Jules Amédée Barbey d'Aurevilly, dit Jules Barbey d'Aurevilly ( ou Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API. Sur la prononciation du e et des deux l dans ce patronyme, lire ), né le à Saint-Sauveur-le-Vicomte et mort le à Paris ., est un écrivain français.
Surnommé « le connétable des lettres » par Léon Bloy, il a contribué à animer la vie littéraire française de la seconde moitié du . Il a été à la fois romancier, nouvelliste, essayiste, poète, critique littéraire, journaliste., dandy (attitude de vie qu'il théorise d'ailleurs, avant Baudelaire, à travers son essai Du dandysme et de George Brummell), et polémiste.
Un temps républicain et démocrate, Barbey finit, sous l’influence de Joseph de Maistre, par adhérer à un monarchisme intransigeant, méprisant les évolutions et les valeurs d’un siècle bourgeois. Il revient au catholicisme vers 1846 et se fait le défenseur acharné de l’ultramontanisme et de l’absolutisme. Ses choix idéologiques nourriront une œuvre littéraire, d’une grande originalité, imprégnée de sa foi catholique et marquée par la question du mal et du péché.
À côté de ses textes de polémiste, qui se caractérisent par une critique de la modernité, du positivisme ou des hypocrisies du parti catholique, on retient surtout, même s'ils ont eu une diffusion relativement limitée (à l'exception notable de Une histoire sans nom en 1882 qui fut un véritable succès), ses romans et nouvelles, mélangeant des éléments du romantisme tardif (frénétisme), du fantastique (ou du surnaturalisme), présentant un certain réalisme historique, annonçant le symbolisme et le décadentisme. Son œuvre dépeint les ravages de la passion charnelle (Une vieille maîtresse, 1851), filiale (Un prêtre marié, 1865), politique (Le Chevalier des Touches, 1864) ou mystique (L’Ensorcelée, 1855). En particulier son recueil de nouvelles Les Diaboliques, paru tardivement en 1874, dans lequel l’insolite et la transgression plongent le lecteur dans un univers ambigu., a valu à son auteur d’être accusé d’immoralisme. Même si son œuvre a été saluée par Baudelaire et si plusieurs écrivains ont loué son talent extravagant, notamment à la fin de sa vie, Hugo, Flaubert ou Zola, dont il a vivement critiqué les œuvres, ne l'appréciaient pas. Ses « héritiers » sont Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans, Octave Mirbeau ou Paul Bourget et sa vision du catholicisme a exercé une profonde influence sur l’œuvre de Bernanos.
Biographie Les racines normandes (1808-1816) vignette|Maison familiale à Saint-Sauveur-le-Vicomte.
Né au sein d’une ancienne famille normande catholique, terrienne et contre-révolutionnaire le L'état civil donne la date du 2 novembre 1808, trois heures du matin, ce qui le place sous le signe du scorpion. Ernestine Barbey ressent les premières contractions vers deux heures du matin, pendant une partie de whist à l'hôtel particulier du chevalier de Montressel, grand-oncle de l’écrivain. .., le jour des Morts, à Saint-Sauveur-le-Vicomte, en Normandie, Jules est l’aîné d'une fratrie de quatre enfants, qui compte aussi : Léon (né en 1809), Édouard (né en 1810), Ernest (né en 1811). Son père ThéophileDans le cinquième memorandum, Jules livre un portrait de son père : . appartient à la famille Barbey, dont la présence à Saint-Sauveur est attestée dès la fin du et qui accède à la noblesse en 1756, lorsque Vincent Barbey, avocat au bailliage de Valognes, acquiert une chargeLe 24 mai 1756, Vincent Barbey (1692-1770) est pour jouir des . Jules fut souvent attaqué par des adversaires contestant ses prétentions nobiliaires, sa famille n’ayant pas satisfait à toutes les conditions pour accéder à la noblesse héréditaireSur la noblesse personnelle et les conditions de transmission de la noblesse acquise par charge, Voir A. Texier, Qu’est-ce que la noblesse, Paris, Tallandier.. Néanmoins il conservait précieusement chez lui le brevet délivré par Louis XV à son arrière-grand-père, les lettres d’enregistrement et le règlement d’armoiries. Sa mère Ernestine Ango, issue d’une famille de vieille et bonne bourgeoisie installée à Caen au , est la fille du dernier bailli de Saint-Sauveur :
