La Prairie est un espace vert de au centre de la ville de Caen.

Histoire

De l'Antiquité au Moyen Âge

La ville de Caen s'est développée dans un fond de vallée marécageux traversé par l'Orne et ses affluents, les Odon, ainsi que par une voie romaine. L'urbanisation s'est organisée entre cette voie romaine et l'Odon. Quand la ville s'accroit rapidement à partir du , deux ensembles s'individualisent : les Prairies Saint-Gilles à l'est de la ville et la Grande Prairie à l'Ouest. C'est cette dernière qui est appelée aujourd'hui la Prairie.

Le terme apparaît pour la première fois en 1027Lucien Musset, « Une institution peu connue de la Normandie ducale : les prés et le foin du seigneur roi », Annales de Normandie, 1979, Volume 29, , . Elle est alors considérée comme une « chose du Duc ». Ce domaine est dirigé par un agent ducal dénommé maréchal de Venoix assisté par des prayers. Le foin, fauché par des villageois d'une vaste zone entourant Caen dans le cadre des corvées, est entreposé au château de Caen. Après la création de l'abbaye aux Hommes et de l'abbaye aux Dames par Guillaume le Conquérant, les terrains leur sont concédés. De nombreux canaux sont creusés à travers la Prairie au afin d'assainir les marais, alors transformés en prés de fauche. Des chaussées sont également tracées afin de permettre la circulation des charrettes de foin. Au tout début du , Robert Courteheuse fait creuser un canal entre l'Orne et le Grand Odon, transformant ainsi le quartier Saint-Jean, alors encore peu construit, en île. Les limites entre l'espace urbain et l'espace rural sont alors clairement établies : au nord, le Grand Odon qui sépare la Prairie du Bourg-l'Abbé, à l'est le canal Robert, au sud l'Orne.

L'ère moderne

vignette|gauche|La Prairie au debut du .

À partir de 1590, un rempart est construit entre deux nouveaux bastions élevés l’un près de la porte Saint-Étienne (bastion des Jésuites à partir du ), l’autre dans le pré dit (bastion de la Foire). Les Petits Prés sont ainsi isolés de la Prairie qu'ils prolongeaient au nord-est. À partir des années 1620, les terrains des Petits Près sont lotis pour faire face à l'accroissement démographique. En 1635-1637, la ville lance une grande opération d'urbanisme consistant à construire un nouveau quartier pour les couches les plus aisées de la population. Des hôtels particuliers organisés autour d'une place royale, l'actuelle place de la République, s'élèvent à partir de 1640 ; l'achèvement du séminaire des Eudistes de Caen en 1703 marque l'aboutissement final de ce projet.

Les Petits Prés, notamment une partie appelée le Pré des Ébats, était un espace de récréation important. Afin de pallier leur suppression, des promenades publiques arborées sont aménagées dans la Prairie à la fin du . Le cours-la-Reine (actuel cours général de Gaulle), le long du canal Robert, est planté en 1676 et le cours de l'Orne (actuel cours Kœnig) en 1691Gervais de La Rue, Mémoires d'antiquités locales et annales militaires, politiques et religieuses de la ville de Caen et de la Basse-Normandie, Caen, Mancel, 1842, , . Lors de son séjour à Caen en 1689, la marquise de Sévigné fait allusion à ces promenades dans une lettre écrite à sa fille« Caen est la plus jolie ville, la plus avenante, la plus gaie, la mieux située, les plus belles rues, les plus beaux bâtiments, les plus belles églises ; des prairies, des promenades, et enfin la source de tous nos plus beaux esprits : j'en suis charmée » (Ville de Caen - Tourisme et histoire). En , lors de la visite de Louis XVI, le roi se promène sur le cours-la-Reine et admire la vue sur la PrairieRobert Patry, Une ville de province : Caen pendant la Révolution de 1789, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, 1983, . Cette promenade très appréciée des Caennais est décrite avec emphase par Guillaume-Stanislas Trébutien à la fin du Guillaume-Stanislas Trébutien, Caen, son histoire, ses monuments, son commerce et ses environs, guide du touriste, Caen, F. Le Blanc-Hardel, 1870 ; Brionne, le Portulan, Manoir de Saint-Pierre-de-Salerne, 1970, 273 :

À la Révolution, la Prairie est vendue comme bien national. Après une longue procédure judiciaire qui dure entre 1804 et 1835, une servitude de secondes herbes est reconnu au profit des communes de Caen, Louvigny et Venoix. Cette servitude est exploitée par le syndicat dit .

