est une chanson des Beatles. Préparée dans la foulée immédiate des sessions de l'album , elle est issue d'un collage de deux ébauches : les couplets composés par John Lennon (commençant par la phrase , qu'il adresse au mouvement hippie), jumelés à un refrain signé Paul McCartney (). Enregistrée le aux studios Olympic de Londres, elle est la toute première chanson complètement réalisée par le groupe hors des studios EMI d'Abbey Road.
La chanson paraît en en face B du single , qui se classe en tête des hit-parades des deux côtés de l'Atlantique. Elle apparaît ensuite sur la version américaine de l'album , qui devient finalement la version officielle du disque. Elle fait enfin partie de la bande-son du dessin animé , ce qui lui vaut de figurer en 1999 sur l'album . La chanson a fait l'objet de quelques reprises mineures. Elle a surtout été réutilisée dans le générique de fin du film , consacré à l'ascension de Mark Zuckerberg et de son réseau social Facebook.
Historique Contexte vignette|gauche|Attitude typique des lors d'une grande marche pour la paix en 1967 : une manifestante offre une fleur à un militaire.
En ce printemps de l'année 1967, année selon Paul McCartney, et dont le cœur sera connu comme le (), le mouvement hippie bouillonne du côté de la côte ouest américaine, l'épicentre se situant dans la ville de San Francisco. Vers la fin des sessions de l'album , le bassiste des Beatles y fait d'ailleurs un saut, le , trouvant l'occasion de faire un bœuf avec le Jefferson Airplane, un des groupes porte-parole de la communauté hippie, dont les membres se présentent comme les (« les belles gens »).
Les Beatles ne prennent aucun repos une fois achevé l'enregistrement de leur huitième album. est dans sa phase finale de fabrication pour une parution le , tandis qu'ils enchaînent sur deux projets distincts. D'une part, le dessin animé , pour lequel ils n'ont qu'un intérêt limité et pas franchement le désir de créer des chansons spécifiques, et d'autre part, le film , une nébuleuse idée de Paul McCartney, qui a notamment trouvé son inspiration dans son voyage à San Francisco. L'enregistrement de la chanson-titre ouvre d'ailleurs les sessions consacrées à ce projet, dès le .
Vient s'ajouter en mai une commande de la BBC pour son émission en mondovision , pour laquelle John Lennon compose . L'ingénieur du son Geoff Emerick témoigne de l'ambiance précipitée autour des projets des Beatles : . À l'appui de ces propos, une très longue session nocturne de sept heures, le , sans queue ni tête, improductive, avec les instruments désaccordés et les esprits embrumés sous l'effet des psychotropes, est désertée par George Martin et le personnel technique, laissant le groupe livré à lui-même dans le studio d'.
C'est dans ce contexte général, et seulement deux jours après cette erratique, qu'est créée et enregistrée . À l'origine, c'est la première et une des rares chansons spécialement mises en boîte pour le dessin animé , mais son destin sera finalement anticipé.
Composition John Lennon se lance sur une composition qu'il titre . Complètement dans l'air du temps, il s'adresse aux hippies : () Le critique musical livre pour son analyse de cette section de la chanson :
Paul McCartney concocte pour sa part un de ces refrains entêtants dont il a le secret, constitué essentiellement de la phrase . L'« homme riche » en question, qui , est très probablement le manager du groupe, Brian Epstein. Sur une des prises de la chanson, John Lennon change d'ailleurs en (, (« fag », abréviation de « faggot », a une notion nettement péjorative, même si c'était de la part de Lennon un signe de familiarité, non une insulte (Epstein était homosexuel, un fait que les Beatles avaient accepté depuis qu'il le connaissaient). Le biographe Steve Turner donne d'ailleurs les explications de Lennon au sujet de cette sarcastique plaisanterie :
Les deux sections sont ensuite rassemblées par Lennon et McCartney. Cette technique consistant à attacher ensemble deux de leurs chansons a déjà été expérimentée pour quelques mois plus tôt, et le duo y aura à nouveau recours en 1969 avec .