L’enfance de Barbey se déroule entre Saint-Sauveur, Valognes et le bord de mer à Carteret, dans une atmosphère conservatrice, et ultra depuis le refus d'admission à l'armée de son fils : la Révolution française a durement touché les deux familles. Les Barbey vivent dans l’attente du retour à la monarchie, au milieu des souvenirs et des vieilles coutumes normandes. Jules grandit entre une mère peu aimante qui l'a trouvé laid dès sa naissance., explique-t-il Lettre à Trébutien, 11 mai 1856. et un père austère. Il est attentif aux récits de coin du feu de sa vieille bonne Jeanne Roussel et de Louise Lucas-Lablaierie, sa grand-mère. Les exploits plus ou moins mythiques de son oncle, le chevalier de Montressel, qui se serait illustré lors des guerres de la chouannerie, impressionnent l’enfant. Barbey, enfant, entendit notamment le récit des aventures de Jacques Destouches, futur héros d’un de ses romans normands. Son père avait bien connu l’un des douze Chouans qui le firent délivrer Jacques Petit, dans Le chevalier des Touches, éd. Folio classique, ..
Les années de formation (1816-1830) vignette|left|Barbey d’Aurevilly jeune homme, par Martinez, d’après une miniature de Finck.
En 1816, l’admission de Jules à l'école militaire est refusée, et ce malgré les démarches de son grand-oncle auprès du préfet de la Manche. Son père, mortifié, devient royaliste ; il espérait pousser Jules vers une grande carrière militaire . Il poursuit ses études au collège de Valognes. En 1818, il habite chez son oncle le docteur Pontas-DumérilLa carrière de Pontas Duméril ne se limite pas au monde médical : ce notable. qui à la veille de la Révolution fréquentait les loges maçonniques, devient maire de Valognes en 1807 ., un esprit libéral qui encourage l’émancipation intellectuelle et morale de son neveu — dans Les Diaboliques, Barbey peindra son oncle sous les traits du docteur TortyLes sources des Diaboliques sont présentées dans n’importe quelle édition de poche.. Cet ancien maire de Valognes attise son imagination lorsqu’il lui confie les détails intimes et croustillants des personnalités de la ville — le « dessous des cartes » de la haute société valognaiseIl initie Jules à la vie mondaine durant les premières années de la Restauration .. Son cousin Édélestand du Méril, un poète et philosophe érudit, lui communique son admiration pour Walter Scott, Lord Byron, Robert Burns, ainsi que son goût pour l’histoire et la métaphysiqueParlant d’Edelestand du Méril : Lettre à Louise Read, 24 août 1880..
En 1823, Barbey compose sa première œuvre, une élégie Aux héros des Thermopyles, dédiée à Casimir Delavigne, qu’il publie l’année d’aprèsL’édition est précédée d’une lettre de remerciement de la part du dédicataire .. Il compose dans la foulée un recueil de vers, qu’en 1825 il brûle de dépit faute d’avoir pu l’éditer. En 1827, il entre en classe de rhétorique au collège Stanislas à Paris. Il y rencontre Maurice de Guérin avec lequel il noue une amitié. Après son baccalauréat en 1829., il rentre à Saint-Sauveur avec des idées politiques et religieuses nouvelles, contraires à celles de sa famille. Il souhaite ardemment, contre la volonté de son père, entamer une carrière militaire mais il cède et accepte de faire son droit à l'université de Caen Cité par .. À la mort de son oncle Jean-François Barbey d’Aurevilly, il se refuse d'abord, par conviction républicaine, à relever le nom à particuleDétail de Philippe Berthier, Un prêtre marié, éd. Flammarion, 467..
L’élan romantique de la jeunesse (1830-1836) vignette|Portrait par William Haussoullier, vers 1845.
