L'embargo des États-Unis contre Cuba (également nommé el bloqueo qui signifie « le blocus » en espagnol) est un embargo économique, commercial et financier mis en place par les États-Unis contre Cuba qui empêche les entreprises américaines, ainsi que les entreprises organisées selon la loi américaine ou détenues majoritairement par des citoyens américains, de faire du commerce avec Cuba. Il est mis en place depuis le à la suite de nationalisations par Cuba de compagnies américaines, dont beaucoup appartenaient à la mafia américaine.

Aujourd'hui, l'embargo est officiellement toujours en place, ce qui en fait le plus long embargo commercial de l'époque contemporaine et affecte grandement les relations entre les deux pays. Cependant, depuis 2000, les produits alimentaires américains sont exemptés d'embargo. Pendant la présidence de Barack Obama, les exportations de médicaments sont redevenues légales, bien qu’encore soumises à de lourdes restrictions« Barack Obama lève les restrictions de voyage des Américano-Cubains vers Cuba », dans Le Monde du 13-04-2009, Une société pharmaceutique a été lourdement condamnée pour avoir exporté vers Cuba des produits pharmaceutiques sans la licence prévue à cet effet ; les exportations de médicaments sont légales mais soumises à licence cf Chiron fined for exports to Cuba, Judy Silber, 9 juillet 2004. Les États-Unis sont ainsi redevenus les premiers fournisseurs de produits alimentaires de CubaPaulo A. Paranagua, « Cuba n'a pas retrouvé le niveau de 1989 », dans Le Monde du 22/08/2006 et assurent entre 35 et 45 % des importations de nourriture de l'îlePaulo A. Paranagua, « La crise mondiale et trois cyclones ont aggravé la pénurie alimentaire à Cuba » dans Le Monde du 05-12-2008, , mis en ligne le 04-12-2008. Le président américain Donald Trump, successeur d'Obama, met fin à cette relative ouverture et sous sa présidence 240 nouvelles sanctions. sont mises en place. Neuf jours avant la fin de son premier mandat, il place Cuba dans la liste des pays soutenant le terrorisme.

L'embargo demeure un sujet particulièrement controversé : la controverse est notamment alimentée par l'emploi, à la place d'« embargo », du mot « blocus » par les partisans de Cuba. Ce dernier terme est parfois repris par l'Assemblée générale des Nations uniesL'assemblée générale demande de nouveaux aux États-Unis de lever le blocus économique, commercial et financier appliqué à Cuba, : L'assemblée générale demande de nouveaux aux États-Unis de lever le blocus appliqué à Cuba, qui a condamné en 2009 pour la le dans le communiqué version française et l' dans la version anglaise, par 187 voix contre 3L'Assemblée générale adopte sa résolution annuelle contre le blocus visant Cuba.

L'Union européenne est opposée à l'embargo car il affecte ses propres relations commerciales, elle soutient en revanche ..

Les pertes occasionnées par l’embargo à l’économie cubaine de 1962 à 2014 s’élevaient à plus de 116 milliards de dollars selon le vice-ministre des Affaires étrangères cubain Abelardo Moreno..

Histoire Contexte

Les États-Unis et Cuba ont des liens géographiques, économiques et historiques étroits. Cuba fut une colonie espagnole pendant 400 ans, et les nombreuses luttes pour l'indépendance de cette période culminèrent avec la guerre de Dix Ans (1868-1878) et la guerre d'indépendance cubaine (1895-1898). Durant ces derniers évènements, une explosion aux origines controversées détruit l', un navire de guerre de l'US Navy qui était alors ancré dans la baie de La Havane, causant également la mort de plusieurs hommes d'équipage. Ce drame permet aux États-Unis d'entrer dans une guerre contre l'Espagne (accusée d'être derrière un éventuel sabotage), durant laquelle un corps expéditionnaire américain de débarqua sur l'île le , appuyé en mer par la Marine. La guerre hispano-américaine se termine par la défaite des Espagnols qui sont contraints de reconnaitre l'indépendance de Cuba par le traité de Paris.

