Les jardins de Kew (en ) sont un ensemble de jardins et de serres situés entre les quartiers de Richmond upon Thames et de Kew, au long de la Tamise, à l'ouest de Londres. Sur une superficie de , ils sont considérés comme étant le jardin botanique le plus grand du monde. Ils abritent l'une des plus importantes collections de plantes du mondeCharles-François Mathis (dir.), Le monde britannique (1815-1931), CNED/SEDES, 2009, et un centre de recherche en botanique réputé. Leur herbier est également l'un des plus grands du monde, avec plus de sept millions de spécimens. Fondé en 1759, ce lieu devenu emblématique de l'époque victorienne, qui accueille chaque année deux millions de visiteurs, a été inscrit en juillet 2003 sur la liste du patrimoine mondial établie par l'UNESCO.
Ce site est desservi par la station de métro Kew Gardens.
Les jardins botaniques royaux de Kew (en , marque déposée) sont un (NDPB), c'est-à-dire un « organisme public non ministériel » ou autorité administrative indépendante, sponsorisé par le Département de l'Environnement, de l'Alimentation et des Affaires rurales britannique. Il gère les jardins de Kew et le conservatoire international de semences Millennium Seed Bank Partnership.
Historique Le site du au
Entre 1500 et 1550, une demeure appelée Kew Park House fut construite dans le coin nord-est du “champ de Kew” (Kew field). Vers 1600, le grand champ ouvert d'origine était devenu une série de plus petits champs enclos. Plusieurs propriétaires se succédèrent durant le . Sir Richard Bennett acheta la propriété dans la première moitié du . Sa fille Dorothy Bennett hérita du domaine et se maria avec Sir Henri Capel de Tewkesbury. Ils renommèrent Maison blanche la maison de Kew Park. Une carte de 1730 donne le nom de St André à la propriété, à la suite du remariage d'Elizabeth Capel, et montre la Maison blanche située au sud de la maison hollandaise, avec ses cours d'agrément et ses jardins entourés de murs, et, au-delà vers le sud, le terrain agricole s'étendant sur environ les 2/3 de la longueur des jardins à notre époque Local History Notes. Sur le site de Richmond Borough..
Les jardins de Kew ont pour origine le jardin exotique constitué par Sir Henry Capel, agrandi et largement augmenté par Augusta de Saxe-Gotha-Altenbourg (1719-1772), veuve de Frédéric de Galles (1707-1751). Sir William Chambers (1723-1796) y construisit de nombreux bâtiments comme la pagode chinoise de 1761. George III enrichit les jardins avec l'aide de William Aiton (1731-1793) et de Sir Joseph Banks (1743-1820). Les anciens bâtiments de Kew House furent démolis en 1802. La Maison hollandaise attenante aux jardins, possession de la famille Levett, était louée par la famille royale depuis 1734 ; elle fut acquise par George III en 1781 pour abriter sa famille croissante en nombre. Elle est depuis connue sous le nom de Kew PalaceKew sur British History Online, le site de l'Institute of Historical Research et du History of Parliament Trust..
Une institution victorienne vignette|gauche|Plan de Kew Gardens en 1896
En 1840, après une période de déclin, les jardins reçurent l'appellation officielle de « Jardins botaniques nationaux ». Ils furent alors réorganisés sous la houlette du nouveau directeur, William Jackson Hooker (1785-1865), auquel succéda son fils Joseph (1817-1911) de 1865 à 1885. Sous leur impulsion, le site s'étendit de 30 hectares à 109, puis 121, et les collections furent enrichies. Cela s'accompagna d'une plus large ouverture au public, visible dans la fréquentation, qui passa de en 1841 à en 1857. C'est également à cette époque, entre 1841 et 1849, que fut construite, par l'architecte Decimus Burton (1800-1881) et le forgeron Richard Turner (1798-1881), la vaste serre typiquement victorienne appelée Palm House, première construction d'envergure utilisant le fer forgé. C'est également sous la responsabilité des Hooker père et fils que fut initiée la constitution d'un herbier qui a largement contribué à la renommée scientifique des jardins de Kew.
