Un idiotisme gastronomique est une locution qui emprunte des termes liés à la nourriture, l'alimentation et la cuisine comme métaphore.
Métaphores de la nourriture La façon dont les peuples se nourrissent structure leur organisation sociale (division du travail) et leur perception du réel. Dans toutes les langues, de nombreuses expressions quotidiennes font référence à des aliments ou à la façon de les préparer. La plupart du temps, elles sont utilisées comme métaphores muettes, mais il arrive que l'actualité rende perceptibles les enjeux qui les sous-tendent, comme le montre la détermination d'un restaurateur américain qui alimenta la décision du Congrès des États-Unis de débaptiser les french fries (les frites) des cafétérias, en 2003, pour en faire des freedom fries, signifiant qu'il ne digérait pas l'affront du refus français de s'embarquer dans l'aventure irakienne.. Cette vengeance à chaud avait des précédents : pendant la guerre de 1914-1918, la choucroute américaine, de sauerkraut était devenue freedom cabbage (« chou de la liberté »), locution vite oubliée, tandis que les frankfurters étaient devenues des hot-dogs, idiotisme animalier qui allait faire le tour du monde.
En Californie, les producteurs de pruneaux, chagrins de la contre-publicité dont ils sont victimes à cause de l'idiotisme dried prune (« ridée comme un pruneau »), décident en 2000 de commercialiser leur produit sous l'appellation , le mot « prune » (plum) étant associé en anglais à des images de rondeurs et de fraîcheur juvéniles..
Bien que le thème « idiotismes gastronomiques » n'ait pas fait l'objet de travaux de recherche per se, différentes disciplines se sont attaquées au problèmeVoir le programme The Language of Food sur le site de l'Université de Stanford et la bibliographie afférente.. L'ethnologie, notamment Claude Levi-Strauss dans son ouvrage, Le Cru et le Cuit, s'y est intéressé.
Le structuraliste Roland Barthes consacre quatre articles de ses Mythologies à la thématique de l'alimentation. Les psychologues ont étudié la façon dont certaines métaphores utilisées par les parents définissaient la perception de soiGeorge Lakoff et Mark Johnson, Metaphors We Live By (Les Métaphores selon lesquelles nous vivons), Université de Chicago, 1980, ., une approche féministe montre comment les femmes sont amenées à se définir en fonction d'une série de métaphores liées à la nourriture et à la cuisineCaitlin Hines, « Rebaking the Pie: The Woman as Dessert Metaphor » (littéralement « Refaire cuire la tarte. Métaphore de la femme-dessert »), dans Reinventing Identities: The Gendered Self in Discourse (Réinventer l'identité. Le sujet et son genre dans le discours), édité par M. Bucholtz, A. C. Liang et L. A. Sutton, Oxford University Press..
La psychanalyse, notamment lacanienne, est évidemment sensible à la dimension métaphorique du discours, et peut être amenée à étudier le corpus de locutions liées à la nourriture dans le discours des boulimiques ou des anorexiques..
Petit glossaire d'idiotismes français A abricot « abricot » : sexe féminin en argot. « avoir l'abricot en folie » (métaphore sexuelle en argot) : être au comble de l'excitation. andouille « andouille » : imbécileLexilogos. « dépendeur d'andouilles » : triple sot. artichaut « avoir un cœur d'artichaut » : être tendre, tomber facilement amoureux, être volage.. asperge « une asperge », « une grande asperge » : personne, souvent une fille ou une femme, très grande et mince.. métaphore du sexe masculin, notamment dans « aller aux asperges » : faire le trottoir, se prostituer. assiette «ne pas être dans son assiette » : ne pas se sentir bien. « l'assiette au beurre » : source de profit. . auberge « ne pas être sorti de l'auberge » : avoir encore beaucoup de problèmes, de travail, de difficultés.. « auberge espagnole » : institution ou espace de discussion où les participants ne trouvent rien d'autre à se partager que ce qu'ils auront eux-mêmes apporté. aubergine « aubergine » : contractuelle (à Paris, policière, préposée au contrôle du stationnement) dont l'uniforme est de la couleur de l'aubergine. Fut appelée « pervenche » au temps du précédent uniforme. métaphore du sexe masculin, notamment à l'écrit par l'intermédiaire de l'émoji (🍆), sur les smartphones.
