Le ministère de l’Éducation nationale, dénommé ministère de l’Instruction publique avant 1932, est l’administration française chargée depuis 1828 de préparer et mettre en œuvre la politique du gouvernement dans les domaines de l’instruction publique et de l’éducation nationale.

Il est dirigé par le ministre, membre du gouvernement français. Ce ministère ne fait pas partie des ministères dits régaliens (Armées, Europe et Affaires étrangères, Justice, Économie et Finances, Intérieur), mais son importance sociale est grande, le droit à l'éducation étant consacré par la déclaration universelle des droits de l'homme. Les besoins en matière éducative font en outre de ce ministère le premier employeur de l’État. De ce fait, l’Éducation nationale représente l'un des plus gros postes budgétaires de la Nation.

Depuis le , le ministre de l'Éducation nationale est Édouard Geffray, au sein du deuxième gouvernement de Sébastien Lecornu.

Histoire Précurseurs Charlemagne vignette|Charlemagne, entouré de ses principaux officiers, reçoit Alcuin qui lui présente des manuscrits, ouvrage de ses moines. Victor Schnetz, 1830, musée du Louvre, Paris. La a fait de Charlemagne l'inventeur de l’école publique, un fait remis en cause par les historiens au .. Il met en place dans son vaste empire, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, un système d'instruction, correspondant à ce qu'on appelle aujourd'hui école primaire, à la fois gratuit et accessible aux enfants de toutes conditions, afin d’apprendre à chanter, lire et compter.

L'œuvre d'Alcuin, dirigeant de l'Académie palatine, consiste, en plus de la publication d'un traité d'orthographe et d'une grammaire, à rénover le programme d'enseignement des arts libéraux qu'on appellera par la suite l'enseignement des collèges, ou l'enseignement secondaire (le trivium) et l'enseignement universitaire (le quadrivium).. En 789, l'article 72 du capitulaire Admonitio generalis rend obligatoire la création d'une école publique dans chaque chapitre épiscopal et dans chaque monastère. Le modèle déjà existant de l'école cathédrale est généralisé aux églises collégiales et aux monastères. L'enseignement primaire y est offert, non plus seulement à des oblats pour alimenter le scriptorium, mais aussi aux bourgeois qui sont invités à y faire instruire leurs enfants. Une administration décentralisée est ainsi mise en place au sein du clergé, tant séculier que régulier (écolâtres).

La renaissance carolingienne menée dans le domaine scolaire par de nombreux collaborateurs d'Alcuin développe l'école, sinon une ambition d'école, jusque dans les campagnes reculées, en confiant une tâche d'enseignement à chacun des curés ou des prieurs que la réforme grégorienne instituera recteurs de paroisse.

L'Université, première administration de l'enseignement En 1108, Guillaume de Champeaux, écolâtre de Notre-Dame de Paris, tente de refonder cette tradition exégétique à l'abbaye Saint-Victor, à l'emplacement de laquelle seront construits au le Jardin royal des plantes médicinales (aujourd'hui le Muséum national d'histoire naturelle) puis au , pour la Faculté des sciences, le campus de JussieuYuko Iwakuma, Pierre Abélard et Guillaume de Champeaux, Dans les premières années du : une étude préliminaire, in Joël Biard (éd.), Langage, sciences, philosophie au , Paris: Vrin 1999, ..

En 1110, Abélard, poète et fondateur, opère la rupture avec cet enseignement fondé sur la copie des textes religieux en se retirant sur la montagne Sainte-Geneviève, en établissant la notion juridique d'intention, du droit moderne, qui est à l'origine du développement d'écoles libres, futurs collèges, où le maître est rémunéré par les familles des élèves ou leurs bienfaiteurs. Très vite concurrencées par la future université d'Oxford voulue dès 1167 par le souverain Henri Plantagenêt soucieux de conserver la main sur un enseignement civil naissant, leur multiplication dans un Paris qui bénéficie de l'explosion démographique liée à la renaissance capétienne provoque une immense grève au sujet du statut juridique de clercs pour les enseignants, qui se résout par la charte du 15 janvier 1200 portant création de la première université dotée d'un statut juridique comme telle, c'est-à-dire dotée d'une personnalité et d'une autonomie juridiques et administratives.

Ancien Régime et Révolution française En réalité, pendant l’Ancien Régime, le pouvoir royal prenait quelques initiatives en matière d’enseignement, mais en laissant les pouvoirs locaux et surtout l’Église l’organiser. Excepté un projet de Turgot de constituer un conseil chargé de contrôler les universités, collèges et petites écolesA. Léon, P. Roche, Histoire de l’enseignement en France, 35., la nécessité d’un service traitant de ces questions ne se faisait donc pas sentir. Cette situation a demeuré pendant les premières années de la Révolution, car même si apparaissaient dès cette époque des projets de réforme de l’enseignement, le changement de ces structures n’apparaissait pas comme une priorité.

Toutefois, l’Assemblée législative crée le un Comité de l’instruction publique — composé de et chargé d'un projet d'organisation générale de l'Instruction publique — qui décide en particulier, le , que les religieux ne devront plus s’occuper d’éducation. Peu auparavant, en , l'instruction et l'éducation publiques avaient « provisoirement » été dévolues au ministre de l'Intérieur : cela durera, avec différentes formes et variations de missions, jusqu'en 1824. Sous la Convention (-), le Comité d’instruction publique est prolongé, redéfini et comporte des pouvoirs plus importants. On notera ici les propositions novatrices de Condorcet, homme des Lumières, lequel, siégeant parmi les girondins, propose la refondation du système éducatif au profit du peuple, dont les femmes en tant que base de la démocratie.

