André de Rivaudeau (parfois à tort, AntoineVoir par exemple Denis Crouzet, Les guerriers de Dieu : la violence au temps des troubles de religion, 2005, éditions Champ Vallon , , , ; ou Perrine Galand-Hallyn, Fernand Hallyn, Terence Cave, Poétiques de la Renaissance, 2001, librairie Droz , , , .), né vers 1540 (parfois 1538Bibliographie de Rivaudeau sur le site Histoire de Vendée) à Fontenay-le-Comte et mort vers 1580, un poète et dramaturge français qui rivalisa avec Ronsard et dont la gloire fut éclipsée par celle de la Pléiade. Il réalisa la première traduction française d'Epictète et publia Aman, Tragédie sainte, l'une des trois premières tragédies françaises.
Biographie
Les origines
Son père, Robert Rivaudeau, de son vrai nom Ribaudeau, Seigneur de la Guillotière, est le gendre d'André Tiraqueau, élu par le Roi à Fontenay, puis anobli, valet de chambre d'Henri II il est de ses favoris. Originaire de Beauvoir-sur-Mer, il est écuyer, sieur de la Guillotière et de la Groizardière, et valet de chambre du roi ; il a changé son nom car il prêtait à rire à la Cour. Sa famille est liée à celle de François de La Noue dit Bras de fer, capitaine protestant au service de la famille de NavarreCharles Mourain de Sourdeval, préface des Œuvres poétiques d'André de Rivaudeau, , 1859. et il a composé quelques sonnets, édités avec ceux de Jean-Antoine de Baïf, Jean Dorat et Du BellayPaul Laumonier, Ronsard, poète lyrique : étude historique et littéraire, .. en 1537, Robert Ribaudeau épouse Marie Tiraqueau (de la famille du poète André Tiraqueau). Tombé en disgrâce à la mort du roi, son protecteurCharles Mourain de Sourdeval, préface des Œuvres poétiques d'André de Rivaudeau., le couple rentre dans le Poitou et embrasse le protestantisme.
La formation
André, qui est l'aîné de leurs sept enfants, a passé son enfance à Paris, puis étudié à l'université de Poitiers. Une forte amitié le lie alors à Albert BabinotAlbert Babinot sur le site des Huguenots de France, lecteur en droit, qui donne ses cours à la "ministrerie" et officie secrètement pour Jean CalvinJoseph Fr. Michaud, Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, .. Ce jeune auteur dramatique, rival de Ronsard, écrit une Christiade, fort appréciée par RivaudeauBruno Méniel, Renaissance de l'épopée : la poésie épique en France de 1572 à 1623, . ; en retour il encourage le jeune fontenaysien à le suivre dans la carrière dramatiqueRevue des provinces de l'Ouest (Bretagne, Poitou, et Anjou), 6, , édition 1858., le nomme dans ses propres œuvres « l'honneur du monde »Marcel Raymond, L'influence de Ronsard sur la Poésie française. et lui dédie un poème :
De son plaisir
Aman Suivant cet exemple, Rivaudeau compose de premiers commentaires sur une pièce d'Euripide, les préceptes d'Aristote, Horace, Plaute et Térence, qu'il connaît d'après DonatBernard Reymond, Théâtre et christianisme, .. Enfin, il fait représenter à Poitiers, en 1561 (le ) son unique pièce de théâtre, Aman, tragédie sainte inspirée de l'histoire d'Esther et dédiée à la reine de Navarre, Jeanne d'Albret, reine qui fait alors figure de nouvelle Esther aux yeux des protestants. Cette pièce, morale voire religieuse, composée d'après les grecs anciens, inspira au siècle suivant Jean Racine. Vraisemblablement calviniste, Rivaudeau tire son sujet des Bibles françaises de Jacques Lefèvre d'Étaples (1530) et de Pierre Robert Olivétan (1535)Dimauro André de Rivaudeau et la Bible. Aman, Tragédie sainte est publiée en 1566 à Poitiers.