Les collections de plantes atteignirent rapidement une dimension impressionnante, grâce au réseau de jardins et de collaborateurs dont l'institution disposait à travers tout l'empire britannique et permirent aux jardins de Kew « d'incarner en quelque sorte, par la magnificence de ses possessions, la mainmise britannique sur le globeCharles-François Mathis (dir.), Le monde britannique (1815-1931), CNED/SEDES, 2009, ». Cette utilisation des potentialités de l'empire pour enrichir les collections des jardins de Kew n'est d'ailleurs pas à sens unique : la connaissance pointue que son personnel possédait des caractéristiques des différentes plantes collectées à travers tout l'empire permit plusieurs acclimatations promises à un grand avenir : implantation du caoutchouc en Malaisie, du quinquina d'Amérique latine en Inde, ou du café au Sri Lanka. Ainsi, « non content d'incarner la puissance britannique en métropole, Kew contribua, dans les colonies, à l'étendre par l'instauration de nouvelles cultures ou de nouvelles pratiques agricoles ».
Le peintre et paysagiste William Andrews Nesfield (1793-1881) y organisa trois grands panoramas. Dans un modèle de « patte d'oie » rayonnant à partir de la Palm House, Pagoda Vista était une promenade gazonnée d'environ de long. Syon Vista était une autre promenade, large, en gravier s'étendant sur vers la Tamise. La troisième promenade, courte, vue en éventail depuis le coin nord-ouest de la Palm House, se concentre sur un seul cèdre du Liban du vers le palais. L'idée de Nesfield de pouvoir à la fois voir et marcher jusqu'à la pagode le long de la ligne centrale de Kew Gardens était, en fait, un retour au paysage du début du siècle.
Les jardins de Kew aujourd'hui
Les jardins de Kew possèdent un des plus grands herbiers du monde. Ils participent, avec l'herbier de l'université Harvard et l'herbier national australien, à la base de données International Plant Names Index, fournissant une nomenclature vérifiée sur les végétaux. On trouve également aux jardins de Kew une bibliothèque comprenant plus de volumes (livres, périodiques, photos, cartes, etc.) et dessins et gravures.
Les jardins botaniques royaux de Kew ont initié en 2000 le Millennium Seed Bank Project, devenu depuis le Millennium Seed Bank Partnership, qui vise à protéger et conserver les graines du plus grand nombre de plantes possibles sur Terre et notamment celles en danger d'extinction. Malgré des conditions défavorables (pollution atmosphérique en provenance de Londres, sols secs, faibles précipitations), les Kew Gardens sont toujours la plus importante collection de plantes du Royaume-Uni. Avec l'objectif de développer ses plantations dans des zones plus favorables, les jardins botaniques royaux de Kew ont fondé deux autres établissements, l'un dans le Sussex (), l'autre dans le Kent (Bedgebury National Pinetum). Ce dernier est dirigé conjointement avec la Forestry Commission et spécialisé dans la culture des conifères.
En 2008, les jardins de Kew employaient 700 personnes (dont 650 postes scientifiques) pour un revenu de 56 millions de livres sterling, et ont reçu environ deux millions de visiteurs. L'institution des jardins botaniques royaux de Kew, quant à elle, employait environ 750 personnes au total en 2014 sur tous ses sites Dozens of jobs at risk as Kew Gardens faces £5m shortfall. The Guardian, 28 mars 2014..
La sécurité des jardins est assurée par son propre service de police : .
vignette|centré|upright=2.6|Palm House et lac vers Victoria Gate
Les collections Les serres Palm House vignette|centré|Entrée de Palm House vignette|centré|upright=2|Vues de l'intérieur de Palm House, au sol et sur les passerelles.
Sans être la plus grande, Palm House (serre des palmiers) est certainement la construction la plus connue des jardins. Elle abrite une collection de palmiers et une grande variété d'arbres tropicaux du monde entier et des plantes vivaces.
