Bahar Kimyongür, né le à Berchem-Sainte-Agathe, est un journaliste belge issu d'une famille arabe originaire de Turquie et aux racines syriennes.
Opposant de longue date au régime turc de Recep Tayyip Erdoğan, il est recherché par celui-ci qui l'ajoute en sur sa liste de « terroristes les plus recherchés ». Il a également longtemps été recherché par Interpol à la demande du régime turc, en raison de sa participation à une manifestation organisée le 28 novembre 2000 lors de la visite à Bruxelles du ministre turc des Affaires étrangères. Il est définitivement radié des fichiers de l'organisation internationale en 2014.
Il est accusé de défendre le régime de Bachar el-Assad pendant la guerre civile en Syrie. En 2011, il publie le livre Syriana, la conquête continue aux éditions Investig'Action et Couleur Livres.
Entre 2013 et 2018, il collabore avec plusieurs ONG basées à Genève dans le cadre du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.
Biographie Né à Bruxelles en 1974, Bahar Kimyongur est issu d'une famille de la minorité arabe alaouite de Turquie, originaire d'Antakya et aux racines syriennes.. Son père est né à Samandağ (province du Hatay)Eylem Aydemir, « Interview avec Bahar Kimyongur », Librenews, 26 février 2010.. Il s'est établi en Belgique en 1963 pour travailler comme mineur dans les charbonnages de Houdeng à La Louvière. Sa mère était une travailleuse saisonnière des plantations de coton de la plaine de Çukurova. Bahar Kimyongür est diplômé depuis 1996 en histoire de l'art et archéologie à l'Université libre de Bruxelles (ULB)..
Aux élections régionales bruxelloises de juin 1995, il figure en sur la liste du Parti du travail de Belgique, une organisation communiste. Aux élections régionales bruxelloises de juin 1999, il est à nouveau candidat sur cette liste, en .
À partir de 1999., Bahar Kimyongür est propulsé à l'avant-scène médiatique à la suite des poursuites judiciaires dont il fait l'objet, étant l'un des premiers justiciables poursuivis en vertu de la législation anti-terroriste. Il a en effet été inculpé pour terrorisme après avoir traduit du turc vers le français un communiqué publié par le DHKP-C, un groupe armé classé comme terroriste par l’État turc et par l'Union européenne.
Militantisme
Opposant au gouvernement turc Bahar Kimyongür est engagé depuis son adolescence en faveur de mouvements pacifistes et d'opposition à la politique d'Ankara. Militant des droits de l'homme et d'une double culture turque et francophone., il utilise régulièrement les réseaux sociaux pour médiatiser en français les dérives autoritaires du gouvernement turc, et les cas de plusieurs prisonniers politiques, notamment :
L'homme politique turc coprésident du Parti démocratique des peuples Selahattin Demirtaş, incarcéré depuis Les enseignants Nuriye Gülmen et Semih Özakça, arrêtés dans le contexte des purges suivant la tentative de coup d'État de 2016, en grève de la faim pendant entre 2017 et 2018. L'homme d'affaires et philanthrope Osman Kavala, incarcéré depuis dans le contexte des purges suivant la tentative de coup d'État de 2016. Les musiciens de Grup Yorum, notamment la chanteuse Helin Bölek morte en détention le d'une grève de la faim., ainsi que le guitariste İbrahim Gökçek, mort un mois plus tard dans les mêmes conditions.. L'avocate turque Ebru Timtik (par qui il a notamment été défendu), incarcérée le , décédée en détention d'une grève de la faim le . ; Son confère Aytaç Ünsal, incarcéré en même temps ; En , l'écrivain Valérie Manteau publie une tribune dans laquelle elle rend hommage aux grévistes de la faim morts dans les geôles turques Helin Bölek, Ibrahim Gökçek et Ebru Timtik, et remercie Bahar Kimyongür pour son travail d’information..
Il se retire de Twitter en 2021 et porte plainte à la suite de menaces de mort répétées. Un de ceux qui le poursuivent est un proche du ministre de l'Intérieur turc et ex-membre d'un groupe rebelle en Syrie.
