Le laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH), est un service à compétence nationale du ministère français de la Culture, rattaché à la Direction générale des patrimoines. Il fait partie du Centre de recherche sur la conservation (CRC), équipe associée à l’UAR 3224 du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) composée également du Centre de recherche sur la conservation des collections (CRCC) et de la Conservation-Recherche du Musée de la musique.

Le LRMH est chargé de mener des études scientifiques et techniques ainsi que des recherches sur la conservation des édifices et objets du patrimoine culturel protégés au titre des Monuments historiques. Il en étudie les matériaux constitutifs et les phénomènes d’altération qui en compromettent la conservation. Il travaille sur les traitements à appliquer aux œuvres altérées, ainsi que sur les conditions de conservation des monuments et objets étudiés. Il diffuse le plus largement possible le résultat de ses études et de ses recherches.

Un service public au service du patrimoine Son histoire Dans les années 1960, Jean Taralon (1909-1996), inspecteur en chef des Monuments historiques (que l’on peut considérer comme le véritable fondateur de ce qui deviendra le LRMH), avait alerté ses supérieurs sur la nécessité d’une structure scientifique dédiée aux problèmes des monuments historiques. Il s’inquiétait en effet, depuis longtemps, du caractère incontrôlable des procédés traditionnels utilisés dans la restauration des monuments historiques et souhaitait voir les opérations de conservation mieux encadrées avec des méthodes validées scientifiquement.

Les effets secondaires potentiels des traitements devenaient en effet des questions majeures que l’on devait se poser lors des interventions de nettoyage ou de restauration sur des monuments. Le sentiment croissant de la complexité des questions, de l’insuffisance des moyens et des précautions à prendre, s’accompagnait de celui de la spécificité des objets rencontrés (vitraux, peintures murales, etc.) qui devaient être conservés in situ dans des conditions plus difficilement contrôlables que celles d’un musée. Cette démarche intellectuelle s’inscrit dans le souci d’élaboration d’une déontologie de la restauration dont le point culminant a été, en 1963, l’adoption de la Charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites dite « Charte de Venise » impulsée principalement par des architectes. C’est cette même année qui vit la publication de la Théorie de la restauration de Cesare Brandi, consacrée aux œuvres d’art, qui fait toujours référence aujourd’hui. C’est aussi l’année qui vit la fermeture de la grotte de Lascaux par André Malraux, en raison de l’apparition de maladies verte et blanche. Jean Taralon s’est alors inscrit, de façon visionnaire, à la croisée de tous ces chemins.

Pour diverses raisons, politiques, administratives comme financières, ce n’est qu’en 1967 que la première « cellule de recherche » au sein du Centre de recherches des monuments historiques (ancien Office de documentation créé en 1935), dont la visée est surtout documentaire et historique, est instituée pour répondre à ces questions. Elle s’installe en 1970 dans les communs du château de Champs-sur-Marne, en Seine-et-Marne. Cette structure prend le nom de Laboratoire de recherche des monuments historiques en 1972, sous l’impulsion de Marcel Stefanaggi, son premier directeur scientifique. Le Laboratoire se structure peu à peu et s’institutionnalise. Ses membres se spécialisent et formulent leurs propres sujets de recherche en réponse aux sollicitations extérieures, dessinant peu à peu l’organisation actuelle du LRMH. Des pôles « matériaux » apparaissent au fur et à mesure que les savoirs se spécialisent et que les besoins se précisentAu , les pôles scientifiques en question sont au nombre de 9 : Béton, Bois, Grottes ornées, Métal, Microbiologie, Peinture murale & polychromie, Pierre, Textile, Vitrail.. En 2000, le Laboratoire devient service à compétence nationale du ministère de la Culture, rattaché au service chargé du patrimoine au sein de la Direction générale des patrimoinesArrêté du 4 janvier 2000 érigeant le laboratoire de recherche des monuments historiques en service à compétence nationale, 4 janvier 2000, NOR : MCCB9900791A. et, en 2009, ses champs d’activité dans le cadre du conseil scientifique et technique de l’État sont précisément définisCirculaire relative au contrôle scientifique et technique des services de l’État sur la conservation des monuments historiques classés ou inscrits, , § 3.1.2.1.2. et Annexe 6, NOR MCCB0928985C..

Aujourd’hui, le travail des agents du LRMH n’est plus lié uniquement au service et à l’expertise mais s’inscrit dans une politique de recherche universitaire sur les phénomènes liés à la dégradation et la restauration du patrimoine. Cette démarche le conduit tout naturellement, en 2012, à rejoindre le CNRS au sein de l'USR 3224 (devenue UAR 3224) composée également du Centre de recherche sur la conservation des collections (CRCC) et de la Conservation-Recherche du musée de la musique. 40% du temps de travail de ses agents sont désormais institutionnellement consacrés à la recherche et 60 % à sa mission initiale et fondamentale de service public. Jean Taralon évoquait « l’apport de la science à l’histoire de l’art », problématique profondément inscrite dans les gènes du LRMH : Ces principes régissent encore aujourd’hui les actions du LRMH.

