Phuntsok Wangyal (Goranangpa) , aussi Bapa Phuntsok Wangyal ou Phünwang (né le Veteran Tibetan Communist Phunwang dies, Dalai Lama expresses grief à Bathang, district de Batang, actuelle préfecture autonome tibétaine de Garzê, Sichuan, et mort le à Pékin), est un homme politique tibétain (Bapa ou Bapa est la désignation traditionnelle des habitants de Bathang) Robert Barnett, The Babas are Dead: Street Talk and Contemporary Views of Leaders in Tibet, in Proceedings of the International Association of Tibetan Studies (ed. Elliot Sperling), University of Indiana, Bloomington, p. 5 : ..

Il commença à militer dès l'école, fondant le Parti communiste tibétain en secret en 1939.

Arrêté en 1960 et incarcéré pendant 18 ans à la prison de Qincheng en république populaire de Chine, il fut libéré en 1978 et progressivement réhabilité.

Naissance à Bathang Phuntsok Wangyal est né en 1922 à Bathang, petite ville de la province du Kham (Tibet oriental), à quelque 500 km à l'est de Lhassa, dans ce qui est maintenant le Sichuan oriental mais qui était à l'époque sous le contrôle du seigneur de guerre chinois Liu Wenhui Tsering Shakya on Melvyn Goldstein et al, A Tibetan Revolutionary. Memoirs of an indigenous Lenin from the Land of Snows, and his long imprisonment by the Mao government : .

Contexte politique Au début du , l'empire Qing établit un protectorat au Tibet, délimitant les frontières par le fleuve Drichu (Yangtsé supérieur) et Dzachu. Les Mandchous intègrent Bathang à la Chine, sans toutefois y exercer le pouvoir laissé aux chefs khampas. Au début du , ils décident d'intégrer le Kham et le Tibet central à la Chine, entraînant des résistances et des guerres. Quand le gouvernement tibétain reprend le Tibet central et une partie du Kham, Bathang reste sous contrôle chinois. L'effondrement de l'empire Qing laisse place à la république de Chine mais aussi aux seigneurs de la guerre.

Années de formation Phuntsok Wangyal commence, à l'âge de quatre ans, son éducation monastique dans un monastère sous la conduite de son oncle, un moine réputé pour avoir fait ses études à Ganden. Mais ce dernier meurt subitement et, faute de tuteur, le jeune garçon doit quitter le monastère Melvyn Goldstein, Dawei Sherap, William Siebenschuh, A Tibetan Revolutionary. The political life of Bapa Phüntso Wangye, University of California Press, 2004, p. 7..

De l'âge de sept ans à l'âge de 12 ans, Phuntsok Wangyal est élève de l'école chinoise de Bathang, créée en 1907 par le gouvernement chinois et obligatoire pour les Tibétains. Il y étudie le chinois, le tibétain et les mathématiques. Un de ses camarades étant également élève dans l'école missionnaire chrétienne de Bathang, Phuntsok Wangyal apprend de celui-ci quelques chansons en anglais Melvyn Goldstein, Dawei Sherap, William Siebenschuh, , p. 8.Roland Barraux, , p. 336..

Selon A. Tom Grunfeld, Phunwang fréquente l'académie gérée par la commission des affaires mongoles et tibétaines de Tchang Kaï-chek à Bathang, école censée former les Tibétains pour qu’ils servent le gouvernement du Guomindang (GMD). À mesure qu’il avance dans ses études, Phunwang est de plus en plus déçu par le GMD et, n’ayant guère d’affinités, en tant que Khampa, avec le gouvernement tibétain à Lhassa, il s’intéresse à d’autres idéologies. Un de ses professeurs à l'académie lui prête des livres communistes russes, comme On Nationalities de Joseph Staline, dont la lecture l’amène à professer le communisme A. Tom Grunfeld, compte rendu de A Tibetan Revolutionary: The Political Life and Times of Bapa Phuntso Wangye (Melvyn C. Goldstein, Dawei Sherap, and William R. Siebenschuh), in China Review International, Vol. 11, 2004, pp. 351-354 : .Tserin Shakya, The Prisoner, in New Left Review, July-August 2005 : ..