En dépit de la déclaration d'indépendance de Cuba, les Américains occupent l'île de Cuba durant cinq années qui suivent. Bien qu'ils évacuent l'île en 1902, l'amendement Platt, sous le prétexte que les États-Unis se portent garants de la constitution cubaine, leur accorde le droit d’intervenir dans les affaires de Cuba en cas . Afin de remplir cette mission, ils conservent donc des bases navales : Guantánamo et Bahía Honda. Les États-Unis gardèrent des rapports privilégiés avec l'île en investissant dans la production de sucre et de tabac qu'ils achetaient à bas prix, dans le tourisme ainsi qu'en concédant diverses préférences aux importations cubaines. De ce fait, Cuba considère la période qui va de 1899 à 1902 comme une occupation militaire, et celle de 1902 à 1958 comme une période néo-coloniale..

Le gouvernement des États-Unis a initialement soutenu la révolution cubaine, pensant qu'elle n'était pas d'orientation marxiste. Washington reconnait alors le nouveau gouvernement de Manuel Urrutia le , après la fuite de Batista le . Cependant, les relations entre les deux États se sont très vite détériorées. Fidel Castro est désigné Premier ministre en et opère un rapprochement avec l'Union soviétique.

Le , un rapport de la Banque nationale de Cuba consigne le dépôt dans des banques nord-américaines de 424 millions de dollars américains retirés de la Banque centrale cubaine par l'entourage de Batista juste avant sa fuite. Pas un seul centime n’a été restitué par les banques américaines. Ce qui n'empêche pas, six jours plus tard le , le Conseil National de Sécurité des États-Unis de refuser un crédit sollicité par la Banque Nationale de Cuba pour soutenir la monnaie cubaine.

Le nouveau gouvernement procéda à une nationalisation le : la loi de Réforme Agraire est décrétée. Elle nationalise toute propriété de plus de pour les redistribuer aux paysans, aux locataires et aux sans-terre.. De nombreuses propriétés appartenant à des citoyens ou des sociétés nord-américaines furent ainsi nationalisées sans compensation.

Le , le département d’État convoque une réunion pour informer qu’il et que . Pour la première fois est envisagée la suppression de la quote-part de sucre (voir plus bas).

Le , l'Union soviétique signe un accord commercial avec Cuba.

Le , Lester D. Mallory, sous-secrétaire d’État adjoint aux Affaires interaméricaines affirma que , en ajoutant que .

En , les multinationales Esso, Texaco et Shell, à la demande du gouvernement américain, décident de limiter les exportations de combustibles vers Cuba. En , trois raffineries (Texaco, Shell et Esso) refusent de traiter le pétrole importé d'Union soviétique. Fidel Castro les fera saisir.

Le , les États-Unis refusent d'acheter le reliquat du quota sucrier cubain ( d'une denrée traditionnellement vendue sur ce marché et vitale pour l'économie cubaine). L'URSS se porte acquéreur. Après l'échec de négociations menées avec la médiation du président argentin Arturo Frondizi (UCR), Cuba nationalise 36 centrales sucrières, les raffineries et la compagnie des téléphones.

upright|thumb|Fidel Castro à l'Assemblée générale des Nations unies le avec les dirigeants des autres pays.

Le , le gouvernement des États-Unis annonce la suspension des opérations de l'usine de nickel Nicaro, détenue par le gouvernement de ce pays.

Le sont promulguées des mesures générales interdisant les exportations américaines vers Cuba. Exceptions faites de la nourriture, des médicaments et des équipements médicaux qui ne sont pas couverts par des subventions.

Le : Eisenhower supprime totalement la quote-part de sucre cubain pour les trois premiers mois de 1961.

Le , les États-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec Cuba.

