La bataille de France ou campagne de France désigne l'invasion des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France, par les forces du Troisième Reich, pendant la Seconde Guerre mondiale, soit de mai à .

L'offensive allemande débute le 10 mai 1940, mettant fin à la « drôle de guerre ». Après la percée allemande de Sedan, les armées britannique, française et belge enchaînent une succession de reculs, ponctués par les batailles de la Dyle, de Gembloux, de Hannut, de la Lys et de Dunkerque qui voit le rembarquement des troupes britanniques. Diminuée et restée seule face à la Wehrmacht, l’armée française recule jusqu'à Lyon et Brest après la déclaration de guerre par l'Italie le 10 juin suivie de la Bataille des Alpes, et l'occupation de Paris par les Allemands le 14 juin. Le gouvernement Pétain demande l'armistice le 17, qui est signé le , l’état-major français ayant refusé la capitulation.

Le territoire des quatre pays est alors occupé militairement selon différentes modalités : en France, une zone occupée par le Troisième Reich au Nord et à l'Ouest, une zone très réduite occupée par l'Italie dans le Sud-Est et une zone libre sous l'autorité du gouvernement de Vichy. Dans la zone nord de la France occupée, une zone dite « zone interdite » se compose des départements du Nord rattachés au gouvernement militaire de la Belgique occupée, sous les ordres du général von Falkenhausen, qui a tous les pouvoirs. Les cantons d'Eupen et de Malmedy, partie germanophone de la Belgique, à l'est du pays, devenus belges en 1919, sont annexés à l'Allemagne de facto ; il en est de même pour l'Alsace et le département de la Moselle ainsi que pour le Grand-duché de Luxembourg. Les Pays-Bas sont sous l'autorité d'un gouverneur issu du parti nazi, un gauleiter, qui dispose de tous les pouvoirs par délégation spéciale de Hitler.

L‘ensemble de ces territoires n'est libéré par les offensives alliées qu'à partir de ; les derniers ne le seront qu'en En l'occurrence, certaines zones côtières françaises en Bretagne et plus au sud, ainsi que certains secteurs des Pays-Bas..

Contexte géopolitique au . : la guerre d'Espagne. Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain refuse d'aider le gouvernement républicain espagnol et le gouvernement de Léon Blum ne peut déroger aux accords de l'Entente cordiale franco-britannique., ce qui permet au général Franco d'établir son emprise en Espagne, et à Hitler et Mussolini d’intervenir aux côtés des nationalistes et de tester leurs armes de guerre respectives. L'Union soviétique, quant à elle, soutient à partir d' les républicains espagnols en vendant du matériel de guerre et en envoyant des formateurs militaires pour organiser leur résistance.. ; : les accords de Munich. avalisent l'annexion des Sudètes à Hitler. Avant de signer cet accord, le Premier ministre britannique Neville Chamberlain avait rencontré trois fois Hitler, sachant que le Royaume-Uni n'était pas suffisamment armé pour faire face aux ambitions du Troisième Reich et que les populations britannique et française ne voulaient pas d'une nouvelle guerre.

Lors de son retour à Londres, Chamberlain déclare : ().

De son côté, Édouard Daladier, président du Conseil français, amer et lucide, confie dans l'avion du retour à Alexis Léger, alias Saint-John Perse, secrétaire général du Quai d'Orsay : « Munich, 1938 », d'après un article d'Élisabeth du Réau dans L'Histoire, , février 1998.

: invasion par le Troisième Reich de la Bohême-Moravie, partie occidentale de la Tchécoslovaquie.. : signature du pacte de non-agression germano-soviétique, où les deux pays s'entendent notamment sur un partage de la Pologne et dans un premier temps, sur la « neutralité » de l'URSS dans le conflit à venir à l'ouest de l'Europe. , à : les troupes allemandes envahissent la Pologne., sans déclaration de guerre, et après d'intenses bombardements. Le Royaume-Uni et la France déclarent la guerre à l'Allemagne deux jours plus tard le . : l'armée soviétique attaque la Pologne sans déclaration de guerre préalable, soit seize jours après le début de la campagne de Pologne par l'Allemagne nazie. Fin septembre, la Pologne est occupée par l’Allemagne et son alliée l’URSS qui se partagent son territoire selon leurs accords du mois d'août.

La « drôle de guerre »

thumb|upright=1.2|left|Carte de la ligne Maginot. Après l'invasion de la Pologne commencée le , les Alliés déclarent la guerre à l'Allemagne le . Le Royaume-Uni communique la déclaration à et la France à . Le jour même, des troupes de reconnaissance françaises font des incursions en territoire allemand. Quatre jours après la déclaration de guerre à l'Allemagne, l’Armée française commandée en chef par le général Gamelin franchit la frontière allemande le pour pénétrer en Sarre ; l'opération est confiée aux troisième, quatrième et cinquième armées constituant le d'armées (GA2) sous le commandement du général Prételat, mettant en ligne neuf divisions (sur un total de ).

Durant cette offensive de la Sarre, les troupes françaises avancent de dix kilomètres en territoire allemand, où les populations civiles allemandes ont été évacuées et mises à l'abri des combats. De plus, tout ce qui permet de se ravitailler est emporté ou saboté, des dizaines de milliers de mines antipersonnel (S-Mine) et antichars (Teler-Mine) sont installées sur les routes, les chemins, les ponts, les places et dans les maisons. Le , les groupes de reconnaissance sont atteints par les mines. Le à du matin, quatre divisions lancent une offensive dans les vallées de la Sarre et de la Blies. Les Allemands font immédiatement sauter tous les ponts sur les cours d'eau. Quatre chars français R35 sont détruits par des mines au nord de Bliesbruck. La première armée allemande reçoit l'ordre de ne pas contre-attaquer, de laisser les unités françaises avancer et de n'opposer qu'une guerre de sabotage et d'escarmouches.