Enregistrement vignette|Le Rolling Stone Mick Jagger a participé à l'enregistrement de la chanson.|alt=Mick Jagger en concert en 1972 Les studios EMI d'Abbey Road ne sont pas libres au moment où les Beatles veulent enregistrer leur chanson. De plus, ceux-ci sont plutôt enclins à s'extirper de ces quatre murs où ils ont passé la majorité de leur temps ces derniers mois, sans compter le fait que le matériel et les conditions de travail dans les studios sont de moins en moins satisfaisantes. Ceux-ci sont peu confortables pour les artistes, et utilisent toujours des magnétophones à quatre pistes tandis que la majorité des autres studios londoniens possèdent des machines à huit pistes. Profitant de l'absence en studio du Jimi Hendrix Experience, parti en tournée au milieu de l'enregistrement de l'album Axis: Bold as Love, les Beatles prennent donc la direction des studios Olympic; c'est la première fois qu'ils bouclent intégralement une chanson hors des studios d'Abbey Road.
En une seule session, le , de à le lendemain matin, la chanson est enregistrée et mixée. Le groupe réalise douze prises de base avant de choisir la meilleure (la douzième et dernière), pour y ajouter tous les . Trouvaille de John Lennon, il utilise ici un clavier électronique appelé le clavioline, un appareil doté de son propre amplificateur, et de conception monophonique (c'est-à-dire qu'on ne peut en jouer qu'une seule note à la fois). Ancêtre du synthétiseur, il permet de reproduire le son de nombreux instruments, et c'est ainsi que cette sonorité, rappelant un instrument à vent oriental, est entendue tout au long du morceau. Paul McCartney est à la basse et au piano, George Harrison à la guitare, Ringo Starr à la batterie et au tambourin, l'ingénieur du son des studios Olympic Eddie Kramer prête son concours au vibraphone, et tout le monde participe aux refrains et aux claquements de mains. Le chanteur des Rolling Stones, Mick Jagger, est présent lors de cette session et très probablement sur les chœurs du refrain de McCartney. A ce moment-là dans ce studio, les Stones étaient en train d'enregistrer leur album Their Satanic Majesties Request et en profitent pour proposer à Lennon/McCartney pour faire les chœurs de We Love You (en réponse aux soucis judiciaires que connaît le groupe à ce moment-là, surtout avec l'incarcération de leur guitariste Brian Jones).
John Lennon assure pour sa part l'ensemble des parties vocales. Il chante avec une voix de fausset qui émerveille le personnel des studios Olympic. Keith Grant et Eddie Kramer, les ingénieurs du son à la manœuvre aux côtés de George Martin cette nuit-là, , rapporte George Chkiantz, un autre employé des studios Olympic également présent pour cette session. Le travail réalisé chez Olympic est de qualité suffisante pour que l'ingénieur du son « attitré » des Beatles, Geoff Emerick, n'ait pas à retoucher le mixage final. À une époque où le groupe passe de plus en plus de temps sur chacune de ses chansons, le fait que celle-ci ait été bouclée si rapidement est jugé remarquable.
Parution et réception vignette|gauche|Le single / est le dernier single des Beatles mettant en avant John Lennon pour près de deux ans.|alt=John Lennon en 1969
est publiée une première fois en face B du single , le au Royaume-Uni, tout juste cinq semaines après l'arrivée de l'album dans les bacs des disquaires. Sa simple présence, aux côtés de ce colossal succès planétaire, lui assure une très large diffusion. Le single se maintient en première place des hit-parades britanniques durant trois semaines Graham Calkin, « All You Need Is Love b/w Baby, You're A Rich Man », Graham Calkin's Beatles Pages. Consulté le 22 septembre 2011.. Aux États-Unis, édite le même single le . Il atteint également la première place des classements, cette fois-ci pour une semaine seulement « The Beatles U.S. Singles », The Beatles Discography. Consulté le 22 septembre 2011.. Si cette chanson était au départ la première, et une des rares à avoir été spécialement enregistrée dans la perspective du dessin animé , l'opportunité de la commercialiser sur ce 45 tours vient sans aucun doute du fait qu'il s'agissait d'une chanson prête pour une publication décidée dans l'urgence. Qui plus est, comme le note le critique musical Richie Unterberger, le refrain à reprendre en chœur de cette chanson s'accorde parfaitement avec celui d. Ce single marque également un point de rupture dans la mesure où il est le dernier où John Lennon occupe une place prépondérante, jusqu'à la mi-1969.