Depuis le

Hippodrome de la Prairie

Le , la première course de trotteurs est organisée dans la Prairie par la Société d'agriculture et de commerce de Caen. Le , le conseil municipal décide d'établir un hippodrome permanent. Le lit de la Noë, bras de l'Orne rejoignant les Odons, est détourné et la terre provenant du creusement du canal de Caen à la mer est déversée sur la Prairie pour créer la construction de la piste et des tribunesFrançois Robinard, Caen avant 1940 : rétrospective de la vie caennaise de 1835 à 1940, Caen, Éditions du Lys, 1993.

En 2014, des épreuves des jeux équestres mondiaux de 2014 sont organisées dans l'hippodrome et sur les terrains environnants.

Le mitage urbain

thumb|alt=Zoom sur le secteur de la Prairie à partir du plan de Caen dressé par J. Verrine en 1870.|La Prairie sur une carte de 1870. vignette|droite|Allée de platanes du cours Général-Kœnig.

Plusieurs projets visant à urbaniser la Prairie sont publiés au début du . Mais dans les faits, seule un avenue, alignée d'un côté sur la façade du palais de justice et de l'autre sur le clocher de l'église d'Allemagne (actuel Fleury-sur-Orne) est réalisée en 1811 entre la place Fontette et le pont du Carel sur l'Odon.

Dans la deuxième partie du , l'arrivée du chemin de fer à Caen bouleverse la physionomie de la partie sud de la Prairie. Les premiers trains de la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest en provenance de Paris arrivèrent à partir de 1855 dans une gare provisoire bâtie à Mondeville. Une vive polémique opposa les édiles sur l'emplacement de la nouvelle gare à construire, plusieurs terrains étant proposés, notamment dans la Prairie. La gare de Caen a finalement été construite à Vaucelles en 1857, mais la Prairie est traversée par la ligne Paris à Cherbourg à partir de 1858. Plusieurs embranchements ferroviaires situés dans la Prairie viennent s'y ajouter : ligne de Caen à Flers en 1873, raccordement avec la ligne de Caen à la mer en 1877, ligne de Caen à Vire en 1886. La Prairie est depuis coupée en deux par ces infrastructures ferroviaires. Seule la ligne de Paris à Cherbourg est encore en service aujourd'hui, mais les talus des lignes de Flers et de Vire n'ont pas été arasés. Certains contemporains de la construction de ces voies de chemin de fer se sont désolés de ces travaux. Ainsi Jules Barbey d’Aurevilly, qui surnommait la Prairie le « camp du drap vert », écrit-il avec emphase en 1856Jules Amédée Barbey d'Aurevilly, Correspondance générale, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté, 1986, tome IV, 13 :

Au nord, la ville grignote peu à peu la Prairie à partir du dernier quart du . À partir de 1876, les cités Grusse et Gardin sont loties sur des terrains situés à proximité de la place de la Préfecture (actuelle place Gambetta) et du boulevard Bertrand. Une décharge est ouverte au sud de l'abbaye aux Hommes (alors occupé par le lycée Malherbe) en 1870 sur un terrain dit . En 1903, un rapport sur l'avenir de la Prairie préconise de prolonger l'avenue jusqu'à l'Orne et à ligne de Caen à Cherbourg sur laquelle une nouvelle gare pourrait être construite. En 1909, un arrêté préfectoral autorise la création par la ville, sur les terrains marécageux ainsi remblayés, d'une large avenue de de large dans l'axe du palais de justice (l'avenue Albert-Sorel) et d'une rue perpendiculaire de de large(l'actuelle rue Fred-Scamaroni). En 1913, le conseil municipal décide de prolonger l'avenue Albert-Sorel de vers le sud. En 1916, la commune de Venoix intente un procès à la ville de Caen en raison de l'atteinte au droit à la dépouille de secondes herbes. La ville de Caen est alors condamnée par le tribunal de première instance . Mais la cour d'appel de Caen infirme ce jugement et déboute la commune de Venoix.

