thumb|Vue intérieure de la nef et du chœur thumb|Tympan du portal principal de la façade
La collégiale Saint-Florent de Niederhaslach à trois nefs de Niederhaslach dans le Bas-Rhin est l'un des bâtiments sacrés les plus représentatifs de l'architecture gothique dans ce département, en dehors de Strasbourg. Elle doit son origine à saint Florent, évêque de Strasbourg au , fondateur, selon la tradition, du monastère bénédictin d'Haslach. L'édifice, construit aux , fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1846. Il a bénéficié d'une importante restauration entre 1853 et 1870. Histoire L'église autrefois dédiée à saint Florent fut érigée à partir de 1274 à l'emplacement d'une construction précédente détruite, qui datait du début du et qui, à partir de 810, après l'assentiment de l'évêque de Strasbourg, Rachio, servit de châsse aux reliques du saint fondateur Châsse de saint Florent. La construction du nouvel édifice se poursuivit jusqu'en 1385, ralentie par deux accidents : un incendie qui le ravagea le (de l'édifice du seul subsiste le chœur ainsi que ses vitraux) et la mort accidentelle de l'architecte Gerlach von Steinbach (fils d'Erwin von Steinbach) en 1330.
L'église, pillée en 1525 pendant la guerre des Paysans, fut incendiée par des soldats suédois qui saccagent le village le , au cours de la guerre de Trente Ans. Le bâtiment, sommairement restauré, est ensuite détourné de son usage au cours des siècles suivants : en 1744, pendant la Guerre de Succession d'Autriche, la région étant occupée par les Pandours autrichiens, il servit brièvement de remise et d'abattoir ; sous la Révolution, les biens du Chapitre sont confisqués et vendus. L'édifice ne fut rendu à sa splendeur originelle que grâce à une restauration complète entre 1853 et 1870 sous l’impulsion du Curé Kramer et menée par Émile Boeswillwald, architecte des Monuments Historiques de France, suivie de celle des vitraux de 1870 à 1887. En 1990 débuta une nouvelle rénovation générale, achevée en 2006.
Les partis et les choix de conservation de l'église Saint-Florent L’historique est particulièrement riche d’enseignements et constitue un préalable à la définition du parti, des doctrines et techniques de conservation - restauration qui ont été arrêtésÉtude et maîtrise d’œuvre réalisées par Daniel Gaymard, Architecte en chef des monuments historiques : l’ancienne collégiale doit son vocable à saint Florent, ermite qui aurait vécu au , au temps du roi Dagobert II (656-679), et qui passe pour en être le fondateur. L’existence d’une église du est attestée par le résultat des fouilles entreprises lors de la campagne de restauration dirigée en 1853 par l’architecte Émile Boeswillwald. Mais nous ne sommes que peu renseignés sur ce premier monument.
On a mis au jour, dans les massifs flanquant l’abside du chœur, des vestiges permettant de supposer que l’édifice avait vingt mètres de large et était doté de deux absidioles de trois mètres de large et d’une abside centrale de sept mètres de large. Avant 1096, l’église était dédiée à la Vierge Marie et à la Sainte Trinité. C'est au cours du , les moines étant remplacés par des chanoines, qu'elle devient église collégiale. Elle fut ensuite consacrée plusieurs fois au cours de son histoire, finalement à saint Jean-Baptiste, en 1804.
thumb|right|Inscription sur l'un des contreforts du chevet mentionnant l'incendie Une deuxième église est érigée au : le chœur est achevé en 1274 et la nef en 1287. C’est alors qu’un incendie ravage la nouvelle église – précision apportée par une inscription inachevée gravée sur l’un des contreforts du chevet : « Un nouveau sanctuaire fut commencé en 1274. C'est du moins la date d'une lettre d'indulgence accordée par l'évêque de Strasbourg, Conrad de Lichtenberg. Elle nous apprend que le chantier était déjà ouvert. Les travaux furent menés avec célérité, car un incendie survenu en 1287 détruisit la nouvelle église, à l'exception de l'abside. Sur un contrefort se lit encore l'inscription suivante : Anno Dni MCCLXXXVIII - III nonas junii conbu ».. Seule l’abside échappe à la destruction (selon une lettre d’indulgence émise aux environs de 1300 par l’évêque de Strasbourg). Une importante donation épiscopale en 1289 permet d’entreprendre les travaux d’une troisième église. Ceux-ci paraissent débuter par l’édification de la façade.
La construction de l’avant-chœur a dû suivre dans les années 1295 à 1300, mais les ressources financières venant à manquer, le chantier est ralenti. Le chœur est en effet achevé en 1316. En 1329 le maître d’œuvre de la collégiale, Gerlach, fils d’Erwin de Steinbach, architecte de la cathédrale de Strasbourg, se tue en tombant de l'échafaudage. La chapelle Notre-Dame (chapelle de la Vierge douloureuse) peut être située vers 1344. La nef semble toujours être en construction à cette époque. Vers 1385, on entreprend l’édification des murs d’enceinte des bâtiments collégiaux. Les renseignements font ensuite défaut jusqu’au .
En 1525, lors de la guerre des Paysans, le chapitre est pillé. La partie supérieure du massif occidental est détériorée lors de la guerre de Trente Ans. Le , le feu est mis à l’église malgré l’intervention du roi Louis XIII. Les dommages intérieurs semblent avoir été limités puisque les vitraux du chœur et des bas-côtés ont été conservés.