B bacon « avoir du bacon » (Québec) : avoir de l'argent. « faire le bacon » (Québec) : faire une crise, particulièrement utilisé lorsqu'un enfant se roule par terre, bougeant tel une tranche de bacon crépitant dans une poêle.. baloney « avoir un os dans le baloney » : avoir un problème, un pépin.. banane « avoir la banane » : être souriant, heureux ; être en forme. « ne pas avoir inventé la machine à cintrer les bananes » : se dit d'une personne sotte, sans aucune créativité. « république bananière » : pays dirigé par un gouvernement corrompu. beurre « faire son beurre » : faire des profits souvent illicites. « mettre du beurre dans les épinards » : améliorer sa situation. « vouloir le beurre et l'argent du beurre » ou « vouloir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière » : tout vouloir, sans contrepartie. « et ta sœur ? », ou « Et ta sœur ? elle bat le beurre » : de quoi je me mêle. ! « promettre plus de beurre que de pain » : promettre plus qu'on ne peut donner. « fondre comme beurre au soleil », « fondre comme du beurre » : disparaître à toute vitesse. « être tout en beurre » ou « avoir des mains de beurre » : être mou. « entrer comme dans du beurre » : entrer très facilement. « compter pour du beurre » : compter pour rien. « pas plus de… que de beurre en branche, ou en broche » : rien. « œil au beurre noir » : œil meurtri après un coup. « beurré comme un p'tit Lu » : ivre mort« Je voudrais que grand-mère/ Ne me réveille plus/ Quand elle rentre le matin / Beurrée comme un p'tit Lu », Pierre Perret, Noël avant terme, 1964.. « BOF » : Abréviation de Beurre, Œuf, Fromage ; commerçant vendant, parfois au marché noir, ces aliments durant la Seconde Guerre Mondiale « être comme pain et beurre » : personnes inséparables, se dit de personnes ou choses indissociables, qui viennent logiquement par deux. « ne pas avoir inventé le fil à couper le beurre » : être d’une intelligence réduite, un peu benêt ; ne pas être très malinwiktionnaire. « inventer le fil à couper le beurre » : faire une proposition ridicule, à laquelle tout le monde avait déjà pensé : Souvent à la forme négative : (cf. inventer l'eau tiède). biscuit « tremper son biscuit » : pénétration du sexe masculin lors de l'acte sexuel.. « avoir des biscuits » : avoir de quoi faire face à une situation (arguments, argent, relations…) qui pourrait peut-être paraître délicate. « Ne pas s'embarquer sans biscuits ». blé « avoir du blé » : avoir de l'argent. « être fauché comme les blés » : ne plus avoir d'argent. bol « en avoir ras le bol » : en avoir assez, être exaspéré, être excédé. « avoir du bol » : avoir de la chance. « coupe au bol » : style de coiffure (obtenue en appliquant un bol sur la tête puis en coupant tout ce qui dépasse). bonbon « coûter bonbon » : être très onéreux. « casser les bonbons » (populaire) : importuner beaucoup.. bouchée « n'en faire qu'une bouchée » : dominer facilement, en venir aisément à bout. « pour une bouchée de pain » : pour (presque) rien. « bouchée de roi » : mets excellent (digne d'un roi).. « mettre les bouchées doubles » : accélérer l'accomplissement de quelque chose. boudin « C'est un boudin, un petit boudin » : « fille mal faite« Au départ c'est rien / Qu'une petite gourde / Un petit boudin », Serge Gainsbourg, Les Petits Boudins, 1967.». « faire du boudin » : bouder. « tourner en eau de boudin » : se dit d'une situation ou d'une conversation qui tourne mal, qui dégénère. « clair comme du jus de boudin » : une explication trouble, confuse. bouillie « faire de la bouillie pour les chats » : faire un travail totalement raté, qui ne pourra être d'aucune utilité. bouillon « boire le bouillon » : avaler de l'eau en nageant (cf. boire la tasse), subir des pertes importantes à la suite d'une mauvaise spéculation. « bouillon de onze heures » : breuvage empoisonné, poison.. « boire le bouillon de onze heures » : passer de vie à trépas. bouteille « prendre de la bouteille » : prendre de l'âge, vieillir. « avoir de la bouteille » : avoir de l’expérience. « c'est la bouteille à l'encre » : c'est très obscur (en parlant d'un discours, d'une situation, d'un débat autour d'une question controversée). brioche « prendre de la brioche » : prendre du ventre, grossir..