Cette tragédie sainte en cinq actes paraît d'ailleurs observer la division théâtrale de Donat. Selon  . Keith Cameron, éditeur de la pièce en 1969 (à Genève, chez Droz), Il est possible de voir dans la structure de la pièce les quatre parties préconisées par Donat : prologue, protase épitase et catastase. Le Prologium étant constitué du premier discours de Mardochée, et la Protase étant la suite du premier acte dans lequel Aman révèle la raison de sa colère contre Mardochée. On sait que Rivaudeau préférait Donat à AristoteMarcel De Grève PROTASE Rijksuniversiteit.
Ses amis et soutiens
Son talent le fait remarquer par Antoinette d'Aubeterre, dame de Soubise, qui le soutient dans ses études et à qui il dédie un de ses livres en 1567, alors qu'il publie parallèlement sa traduction du Manuel d'EpictèteAndré de Rivaudeau, Le manuel d'Epictète édité par Léontine Zantia sur Gallica. Il prend pour sujet le destin de vierges et de femmes mal mariées, qu'on peut comparer à celui de Catherine de Parthenay, la fille de sa bienfaitrice. On pense qu'il est alors en contact avec le mathématicien François VièteSociété des bibliophiles bretons et de l'histoire de Bretagne, [Revue de Bretagne et de Vendée, 29], , publiée en 1871., qui officie comme secrétaire des Parthenay et dont la famille est liée à la sienneJean Brunel, Nicolas Rapin, étude biographique et littéraire (la carrière, les milieux, l'œuvre).. Riveaudeau consacre d'ailleurs son recueil suivant à la dame de la GarnacheAndré de Rivaudeau, Les Œuvres poétiques d'André de Rivaudeau., Françoise de Rohan, autre amie du mathématicien. Enfin, il fait partie des familiers de Catherine de ParthenayProsper Boissonnade, Histoire de Poitou, ., élève et protectrice de son compatriote fontenaysien.
Rivaudeau compose la plupart de ses œuvres à la Groizardière, commune de Châteauneuf, dont la vue s'étend sur la baie de Bourgneuf, et dans laquelle il résida de 1562 à 1570. Deux éptlres sont datées de la Groizardière : l'une, à Monsieur de la Noue Chamoine de Bretaigne, avec lequel il est lié, et qu'il respecte comme un gentilhomme de rare et délié jugementSociété des amis de la Bibliothèque nationale et des grandes bibliothèques de France, Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire. et l'autre à Françoise de Rohan, dame de la Garnache. Cette pièce, dont le sujet est l'Espérance, paraît avoir été demandée par la malheureuse duchesse de Loudun, dans le temps de son procès contre Jacques de Nemours, duc de Savoie.
Plus loin, il exprime, pour elle, en guise de conclusion, son sentiment sur les choses sur de ce mondeArmand Guéraud, Revue des provinces de l'Ouest, . :
Quelques-unes de ses poésies sont encore dédiées à Remy Belleau, l'un des membres de la pléiade, qu'il rencontre et qu'il apprécie. Son théâtre trouve place dans la bibliothèque de Remy BelleauPréfacées par Pierre Ménard, Lumieres de la Pleiade, ; publiées par la librairie philosophique Vrin, en 2000.. Son jugement sur Ronsard se nuance et il écrit alors :
Toutefois, dans son Hymne de Marie Tiraqueau, Rivaudeau reprend une dernière fois ses attaques contre le prince de la Pléiade. Il y vante également Fontenay-le-Comte, sa ville natale, et décrit la bibliothèque et le cabinet de Micbel Tiraqueau, père de Marie, où se trouvaient réunis diverses curiosités apportées de lointains voyages.
