La campagne d'Allemagne, dont la campagne de Saxe est la partie centrale, est la suite de la campagne de Russie de 1812 et précède la campagne de France de 1814. Appelée en allemand , elle se déroule au cours de l'année 1813 et constitue le véritable tournant de la guerre liée à la Sixième Coalition. Les États allemands soumis par Napoléon, devant ses premières défaites, se retournent contre lui les uns après les autres et se joignent à la Sixième Coalition autour de la Russie. Après la bataille de Leipzig, du 16 au , l'armée française vaincue doit se replier vers la France.

Contexte L'Empire français en difficulté vignette|centre|redresse=1.2| Gravure allemande, 1813. Le , quelques jours après la bataille de la Bérézina, Napoléon laisse le commandement de ce qui reste de la Grande Armée à Murat (qui le laisse à son tour le 17 janvier 1813 au vice-roi d'Italie Eugène de Beauharnais) et rejoint précipitamment la France pour réunir une nouvelle armée de jeunes conscrits. En effet, sa situation devient critique : les Russes, comptant sur le prochain retournement de la Prusse et des autres États allemands, traversent le Niémen et pénètrent dans le Duché de Varsovie, obligeant les forces françaises présentes sur le territoire polonais, mais également prussien, à une retraite vers Poznań, puis vers l'Oder et l'Elbe, en abandonnant aux Russes le duché de Varsovie. Par ailleurs, le conflit en Espagne tourne au désastre : Wellington, à la tête d'une armée anglo-hispano-portugaise, remporte une série de victoires sur les maréchaux de Napoléon et se rapproche de jour en jour du sud de la France, en particulier à Vitoria le .

Le , Jean-Baptiste Bernadotte, maréchal de Napoléon devenu prince héritier et souverain effectif de la Suède, noue une alliance avec la Russie sans déclarer officiellement la guerre à la France. Son armée se prépare à intervenir en Europe centrale.

Pour parer la menace, Napoléon décrète la mobilisation de 1813 : il réunit une armée de , composée majoritairement de jeunes conscrits inexpérimentés, les Marie-Louise. Au début de l'année 1813, cette armée rejoint en Saxe les restes de la Grande Armée.

Le réveil allemand Les États allemands, intégrés dans le système napoléonien, paraissaient accepter la domination française ; mais cet équilibre était précaire. Comme l'écrit le préfacier des mémoires du roi Jérôme :

Cité in Jean Tulard (dir.), L'Europe de Napoléon, Horvath, 1989, ..

Jusqu'ici, seuls des groupes d'exilés comme le général prussien Gneisenau et la Légion russo-allemande au service de la Russie alimentaient l'opposition à Napoléon. La désastreuse campagne de Russie, où périssent environ des allemands de la Grande Armée, affecte gravement leur loyauté. Sur et 800 officiers du royaume de Westphalie, seuls 600 et 18 reviennent vivants, 600 autres étant passés du côté russe. Seuls le corps prussien de Yorck, engagé en Courlande, et le corps autrichien de Schwarzenberg, qui a évité tout combat avec les Russes, reviennent avec des pertes moindres. Le , la convention de Tauroggen, signée entre Yorck et le général russe d'origine allemande Diebitsch, neutralise l'armée prussienneJean Tulard (dir.), L'Europe de Napoléon, Horvath, 1989, ..

Les défaites françaises et le blocus continental, qui paralyse le commerce et prive les Allemands de denrées comme le café et le sucre, contribuent à retourner l'opinion allemande contre les Français. Cependant, ce mouvement n'est ni unanime, ni immédiat. En , les troupes françaises en retraite se heurtent à des soulèvements locaux en Prusse-Orientale et Brandebourg. Des révoltes contre la conscription éclatent dès à Düsseldorf, à Hanau et dans le Grand-duché de Berg. Le , le roi de Prusse autorise la formation d'unités de chasseurs volontaires venus de toute l'Allemagne. Ces groupes, comme le corps franc Lützow, ne rassemblent que au total mais leur impact psychologique est important. Dans le même temps, la Prusse, toujours officiellement alliée de Napoléon, prépare sa mobilisation générale. Le , un décret abolit la plupart des exemptions à la conscription et déchoit de leurs droits civiques et professionnels ceux qui ont obtenu une dispense sans motif valable. L'armée de ligne et la Landwehr, qui comptaient en 1812, doivent passer à . Le , une insurrection éclate à Hambourg, annexée par la France en 1811 et devenue le chef-lieu du département des Bouches-de-l'Elbe, et s'étend à toute la côte, de la Weser à Lübeck : les autorités françaises et le sénat de Hambourg doivent se replier à BrêmeJean Tulard (dir.), L'Europe de Napoléon, Horvath, 1989, ..