À 16 ans, Phuntsok Wangyal entre à l'école pour les minorités de Nankin. C'est là qu'il découvre les idées communistes au contact de ses camarades de classes et de certains professeurs. Selon Kim Yeshi, La lecture de Lénine et de Staline lui permet d'identifier l'oppression des Tibétains de Bathang, et les positions de ces auteurs sur le droit à l'identité et à l'autodétermination des minorités l'impressionnent.

Fondation du parti communiste tibétain (1939)

En 1939, avec cinq camarades il fonde clandestinement le parti communiste tibétain A. Tom Grunfeld, op. cit. : , tous s'engageant à consacrer leur vie à la révolution et la démocratie au Kham et au Tibet. .

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Selon A. Tom Grunfeld, ils passent la décennie suivante à essayer vainement de déclencher la révolution dans le Tibet oriental dans l’espoir de créer un grand Kham socialiste puis un grand Tibet socialiste A. Tom Grunfeld, op. cit. : .

Selon Tsering Shakya, la stratégie du petit parti communiste tibétain sous sa direction pendant les années 1940 est double : gagner les éléments progressistes parmi les étudiants et l'aristocratie du Tibet politique – le royaume du dalaï-lama – au programme de modernisation et de réforme démocratique, tout en soutenant une lutte de guérilla pour renverser dans le Kham le régime de Liu Wenhui, un des seigneurs de la guerre chinois. Son but est un Tibet indépendant unifié, et la transformation fondamentale de sa structure sociale féodale Tsering Shakya, The prisoner, New Left Review, 34, July-August 2005 : ..

Quand le Guomindang est mis au courant, il lance un mandat d'arrêt contre Ngawang Kesang et lui-même et ils doivent s’enfuir au TibetMelvyn C. Goldstein, Dawei Sherap, William R. Siebenschuh, Political Life and Times of Bapa Phüntso Wangye, : .

Selon Tsering Shakya, Phunwang voit d'un œil critique l'arrogance de certains membres de l'élite traditionnelle, la cruauté de certains moines rencontrés dans ses périples et la pauvreté des paysans – pire qu'en Chine – ployant sous les lourds impôts et le système des corvées Tsering Shakya, The prisoner, New Left Review, 34, July-August 2005 : .

En effet, à l'est du Drichu, le gouvernement chinois n'exerçait qu'un contrôle relâché en payant des fonctionnaires tibétains sans imposer sa présence dans le Kham. À l'ouest du Drichu, les fonctionnaires et les militaires tibétains mal payés pesaient sur les populations.

Il se rend à Lhassa où il rencontre d'autres communistes et Surkhang, membre du Khachag qui s’intéresse aux réformes dont Phuntsok Wangyal lui parle, mais ne peut initier de changement.

Quelques mois après son arrivée à Lhassa, fin 1943, il y est rejoint par son ami Ngawang Kesang, arrivant de DartsedoMelvyn C. Goldstein, Dawei Sherap, William R. Siebenschuh Political Life and Times of Bapa Phüntso Wangye, , p. 70 : .

En 1943, il se rend en Inde pour contacter le Parti communiste indien et chercher le moyen de rejoindre l'Union soviétique, un projet contrecarré par la Seconde Guerre mondiale.

En 1945, il retourne à Chamdo, y réunit des armes et des munitions pour expulser les Chinois et placer la région sous contrôle tibétain.

Selon la présentation éditoriale de la biographie de Phuntsok Wangyal, après son expulsion en 1940 et jusqu'en 1949, il a travaillé à organiser un soulèvement de guérilla contre les Chinois qui contrôlaient sa patrie Biography of a Tibetan Revolutionary Highlights Complexity of Modern Tibetan Politics, Phayul.com 19 juin 2004. voir aussi A Tibetan Revolutionary: The Political Life and Times of Bapa Phüntso Wangye, University of California Press .