Par la suite, trouve sa place sur l'édition américaine de l'album publiée le 27 novembre 1967. Cet album est finalement intégré au catalogue « canonique » des Beatles et publié internationalement sur CD en 1987, ce qui explique que les singles de 1967 n'apparaissent pas sur les compilations , celles-ci ne reprenant que les chansons absentes des albums officiels du groupe Graham Calkin, « Magical Mystery Tour », Graham Calkin's Beatles Pages. Consulté le 22 septembre 2011.. La chanson est par ailleurs absente de la première édition de la bande-son de en janvier 1969, bien qu'elle donne lieu à une séquence du dessin animé, mais elle fait partie de la réédition de 1999, « Yellow Submarine Songtrack », AllMusic. Consulté le 22 septembre 2011..
Brian Epstein, évoqué dans cette chanson, meurt d'une overdose de barbituriques le mois suivant sa publication. John Lennon, qui l'avait brocardé à travers cette chanson et avait une relation forte mais tendue avec le manager, tire de cet événement une grande culpabilité, notamment parce qu'il l'avait initié aux pilules et autres drogues. Cette mort déstabilise par ailleurs le groupe qui perd ici un fil directeur : le remplacement d'Epstein devient un des motifs de discorde prépondérants au sein des Beatles.
Structure musicale La chanson, dans la tonalité de sol, n'est basée que sur deux accords : sol et do majeur (mode mixolydien majeur) avec une liaison en fa, selon une structure « AABAB » (deux couplets, refrain, un couplet, refrain ad lib avec fin en fondu). Il s'agit, pour cette époque du groupe, d'une composition assez simple du point de vue de la construction musicale, selon le musicologue Allan Pollack Allan W. Pollack, « Notes on Baby You're a Rich Man », Soundscapes. Consulté le 21 septembre 2011..
Sur les couplets chantés par John Lennon dans les aigus, la basse et la guitare jouent ces deux notes en triple croches, tandis que la batterie multiplie les roulements de caisse claire et de toms. Le piano, sur lequel sont appliqués des effets de réverbération et d'écho, est également très présent, notamment pour lancer chaque refrain. On remarque aussi que la mesure est battue par des claquements de mains accompagnés par un tambourin. Du début à la fin de la chanson, John Lennon multiplie les arabesques au clavioline. L'ambiance générale du titre est dans l'air du temps, c'est-à-dire psychédélique.
Postérité Interprétée dans des genres différents « Baby You're A Rich Man », Beatles Covers. Consulté le 22 septembre 2011., a été reprise une dizaine de fois par des groupes et artistes peu connus « Baby You're a Rich Man », Second Hand Songs. Consulté le 22 septembre 2011.. La version des Beatles accompagne le final du film '' sorti en 2010 : la chanson démarre dans les dernières secondes, au moment où est écrit, en incrustation sur l'image de l'acteur Jesse Eisenberg, , et elle continue durant le générique de fin Damn. The Social Network Ended to One of My Favorite Beatles Songs, “Baby, You’re A Rich Man.”, Nat Finn. Consulté le 22 septembre 2011..
Fiche de production The Beatles John Lennon : chant, clavioline, piano Paul McCartney : chœurs, basse, piano George Harrison : chœurs, guitare électrique, claquement de mains Ringo Starr : batterie, tambourin, maracas, claquements de mainsMusiciens additionnels Eddie Kramer : vibraphone