Le film d'horreur, ou film d'épouvante, est un genre cinématographique dont l'objectif est de créer un sentiment de peur, de répulsion ou d'angoisse chez le spectateur. Il est à dissocier du thriller et surtout du film fantastique, qui apporte une notion de surnaturel sans pour autant avoir pour but de provoquer la peur. Parmi les sous-genres, le slasher est l'un des plus reconnus avec des personnages de référence comme Freddy Krueger (Les Griffes de la nuit), Michael Myers (Halloween) ou encore Jason Voorhees (Vendredi 13). Ces films où l'histoire des personnages principaux importe peu sont construits autour d'un scénario uniquement destiné à expliciter la manière dont le boogeyman s'applique à tuer ses victimes. Les films impliquant des zombies, des vampires, des fantômes, des forces démoniaques, des monstres ou encore des loups-garous, du cannibalisme ou des tueurs non-humains (animaux, objets, machines), comptent également parmi les classiques du genre.
L'histoire de l'horreur au cinéma commence dès la fin du , mais ce n'est qu'avec le cinéma expressionniste allemand, puis avec les productions Universal Monsters des années 1930, que le genre prend vraiment son essor. Après une période creuse, le genre est relancé par les films de la Hammer à la fin des années 1950. La mode du fantastique gothique lancée par la firme cède la place la décennie suivante à des œuvres plus ancrées dans une réalité contemporaine, tels Psychose, La Nuit des morts-vivants et Rosemary's Baby qui, conjuguées avec l'arrivée du gore, révolutionnent le genre. Les années 1970 et le début des années 1980 sont une période faste avec la sortie de classiques tels que L'Exorciste, Massacre à la tronçonneuse, Les Dents de la mer, Suspiria, Halloween, Shining, Evil Dead et The Thing. L'horreur, bien qu'étant toujours une cible privilégiée pour la censure, accède à une certaine reconnaissance en tant que genre à part entière. Après un nouveau passage à vide, le genre trouve un second souffle à la fin des années 1990 avec des œuvres plus novatrices ou subversives, comme Scream, et la reconnaissance internationale du cinéma d'horreur asiatique.
La popularité de l'horreur ne se dément pas au début du , malgré une apparente surabondance de remakes et de suites, avec des films qui se démarquent aussi bien parmi les grosses productions (comme l'illustre le succès commercial et critique de Ça en 2017) que dans le cinéma indépendant. Le studio Blumhouse s'est ainsi fait spécialiste du genre en se faisant remarquer par la production de succès populaires comme Paranormal Activity ou Get Out.
Définition du genre La notion peut sembler subjective, et le classement est parfois plus délicat qu'il n'y paraît. En effet, des œuvres telles que King Kong (1933, de Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper) ou Godzilla (1954, de Ishirō Honda) sont plus largement considérées aujourd'hui comme des films fantastiques ou de science-fiction. Avec l'évolution des mentalités, la perception de l'horreur change au fil des générations ; ce qui peut faire basculer un film d'un genre vers l'autre.. Au-delà de cette considération, de nombreux films rattachés à l'horreur sont assimilés au cinéma fantastique. Le fantastique et l'horreur sont souvent indissociables pour les francophones, les anglophones utilisant quant à eux uniquement le terme pour qualifier le genre. Pour Christian Oddos, . L'horreur se distingue pour cet auteur du fantastique dans le sens où elle cherche à provoquer un choc plutôt que l'étonnement et la surprise..
Le réalisateur Michael Armstrong distingue sept catégories principales d'ingrédients servant de base aux scénarios de tous les films d'horreur., cette catégorisation étant reprise par Philippe Rouyer : les morts-vivants (vampires, zombies…) ; l'occulte au sens large (la sorcellerie, les fantômes et les démons) ; les tueurs psychopathes ou déséquilibrés ; les métamorphes (loups-garous…) ; les créations monstrueuses de l'homme (Frankenstein…) ; les revanches de la nature (animaux monstrueux…) ; les monstres venus de l'espace.
L'horreur se mêle ainsi fréquemment à d'autres genres comme le fantastique, la science-fiction ou le policier mais s'en différencie par sa de provoquer la peur ou la révulsion. Dans son essai Anatomie de l'horreur, Stephen King considère que l'horreur échappe à toute tentative de définition ou de rationalisation, mais distingue trois niveaux d'émotions qu'elle vise à provoquer : la terreur, où tout est suggéré et laissé au travail de l'imagination ; l'horreur proprement dite, qui entraîne une réaction viscérale teintée de peur en présentant quelque chose de monstrueux ou d'anormal ; et la révulsion, qui a pour but de provoquer un choc en suscitant le dégoût. Pour Martine Roberge, la peur, qu'elle soit provoquée par la suggestion ou par la révélation à l'écran, est toujours au centre du genre, elle est et . Philippe Rouyer donne une définition similaire en affirmant : . Cette association de l'horreur avec la peur et/ou le dégoût est majoritaire même si elle est parfois contestée, comme par l'universitaire Éric Dufour qui la trouve imparfaite car bien trop restrictive.
Historique Les films muets thumb|right|Le Cabinet du docteur Caligari. Abordé par tous les arts de près ou de loin jusque là, le thème de l'horreur ou de l'épouvante n'échappe pas à l'art naissant qu'est le cinématographe.