Liste des responsables du Laboratoire de recherche des monuments historiques 1970-1980 : Jean TaralonNotice biographique dans le Bulletin Monumental de 1997 1980-1989 : Catherine de Maupeou 1989-1992 : Claude Volfovsky 1992-2015 : Isabelle Pallot-Frossard 2015 : Stéphanie Celle (intérim) 2015-2023 : Aline Magnien 2023-... : Corinne Bélier

Son action

Pour les monuments appartenant à l’État, le LRMH peut réaliser tout ou partie de la gamme des interventions scientifiques, de la mise à disposition de l’antériorité de l’information dont il dispose à l’assistance au suivi scientifique et technique du chantier jusqu’à son achèvement. Il peut être amené ponctuellement à proposer de recourir à des laboratoires extérieurs pour des analyses qu’il ne peut assurer lui-même. Ce domaine est le champ principal d’action du LRMH et sa mission première de service public. Pour les monuments historiques publics comme privés n’appartenant pas à l’État, le Laboratoire intervient dans le cadre du contrôle scientifique et technique. Il donne accès à ses archives concernant le monument, peut participer à un pré-diagnostic, suggérer des protocoles d’études scientifiques et techniques qui serviront de base à la consultation de laboratoires privés, évaluer les résultats que ces derniers produisent et assister les maîtres d’ouvrage et d’œuvre. Ce domaine est le deuxième champ d’action du LRMH. Par ces actions, le LRMH contribue au contrôle scientifique et technique de l’État sur la conservation des monuments historiques. Quel que soit le demandeur, il intervient à titre gracieux, son fonctionnement étant pris en charge sur l’enveloppe « Recherche » du ministère de la Culture.

Sa saisine et son suivi L'intervention du LRMH doit se situer le plus en amont possible de manière qu’il puisse contribuer à la définition du contenu des études scientifiques et techniques à prévoir. Le demandeur doit préciser la problématique et les objectifs de l'étude en utilisant la fiche-demandeurDisponible ici sur le site du LRMH. Le Laboratoire peut ensuite assurer, si nécessaire, un suivi scientifique et technique des travaux. Il doit être informé de la suite donnée à ses études et conseils et être destinataire des résultats d’analyses des laboratoires privés ainsi que d’un exemplaire des rapports finaux, qu’il s’agisse d’opérations publiques ou privées, afin de constituer la mémoire du service et de la conservation/restauration des édifices. Seule l’administration centrale et déconcentrée du ministère de la Culture peut valider une demande d’intervention du LRMH dont les avis ne sont pas régaliens mais constituent des préconisations sur les solutions qui semblent les plus adaptées.

Sa mémoire diffusée Tous les résultats des études scientifiques et techniques effectuées par le Laboratoire, ou sous sa direction, voire commandées à des laboratoires extérieurs sont archivés dans des dossiers géographiques sous forme papier régulièrement alimentés jusqu'en 2020 ; ils ont fait l'objet d'une campagne de numérisation de 2020 à 2026. Tous les rapports émanant des chercheurs sont indexés et accessibles sur le portail d'accès aux ressources documentaires du laboratoire, SYNAPSECentre de ressources documentaires du LRMH. De nombreux projets sont envisagés, ou en cours, pour sécuriser les données papier et numériques du LRMH, et offrir au plus grand nombre la masse documentaire dont il dispose. Le caractère unique et multidisciplinaire de la documentation du LRMH constitue une source incontournable pour tous les praticiens de la restauration des monuments historiques et les chercheurs.

Un service public au service de la recherche

Son organisation et ses agents Outre la direction et l’administration, le LRMH est composé de huit pôles « matériaux » : Béton, Grottes ornées, Métal, Peinture murale et polychromie, Pierre, Vitrail, Bois, Microbiologie et Textile, les trois derniers étant partagés avec le Centre de recherche et de restauration des Musées de France (C2RMF). Ils sont constitués d’une vingtaine de scientifiques dans le domaine de la microbiologie, de la chimie, de la géologie et de la physique dont plus de la moitié sont titulaires d’une thèse de doctoratOrganigramme du laboratoire au 2 juillet 2018. Dans le cadre de l’accord-cadre qui lie le ministère de la Culture au CNRS, ses chercheurs doivent consacrer 60 % de leur temps de travail à l’expertise et 40 % à la recherche fondamentale. Plusieurs d’entre eux sont reconnus par la communauté scientifique internationale. Deux services transversaux complètent cette organisation : la documentation et la photographie. Concernant l’informatique, les prestations techniques comme intellectuelles sont externalisées. Compétents sur l’ensemble du territoire, les chercheurs du LRMH apportent aux acteurs du patrimoine leur capacité d’expertise par le biais de la communication numérique et de fréquents déplacements sur le terrainAnnuaire du personnel.

Ses thématiques de recherche Au sein du Centre de recherche sur la conservation (CRC), équipe associée à l’UAR 3224 du CNRS et composée du Centre de recherche sur la conservation des collections (CRCC), de la Conservation-Recherche du musée de la musique et du LRMH, le Laboratoire définit des axes de recherche au sein desquels s’inscrivent ses travaux. Ceux-ci s’organisent traditionnellement autour de trois thématiques : la connaissance des matériaux du patrimoine et de leurs altérations, l’évaluation des méthodes de conservation et de restauration et l’optimisation des techniques d’analyse et d’essai. Parallèlement, chaque pôle, en liaison avec les partenaires nationaux et internationaux, peut définir, en accord avec la direction du LRMH, des thématiques qui sont propres aux matériaux dont il a la charge. Les thématiques de recherche sont retenues pour renforcer la connaissance des matériaux constitutifs de notre patrimoine commun, quelle que soit l’aire géographique de leur mise en œuvre.

Ses équipements scientifiques

Pour parvenir à ces résultats, le LRMH dispose, dans ses locaux, d’une gamme d’équipements scientifiques en constant renouvellement et perpétuelle évolution, permettant, entre autres, des analyses élémentaires, des analyses structurales et moléculaires et des analyses microbiologiques.