Tears for Fears, parfois abrégé en TFF et plus rarement en T4F, est un groupe pop rock britannique, originaire de Bath, en Angleterre. Formé par Roland Orzabal et Curt Smith en 1981, le groupe, initialement affilié au mouvement new wave, a vendu plus de trente millions d'albums à travers le monde (dont près de dix millions pour les seuls États-Unis et plus d'un million et demi en France NB : Tears for Fears apparaît à la place ). Ses trois albums studio parus dans les années 1980 cumulent à eux seuls plus de vingt millions d'exemplaires vendus.

La période faste pour Tears for Fears s'étend sur dix ans, de 1983 à 1993, après quoi la formation subit une baisse de ses ventes. Durant sa carrière, le groupe a connu plusieurs hits mondiaux, dont les plus emblématiques restent sans doute Shout, Everybody Wants to Rule the World et Sowing the Seeds of Love, sans oublier leur premier succès, .

Biographie Groupe formé en 1981 à Bath (Angleterre) par Roland Orzabal et Curt Smith (tous deux nés en 1961), considéré à tort durant ses premières années d'existence comme un duo alors que les deux compères qui se connaissent depuis l'adolescence se sont adjoint rapidement les services de deux autres membres actifs, à savoir Ian Stanley aux claviers et Manny Elias à la batterie. Mais si l'on tient tout de même à cette notion de duo, on peut dire que durant les années 1984–1986, la vraie « paire créative » était plutôt constituée par Orzabal/Stanley. D'ailleurs, ce dernier multipliera ses activités en parallèle de Tears for Fears ainsi qu'après son départ, en produisant des artistes d'envergure internationale tels que Lloyd Cole and the Commotions, Tori Amos, The Human League ou encore a-ha et The Pretenders.

Origines (1979–1981) Aux origines, avant de connaître le succès à grande échelle avec Tears for Fears, Orzabal et Smith avaient intégré à la fin des années 1970 (alors qu'ils n'avaient pas encore dix-huit ans) un groupe assimilé au mouvement ska, Graduate, en référence au film Le Lauréat (The Graduate en version originale) dont le groupe jouait souvent sur scène l'une des chansons phares de la bande originale, Mrs. Robinson composée par Simon et Garfunkel.

Ce groupe — signé par le célèbre label britannique Pye Records — produisit un album, Acting My Age, et notamment un single Elvis Should Play Ska (en rapport avec Elvis Costello) qui manqua de peu le Top 100 en Angleterre (), mais fonctionna mieux en Espagne Passage de Graduate dans une émission musicale télévisée espagnole, en 1980, aux Pays-Bas ou encore en Allemagne ; donnant alors déjà à Roland — chanteur principal de la formation — et à Curt l'occasion de tourner dans plusieurs pays et de passer dans divers programmes de télévision, ce qui les fit accéder à une certaine notoriété.

Mais à la suite de divergences d'opinion, les deux amis quittèrent ce groupe, rejoignant très brièvement une autre formation appelée Neon, où jouaient les membres du futur Naked Eyes ainsi que Manny Elias et Neil Taylor (guitariste qui se joindra plus tard à Tears for Fears, de façon récurrente, contribuant notamment au titre et succès Everybody Wants to Rule the World). Cependant, ils délaissèrent rapidement ce groupe, formant peu après History of Headache, finalement renommé Tears for Fears en 1981. Ce nom (que l'on peut traduire en français, en conservant la rime, par des Pleurs pour des Peurs) fait écho au psychothérapeute Arthur Janov et à sa théorie du cri primal. Celle-ci, dont John Lennon devint un adepte, se donne pour but de soigner les troubles psychologiques du patient et de l'en libérer en remontant à la source de son malaise, qui selon cette théorie discutée, pourrait être parfois représentée symboliquement par sa naissance (bien qu'un nouveau-né ne puisse physiologiquement en garder aucun souvenir). Orzabal et Smith ont grandi dans des familles monoparentales, élevés par des mères qui devaient assumer seules un foyer, le thème du lien à la mère revient d'ailleurs de façon récurrente dans de nombreux titres du groupe.