C’est aussi ce Comité d'instruction publique qui sera à l’initiative de la création des écoles centrales (qui remplacent les anciens collèges, en 1795) et contribuera à la création ou à la réorganisation de plusieurs grandes écoles, comme l’École polytechnique, le Conservatoire national des arts et métiers, l’École normale supérieure. Avril 1794 voit douze commissions exécutives remplacer les ministères, dont une commission d'instruction publique — que le Comité d'instruction publique doit chapeauter, mais les rôles évoluent — ; voit reparaître les ministères et disparaître les commissions : l'instruction publique revient dans le giron du ministère de l'Intérieur. Dirigeront la cellule responsable de l'instruction publique — sous différentes appellations — : Pierre Louis Guinguené ( – ) ; Frédéric François Venceslas Jacquemont ( – ) ; et Antoine-Vincent Arnault ( – ).

Avec le Directoire (1795-1799), les comités sont supprimés et les questions d’éducation attribuées au ministère de l’Intérieur. Ce ministère conservera l’instruction dans ses attributions jusqu’en 1824, malgré la naissance, en 1808, de l’Université impériale.

Du Premier Empire au Conseil royal de l'instruction publique

vignette|redresse|Antoine-François Fourcroy.

Arrivé au pouvoir, Napoléon Bonaparte constate la désorganisation de l'enseignement primaire. Deux grands projets sont successivement établis et étudiés ; en , le second devient une loi. En parallèle, le ministère de l'Intérieur est réorganisé et, en ce qui concerne l'Instruction publique, un conseiller d’État en est responsable. Ainsi, ce qui est devenu la direction de l'Instruction publique acquiert plus d'autonomie vis-à-vis de son ministère. Le premier directeur de celle-ci, Roederer, s'intéresse fortement au développement de l'esprit public, tandis que le second, Antoine-François de Fourcroy, assure davantage de contrôle de l’État sur l'instruction, ce qui est l'une des visées initiales de ces différentes modifications. Sont notamment créés l'inspection générale des études, puis, en 1805, l'Université impériale et, en , paraît un décret concernant l'organisation de celle-ci — avec une administration centrale très hiérarchisée. Le dirigeant de l'administration de l'Université et président du conseil de l'Université est alors son grand maître, dont le premier est Fontanes. Napoléon rétablit les écoles religieuses puis, le , son décret sur l'éducation prévoit notamment, dans son article 38, que les écoles doivent désormais suivre les « principes de l’Église catholique », et dispose dans son article 109 que les Frères des écoles chrétiennes s’occuperont désormais de l’enseignement primaire et formeront les instituteurs. Ces « Lasalliens », principaux acteurs de l'enseignement primaire catholique, reprennent progressivement leurs fonctions. Mais les ouvertures d'écoles seront si lentes, faute de maîtres formés en nombre suffisant, qu'elles laisseront temporairement la place au fort développement de l'école mutuelleCent écoles ont été créées en un an, elles enseignent à douze mille élèves, alors que, les frères des Écoles chrétiennes qui ont été rétablis par l’empereur en 1803, n’ont réussi en 1816 à refonder que soixante écoles Anne Querrien, introduction de L'école mutuelle : une pédagogie trop efficace ?, éditions Les Empêcheurs de penser en rond 2005..

Les réformes de Napoléon Bonaparte se consacrent plutôt au développement de l'enseignement secondaire et supérieur, elles sont marquées notamment par la création des lycées. Ces réformes aboutissent à la création, par la loi du , de l'Université impériale comme « un corps unique d'enseignants ». Toutefois, l'application de la réforme prend du temps, et c'est seulement le que paraît le décret organisant l'Université, qui marque la véritable naissance de l'Université impérialeAssociation du corps préfectoral et des hauts fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, Histoire du ministère de l'Intérieur de 1790 à nos jours, Paris, La Documentation française, 1993 , ..

L'Université impériale est confiée à un grand-maître de l'Université (Jean-Pierre Louis de Fontanes) nommé par l'Empereur et assisté d'un chancelier (Jean-Chrysostôme de Villaret). La France est divisée en autant d'académies que de cours d'appel et un recteur d'académie est nommé à la tête de chacune d'elles. Le grand-maître préside un conseil de l'Université composé de quarante membres, dont le rôle est purement consultatif et qui n'intervient que dans des domaines très limités. De même chaque recteur est assisté d'un conseil académique. Dans l'ensemble de l'organisation, le grand-maître a un rôle prépondérant.

Le gouvernement de la Première Restauration engage une réforme, qui ne peut aboutir avant les Cent-Jours. Après la deuxième abdication de Napoléon, la réforme ambitieuse est abandonnée au profit de changements présentés comme provisoires.

En réalité, Louis XVIII conserve les grandes lignes de l'Université napoléonienne, en particulier les académies, à qui certains textes donnent le nom d’« universités ». Le conseil de l'Université est remplacé par une Commission d'instruction publique puis, en 1820, par un Conseil royal de l'instruction publique, réduit à cinq membres ; la fonction de grand-maître se trouve remplacée par un simple « président du Conseil royal ».

Les pouvoirs autrefois concentrés auprès du grand maître sont en partie transférés, soit vers le conseil qui, sur certains sujets, décide « à la pluralités des voix », soit vers les autorités locales, les recteurs ou les facultés, dont l'autonomie est cependant très relativeA. Léon, P. Roche, Histoire de l'enseignement en France, ..

Dans les années qui suivent, plusieurs ordonnances viennent amender le dispositif, en augmentant le nombre des membres du Conseil et en redonnant du pouvoir à son président, qui décide seul des questions individuelles, après avoir seulement « pris l'avis » de ce Conseil. Le titre de grand-maître est finalement rétabli en 1822.