Jean-François Pilâtre de Rozier (1754-1785) est un scientifique français des Lumières et, avec François Laurent d'Arlandes, l'un des deux premiers aéronautes de l'histoire.

Biographie Jean-François Pilâtre de Rozier naît à Metz, place forte des Trois-Évêchés, dans le quartier du fort Moselle qui vient d'être édifié, le . Il est le quatrième enfant de Mathurin Pilastre, dit « du Rosier », ancien militaire (sergent du régiment de Picardie) installé comme aubergiste, et de Magdeleine Wilmard..

Ses maîtres du collège royal de Metz le jugent étourdi, dissipé, et rebelle à l'étude. Il préfère la chimie et les sciences naturelles au latin. On le destine à être chirurgien, mais le théâtre anatomique répugne à l'élève en chirurgie de l'hôpital de Metz, si bien qu'il est placé en apprentissage chez un apothicaire. À dix-huit ans, il se rend à Paris où il attire l’attention de personnes influentes, notamment du duc de La Rochefoucauld qui le présente à Lavoisier, au marquis de La Fayette et à Déodat Gratet de Dolomieu.

vignette|gauche|Pilâtre de Rozier soufflant de l'hydrogène dans une flamme. En 1780, il part pour Reims assurer des présentations de physique et chimie à l’académie de Reims. Mais il revient rapidement à Paris, où il est nommé intendant des cabinets de physique, de chimie et d’histoire naturelle de « Monsieur », comte de Provence, frère du Roi. Le docteur François Weiss, médecin ordinaire du roi pour le château de la Muette, le prend dans son laboratoire de recherche, lui assure une rente et le destine à prendre sa suite. La veuve du docteur dont il est secrètement amoureux, le fait nommer valet de « Madame », la comtesse de Provence. « Monsieur » devient son nouveau protecteur, ce qui permet à Pilâtre de s'adonner à de nombreuses expérimentations (masque à gaz, bougie phosphorique, teinture d'étoffes) et recherches (sur la foudre, l'hydrogène) sans souci financier..

En 1781, il crée le musée de Monsieur, sorte de lieu d'enseignement privé, où il fait des expériences de physique et donne des cours sur les sciences aux membres de la noblesse. L'inauguration a lieu le .. En 1784, le musée emménage rue de Valois.

En 1785, Pilâtre de Rozier meurt lors d'une tentative de traversée de la Manche en ballon mixte gaz/montgolfière de sa conception. Il est inhumé dans le cimetière de Wimille. Un monument, élevé sur le mur qui borde la grand route de Boulogne à Calais, indique le lieu de sa sépulture, à quelque distance de son point de chute. Il ne laisse aucun descendant.

Après son décès, le musée de Monsieur deviendra Lycée Républicain, puis sous le Consulat Athénée de Paris, et finalement Athénée royal.

Carrière d'aéronaute Le premier vol en aérostat vignette|Premiers vols habités captifs, en octobre 1783.

En 1783, quand les frères Montgolfier arrivent à Paris auréolés des premiers essais à Annonay, le jeune physicien leur offre ses services. Il assiste le au premier vol habité avec des animaux, un coq, un canard et un mouton. Malgré ce succès, le roi ne veut pas prendre le risque d'un vol humain. Pilâtre de Rozier, aidé de Barthélemy Faujas de Saint-Fond, du marquis d'Arlandes et de Marie-Antoinette d'Autriche dont il est devenu un intime, négocient pour qu'il accepte..

En octobre, la nouvelle montgolfière est testée captive avec des cordes de . Le premier essai a lieu le 12, Pilâtre de Rozier participant aux tests du 15 et du 17. Suivent d'autres essais, notamment pour peaufiner et maîtriser l'alimentation du foyer afin de produire l'air chaud. Le premier vol libre habité a lieu le à Paris, Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes ont pris place dans la nacelle. Partis des jardins de La Muette (actuel , à l'ouest de Paris), le vol dure une vingtaine de minutes jusqu'à la Butte-aux-Cailles (actuel , au sud-est de la capitale).