Droits humains Lors de son adolescence, Bahar Kimyongür s'engage auprès d'Amnesty International.
Originaire de la province turque de Hatay, frontalière de la Syrie, Bahar Kimyongür, qui connaît bien la région, a apporté son aide à plusieurs familles dont les enfants étaient partis faire le djihad en Syrie pendant la guerre civile..
Il joue un rôle actif dans la libération en 2015 d'Assia, une fillette française de trois ans que le père radicalisé avait emmené en Syrie rejoindre le Front Al-Nosra.. La mère de l'enfant lui rend hommage dans son livre « Assia, Mama est là » parue en , dans lequel elle décrit son rôle de conseil et d'intermédiaire avec les autorités, pour aller chercher sa fille dans le sud de la Turquie..
En , il est victime d'une attaque au couteau par un militant pro-Erdogan, alors qu'il accompagnait Cahit Zoral, un autre activiste d'origine turque en sit-in devant le Conseil du Contentieux des Étrangers à Schaerbeek pour demander sa régularisation.. Selon le Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association (CLEA) ainsi que 141 cosignataires d'un texte publié par Le Soir, Bahar Kimyongür a dénoncé pendant des années « la situation effroyable qui règne en Turquie – la violation répétée des droits de l’Homme, la justice « aux ordres » et la répression accablant ce pays. Sans scrupule aucun, violant les libertés constitutionnelles propres à tout État civilisé, le régime d’Ankara a ainsi continûment exercé des pressions sur les autorités belges pour qu’elles obligent ce militant des droits humains à faire profil bas, à se taire, à renoncer »..
En , il travaille comme traducteur pour le journaliste turc Can Dündar, dont il traduit le livre Lucienne et le poète ottoman narrant une romance à Bruxelles à la veille de la Première Guerre mondiale..
Positionnement sur la guerre civile en Syrie
Controverse et soutien au régime Assad Les prises de position de Bahar Kimyongür lui valent d'être accusé de soutenir le régime de Bachar el-Assad...
Selon la journaliste indépendante Laura-Maï Gaveriaux, Bahar Kimyongür « fait montre d'une expression publique soutenue ressemblant fort à de la propagande pro-Assad, pro-chiite », il a un « tropisme iranien tendance gardiens de la révolution », et un « passé lié à un groupuscule terroriste d'extrême gauche ». Elle affirme que l'intérêt de ce « genre de profils » est « de laisser s'installer l'idée que la Turquie non seulement est liée à Daech, mais qu'elle le commandite »..
Politis reproche en particulier à Bahar Kimyongür de mettre dos à dos le régime et l'opposition dans l'emploi de la violence dans la ville de Deraa en 2011 en mettant en doute l'origine démocratique et pacifique du soulèvement, d'oublier les aspirations démocratiques du peuple syrien, de ne pas évoquer la nature du régime, d'occulter toute la masse de la population syrienne, et d'affirmer que, pour se rendre compte de la « réalité », « il suffirait de regarder la télévision gouvernementale syrienne ».
Pour l'association Souria Houria, qui se définit comme un « groupe de soutien à la révolution du peuple syrien »., Bahar Kimyongür est un « shabbiha médiatique » faisant partie de la « collabosphère propagandiste », soutien d'Assad..
Bahar Kimyongür a pour sa part récusé tout soutien au gouvernement syrien.
Relais de théories du complot Bahar Kimyongür est collaborateur au site de réinformation de Michel Collon., Investig’Action, qui préface et co-édite l’un de ses livres sur la Syrie. Selon Politis, Investig'Action et InfoSyrie.com, « déversent en continu un discours de soutien au régime de Bachar el-Assad » et reprennent les théories du complot du régime.
