La chapelle Notre-Dame du Kreisker (en breton léonard , en latin ecclesia Beatæ Mariæ de Medio-Villæ), « porte d'entrée » de la ville épiscopale de Saint-Pol-de-Léon, est un édifice majeur de l’architecture religieuse bretonne.

« Morceau d’architecture le plus hardi qu'il eût jamais vu » selon Vauban en route pour Roscoff, son clocher de granit haut de soixante-dix-huit mètres, le plus haut monument gothique de Bretagne, est le prototype de nombreux clochers-à-jour bretons« Le Kreisker ou quand la copie surpasse le modèle.» , Anarvorig, Conteville, février 2001.. Collégiale dédiée au culte marial, le Kreisker accueillait les pèlerins du Tro BreizY. P. Castel, ill. J. Feutren, Saint-Pol-de-Léon, , Édition Tous, Saint-Pol-de-Léon, mars 1997 .. Orgueil des corporations marchandes qui l'ont financé et décoré, il a servi d'hôtel de ville aux trois ordres et de salle capitulaire aux confréries bourgeoises des , et s puis, abritant à l'occasion une psallette« Fondation de François de Guiscaznou, sieur de Kerincuff, gouverneur du Creisker, . », cote 8 G. 33, Archives départementales, Quimper., de chapelle dévolue à partir de 1680 à un séminaire, renommé en 1784 Collège de Léon.

Étymologie vignette|redresse|Le Kreisker la nuit. En l'absence de documents, l'écriture et l'origine du mot ont donné lieu à discussion. L'orthographe Kreisker, au lieu de Creisquer, Creizker, Creisker, Creisqueur..., date de l'époque romantique et de la réforme Le GonidecCf. article « Orthographe du breton ».. Promue au par le renouveau celtique, elle est devenue prédominante sans effacer totalement l'orthographe CreiskerCf. Le Creisker, Association des anciens élèves du Collège de Léon et de l'Institution ND du Kreisker, Saint-Pol-de-Léon..

La traduction littérale , en breton léonard , suggère une implantation de la chapelle au « milieu de la ville ». Des chercheurs ont imaginé l'étymologie Ker-iz-ker, le « bas de la ville », pour s'accorder à sa situation topographique au bord de l'enceinte fortifiée. C'est ainsi que l'abbé Castel estime que Kreisker désignerait le centre fortifié, non pas spirituellement, mais matériellement, militairement, du fait de sa position par rapport aux remparts médiévaux.

Certains, tels l'abbé Peyron, remarquent le nom de Christ Caer, au sens de « crucifix de la ville », tel qu'il est mentionné dans l'acte de fondation du Collège de Léon. Pol de Courcy note que la chapelle se trouve en effet dans le territoire de l'ex paroisse dite du Crucifix, un des sept vicariat du minihy de Léon.

Dans les actes du , qui sont conservés aux archives du Finistère, le nom est toujours écrit Creizkaer, ce qui montre que le phénomène de fausse étymologie s'est produit plus tardivement. L'archéologie clôt les spéculations. La chapelle se dresse en effet au centre de la cité de l'Antiquité, où se croisent le cardo, ex-Grande rue et actuelle rue du général Leclerc, et le decumanus, actuelle rue Verderel. L'excentration de ce premier cœur de ville ne date que des constructions du Moyen Âge, l'élévation d'un rempart aujourd'hui disparu puis, sur l'hypothétique tombeau de Conan Mériadec, d'une première cathédrale romane par l'évêque Hamon, frère du comte de Léon Guiomarch assassiné par celui-ci sur le parvis dans le cadre de la résistance à l'occupation Plantagenêt quelques mois après que le primat Thomas Becket l'ait été à Cantorbéry.

Histoire Fondation légendaire Dépouillé de ses cloches à la Révolution, le clocher du Kreisker reste un ., tout autant quant à son histoire. Il n'existe que peu d'archives et les interrogations restent très nombreuses.