Les plans de l'architecte Decimus Burton et surtout de l'ingénieur Richard Turner, entre 1844 et 1848, ont livré pour la première fois un tel bâtiment, utilisant une très grande quantité de fer forgé. Chaque carreau de verre a été fait à la main, pour s'adapter à la forme très particulière de la serre. À l'origine, les serres étaient chauffées par des chaudières au charbon, la fumée étant évacuée à de là par la cheminée d'un campanile de style italien.
Palm House fut restaurée deux fois : en 1955-1956 ; toutes les structures métalliques furent nettoyées et redressées et les chaudières modernisées pour fonctionner à l'essence. Entre 1984 et 1988, la serre fut complètement vidée pour la première fois, pour pouvoir restaurer le système de chauffage et le bâtiment en général. Toutes les plantes furent placées dans d'autres serres et les plus grandes furent coupées pour l'herbier des jardins de Kew.
vignette|centré|upright=2.5|De gauche à droite : les escaliers en colimaçon permettant d'accéder aux passerelles. Ce cycas a été mis en pot quasiment en même temps que le jardin fut créé, il serait donc la plante en pot la plus vieille du monde ; l'ancienne chaufferie sous la serre abrite des aquariums représentant les milieux humides d'eau salée : mangroves, forêts de varech. Fleur d'Episcia. Tige épineuse du Salak. Vue depuis l'une des passerelles.
Temperate House
vignette|centré|upright=2|La serre vue depuis Treetop Walk, avec une partie de l'aile Nord - À droite : l'intérieur de la serre principale avec, sur la gauche de l'image, un palmier Jubaea chilensis, plus grande plante d'intérieur du monde, dépassant
Temperate House est une serre dédiée aux plantes de climat subtropical humide et méditerranéen, deux fois plus grande que Palm House, ce qui en fait la plus grande serre victorienne encore existante au monde. Devant l'immense quantité de plantes venant des quatre coins du monde, Palm House ne suffisait plus. En 1859, les travaux commencèrent sous les ordres de Decimus Burton. La serre fut officiellement ouverte en 1863, bien que seulement en partie terminée en raison de coûts de travaux plus élevés que prévu. Elle ne fut complétée que quatre décennies plus tard en 1899.
Entre 1972 et 1975, de lourdes restaurations furent entreprises pour réparer les structures métalliques, très endommagées. Deux ailes se déploient autour de la serre centrale qui concentre les plus grands arbres. L'aile Nord correspond aux plantes d'Australie, de Nouvelle-Zélande, d'Asie et du Pacifique. L'aile Sud présente les plantes africaines.
vignette|centré|upright=2.5|Une sélection de plantes de la serre : Erica (Afrique du Sud), Rhododendron (Indonésie), Fougère arborescente (Nouvelle-Zélande), Banksia (Australie), Pélargonium (Afrique du Sud), Aeonium (Madère)
Evolution House
La serre fut offerte par le gouvernement australien en 1952 pour commémorer la visite du directeur de Kew Gardens, Edward Salisbury, en Australie en 1949. Elle avait été créée initialement pour abriter une collection des plantes des antipodes mais finalement en 1994, elle fut convertie pour présenter une exposition interactive sur l'évolution des végétaux depuis les premières algues unicellulaires jusqu'à aujourd'hui.
Princess of Wales Conservatory vignette|centré|upright=1.5|Princess of Wales Conservatory
La serre fut nommée en l'honneur d'Augusta, Princesse de Galles, qui fonda les jardins. Elle fut ouverte par Diana, Princesse de Galles, en . C'est la serre la plus complexe des jardins de Kew. Elle est en effet compartimentée en dix sections aux climats bien différents, le tout contrôlé par ordinateur. Les deux zones bioclimatiques les plus importantes sont les "Dry Tropics" (Désert) et les "Wet Tropics" (Forêt tropicale), complétées par des sections plus petites : plantes carnivores, orchidées, fougères, etc. Un grand nombre de roches a été nécessaire pour créer du relief et donner un aspect paysager aux plantations.