Jean Leroy, né le à Charmois-l'Orgueilleux (Vosges) et mort le à Golbey (Vosges), est un homme politique français et une figure du monde des anciens combattants vosgiens. Ce catholique de gauche est notamment député des Vosges de 1936 à 1940.
Biographie Jean Henri Marie Léon Leroy est issu d'une famille d'agriculteurs du village vosgien de Saucenot (commune de Harol). Orphelin à neuf ans, il est élevé par sa grand-mère maternelle, très pieuse. Il est envoyé au séminaire de Saint-Dié. Il découvre à 14 ans un mouvement catholique, le Sillon de Marc Sangnier, et milite à partir de 1905 au Sillon lorrain. Il participe ensuite à la fondation de la Ligue de la jeune République, fondée par Sangnier en 1912, et devient un confident de ce dernierJean-Paul Rothiot, op. cit., .
Agriculteur, il exploite une petite ferme de à HarolIbid., .
Mobilisé en 1914 en tant qu'officier subalterne, il est durant la Première Guerre mondiale quatre fois cité et deux fois blessé, notamment à Soyécourt dans la Somme. Il est soigné par une infirmière qu'il épouse le , Marguerite Gaume. Il obtient la croix de chevalier de la Légion d'honneur en 1920, à titre militaireIbid., .
Cet ancien combattant accède en à la présidence de l'Union vosgienne des associations indépendantes des mutilés et anciens combattants (UV). Fondée en en réaction à la candidature commune à une élection législative partielle de Marcel Arnould, président de la Fédération vosgienne des anciens combattants (FV) et d'André Barbier, en 1926, elle refuse l'engagement politique et notamment électoral des anciens combattants et n'est affiliée à aucune des grandes fédérations nationales d'anciens combattants. Leroy était membre de la commission exécutive de l'Union dès l'origine, en tant que représentant de la section de la FV de Charmois-l'Orgueilleux, et l'un des deux vice-présidents de l'Union en Jean-François Colas, « Le mouvement combattant dans les Vosges, entre union et désunion (1919-1939) », dans les Annales de la Société d'émulation du département des Vosges, 2019-2020, . Elle rassemble à l'origine 11 sections de la FV. Son premier président est Nicolas Thomas, président de l'Amicale non politique des AC et des victimes de guerre du canton d'Epinal, constituée en février 1927 et bientôt chef du service du Comité départemental des combattants, mutilés et réformés de la guerre, ce qui l'oblige à quitter la présidence de l'Union. Cette fédération comprend 17 sections locales en 1928. L'Est républicain, , , Ibid., , , Notice de la BNF. Au lendemain de l'émeute parisienne du 6 février 1934 à laquelle ont pris part des anciens combattants et qui divise les AC, Leroy dénonce les chefs de l'Action française qui ont pris l'affaire Stavisky comme prétexte pour lancer un appel à la violenceJean-François Colas, op. cit., . Il démissionne de la présidence de l'UV au début de l'année 1936, à la veille des élections législatives, et est remplacé par André Maurice, de XertignyL'Express de l'Est, 23 mai 1936. Devenu président d'honneur de l'UV, il participe à ses congrès, en 1936 et 1937L'Express de l'Est, 14 juin 1937 , aux côtés de ministres du Front populaire.
Il est élu conseiller municipal de Harol en 1925 et il se présente comme candidat aux élections législatives de 1936 à Mirecourt. Candidat du Parti de la Jeune République qui rassemble les catholiques de gauche, il bénéficie de l'appui du député radical-socialiste Marc Rucart. Il bat au second tour le député sortant Louis Guillon, du Parti républicain agraire et social, soutenu par la presse de droite, grâce au bon report des voix de la gauche, dans le contexte du Front populaire, et devient ainsi député le Jean-Paul Rothiot, op. cit., L'Express de l'Est, 4 mai 1936, Ibid., 27 avril 1936, Ibid., 21 avril 1936 (candidats), Ibid., 17 avril 1936 (profession de foi), La Jeune République, 10 mai 1936. Il devance au premier tour un candidat radical, un candidat socialiste SFIO et un candidat communiste.. Il adhère alors au groupe progressiste de la Gauche indépendante. Il est élu secrétaire de la Chambre des députés en 1939 et 1940.