La fondation de la chapelle remonterait au , à l'époque de la mission de Paul Aurélien. Selon une légende recueillie à une date inconnue mais ancienne« Feuillets manuscrits retirés de reliures », Archives départementales, Quimper, 6 f., partiellement conservée sous forme manuscriteFonds Lamennais, « Ancien bréviaire du diocèse de Léon », Archives départementales, Rennes. et publiée Paris par les Bénédictins en 1516Fonds français, ms. 22321, Bibliothèque nationale de France, Paris.Ex cote 38, fonds des Blancs-Manteaux., une jeune lingère ayant, malgré les remontrances de Saint Guévroc, alias Guirec, travaillé un dimanche consacré à la ViergeA. Le Grand, Les vies des saints de la Bretagne Armorique : ensemble un ample catalogue chronologique et historique des evesques d'icelle... et le catalogue de la pluspart des abbés, blazons de leurs armes et autres curieuses recherches, 1901, revue et corrigée par Guy Autret., fut subitement paralysée de tous ses membresDictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, vol. II, , 1845.. Après son repentir, le saint la guérit et elle lui légua sa maison pour en faire une chapelle. On lui donna le nom de Kreis-ker parce qu'elle était située au centre d'un village voisin, faubourg de la ville.

vignette|Ex-votos contemporains. D'un point de vue historique, on sait que le pélagianisme régnant à l'époque des missionnaires formés, tel le fils de Porphyre Aurélien, au , qui comptera plus de deux mil étudiants issus des plus riches familles britanniques, par un disciple de saint Germain, Iltud, lui-même fils du prince armoricain Bican FarchogD. Nash Ford, « Prince Bican Farchog of Brittany », in Early British Kingdoms, Nash Ford Publishing, 2001., était une pratique du christianisme exclusivement aristocratique et militaire confinée dans les demeures nobles, telle la future abbaye de Daoulas. La légende reflète peut être les succès remportés contre le pélagianisme et l'ouverture des premiers temples à un culte populaire.

L'hypothétique premier oratoire en bois consacré à la Vierge Marie n'aura pas résisté aux ravages perpétrés par les Normands en 875.

Francigenum opus (ca. 1280-1344) En 1277, un siècle après son dépècement, en 1180, par Henri II et son fils Geoffroy Plantagenêt, et quarante deux ans après sa guerre d'indépendance perdue, le comté de Léon est annexé à la Bretagne par le Duc Jean le Roux, qui en confère habilement la suzeraineté à perpétuité à l'évêque de Léon, en l'occurrence Yves. Celui-ci poursuit la construction gothique de la cathédrale du Léon commencée en remplacement de la cathédrale romane vers 1253 par Derrien, lequel avait en 1228 excommunié le père du souverain, Pierre Mauclerc, du temps que celui-ci exerçait la régence.

C'est dans ce contexte de paix retrouvée et d'une république épiscopale nouvelle, affirmée en 1296 par une astuce juridique qui libère le Léon de la tutelle de Tours et le rattache directement à la Curie, que, sur l'emplacement de la chapelle antique, commence la construction du Kreisker, au comme l'atteste la facture des quatre piliers qui en soutiennent la tourP. de Courcy, Origine de la ville de Saint-Pol de Léon, 1844., et non, comme le rapporte Albert Le GrandA. Le Grand, op. cité., sous le règne de , lequel en financera cependant l'essentiel.

Gothique vertical (1345-1375) Le transept, l'élévation nord du chœur ainsi que le chevet datent en effet de la seconde moitié du . Les travaux commencent en 1345, aux lendemains de la consécration de la cathédrale du Léon, que Pierre Benoît a prononcée en 1344L. Kerbiriou, La Cité de Léon, , Imprimerie Cornouaillaise, Quimper, 1947.. C'est l'année où meurt le prétendant au trône de Bretagne Jean de Montfort et où, sa veuve Jeanne de Flandre et son héritier Jean retenus au château de Tickhill, le Duché est administré en direct par les impopulaires rogues du roi d'Angleterre Édouard III.