Vers 1830, Barbey rencontre Guillaume-Stanislas TrébutienBarbey a lui-même raconté à Octave Uzanne sa rencontre avec le libraire de la Place Royale ., libraire à Caen et correspondant essentiel, et tombe amoureux de Louise du Méril, la femme de son cousin Alfred. Leur liaison est incertaine et c’est pour Barbey Quelle qu’ait été la relation de Barbey avec Louise, elle fut son premier grand amour, et il l’évoquera toujours avec tendresse. À l’annonce de son décès, en décembre 1887, il écrit à Stylite, la fille de Louise : .. Il est alors très marqué par l’influence des romantiques. En 1831, il écrit sa première nouvelle Le Cachet d’OnyxInspirée par une lecture. Dans les mémoires de la princesse Palatine, Charles de Bourbon-Condé imagine de faire boire Madame de Saint-Sulpice, de la déshabiller et de lui appliquer un pétard enflammé sur le sexe, avant de la renvoyer chez elle vêtue d’un drap, ainsi brûlée. Dans la nouvelle, Barbey substitue au pétard le fameux cachet d’onyx. (inédite jusqu’en 1919, et dont il réutilisera le dénouement dans Un dîner d’athées), puis LéaOn ignore tout de la genèse de Léa, le manuscrit étant perdu. On suppose qu’il a dû puiser largement dans ses sentiments pour Louise pour écrire ce court récit d’un romantisme excessif, mélange de mort et de passion. . en 1832, publiée dans l’éphémère Revue de Caen qu’il a fondée avec Trébutien et Édélestand du Méril.
En juillet 1833, Barbey soutient sa thèse de droit, Des causes qui suspendent le cours de la prescription, puis s’installe à Paris où il retrouve Maurice de Guérin. Il fonde en 1834 une Revue critique de la philosophie, des sciences et de la littérature avec Trébutien et du Méril, où il publie pendant quelques mois des articles de critique littéraire. Il retourne à Caen en décembre dans l’espoir de revoir Louise et écrit là-bas en une nuit La Bague d’AnnibalInspirée d’une histoire réelle, et vraisemblablement destinée à Louise : Lettre à George Landry, 2 septembre 1875., poème en prose d’inspiration byronienne, qui ne trouve acquéreur qu’en 1842. En 1835, il compose un autre poème en prose, Amaïdée (publié en 1889), où il tente d'exprimer la relation étroite qui le lie au poète génial mais torturé qu'est Maurice de Guérin, et un roman, Germaine ou La Pitié (qui deviendra Ce qui ne meurt pas en 1883)Guérin. .. En 1836, il rédige les deux premiers Memoranda à l’intention de Guérin et rompt avec sa famille.
Le dandy : Sardanapale d’Aurevilly (1836-1845) De retour à Paris, Barbey vit sur l’héritage de son oncle et rêve d’une carrière politique en lisant nombre d’ouvrages historiques. Il collabore au Nouvelliste, un journal politique, rencontre HugoÉpisode relaté dans le premier memorandum, au 16 mars 1837 : .. La mort de Maurice de Guérin en 1839 le laisse anéanti : afin de faire connaître son œuvre il demande à George Sand de publier le Centaure et se lie avec Eugénie de Guérin. — la très dévote sœur de Maurice. Leurs efforts assureront la gloire de Maurice de Guérin. Les ambitions mondaines de Barbey l’amènent à composer un personnage de parfait dandy : il s’applique à , se perfectionne dans l’art de la toilette, fréquente Roger de BeauvoirEn 1884, une édition de L’Amour impossible, suivi de La Bague d’Annibal, porte une dédicace au dandy parisien. et le café Tortoni, cultive l’ironie, l’art de l’épigramme et le mystère. Il mène une vie désordonnée : il se jette dans les fêtes et les plaisirs, les soirées noyées dans l’alcool et enchaîne les passades. Il consomme du laudanum pour s’endormirLes références à l’opium dans sa correspondance sont nombreuses à cette époque . et ses amis le surnomment ou encore Cette période de sa vie est détaillée dans l’ouvrage de Arnould de Liedekerke, Talon rouge ; Barbey y fait lui-même référence dans Le Plus Bel Amour de Don Juan, nouvelle extraite du recueil Les Diaboliques..
vignette|George Brummell.