Vol de Lyon

Le , il se rend à Lyon, et monte à bord du Flesselles, une immense montgolfière de (celle du premier vol faisait ). Il emmène six passagers, dont Joseph Montgolfier. Le vol dure seize minutes, pendant lesquelles le ballon effectue une boucle sur un quart de lieue..

Vol scientifique Au début de 1784, Étienne Montgolfier, ayant récupéré le ballon du premier vol humain, reçoit des fonds du gouvernement pour le réparer et le modifier. Il se trouve chez Jean-Baptiste Réveillon devenu spécialiste des ballons. Étienne Montgolfier, depuis Annonay lui envoie les modifications : le ballon assez proche des montgolfières actuelles, fait de haut pour de volume. La partie haute du ballon est faite de peaux fines de mouton () pour augmenter la résistance. La partie basse est fabriquée avec la récupération du ballon précédent.

Le ballon est testé en captif dans le courant du mois de mai par le marquis de Montalembert, membre de l'Académie des sciences.

Le ballon devait être emballé et envoyé à Annonay, pour qu'Étienne Montgolfier puisse faire des essais de direction. Mais le roi Gustave III de Suède venait à Paris et avait déjà assisté à un vol, à Lyon, celui de la première femme aéronaute, Élisabeth Tible. Afin de l'épater, on organise une fête « aéronautique ». Pilâtre de Rozier était sur les rangs et après quelques projets plus ou moins réalisables, il est décidé de réquisitionner le ballon d'Étienne Montgolfier.

Pilâtre de Rozier est choisi comme passager ; il aide le chimiste Louis Joseph Proust, passionné d'aérostation, qui avait donné des cours à son musée. Le ballon étant conçu pour les hautes altitudes, des expériences étaient prévues.

Un essai captif est réalisé et concluant : le ballon reste cinq heures en l'air. Le ballon est donc expédié à Versailles. vignette|gauche|L'envol de La Marie-Antoinette, le . Le , le ballon, baptisé La Marie-Antoinette en l'honneur de la reine, s'éleve devant le roi de France et celui de Suède, à Versailles, emmenant Pilâtre de Rozier et Joseph Louis Proust. Ils montent régulièrement, se dirigent vers le nord. Ils vont atteindre l'altitude estimée de après avoir traversé les couches nuageuses. Hors de la vue du sol, dans le froid et les turbulences ils décident de redescendre. Après de vol, ils ont parcouru et se posent, après avoir dépassé Luzarches, entre Coye et Orry-la-Ville, avant la forêt de Chantilly. Comme souvent sur ces premières montgolfières, une fois posées, le foyer n'est plus assez actif pour fournir suffisamment d'air chaud mais assez pour brûler une partie du ballon. Ils doivent donc déchirer la base de la montgolfière et la foule des badauds achève de détériorer le reste.

Trois records du monde sont battus : distance, vitesse, altitude.

Étienne Montgolfier désira plus tard récupérer le ballon, mais il n'était vraiment pas récupérable et le gouvernement n'accepta plus de donner de l'argent pour sa réparation.

Tentative de traversée de la Manche et mort vignette|L'aéro-montgolfière de 1785. Pilâtre souhaitait réaliser la traversée de la Manche dans le sens France-Angleterre, c'est-à-dire contre les vents dominants. Dès le mois d', encouragé par son voyage de Paris à Chantilly, il rencontre le physicien Pierre-Ange Romain pour l'étude d'un ballon capable de faire la traversée. Un contrat est même signé pour que Romain construise le ballon et l'accompagne dans l'aventure.

Du fait qu'une tentative dans l'autre sens était en projet (tentative de Jean-Pierre Blanchard, financée par son ami américain, John Jeffries), Pilâtre de Rozier obtient assez facilement du gouvernement français une somme d'argent pour construire son ballon. Les deux frères Romain le construisent à Paris. Comme la traversée avec une montgolfière était impossible du fait de l'autonomie réduite de ces dernières — la masse de paille à emmener eût été énorme — il est décidé de construire un ballon mixte, à air chaud et à gaz, assez en avance pour son temps, qu'ils appelent « aéro-montgolfière » (ce type de ballons s'appelle « rozière » de nos jours, en hommage à Pilâtre de Rozier). C'est une « charlière » sphérique (c'est-à-dire un ballon à gaz), avec, en dessous, une montgolfière de forme à peu près cylindrique, l'ensemble faisant de haut.