Le perpendicular style à la souche de la tour et certains éléments architecturaux témoignent manifestement de l'influence d’Outre-Manche. C'est la première femme de Jean le Conquéreur et fille d'Édouard III, Marie Plantagenêt, Duchesse de seize ans intronisée le et décédée le suivant, qui, dans le cadre de l'alliance du Duc avec l'Angleterre, aurait fait appel à un de ses compatriotesJ. Froissart, Œuvres de Froissart, t. XXV, , 1867-1877.. Le Kreisker reste l'œuvre d'un architecte inconnu.

En mourant sans enfants, Hervé VIII de Léon, dernier descendant direct des Seigneurs de Léon dont le fief reviendra à son neveu Alain et passera ainsi dans la maison de Rohan, fait don en 1363 au Kreisker de dix agnels d'or, modique somme équivalant sept livres tournois et demi. Deux ans plus tard, le premier traité de Guérande ayant clos la guerre de Succession, le Duc Jean le Vaillant vient visiter le Kreisker.

Reconstruction (1376-1399) La tour a-t-elle pu servir dès cette époque de poste de vigie tourné vers la mer et les terres environnantes ? Une salle médiévale située au-dessus de l'actuel porche septentrional, et antérieur à celui-ci, est un témoin intact d'une mystérieuse chambre aujourd'hui en ruineY. P. Castel, ill. J. Feutren, Saint-Pol-de-Léon, , Édition Tous, Saint-Pol-de-Léon, mars 1997 . qui pouvait, en cette fin du , être un logement pour capitaine. Elle comporte en effet une cheminée, des placards, des latrines et offre un axe de surveillance sur la Grande rue. Son accès se faisait par une porte donnant sur l'intérieur de l'église. Elle dominait une salle de garde qui commandait la porte principale de la ville, la porte Saint Guillaume, et dont il ne reste que des traces sur un contrefort du Kreisker, en particulier une archère. Elle a pu par la suite, au , servir de prison, de salle d'archives, de trésor ou d'armurerie.

C'est peut être dans ce rôle défensif, moins vraisemblablement comme tour de guet qu'il ne pouvait alors pas encore être, que le Kreisker subit le un incendie dont les pierres rougeâtres qui se voient sur la rue à gauche du porche occidental seraient le souvenir. La tradition rapporte que les Anglais, après avoir brûlé la ville, auraient rebâti le Kreisker. Aussitôt repoussés dans Brest par Duguesclin, ils ne l'auraient pas pu. Quand l'année suivante reviennent à Saint Pol les troupes du comte d'Arundel, un descendant au sixième degré du Breton Alain FitzFlaad nommé quelques mois plus tôt gouverneur du port amiral de Brest par le Duc en exil Jean de Montfort, c'est pour incendier le couvent des Carmes. Il faudra attendre l'évacuation de la soldatesque en 1388 pour qu'une vraie paix revienne.

La façade occidentale date de cette fin du . Les travaux s'achèvent en 1399.

Achèvement (ca. 1439 - ca. 1472) vignette|redresse|Le clocher de , l'entrée ouest, construite auparavant, et sa rosace, dont le vitrail date de 2014. Au , la tour est couronnée d'un étage destiné aux cloches et d'une fabuleuse flèche octogonale cantonnée de quatre clochetons étagés. L’édifice en est sensiblement modifié à sa base même. Les collatéraux du sont surélevés pour mieux asseoir la tour. Celui de droite est élargi pour la même raison. Celui de gauche, resté plus étroit, ne peut pas l'être à cause de la rue qu'il borde et de la porte Saint Guillaume qui marque l'entrée de la ville médiévale.

Le clocher, qui s’élève à au-dessus du sol«La tour mesure 78 m de haut. La flèche de granit est un octogone percé de 80 ouvertures en rosaces...», in Info Bretagne., est typiquement normand. Il s'inspire de la flèche de l'église Saint-Pierre de CaenPierre Chirol, « Le pays normand et son architecture », in La Construction moderne, , , , 20 octobre 1929. et de la chapelle de Notre-Dame-du-Mur à Morlaix, construite entre 1372 et 1426 et détruite en 1806.