Basculement de l'Allemagne du Nord Avance russe et déclaration de guerre de la Prusse

vignette|upright=1.2|Entrée de l'armée russe à Königsberg, 5 janvier 1813 L'armée russe, profitant de l'attitude ambiguë de la Prusse, avance rapidement en Prusse-Orientale et sur la côte de la Baltique. Elle entre à Königsberg le . Dantzig est encerclée entre le . Le vice-roi Eugène de Beauharnais doit ordonner l'évacuation du duché de Varsovie. L'arrière-garde franco-saxonne subit une défaite à la bataille de Kalisz le .

Alors que les Russes marchent vers Berlin, les Français et leurs alliés conservent une série de forteresses sur leurs arrières, en Pologne et en Prusse : Pillau (, général Castella), qui capitule le ; Toruń ( Bavarois et 500 Français, général Poitevin), qui capitule le ; Modlin (, Polonais, Saxons, général Daendels) ; Zamość ( Polonais, général Hauke) ; (900 Polonais), qui capitule le ; Stettin (, général Grandeau) ; Custrin , général Fournier d'Albe) ; Glogau (, général Laplane) ; Spandau (, général Bruny), qui capitule le Frédéric Guillaume de Vaudoncourt, Histoire de la guerre soutenue par les Français en Allemagne en 1813, t.1, Paris, 1819, .Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français de 1792 à 1815, t.22, Paris, 1820, ..

vignette|Proclamation du grand-duc Frédéric-François de Mecklembourg appelant ses sujets à se joindre à la lutte pour la libération de l'Allemagne, 25 mars 1813

Le tsar Alexandre envoie en émissaire l'ancien ministre réformateur du roi de Prusse en exil, déclaré officiellement ennemi de la France par Napoléon en 1808, Heinrich Friedrich Karl vom Stein, qui rencontre le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse le . Le , la Russie et la Prusse signent une convention secrète, le traité de Kalisz, qui prévoit l'entrée en guerre de la Prusse aux côtés de la Russie. Le , l'armée russe de Wittgenstein entre à Berlin, suivie le par le corps prussien de Yorck qui obtient enfin l'approbation de son roi. Le , le chancelier prussien remet à l'ambassadeur de France la déclaration de guerre de la Prusse. Le roi de Prusse étend la mobilisation à toutes les provinces de son royaume et prévoit un effectif de . Une avant-garde russe commandée par le général allemand Tettenborn avance le long de la mer Baltique et obtient, le , le retournement du duché de Mecklembourg-Schwerin suivi, le , par celui du duché de Mecklembourg-Strelitz. Le , Tettenborn, avec un détachement de cosaques, entre à Hambourg qui lui ouvre ses portes. Il lève un corps de volontaires, la Légion hanséatique, pour défendre l'indépendance des ports allemands. Les petits duchés de Saxe-Anhalt rejoignent la coalition russo-prussienne au début d'avril mais les autres princes de la confédération du Rhin restent temporairement fidèles à NapoléonJean Tulard (dir.), L'Europe de Napoléon, Horvath, 1989, ..