La restauration des toitures n’est pas commencée immédiatement, les chanoines envisageant d’aller s’installer à Strasbourg. Les toitures et les voûtes n’ont été restaurées, semble-t-il, que dans le dernier quart du (on adopte alors des toitures débordantes recouvrant les anciens chéneaux en pierre). La mise en place de nouvelles stalles en 1691 indique probablement l’achèvement des travaux de restauration. Au ne se produisent que peu de changements. En 1730, un orgue Waltrin et Rohrer est installé. Après 1778 est mis en place un autel en stuc-marbre. Parallèlement, un décor en stuc avec dorure est réalisé, vraisemblablement sur l’ensemble des murs. La pose d’une nouvelle menuiserie de porte de style classique est confirmée par une lithographie d’Engelmann de 1828. L’église est abandonnée à la Révolution, mais ne subit d’autres dommages que ceux causés par un manque d’entretien, si l’on en croit la description faite au milieu du par le curé Kramer et l’historien Schneegans. En 1843, l’architecte d’arrondissement Morin restaure la base de la façade et la toiture du bas-côté sud en rétablissant l’ancien chéneau. Il installe également des grillages pour assurer la protection des vitraux.
La restauration de Boeswillwald
En 1846, l’église est classée monument historique, et en 1848, Boeswillwald est chargé de l’édifice : il propose un projet de restauration générale avec restitution des parties disparues au (trois planches datées du sont précieusement conservées aux archives de la direction de l’architecture et du Patrimoine). Une première tranche de travaux est alors réalisée de 1854 à 1861. Sous la direction de l’architecte Cron, on réalise la restauration du chœur, la consolidation des contreforts, la pose d’une charpente neuve avec couverture en ardoise (en remplacement des bardeaux), l’installation de larges chéneaux en pierre de part et d’autre de l’avant-chœur, entre la chapelle de la Vierge et la chapelle Saint-Joseph, la réfection des remplages des fenêtres, la reconstruction des arcs-boutants avec restitution des pinacles.
La deuxième campagne de restauration dure de 1867 à 1871. La tour-porche est surélevée, portée à 42 m de haut ; les vitraux du chœur sont restaurés par la maison Petit-Gérard ; dans la première travée, on construit trois arcades pour porter la tribune d’orgue ; en 1870, on pose un nouvel orgue Stiehr. Les restaurations se poursuivent après l'annexion de l'Alsace-Lorraine. En 1875, l’architecte Bryon, sous la direction de l’architecte Winkler, surmonte le pignon ouest de la chapelle Saint-Joseph d’un clocheton en pierre. En 1879-1880, on remet en état les intérieurs de la chapelle de la Vierge. En 1887, la maison Ott-Frères restaure les vitraux de la nef. En 1897, l’avant-chœur est mis en peinture : faux-appareil sur les murs, polychromie sur les clés et les nervures (encore en place actuellement). En 1902-1904, sous la direction de l’architecte Wiegand, l’extérieur du massif occidental est réparé et on remplace le buffet projeté par Boeswillwald par un orgue de Rinckenbach en deux parties, de manière à dégager la rose de la façade occidentale.
En 1931 sont installés de nouveaux vitraux dans la chapelle de la Vierge. En 1979, les couvertures du bas-côté sud sont refaites. En 1986, on pose une couverture neuve sur la chapelle Saint-Joseph.
L’aspect actuel de l’église résulte de la grande restauration effectuée de 1854 à 1871. Celle-ci a mis fin à l’état de grande vétusté et de délabrement. Boeswillwald a entrepris une restauration systématique des charpentes, couvertures et maçonneries (arcs-boutants déposés et reposés, avec réfection à neuf de la quasi-totalité des remplages des fenêtres). Cependant, la restauration ne s’est pas limitée à la sauvegarde de l’état existant, mais d’importantes restitutions ont été opérées, à savoir la mise en place de gâbles et pinacles sur les culées des arcs-boutants de la nef ainsi que sur les contreforts de la chapelle sud et de l’avant-chœur. La présence antérieure de ces pinacles n’est pas attestée, mais probable. La surélévation de sept mètres de la tour formant massif occidental, avec grande toiture à quatre pans, ne s’appuie sur aucune donnée archéologique et paraît pour les spécialistes actuels peu vraisemblable. Boeswillwald crut devoir inventer aussi une flèche en maçonnerie ajourée au clocheton de l’avant-chœur. En ce qui concerne la toiture, il avait opté pour une couverture en ardoise qui n’était pas le matériau employé à l’origine. Lorsque Boeswillwald entreprit les travaux, l’édifice était couvert en tuiles plates, sauf le massif occidental qui était en bardeaux de bois. Il est possible qu’à l’origine toute l’église ait été couverte avec ce matériau, Niederhaslach se trouvant dans une région qui, depuis toujours, est productrice de bois. Bien des moulures et des réseaux originaux des fenêtres ont par ailleurs été perdus, ce qui constitue une perte très grave du point de vue de l’histoire de l’art.
Les raisons et le parti de la restauration de 1990-2006 Les principes de restauration ne sont plus les mêmes au ; ils résultent désormais d’une réflexion collective précédant la décision d’un parti de conservation-restauration à travers les avis des différents services, de l’inspection générale de l’architecture et du Patrimoine et de la Commission nationale des monuments historiques. Les principes de conservation-restauration sont, pour l’essentiel, étudiés en amont et non plus improvisés en cours de chantier comme c’était souvent le cas dans le passé.