Selon Conspiracy Watch, après les bombardements de Barzé et de Him Shinshar en 2018, commis en représailles de l'attaque chimique de Douma, il abreuve les réseaux sociaux de documents censés prouver que les frappes occidentales en Syrie n’auraient pas ciblé des sites liés aux armes chimiques illégales détenues par le régime syrien. Conspiracy Watch affirme qu'un tweet de Bahar Kimyongür déforme les propos d'un reportage de CBS News et détourne les conclusions d'un rapport de l'OIAC. Par ailleurs, selon le site web, Bahar Kimyongür promeut depuis plusieurs années la thèse selon laquelle la Syrie et son dirigeant Bachar el-Assad sont victimes d’un complot international..
Condamnation des interventions occidentales Bahar Kimyongür est porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS). En , le CIS organise une manifestation devant l'ambassade d’Israël à Bruxelles pour protester contre deux bombardements israéliens sur les forces militaires du régime syrien près de Damas. À cette occasion, Bahar Kimyongür déclare qu'ils s'opposent à « l'ingérence militaire d'Israël en Syrie » mais qu'ils reprochent également « aux dirigeants européens de vouloir armer les rebelles et de contribuer ainsi à l'intensification de la guerre » en Syrie. Selon la Rtbf, la semaine précédant cette manifestation, l'Union européenne a levé son embargo, « autorisant ainsi chacun des pays membres, selon leur appréciation souveraine » à fournir les rebelles syriens en armes.. Il est opposé à la et en 2013, selon Le Vif, il a manifesté contre la « mansuétude » d'Ankara à l'égard des Belges partis combattre en Syrie.
Condamnation des interventions turques en 2018 En , Bahar Kimyongür condamne l'intervention militaire turque dans le nord de la Syrie dirigée contre les milices kurdes, et l'entente de Washington et Ankara au détriment des kurdes en pointe dans la lutte contre l'État islamique..
Procès
Arrestation et jugement En 2006, le régime d'Ankara dont Bahar Kimyongür est opposant, lance un mandat d'arrêt international à son encontre pour avoir interpellé en 2000 le ministre turc des Affaires étrangères, alors en audition au Parlement européen, sur une grève de la faim dans les prisons turques qui fera .
En 2006, Bahar Kimyongür est arrêté aux Pays-Bas, accusé d'appartenir au groupe marxiste turc « DHKP-C » (ce qu'il nie), après qu'il a traduit un communiqué de l'organisation classée comme terroriste.. Cette traduction lui vaut d'être condamné en première instance en à Bruges et en appel en à Gand, puis d'être acquitté en appel en 2007 à Anvers et en 2009 à Bruxelles à la suite des arrêts de cassation anéantissant les jugements précédents. Lors de son troisième procès en appel, où il est acquitté, les juges refusent de qualifier le DHKP-C de groupe terroriste et organisation criminelle.
Il est de nouveau arrêté en Espagne (). et en Italie ()Marc Metdepenningen, "DHKP-C: Bahar Kimyongur arrêté ce matin à Milan", Le Soir, 21 novembre 2013. (à la demande des autorités turques), puis, face à la vacuité de son dossier pénal, Interpol décide le de radier le nom de Bahar Kimyongür de son fichier. Acquitté par les justices belge, néerlandaise, espagnole et italienne, il reste cependant recherché par la Turquie.
Recherche par les autorités turques En , Bahar Kimyongür est ajouté par le régime de Recep Tayyip Erdoğan sur sa liste de « terroristes les plus recherchés ». Une récompense d'un million de livres turques est promise pour sa capture. Il est qualifié par le ministère turc de l’Intérieur de « représentant féroce d’une organisation terroriste » et de « fondateur d’une organisation terroriste ». Il réagit en portant plainte pour menaces contre le gouvernement turc.. En le gouvernement turc double la prime promise pour sa capture et le porte à deux millions de livres..
Une cinquantaine d'eurodéputés signent en 2021 une lettre adressée à Ursula von der Leyen en soutien à Bahar Kimyongür et en protestation contre le « démantèlement permanent des droits de l'homme et des normes démocratiques en Turquie ».
Soutiens en Belgique et à l'international