Dans l'opposition à Ronsard
L'attitude de Rivaudeau à l'égard de Ronsard n'a cessé de varier. En 1559, il applaudit aux critiques de Babinot contre Ronsard. En 1563, il critique amèrement sa Franciade, dont il affirme quil ne nous reste rien qu'une vague fumée. Cette critique prend place dans ses Remonstrances à la Reine et fait pièce à la Réponse aux injures et calomnies de je ne sais quels prédicants et ministres de Genève de Ronsard ; elle lui permet de définir un art poétique sérieux, où il fixe comme but à la poésie une inspiration plus élevéeDenis Bjai, La Franciade sur le métier : Ronsard et la pratique du poème héroïque, .. Il y invite le poète de la Pléiade à célébrer la création divine et à chanter les secrets de la nature. L'attribution de ces Remonstrances, date de Jacques Pineaux mais lui fut cependant contestée (elle proviendrait de Babinot et d'un ami commun, Loys Tiraqueau). Ce jugement ne l'empêche pas de rendre hommage à Ronsard dans ses épîtres à Belleau, ni de le critiquer encore une fois dans son Hymne de Marie Tiraqueau où il affirme
Certains auteurs ont vu dans cette rivalité des causes morales, d'autres y ont décelé des raisons plus matériellesMarcel Raymond, L'influence de Ronsard sur la Poésie française, Slatkine, 1993, ..
La postérité
Rivaudeau eut un fils, nommé comme lui André, et une fille, Débora, qui lui survécurent. Leur descendance se perdit vers la fin du . Rivaudeau disparaît peu après le partage des biens de son père (effectué en 1579). Certains auteurs donnent 1589, d'autres 1601.
Rivaudeau a écrit la troisième tragédie française. Aman, en effet, n'a été précédé dans ce genre que par Cléopâtre captive et Didon se sacrifiant de Jodelle. On a pu comparer le théâtre de Rivaudeau et celui de Théodore de BèzeMarie-Joëlle Louison-Lassablière,Institut Claude Longeon Le recours à l'écriture: Polémique et conciliation du au mais l'Aman est une première : la première tragédie dramatique. Rivaudeau s'y montre nettement influencé par les grecs ; il tient à y faire respecter les règles d'unité ; enfin il y bouleverse la perspective biblique, faisant d'Aman le personnage principal afin de dresser un parallèle entre les juifs persécutés et les protestants de son siècle. Toutefois, lorsque Racine reprend le même thème dans Esther, la langue du et les préoccupations politiques de son auteur ont été depuis longtemps oubliées. Benjamin Fillon la jugeait moins remarquable que les autres ouvrages de Rivaudeau, mais trouvait néanmoins qu'elle renfermait des passages pleins de verve. Il reste deux exemplaires seulement de son livre, l'un à la bibliothèque de l'Arsenal (ancien fonds de la Vallière, n 4795), et l'autre à Nantes, ce qui en fait un des plus rares de la littérature théâtrale françaiseCharles de Mouy dans [ le bulletin de bouquiniste] page 363-364 (1862).
Son héritage a été restauré au par Charles Mourain de Sourdeval puis au par Raymond Lebègue, Léontine Zanta et Keith Cameron.
Publications thumb|upright|Page de titre de ''La Traduction française du Manuel d'Épictète, Champion 1914. Aman, de la perfidie, tragédie, 1561. Rééditions : Aman, tragédie sainte, édition critique avec introduction et notes par Keith Cameron, Genève, Droz, 1969. Aman, tragédie in Régine Reynolds-Cornell, La Tragédie française à l'époque et , première série, 3, Paris-Florence, PUF, Olschki, 1990, . Les Œuvres d'André de Rivaudeau, gentilhomme du Bas-Poitou, 1566 . La Doctrine d'Épictète stoïcien, comme l'homme se peut rendre vertueus, libre, heureus et sans passion, traduitte du grec en françois par André Rivaudeau, 1567. Réédition : La Traduction française du Manuel d'Épictète d'André de Rivaudeau au , publiée avec une introduction par Léontine Zanta, Paris, E. Champion, 1914 . Les Œuvres poétiques d'André de Rivaudeau, publiée et annotée par Charles Mourain de Sourdeval, 1859. Réédition : Genève, Slatkine reprints, 1968.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie , Fasano, Schena, 2009.
Articles connexes Littérature française du XVIe siècle, Théâtre à la Renaissance, Comédie humaniste, Tragédie humaniste Chronologie de la littérature française : Littérature française du Moyen Âge - – - - - - Poésie française du Liste d'écrivains de langue française par ordre chronologique
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