Débuts prometteurs (1982–1983) Après les premiers singles Suffer the Children (fin 1981) et Pale Shelter (début 1982) qui passent inaperçus auprès du grand public, Tears for Fears connaît un énorme succès au Royaume-Uni avec le titre Mad World à l'automne 1982 (, durant trois semaines consécutives), extrait de leur premier album à venir.

Au mois de sort ce premier album, The Hurting (la blessure), produit par Chris Hughes (ex-batteur du groupe Adam and the Ants) et Ross Cullum. Cet album, où dominent les synthétiseurs mais aussi des instruments plus communs comme la guitare, la batterie, le piano et le saxophone, est entièrement composé par Orzabal et évoque largement les souffrances de l'enfance, la recherche de soi et le désir de changement, sur fond des théories d'Arthur Janov ; en ce sens, ce disque peut être considéré comme un album-concept. C'est un immense succès au Royaume-Uni () — où il reste d'ailleurs classé dans les hit-parades durant soixante-cinq semaines au total entre 1983 et 1985 — et un peu partout dans le monde, comme en Allemagne, en Australie, en Irlande, au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Pologne ou encore en Afrique du Sud grâce notamment à deux autres tubes internationaux, Change et une nouvelle version de Pale Shelter, tous deux classés au au Royaume-Uni ; profitant en outre de vidéo-clips plutôt réussis à l'atmosphère parfois étrange. Une partie de la curiosité suscitée par le groupe s'explique aussi par le détonnant contraste offert d'un côté, par l'exubérant et énergique Roland Orzabal et, de l'autre, Curt Smith et son approche plus posée.

La consécration (1984–1988) Après ces débuts très prometteurs, le groupe se perd un peu et il faut attendre fin 1984 pour voir Tears for Fears renouer avec le succès à grande échelle, avec la sortie de l'un des plus grands hits des années 1980, Shout. Cette chanson, mélange de son électro et de guitare rock, composée par Orzabal aidé de Stanley, accroche rapidement le sommet des charts internationaux et devient ainsi en Allemagne, en Australie, en Belgique, au Canada, aux Pays-Bas, en Suisse, etc. mais aussi aux États-Unis. Shout, dont la durée standard est de plus de six minutes, se classe d'ailleurs au Top 10 dans vingt-cinq pays, tout au long de l'année 1985.

En février de la même année sort le deuxième album, Songs from the Big Chair, produit par Chris Hughes et David Bascombe, qui remporte d'emblée un énorme succès en se classant un peu partout sur la planète (dont les États-Unis un peu plus tard dans l'année, durant cinq semaines consécutives). Le titre de cet album est inspiré du téléfilm américain Sybil, diffusé à la fin des années 1970 et qui a pour sujet le parcours d'une jeune femme souffrant de multiples personnalités, qui ne se sent en sécurité qu'auprès de son psychanalyste, sur ce qu'elle appelle « la grande chaise » (the big chair) c'est-à-dire le fameux divan, l'un des symboles typiques de la psychanalyse.

Ce succès est renforcé par la parution au printemps 1985 d'un autre 45 tours et nouveau tube mondial extrait de cet album, le très pop Everybody Wants to Rule the World. Celui-ci décroche rapidement la du podium aux États-Unis, alors friands de groupes new wave comme Duran Duran (ainsi que dans plusieurs autres pays dont le Canada et la Nouvelle-Zélande), et permet au disque dont il est issu de se vendre sur les terres américaines à plus de cinq millions d'exemplaires, au fil des années qui suivent.

Les clips vidéos des chansons tirées de l'album sont alors diffusés en boucle sur la récente chaîne musicale MTV, faisant à ce moment-là de Tears for Fears (et de Roland et Curt, alors âgés d'à peine vingt-trois ans) un vrai phénomène. Songs from the Big Chair est l'un des premiers albums à profiter du format Compact Disc (avec le Brothers in arms de Dire Straits, et les albums de The Alan Parsons Project). Avec cette consécration, les années 1985–1986 sont en conséquence marquées par des tournées internationales incessantes, dont un concert au célèbre Festival de jazz de Montreux, en 1985.