En 1946, à Lhassa, Phuntsok Wangyal et Nganwang Kesang mettent en garde le gouvernement du Tibet de l'époque contre les risques d’une invasion par les communistes chinois, une fois la guerre civile terminée et en l’absence de changements au Tibet. La seule issue passe par l'aide de l’armée britannique. Le gouvernement ne leur prête aucune attention. Ils étaient inconnus et sans titre à l'époque. Phuntsok et Nganwang se rendent alors à Kalimpong, en Inde, pour rencontrer Gergan Dorje Tharchin, fondateur du Miroir du Tibet, un journal mensuel en tibétain qui informe l'élite tibétaine de ce qui se passe dans le monde. Phuntsok, qui souhaite rencontrer un représentant britannique, est mis en rapport par Tarchin avec sir Basil Gould à Gantok, à qui il remet une note personnelle de 12 pages, dont un exemplaire est envoyé à Lhassa. Comprenant que l’Angleterre fera la sourde oreille, Wangyal cherche l’appui des communistes indiens en contactant Jyoti Basu à Calcutta, mais les promesses de ce dernier sont vagues et non suivies d’effet » Tsering Shakya, The dragon in the land of snows: a history of modern Tibet since 1947, 1999, p. 10 : Thubten Samphel, op. cit. : .

Après avoir soumis sa note personnelle, Phuntsok Wangyal dit en plaisantant à Tarchin : « Si le gouvernement tibétain ne m’écoute pas, j’amènerai l’armée chinoise au Tibet. Alors, je vous écrirai. » Au début de 1951, Tarchin reçoit un télégramme indiquant « Arrivé sain et sauf à Lhassa - Phuntsok Wangyal » Thubten Samphel, Virtual Tibet: The Media, in Exile as challenge: the Tibetan diaspora (sous la direction de Dagmar Bernstorff, Hubertus von Welck), Orient Blackswan, 2003, 488 pages, en part. pp. 172-175 ..

Second séjour à Lhassa À Lhassa, pendant une courte période, il donne des cours de chinois à l'école républicaine chinoise sise au , dans le quartier du Barkhor : . Selon Robert Barnett, on lui permet également de tenir, sans révéler son engagement communiste, un salon non officiel d’intellectuels et d’aristocrates progressifsRobert Barnett, op. cit., p. 7 : ..

Expulsion des Chinois et de leurs sympathisants

Selon le témoignage de Phuntsok Wangyal lui-même, en , alors que les communistes chinois sont sur le point de gagner la guerre contre Tchang Kaï-chek, le Conseil des ministres du Tibet déclare qu'il est membre du parti communiste et l'expulse de Lhassa vers le Kham en passant par l'Inde, escorté de soldats tibétains. Les Chinois du gouvernement nationaliste sont également expulsés à la même périodeMelvyn C. Goldstein, Dawei Sherap, William R. Siebenschuh Political Life and Times of Bapa Phüntso Wangye, : ainsi que leurs sympathisants de Lhassa et du reste du Tibet sous l'administration du gouvernement tibétainRobert Barnett, op. cit., p. 7 : .

Fusion du parti communiste tibétain avec le parti communiste chinois (1949)

Selon A. Tom Grunfeld, Phunwang et ses camarades abandonnent leur objectif d’un Tibet indépendant et font cause commune avec les communistes chinoisA. Tom Grunfeld, .. Il rejoint la guérilla des communistes chinois contre le Kuomintang mais doit fusionner le Parti communiste tibétain avec le Parti communiste chinois de Mao Zedong à la demande des militaires chinois, et donc abandonner son projet d'un Tibet communiste indépendant autogouvernéTsering Shakya, op. cit. : ..

Rôle dans les négociations sur l'accord en 17 points (1951)

En 1951, Phuntsok Wangyal est interprète officiel chinois lors des négociations sur l'accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet entre Pékin et Lhassa ‘Agreement on Measures for the Peaceful Liberation of Tibet’ or the ‘17-Point Agreement’, Context and Consequences, Department of Information and International Relations, Dharamsala - 2001.. Phunwang admet que ces négociations ont eu lieu sous la menace implicite de l'invasion du Tibet par les forces de l'Armée populaire de libération, mais il défend le document comme une solution raisonnable aux relations entre le Tibet et la Chine. Non seulement il joue un rôle diplomatique décisif dans les tractations mais contribue à faire accepter l'accord par des membres de l'aristocratie tibétaineTsering Shakya, : ..

Rôle et activités au sein du parti communiste (1949-1957) vignette|Photo prise à Pékin en 1955, de gauche à droite : Tsering Dolma, Gyalyum Chenmo, le 14 dalaï-lama, un inconnu, Phuntsok Wangyal, Lobsang Samten