Le l'Allemagne et l'URSS annoncent qu'elles ont signé le Pacte germano-soviétique de non-agression, mais gardent secret le partage envisagé de la Pologne. L'Armée polonaise est donc prise en étau. Le , les divisions françaises progressent de et établissent un front large de . L'armée française est à de la ligne Siegfried, à portée de l'artillerie de son ennemi. Le général Gamelin apprend que la Pologne a été envahie à l'est par l'URSS qui est passée à l'offensive le : les opérations sur le front franco-allemand sont arrêtées, la ligne de front est fortifiée, et la presse internationale est invitée à constater la victoire remportée par l'armée française malgré la défense des troupes allemandes. Les centaines de soldats français tués, en particulier ceux de la , dite la « Division de Fer », sont rapatriés discrètement pour être enterrés à Sarreguemines où on peut toujours voir le monument. Environ français ont été perdus (blessés, malades et tués) pendant cette opération qui a duré dix jours..

Les commandements français et britannique avaient estimé l'armée polonaise capable de tenir tête plusieurs mois à l'armée allemande, c'est-à-dire jusqu'au printemps. Mais après la défaite polonaise fin , les troupes françaises quittent les avant-postes de la Sarre et se replient derrière la ligne Maginot. Les états-majors britannique et français sont persuadés qu'ils peuvent bloquer les Allemands comme lors de la Première Guerre mondiale. Les forces du Royaume-Uni, qui avait envoyé sur le continent un corps expéditionnaire britannique (en anglais ou BEF en abrégé), s'installent dans l'attente du prochain mouvement allemand, en maintenant un blocus maritime afin de provoquer l'effondrement allemand comme en 14-18. Stratégie de blocus absolument illusoire puisque l'URSS livre des centaines de milliers de tonnes d'aliments et de matières premières au Reich, qui importe aussi massivement du fer norvégien et du pétrole roumain. Au , la RAF engage dont et sur le sol français. Cette force aérienne, la BAFF (British Air Forces in France) était sous le commandement de l'Air Marshal Barratt et se subdivisait à son tour en Advanced Air Striking Force (AASF) dont la mission était de renforcer l'Armée de l'air française et l'Air Component of the British Expeditionary Force (BEF) chargée de soutenir le Corps expéditionnaire britannique.

Cette période de trêve tacite, que l'on surnomma la « drôle de guerre », dure jusqu'au , date de l'opération Weserübung lancée par l'Allemagne sur le Danemark et la Norvège, pour devancer les Alliés qui prévoyaient d'envoyer un corps expéditionnaire à Narvik afin de priver l'industrie allemande de l'approvisionnement du minerai de fer de la mine de Kiruna, en Suède, qui se transportait par le port de Narvik l'hiver, quand la navigation à travers la mer Baltique était empêchée par la glace pendant quatre ou cinq mois..

Hitler, qui voulait une attaque sur l'Europe occidentale dès le juste après l'invasion de la Pologne, est convaincu par son État-major de la reporter à l'année suivante. La Wehrmacht prépare pendant ce temps les plans d'invasion.

Genèse du plan allemand

À l'origine, l’Oberkommando der Wehrmacht (grand état-major de la Wehrmacht) ou OKW envisageait une attaque du front ouest en préconisant une stratégie d'enveloppement des armées alliées par le nord ; en quelque sorte une reprise du plan Schlieffen de 1914 qui aurait amené le puissant groupe d'armées B, celui du général von Bock, stationné au nord du front allemand, à déborder les unités franco-britanno-belges sur leur aile gauche, par une offensive blindée à travers la Belgique et les Pays-Bas, et d'en rabattre les éléments défaits sur la région lorraine. Dans un deuxième temps, il était envisagé de prendre en tenaille les troupes alliées restantes ; le groupe d'armées B venant de l'ouest les repoussant sur le groupe d'armées A du général von Rundstedt, placé entre le groupe d'armées B et le groupe d'armées C du général von Leeb, lui-même au sud du front vers l'Alsace« La Bataille de France », sur le site batailles-1939-1940.historyboard.net, consulté le 20 mai 2010., et qui aurait joué le rôle d'une enclume sur laquelle auraient été définitivement écrasées les meilleures divisions alliées. Les Alliés eurent connaissance de ce plan initial par les Belges, à la suite de l'atterrissage forcé d'un avion de la Luftwaffe, à Mechelen-aan-de-Maas (en français : Malines-sur-Meuse), en Belgique, le et à la saisie de documents dont était porteur un officier allemandPierre Miquel La Seconde Guerre mondiale, éd. Fayard, 1986, Paris ; rééd. Club France Loisirs, Paris, 1987, ...

thumb|upright=1.7|Fall Gelb, l'autre cas jaune concocté par Manstein à la veille de la bataille de France.

À la suite de l'attaque de la Pologne, Hitler, dont les plans d'expansion à l'est, élaborés de longue date (1922), étaient de soumettre la Russie afin de permettre la conquête d'un pour le peuple allemand (le Lebensraum), ainsi que la dont elle était censée être le berceau, et qui espérait pour cela le concours du Royaume-Uni, fut surpris de sa réaction et de celle de la France car il avait fait l'erreur de croire à la passivité des puissances occidentales, comme lors de ses précédentes agressions, en particulier contre la Tchécoslovaquie (le ses armées occupent le reste du pays (Bohême et Moravie) et il instaure le protectorat de Bohême-Moravie) et pensait qu'il en serait de même pour sa revendication sur le Corridor de Dantzig.