C café « fort de café » : impensable.. « faire le café » : être bon ou bonne à tout faire (se dit aussi bien d'un objet matériel ou immatériel que d'une personne). cake « démouler un cake » : déféquer. « faire son cake » : avoir un comportement physique prétentieux. « tronche de cake » : imbécileexpressio.fr. carafe « n'avoir rien dans la carafe, dans le carafon » : imbécile, qui ne comprend rien. « rester en carafe » : rester tout seul, être oublié. « tomber en carafe » : tomber en panne (en général pour une voiture). carotte « les bœuf-carottes » : la police des polices. « Les carottes sont cuites » : tout est perdu. Il n'y a plus aucun espoir. « marcher à la carotte » : n'accepter d'agir que poussé par l'appât d'un gain, fût-il illusoire.. « carotte » : petite escroquerie, duperie, supercherie (a donné le verbe « carotter »). « tirer une carotte à quelqu'un » / « carotter » : soutirer habilement quelque choseLittré, avec explication. « tirer la carotte » : être un tire-au-flanc. « jouer la carotte » : jouer d'une manière mesquine, en ne hasardant que très peu. « ne vivre que de carottes » (vieilli) : vivre chichementLittré. « ficelé comme une carotte (de tabac) » : habillé très serré. « poil de carotte » : roux, personne à poil roux. manier le bâton et la carotte : motiver alternativement par la menace et la récompense. casserole « passer à la casserole » : être soumis à une dure épreuve, ou en parlant d'une femme, être contrainte à une relation sexuelle.. « chanter comme une casserole » : chanter faux.. « traîner des casseroles » : avoir la réputation d'avoir trempé dans des affaires pas très nettes. cerise « c'est la cerise sur le gâteau » : le petit détail qui parfait une réalisation ou au contraire, selon le contexte, un élément final défavorable (« le pire », « le comble »), synonyme, dans ce cas, de « c'est le bouquetEric Zolla, François Hamon et Julie Coppé, La Saveur des mots. 30 recettes originales d'une langue gourmande, Éd. Autres Temps, 2012 .». « au temps des cerises » : au printemps; dans un avenir radieux, par référence à la chanson. « avoir la cerise » : être chanceux (cf. au contraire « avoir la guigne » : être malchanceux). « se refaire la cerise » : reprendre des forces, se refaire une santé. chair « manger de la chair par les deux bouches » : se disait au Moyen Âge d'une « femme sexuellement affamée ». champignon « appuyer sur le champignon » : accélérer en actionnant la pédale d'accélérateur d'un véhicule à moteurDéfinitions lexicographiques [archive] et étymologiques [archive] de « Champignon » du TLFi, sur le site du CNRTL.. « pousser (venir) comme un champignon » : se développer rapidementAlain Rey et Sophie Chantreau, 2007, Dictionnaire d'expressions et locutions, Dictionnaire Le Robert, n°.. « ville champignon» : une ville nouvelle qui s'est développée très rapidement, à l'instar des sporophores. « champignon atomique » : nuage formé lors d'une explosion nucléaire. « né comme un champignon » (ironique) : né apparemment de nulle part, comme un champignon, c'est-à-dire de père inconnu. charbon « être sur les charbons ardents » : éprouver une vive impatience, souffrir d'une attente comme d'une brûlure; être en manque, attendre impatiemment une satisfaction sexuelle promise, mais qui tarde à venir. « aller au charbon » : aller au travail ; se charger d'effectuer une tâche pénible.