vignette|Étude de tête d'oiseau (1867) - les premiers pas vers l'ornithologie... (peinture de William Bouguereau - )
Lornithologie (du grec ancien , « oiseau » et , « parole, discours ») est la branche de la zoologie qui a pour objet l'étude des oiseaux.
Il s'agit d'une des rares sciences encore pratiquées par une large majorité d'amateurs. En effet, l'observation des oiseaux et la collecte d'informations relèvent toujours d'une technique accessible et ne demandent guère de matériel. Les ornithologues professionnels sont d'ailleurs très peu nombreux dans la majorité des pays et s'appuient donc sur des réseaux d'observateurs amateurs, qui sont parfois très étoffés (deux millions de Britanniques adhèrent à la Royal Society for the Protection of Birds).
L'ornithologie moderne regroupe différentes pratiques, de la simple observation pour le plaisir, pratiquée comme un loisir par des amateurs plus ou moins éclairés, à l'étude scientifique de haut niveau. Dans tous les cas, l'ornithologue s'intéresse exclusivement à des oiseaux sauvages généralement contactés dans leur milieu, sans perturber celui-ci ni le sujet étudié. Ainsi, l'ornithologie considérée comme telle n'est en aucun cas confondue avec les pratiques s'appuyant sur l'élevage et la collection d'individus vivants issus d'espèces domestiquées ou non.
Les adeptes non professionnels francophones se désignent souvent par l'apocope « ornithos » (les anglophones utilisent birdwatcher ou birder).
Histoire
Début de l'ornithologie vignette|gauche|100px|Pétroglyphe de cigogne de la « Tajo de las Figuras » près de Cadix Les oiseaux fascinent depuis très longtemps ; les peintures d'oiseaux des humains de l'âge de la pierre en sont peut-être le plus vieux témoignage. Ils étaient une importante source de nourriture pour les humains puisqu'on a découvert des os de plus de 80 espèces d'oiseaux comme restes de leur repas. Les cultures de toutes les parties du monde disposent de vocabulaires riches concernant leur vie et bon nombre de noms d'oiseaux sont clairement issus d'onomatopées, comme coucou. Les connaissances traditionnelles orales continuent à être d'importantes sources d'information quant à la protection de ces espèces, ce qu'étudie l'ethno-ornithologie.
Leur chasse exige une connaissance approfondie de leurs habitudes, la fauconnerie encore davantage. Connue depuis 35 siècles en Asie, pratiquée depuis au moins le en Mésopotamie, la fauconnerie ne se développe en Occident qu'à partir du , à la suite des invasions barbares. De nombreux ouvrages y sont consacrés. L'aviculture de la poule domestique, apparue en Nouvelle-Guinée au , arrive en Occident au Les connaissances restent pragmatiques et non conceptuelles. Aussi l'incubation artificielle de volaille est pratiquée en Égypte depuis le Funk, E. M. and M. R. Irwin 1955. Hatching Operation and Management. John Wiley & sons. mais les phénomènes migratoires, qui sont source d'interrogations depuis au moins la même période, sont mal compris puisque les auteurs ont supposé jusqu'au que les oiseaux concernés hibernaient ou se transformaientLincoln, Frederick C., Steven R. Peterson, and John L. Zimmerman. 1998. Migration of birds. U.S. Department of the Interior, U.S. Fish and Wildlife Service, Washington, D.C. Circular 16. Jamestown, ND: Northern Prairie Wildlife Research Center Online. . Ils ne faisaient là que reprendre des croyances publiées par AristoteAristote, Historia Animalium. Dès l'Antiquité, les artistes de Chine, du Japon, de la Perse et de l'Inde, ont représenté certains oiseaux avec beaucoup de précision et ces illustrations sont comparables à celle du européenDavid Lack Review of Fine Bird Books, 1700-1900 (réimprimé dans Enjoying Ornithology, 1965).
Les migrations suscitent l'étonnement et font l'objet de nombreuses spéculations tant scientifiques que religieuses. Certains documents antiques traitant des répartitions intéressent directement les ornithologues comme les textes de Xénophon qui comptabilisent les autruches en AssyrieAnabase chap=I.5, Xénophon qui aujourd'hui ne vivent plus qu'en Afrique. Les Veda, datés du environ, décrivent les mœurs d'un coucou local, le Coucou koël Eudynamys scolopaceus.
L'organisation de ces connaissances a rapidement été nécessaire : elle s'est concrétisée par la création d'inventaires, où les espèces étaient décrites les unes après les autres. Le plus ancien connu est celui d'Aristote, mais plus d'une centaine d'autres ont été produits comme celle de Frédéric II du Saint-Empire qui classait les espèces suivant les habitats et la nourriture.
vignette|gauche|150px|Codex de De Vinci Le vol a aussi fasciné, et les oiseaux sont étudiés pour leur façon de voler, par exemple par Léonard de Vinci ou même Darwin.