L'influence de l'horreur cinématographique se fait sentir dès ses débuts. Georges Méliès est un pionnier du genre, avec des films tels que Le Manoir du diable (1896), qui peut être considéré comme le premier film d'horreur, et La Caverne maudite (1898). Méliès invente et rôde de nombreux procédés techniques (apparition/disparition, différence d'échelles et incrustations d'images…), qui feront le bonheur du genre. Avec le Britannique George Albert Smith, il met au point les premiers effets spéciaux. Dès les années 1910 en France, pour le compte de la Gaumont, Louis Feuillade connaît le succès avec des feuilletons, teintés d'événements macabres et de mystères : Fantômas (1913), Les Vampires (1915).
La vogue du public pour ce genre est véritablement lancée grâce, principalement, au cinéma expressionniste allemand, dont les deux œuvres emblématiques demeurent Le Cabinet du docteur Caligari (1920), de Robert Wiene, et Nosferatu le vampire (1922), de Friedrich Wilhelm Murnau, probablement l'un des films les plus importants pour l'émergence du genre. L'ambiance particulièrement morbide du film et la prestation de Max Schreck, dans le rôle de Nosferatu, ont un impact considérable sur le public et les créateurs de l'époque. S'inspirant du roman épistolaire Dracula, sans aucune autorisation légale, le réalisateur perd un procès face à la veuve de Bram Stoker, étant ainsi condamné à en détruire les copies sur certains territoires. Cette adaptation est loin d'être un cas isolé dans ce genre naissant. Le cinéma allemand de l'époque puise abondamment son inspiration dans la littérature (un phénomène loin d'être cantonné à l'horreur, en cette période où le Art tente se donner une légitimité artistique publique).
Le cinéma scandinave, bien plus simple à exporter à l'époque du muet, n'est pas en reste. On lui doit un des premiers classiques traitant de magie noire et de commerce avec le Diable. Coproduction suédo-danoise, La Sorcellerie à travers les âges (1922), de Benjamin Christensen, exploite un procédé scénaristique extrêmement novateur en étant .
Aux États-Unis, le genre muet horrifique en gestation est dominé par deux personnalités hors normes : le réalisateur Tod Browning - qui a fui sa famille très jeune pour devenir clown dans un cirque par amour avant de rallier Hollywood au sein de la troupe de D. W. Griffith -, et l'acteur Lon Chaney - enfant de parents sourds-muets qui est surnommé « l'homme aux mille visages » et s'applique lui-même des maquillages de sa fabrication. Leur collaboration s'avère prolifique, avec dix films les réunissant en une décennie. Certains des films de Browning de cette période sont toujours considérés comme des classiques du cinéma d'horreur, notamment Londres après minuit (1927) et L'Inconnu (1927). Chaney et Conrad Veidt, dont le talent est notamment visible dans Le Cabinet du docteur Caligari et L'Homme qui rit (1928), sont tous deux considérés comme des .
D'autres réalisateurs de l'époque contribuent aussi à enrichir la légende de Lon Chaney. Ainsi, Notre-Dame de Paris (1923), de Wallace Worsley, devient le premier film américain important du genre. En 1925, Le Fantôme de l'Opéra, de Rupert Julian, produit par Universal Pictures, préfigure l'importance du studio dans l'essor du cinéma d'horreur durant les années 1930. Ces débuts du cinéma américain dans le genre sont souvent marqués par un côté mélodramatique très appuyé avec des personnages caricaturaux et des scénarios mettant l'accent sur le suspense et la violence, mais aussi sur des histoires d'amour et une sentimentalité pouvant paraître mièvre pour un public moderne.
Durant cette période, une horreur plus graphique apparaît au détour de certaines scènes de films, qui, pourtant, n’appartiennent pas au genre : décapitation dans Intolérance (1916), de D. W. Griffith, ou la fameuse scène de l'œil tranché en gros plan dans Un chien andalou (1929) de Luis Buñuel.
Les années 1930-1950 thumb|Béla Lugosi dans Dracula (1931).
En 1931, Universal Pictures produit trois films capitaux dans l'évolution du cinéma d'horreur : Dracula de Tod Browning (d'après le roman de Bram Stoker), Frankenstein de James Whale (d'après le roman de Mary Shelley) et Docteur Jekyll et Mr. Hyde de Rouben Mamoulian (d'après le roman de Robert Louis Stevenson). Fredric March remporte pour sa double interprétation de Jekyll et Hyde l'Oscar du meilleur acteur, ce qui en fait le seul acteur ayant gagné cette récompense pour un rôle dans un film d'horreur pendant soixante ans. C'est après la sortie de Dracula que le terme de « film d'horreur » () est employé pour la première fois par les producteurs d'Universal. Le succès de ces trois œuvres, dû en partie aux attentes d'un public , pousse la compagnie à produire d'autres films de monstres dont certains sont aujourd'hui des classiques, tels que La Momie (1932) de Karl Freund, L'Homme invisible (1933) de James Whale (d'après le roman de Herbert George Wells) et, surtout, La Fiancée de Frankenstein (1935) du même réalisateur, . Les acteurs Béla Lugosi et Boris Karloff deviennent de véritables pour Universal.
En 1932 sort de Michael Curtiz, premier film d'horreur en couleur bichromique, et Les Chasses du comte Zaroff d'Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel, premier film du sous-genre appelé . La même année sort Freaks, de Tod Browning, film qui emploie comme acteurs de véritables phénomènes de foire et qui terrifie tellement ses premiers spectateurs qu'il est lourdement censuré par les producteurs et interdit au Royaume-Uni. Ce film tombe dans l'oubli avant d'être redécouvert durant les années 1960. L'année suivante, Curtiz est aux commandes de Masques de cire et Schoedsack à la réalisation de King Kong (coréalisé par Merian C. Cooper). King Kong est le premier film sur le thème de la revanche de la nature, laquelle s'oppose à l'homme et à sa technologie.