Des équipements publics sont bâtis le long de ces nouvelles voies : stade Hélitas en 1924, maison des étudiants en 1928, maison de l'A en 1931, laboratoire départemental de bactériologie du Calvados en 1932Patrice Gourbin, « La reconstruction de l’université de Caen. À l’origine du campus français » dans In Situ [En ligne], , 2011, mis en ligne le 23 novembre 2011 .

En 1931, à la mort de Charles Badin, la Ville achète à ses héritiers les terrains lui appartenant dans la Prairie. En 1938, un rapport définit les orientations définitive de l'aménagement de la Prairie : un boulevard-digue le long de la cité Gardin, pour la protéger des inondations ; un boulevard rejoignant l'avenue Albert-Sorel prolongée et remontant jusqu'aux hauteurs de Venoixet aux boulevards Dunois et Detolle ; un chemin transversal, non planté, aménagé à partir de l'extrémité du Grand-Cours. Cette même-année, on projette d'y construire une nouvelle faculté des sciences pour l'université de Caen, mais du fait du commencement de la guerre, les travaux ne sont pas lancés.

La Prairie ne prend ses limites actuelles qu'après la Seconde Guerre mondiale en reprenant grosso modo le projet Lenoir de 1938. Les gravats issus des bâtiments détruits pendant la bataille de Caen sont déposés dans la Prairie afin d'assainir le terrain. De nouvelles voies sont tracées sur cette plateforme et sur des talus : boulevards Yves-Guillou, des Baladas et du Petit-Vallerent, avenue Albert-Sorel prolongée jusqu'au boulevard Guillou. Le cours de l'Odon est détourné pour longer le nouveau boulevard par le sud.

De 1952 à 1958, est organisé le Grand Prix automobile de Caen sur les boulevards ceinturant la Prairie.

Un arrêté du , publié au journal officiel le , autorise les Courriers normands (ancêtre des Bus verts du Calvados) à établir l'hélistation de Caen sur la Prairie pour sa ligne Caen – Le HavreJournal officiel de la République française, 30 juillet 1958, 7085 . L'expérience ne dure qu'un étéLaissez vous transporter, exposition organisée par le conseil général du Calvados et Keolis .

À partir des années 1960, des équipements publics (centre des congrès, stade nautique, nouveau lycée Malherbe au nord ; parc des expositions, Zénith de Caen à l'ouest) sont construits au nord de cette ceinture de boulevards qui marque désormais les limites entre l'espace urbain et la PrairieÉdouard Tribouillard, Amand Oresme, Caen après la bataille : la survie dans les ruines, Caen, Mémorial de Caen, 1993.

Protections

vignette|droite|Bras de l'Orne traversant la Prairie.

En 1917, la commission de classement des sites désire voir classer la Prairie, ainsi que les cours Circulaire, Sadi-Carnot et le Grand-CoursBulletin de la Société des antiquaires de Normandie, Caen, 1917, tome 32, . La ville accepte lors de sa séance du et le conseil général du Calvados lors d'une de ses séances d'octobre de la même année. La commission des sites et monuments naturels du Calvados donne un avis favorable le .

Mais ce n'est que le que le territoire est déclaré site inscrit. C'est un élément principal du patrimoine historique et naturel de la ville. Une partie des terrains sont pourtant remblayés avec les ruines de la ville pendant la reconstruction de Caen afin de prolonger l'avenue Albert-Sorel et de créer le boulevard Yves-Guillou.