L'ornithologie scientifique vignette|gauche|350px|Comparaison d'anatomie par Pierre Belon avant la naissance de l'Anatomie comparée. Les savants allemands et français du produisent des textes novateurs qui fondent l'ornithologie moderne. Guillaume Rondelet décrit ses observations en Méditerranée, William Turner publie le premier livre consacré uniquement aux oiseaux et sous une forme moderne, Conrad Gessner reprend méthodiquement les connaissances sur les oiseaux connus. Pierre Belon rédige un ouvrage novateur par les nouvelles espèces décrites et par l'originalité de ses observations notamment anatomiques, mais ne tire aucune conclusion sur les similarités entre les squelettes aviaires et humain. Belon commet également des erreurs remarquables comme de placer les chauves-souris parmi les oiseaux mais cet ouvrage est éclipsé de son temps par celui de Gessner. L'ouvrage de William Turner sort à Cologne en 1544 et décrit précisément les espèces d'oiseaux citées par Aristote et Pline l'Ancien. Vers 1555, Gessner publie le troisième volume de de Historiae animalium consacrées aux oiseaux. Belon écrit son Histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions et naïfs portraicts retirez du naturel en 1555. Ulisse Aldrovandi, réalise une encyclopédie naturaliste en quatorze volumes, dont trois consacrés aux oiseaux, le premier consacré aux oiseaux terrestres utilisés dans l'alimentation humaine., le second aux oiseaux chanteurs. et le troisième aux oiseaux aquatiques.. Il publie au total plus de entre 1599 à 1603.
Au , les œuvres changent de ton. Rédigées en langue locale, les observations sont plus précises et tiennent davantage compte de l'environnement des oiseaux. Ces ouvrages ne se contentent plus d'étudier les spécimens des collections. The Natural History and Antiquities of Selborne de Gilbert White en est bon exemple : c'est le premier ouvrage où des noms différents sont attribués à des espèces ayant la même apparence, notamment parmi les fauvettes (soit grosso modo les pouillots). Francis Willughby et John Ray conçoivent le premier grand système de classification scientifique pour les oiseaux : ils se fondent sur la morphologie et la fonction plutôt que sur la forme ou le comportement. Le Ornithologiae libri tres de Willughby est publié en 1676 puis complété par Ray ; il est considéré comme marquant le début de l'ornithologieHandbook of the Birds of the World, Vol 1.. De nouveaux termes, forgés sur des racines latines, sont créés et passent dans le langage populaire comme palmipède, échassier. D'autre part, la nature des études change avec l'apparition des armes à feu, la création du concept d'Histoire naturelle et la constitution de collections de taxidermie ou d'œufs au service des scientifiques. À partir du milieu du , les collections deviennent cabinets de curiosités puis muséums, et la taxonomie devient une des spécialités de ceux-ci. La classification proposée par Carl von Linné dans sa sixième édition de Systema Naturæ en 1748 est fondée sur la forme du bec et des points de référence des pattes. Il classe les oiseaux dans six grands ensembles (les Accipitres, les Picae, les Anseres, les Grallae, les Gallinae, les Passeres) pour répondre, harmonieusement, aux six ensembles qu'il utilise pour classer les mammifères. En 1750, Jacob Theodor Klein dans son Historiae avium prodromos reprend ce système mais bouscule considérablement la classification. Dans son second livre Stemmata avium publié en 1759, il détaille précisément la forme des pattes, de la tête et de la langue de oiseaux. La version finale de la classification de Linné est publiée en 1758 . De nombreux ouvrages décrivant les espèces vivant dans des zones précises apparaissent comme ceux de Thomas Pennant et John William Lewin pour la Grande-Bretagne, John Latham pour les espèces rencontrées par James Cook lors de son second voyage, Mark Catesby dans le Sud des États-Unis, Joseph Franz Jacquin pour l'Amérique centrale ; François Levaillant publie son Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique en six volumes avec l'aide de Coenraad Jacob Temminck qui collecte pour lui des oiseaux en Afrique. À la fin de ce siècle en France, Mathurin Jacques Brisson et Buffon publient des ouvrages importants. En 1770, dans son Histoire naturelle des Oiseaux Buffon adhère aux thèses migrationnistes et suscite l'adhésion de ses contemporains même si certaines réticences demeurent. Brisson publie un ouvrage en six volumes en 1760 tandis que neuf des volumes de lHistoire naturelle générale et particulière de Buffon sont consacrés aux oiseaux. Louis Jean Pierre Vieillot passe dix ans à étudier les oiseaux d'Amérique du Nord et écrit lHistoire Naturelle des oiseaux de l'Amérique septentrionale entre 1807 et 1808 . Vieillot est pionnier dans la classification des milieux et des habitudes de vie. Petit à petit, la classification se perfectionne grâce notamment aux travaux sur l'embryologie ou l'anatomie comparée comme ceux de Félix Vicq d'Azyr (1748-1794) et Étienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844). En 1817, Cuvier propose une classification répartissant les Oiseaux en six ordresGeorges Cuvier, Le règne animal distribué d'après son organisation : pour servir de base à l'histoire naturelle des animaux et d'introduction à l'anatomie comparée, Tome I contenant « l'introduction, les mammifères et les oiseaux », Deterville libraire, Paris, 1817, 540 p. : Oiseaux de proie, Passereaux, Grimpeurs, Gallinacés, Échassiers, Palmipèdes.
À la différence de Cuvier, Blainville ajoute en 1816 trois ordres supplémentaires à ces divisions : Perroquets, Pigeons et AutruchesH. M. D. de Blainville, Prodrome d'une nouvelle distribution systématique du règne animal, Bulletin de la Société Philomatique de Paris, Vol.8, 1816..
Entre 1827 et 1838, l'ornithologue et naturaliste américain d'origine française Jean-Jacques Audubon publie un célèbre atlas ornithologique intitulé The Birds of America (Les Oiseaux d'Amérique), qui comprend des illustrations détaillées d'oiseaux sur 435 planches en couleurs peintes avec une précision et une beauté remarquable, où les oiseaux sont représentés à taille réelle.
L'ornithologie et l'évolution