte sacré, à l'instar de la Bible, qu'il ne puisse être modifié dans son style. Afin d'innover sans pour autant altérer la substance du chant grégorien, deux nouvelles formes sont inventées : les tropes et les séquences. Les tropes naissent comme des interpolations, à l'intérieur d'un texte sacré, de nouvelles parties, soit de texte ou de musique qui, s'ils ne modifient en apparence pas le texte sacré, produisent en réalité, un nouveau chant. Le point de départ de ce processus fut le trope de complément, c'est-à-dire de parties enchâssées avant et après le chant. Il suffit de détacher ces parties des chants pour créer de nouveaux chants. Un autre procédé d'invention déguisée est la séquence. Dans l'alleluia, la vocalise qui se fait sur la « a » de la fin de l'alléluia se détache du chant originel et est appliqué à un nouveau texte. Ce jubilus melismatique devient par cela un chant syllabique, parce que, en appliquant un texte sur le jubilus, le chant devient syllabique. La motivation à l'origine de cette opération est de type mnémotechnique. On considère qu'on applique la séquence au texte pour faciliter le souvenir des caractéristiques de la vocalise. En réalité, cette application produit un chant nouveau.

Il y a en somme une réorganisation du texte, et de la musique. Cependant, dans la réorganisation de la musique, l'événement le plus important est l'introduction du principe, étranger au chant grégorien, de la répétition, qui consistait dans la possibilité de répéter plusieurs fois une même section musicale. L'effet de l'application de ce principe sera une inversion du rapport entre texte et musique. Dans le chant grégorien, la musique est une sorte d'amplification émotive du texte sacré de la Bible. Toutefois la musique existe avant le texte, mais devient autonome, ce qui introduit une logique compositionnelle différente.

La théorie Les modes (ou tons) ecclésiastiques