Le ballon est terminé en , mais il n'est acheminé à Boulogne-sur-Mer qu'en décembre, le voyage étant prévu au tout début janvier. Puisqu'en hiver, les vents ne sont pas fréquemment favorables. Ils doivent attendre, Pilâtre de Rozier effectue même un voyage en bateau à Douvres où il rencontre son concurrent.

Le , un ballon à gaz (gonflé à l'hydrogène), piloté par Jean-Pierre Blanchard et le duc de Jeffries, traverse la Manche dans le sens Angleterre-France, le sens des vents dominants.

Pilâtre de Rozier les accueille à Calais et les accompagne à Paris, renonçant à son projet. Ce renoncement est probablement mal reçu par Calonne, le contrôleur général des finances, puisqu'il l'a financé. Il faut que ce ballon redore le prestige du roi, Pilâtre de Rozier repart donc à pied d'œuvre, à Boulogne-sur-Mer, dès le . Pierre Romain et lui font plusieurs tentatives qui s'avèrent infructueuses. Les jours puis les mois passent, le ballon doit être réparé plusieurs fois. vignette|Mort de Pilâtre de Rozier et de Pierre Romain le 15 juin 1785. vignette|Carte postale commémorative de la mort de Pilâtre de Rozier et de Pierre Romain (imprimée entre 1890 et 1900). Le , profitant de vents favorables, ils s'envolent vers la mer. Mais un vent d'ouest les ramène à à l'intérieur des terres alors qu'ils s'étaient éloignés d'à peu près cinq kilomètres. À ce moment le ballon se dégonfle brusquement et ils s'écrasent au sol. Ils tombent sur le territoire de la commune actuelle de Wimereux (anciennement Wimille), près de Boulogne-sur-Mer, devenant les deux premières victimes de l'air. Les causes exactes de l'accident sont assez mal connues. Il ne semble pas qu'il y ait eu d'incendie. Il se pourrait que la soupape du ballon à gaz actionnée pour la descente ait entraîné une déchirure de celui-ci, ce qui aurait provoqué la chuted'après retranscription parue dans l’Almanach du Pas-de-Calais de 1862 (consultable aux Archives départementales du Pas-de-Calais à Dainville) d’un texte de l’Almanach d’Artois de 1785..

Postérité Les ballons sustentés à la fois par gaz et par air chaud s'appellent des « rozières ».

Un dirigeable de l'armée française a été baptisé Pilâtre-de-Rozier. Cet appareil s'est écrasé à Vœllerdingen le , tuant les neuf membres d'équipageBallon Pilâtre-de-Rozier..

L'association qui organise le Mondial Air Ballons s'appelle Pilâtre de Rozier.

À Wimille, lieu de l'accident mortel, une rue et un collège portent le nom de Pilâtre de Rozier.. Dans le arrondissement de Paris, au sein du jardin du Ranelagh, l'allée Pilâtre-de-Rozier lui rend hommage. Dans le arrondissement de Paris, le collège public situé au porte le nom de Pilâtre de Rozier et a pour emblème un blason qui rappelle les premiers ballons à air. À Châtenay-Malabry, la rue et l'allée Pilâtre de Rozier lui rendent hommage.

Philatélie Pour le de la mort accidentelle de l’aéronaute Jean-François Pilâtre de Rozier, un timbre-poste français est émis le Voir le timbre-poste..

Deux autres timbres sont émis en 1983, sous forme de triptyque avec une vignette sans valeur faciale, pour le « bicentenaire de l'air et de l'espace ».

Cinéma 1936 : La Conquête de l'air (Conquest of the Air) de Zoltan Korda, avec John Abbott dans le rôle de Pilâtre de Rozier.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Histoire de l'aérostation. Montgolfière Frères Montgolfier Cratère lunaire Pilâtre Rozière (ballon)

Bibliographie .

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Liens externes

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