Succès prussiens au nord-est, contre-attaque française au nord-ouest

Le , les Prussiens occupent Dresde, obligeant le roi de Saxe Frédéric-Auguste à s'enfuir et à déclarer sa neutralité. Une partie des Dresdois fait bon accueil aux vainqueurs. Cependant, la fidélité dynastique reste forte : un bataillon thuringien, capturé le , fait savoir qu'il ne rejoindra les rangs prussiens que quand le roi de Saxe aura déclaré la guerre à Napoléon. Le , le roi de Prusse décrète le Landsturm, la levée de tous les hommes valides de qui ne sont pas déjà enrôlés dans l'armée, équivalent de la levée en masse de la France en 1793. Ces détachements de paysans armés, encadrés par des notables locaux, sont peu efficaces au combat mais soulagent l'armée régulière des tâches de protection des convois, garde des prisonniers et chasse aux déserteurs tout en gênant les communications des Français. Les troupes de ligne, en cours de formation, passent de en mars à en août, soit un taux de mobilisation de 6 % de sa population, sans précédent en Europe. Environ 28 % viennent de l'armée de 1812 et de la réserve, 59 % de la conscription et 10 % () sont des volontaires. Parmi ces derniers, 68 % viennent du territoire prussien dans ses frontières du traité de Tilsit, 19 % d'anciens territoires prussiens et 13 % du reste de l'Allemagne. Cependant, des résistances à la conscription se manifestent, surtout en Silésie et dans les régions de population polonaiseJean Tulard (dir.), L'Europe de Napoléon, Horvath, 1989, ..

La révolte des villes hanséatiques prive les Français d'importantes ressources : entre autres, elle annule l'achat de plusieurs milliers de chevaux de remonte nécessaires à la reconstitution de la cavalerieCamille Rousset, La Grande Armée de 1813, Didier et Cie, Paris, 1871, p. 96.. Les forces françaises contre-attaquent pour reprendre les régions de la mer du Nord. Le général Carra-Saint-Cyr chasse un corps de débarquement anglais des Bouches-du-Weser mais subit une défaite sur l'Elbe le . Le général Morand est tué le en reprenant Lunebourg. Le maréchal Davout prend le commandement des opérations, reçoit le renfort de l'armée danoise et, malgré le harcèlement des corps francs, reprend les places autour de Hambourg : le , la petite place de Harbourg, au sud de l'Elbe, est prise par le 152 RI. Tettenborn, à court d'hommes et de matériel, abandonne Hambourg qui est réoccupée par les Français le . Napoléon ordonne de la transformer en forteresse : plusieurs quartiers sont rasés et expulsésJean Tulard (dir.), L'Europe de Napoléon, Horvath, 1989, ..

La campagne de Saxe de Napoléon Les batailles de Lützen et de Bautzen vignette|gauche|upright=1.2|Campagne d'Allemagne, avril-mai 1813

Napoléon a eu le temps de reconstituer ses forces. Par senatus-consulte du , il ordonne la levée de dont de la classe 1814. Il en obtient encore le . À cette date, il peut compter sur les armées bavaroise, badoise, wurtembergeoise et hessoise : malgré de nombreuses désertions, au début de la campagne, plus de la moitié de l'Allemagne est encore du côté de Napoléon.

Au printemps 1813, la jonction se fait entre la Grande Armée et celle amenée par Napoléon en Saxe. Cet événement marque, pour les Français, le début de la campagne d'Allemagne.

Au début de la campagne, trois armées se partagent les combats du côté des coalisés. L’armée de Pologne de Bennigsen est en majorité russe mais a sous ses ordres le corps prussien qui assiège Dantzig. Une armée en majorité prussienne, sous le commandement du feld-maréchal Blücher, se rassemble en Allemagne centrale. Enfin, l'armée du Nord, commandée par Bernadotte qui a débarqué à Karlskrona en mai, est composée de Prussiens, Suédois et Russes. Dès les premiers combats, Napoléon découvre le courage des jeunes conscrits au combat, mais également que leur inexpérience les mène à la mort car il perd d'entre eux au cours de la première bataille. Les victoires de Napoléon ne sont pas décisives, car il manque de cavalerie légère pour les exploiter. Cependant, il remporte la victoire de Lützen le et poursuit les Alliés qui retraitent, leur infligeant une nouvelle défaite à Bautzen les . Celle-ci aurait dû être un désastre pour les Russo-Prussiens si le Maréchal Ney n'avait pas fait une erreur de topographie. Napoléon, sans cavalerie, poursuit tout de même l'ennemi et semble sur le point de s'emparer de Berlin.

L'armistice de Pleiswitz