Plus tard dans l'année parait une vidéo, à la fois documentaire et compilation de clips, intitulée Scenes from the Big Chair ; alors que durant l'été 1985, les deux premiers singles de Tears for Fears sont réédités au Royaume-Uni, atteignant cette fois-ci le Top 75.

Au printemps 1986, Tears for Fears soutient l'association Sport Aid (dérivée de Live Aid) avec un 45 tours, Everybody Wants to Run the World, qui est en fait une réécriture de leur chanson mythique Everybody Wants to Rule the World (cette dernière remporte d'ailleurs début 1986, le titre de « meilleur single '85 » aux Brit Awards). Ce « nouveau » morceau décroche la dans le Top 40 britannique, et la en Irlande ; alors qu'à la même époque est publiée aux États-Unis une version remixée de Mothers Talk (paru initialement en 1984) qui y atteint le Top 30. Mais c'est aussi à la fin de cette période fructueuse que Manny Elias quitte TFF et devient un musicien de studio apprécié, collaborant notamment avec les artistes Peter Gabriel ou Julian Lennon.

Les mois qui suivent sont marqués par l'entrée en studio du groupe afin de préparer son troisième album, une préparation qui prendra plus de temps que prévu. Les apparitions publiques de Tears for Fears se font alors plus rares ; on peut noter tout de même la participation du groupe, par le biais de Curt Smith (Orzabal était absent à ce moment-là) au Mandela Day de 1988, concert regroupant de nombreux artistes (Dire Straits, Eurythmics, Simple Minds, Sting, etc.) donné à l'occasion des soixante-dix ans de Nelson Mandela et afin d'en demander la libération. Smith interprète à cette occasion sur scène le tube emblématique Everybody Wants to Rule the World accompagné de musiciens de renom tels que Phil Collins à la batterie ou encore Midge Ure à la guitare.

L'épisode du Live Aid

En , Tears for Fears était prévu pour jouer au John F. Kennedy Stadium de Philadelphie, dans le cadre du Live Aid, concert historique à but caritatif organisé notamment par Bob Geldof. Cependant, le matin même, il fut annoncé que le groupe serait finalement absent. La raison officielle de cette absence fut que deux des musiciens additionnels, le guitariste Andrew Saunders et le saxophoniste Will Gregory, ne pouvaient assumer le concert en raison de l'expiration de leurs contrats, très peu de temps avant (ils seront plus tard remplacés par Alan Griffiths à la guitare et Josephine Wells au saxophone pour le reste de la tournée mondiale du groupe). Pour pallier cette absence, Tears for Fears fit don de sommes récoltées lors de leurs concerts de Tokyo, Sydney, Londres et New York. Le groupe publia également, quelques mois plus tard, le single caritatif Everybody Wants to Run the World, en raison aussi du fait que Bob Geldof avait été quelque peu déçu et fâché que Tears for Fears soit absent du Live Aid.

Nouvelle orientation musicale (1989–1991) Après ces années de succès, il faut attendre 1989 pour voir apparaître un nouvel album de Tears for Fears, The Seeds of Love, pour lequel le groupe sollicite à nouveau le producteur David Bascombe (qui avait signé en partie la réalisation de Songs from the Big Chair). Ce nouveau disque est résolument orienté vers des musiques moins marquées par l'électro-pop des débuts et fait la part belle aux ambiances « jazzy » et « bluesy », avec notamment la participation sur certains titres — dont le célèbre Woman in Chains (classé au Top 30 au Canada — avec notamment un grand succès au Québec — en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Pologne, au Royaume-Uni, etc.) — d'une chanteuse soul, Oleta Adams, rencontrée aux États-Unis durant les tournées de 1985/1986 ; et dont Orzabal produira d'ailleurs le troisième album Circle of one sorti en 1990.