Le , le nouveau président Kennedy supprime totalement la quote-part de sucre cubain sur le marché nord-américain pour l’année 1961 (3 millions de tonnes).

est marqué par l'invasion de la baie des Cochons qui impliquait un raid aérien américain contre les aéroports de la Havane et Santiago suivis du débarquement de exilés cubains formés par la CIA. Cette opération armée a été défaite en par les forces armées cubaines.

Embargo Le , l'Organisation des États américains (OEA), par 14 voix contre 6 (Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Équateur, Mexique), exclut Cuba. Toutes les relations commerciales, diplomatiques et aériennes entre l'île et les autres pays du continent sont rompues (sauf avec le Mexique et le Canada). L'embargo est partagé par les alliés occidentaux des États-Unis, sauf entre autres par le Canada, la France et l'Espagne. Cuba est presque totalement isolé. L'Union soviétique augmenta alors son aide financière à Cuba.

En réponse au rapprochement de Cuba et de l'Union soviétique pendant la guerre froide et à la suite de la vague de nationalisationsJanette Habel, Yves Bongarçon, « Les trois âges du castrisme », dans Géo, , mai 2007, , le président John F. Kennedy a étendu les sanctions en élargissant le champ des restrictions commerciales. Le , par l’ordre exécutif présidentiel 3447, est mis en œuvre formellement l’« embargo » total du commerce entre les États-Unis et Cuba. Kennedy a imposé des restrictions aux voyages vers l'île. Le , le département du Trésor nord-américain annonce l’interdiction de l’entrée sur le territoire nord-américain de tout produit élaboré, totalement ou partiellement, avec des produits d’origine cubaine, même dans un pays tiers. En juillet 1963 entre en vigueur le règlement pour le contrôle des actifs cubains qui interdit toutes les transactions avec Cuba et ordonne le gel des avoirs de l’État cubain aux États-Unis. En mai 1964, le département du Commerce établit l’interdiction totale des embarcations d’aliments à destination de Cuba, bien que dans la pratique celles-ci ne s’effectuaient déjà plus. Le l'interdiction faite en aux pays de l'OEA de commercer avec Cuba fut levée après accord du président américain Gerald Ford. Les négociations avec l'URSS et les pays de l'Est pendant la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe à Helsinki, relatives à la libre circulation des biens, des personnes, des idées, au droit à l'autodétermination des Etats, expliquent ce geste américain.

Sous la présidence démocrate de Jimmy Carter, les Américains d'origine cubaine furent autorisés à aller à Cuba entre et .

En 1992, sous l’administration de George H. Bush (Bush père), les États-Unis adoptent la loi Torricelli, qui intensifie les sanctions en leur conférant un caractère extraterritorial, pourtant interdit par le droit international. Tout navire étranger accostant dans un port cubain se voit interdire l'entrée aux États-Unis pendant six mois. Cuba doit en conséquence payer un prix bien supérieur à celui du marché afin de convaincre les transporteurs internationaux de la livrer. La loi impose par ailleurs des sanctions à tout pays apportant une assistance à Cuba.. Une clause interdit en outre aux entreprises de pays tiers de louer ou de vendre à Cuba des biens ou des services dont la technologie contiendrait plus de 10 % de composants américains, ce qui est le cas de la très grande majorité des plates-formes pétrolières et d'une grande partie des équipements de santé..

En 1996, l'administration Clinton adopte la loi Helms-Burton, qui ajoute la rétroactivité à l'extraterritorialité. La loi sanctionne toute entreprise, quelle que soit sa nationalité, qui s'installeraient sur des propriétés nationalisées après 1959. Elle permet ainsi de dissuader les investisseurs de s'installer à Cuba par crainte des représailles américaines. En 1998, Bill Clinton déclara que Cuba n’était plus une menace pour les États-Unis et assouplit l’embargo. L'interdiction des ventes alimentaires a été levée en 2000James McKinley, « Ces Américains qui commercent avec Cuba », dans International Herald Tribune, cité dans Courrier international du 14-11-2007, . Le montant des exportations américaines vers Cuba s’élève en 2007 à 500 millions de dollars par an.