Quoique résolument pacifistePhilippe Alexandre, « Mémoire de la grande Guerre et pacifisme : l'exemple du département des Vosges (1918-1939) », dans les Annales de la Société d'émulation du département des Vosges, 2019-2020, , il se rend deux fois à Madrid durant la guerre d'EspagneLa Jeune République, 12 mars 1939, Ibid., 5 février 1939, Ibid., 8 janvier 1939 et en revient convaincu qu'il faut secourir les républicains. Ce catholique de gauche cosigne en 1937 une pétition à la suite du bombardement de Guernica, aux côtés d'intellectuels catholiques comme François Mauriac, Emmanuel Mounier ou Jacques MaritainLa Jeune République, 16 mai 1937Denis Pelletier, Les catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin Michel, 2019Geneviève Dreyfus-Armand, Guerre d’Espagne : les débats chez les intellectuels français, dans le Bulletin hispanique, 118-1/2016 (Lire en ligne). Il reconnait l'existence de ce qu'il nomme les commis par les anarchistes espagnols en 1936 mais affirme en 1939 que les églises incendiées sont surtout la conséquence des La Jeune République, 5 février 1939. Il enquête ensuite sur les fortifications en Tunisie. Il est alors un pacifiste convaincu et un homme de gauche anti-hitlérien, acceptant malgré leurs imperfections les accords de Munich en 1938La Jeune République, 12 mars 1939, Ibid., 16 octobre 1938, J. Leroy, « C'est tout de suite qu'il faut organiser la paix », La Jeune République, 9 octobre 1938. Il dénonce l'annexion du reste de la Tchécoslovaquie en 1939 ainsi que l'agression italienne en Albanie.
Face au basculement du Front populaire, il soutient le gouvernement dirigé par le radical-socialiste Camille Chautemps en 1937 et espère que le Parti radical restera fidèle à l'esprit du Front populaire. Il vote pour le nouveau président du conseil Édouard Daladier, radical-socialiste, en 1938 avant de s'en éloigner après Munich et la répression contre la grève générale du , votant contre le gouvernement le J. Leroy, « Les grèves et la paix devant le Parlement », La Jeune République, 18 décembre 1938. Il est alors fortement attaqué par les députés de droite des Vosges, l'assimilant à un communiste et un stalinien. Leroy et son parti critiquent le recours aux décrets-lois par le gouvernement DaladierLa Jeune République, 9 avril 1939.
Il appuie la candidature d'un autre membre de la Jeune République à une élection législative partielle à Remiremont en , le docteur André Jacquot, contre le candidat des droites, Marcel Deschaseaux, vainqueur au second tourLa Jeune République, 4 juin 1939, Ibid., 28 mai 1939. Fils d'instituteurs de Vittel, médecin diplômé de l'école coloniale de médecine de Paris, ancien médecin sanitaire de la Compagnie générale transatlantique, Jacquot préside à Remiremont la Ligue des droits de l'homme (à partir de mai 1933) et la section locale des anciens combattants républicains (à partir de novembre 1936) et a été vice-président du comité local du Front populaire (constitué en juillet 1936) et de la Ligue de l'enseignement et délégué cantonal de l'enseignement public (collection en ligne de L'Express de l'Est). Il sera sous l'Occupation délégué départemental d'un parti collaborationniste, le Rassemblement national populaire (RNP) (L'Echo de Nancy, 29 juin 1943 ; François Moulin, Lorraine années noires, de la collaboration à l'épuration, Strasbourg, La Nuée bleue, 2009, ), et le premier médecin de la colonie française installée à Sigmaringen en 1944-1945 ; il y exercera un temps aux côtés de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline qui le mentionne..
Non-mobilisable en 1939 car parlementaire, il fait la demande d'une affectation au front comme chef d'escadron et devient commandant d'étape dans la réserve, il est fait prisonnier par les Allemands durant l'évacuation du Doubs, ce qui l'empêche de prendre part au vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940Revue d'histoire moderne et contemporaine, Jean-François Kesler, La Jeune République, de sa naissance au tripartisme, 1912-1947, janvier-mars 1978, . Il est libéré en mai 1941 en tant qu'ancien combattant. Il reste officiellement député jusqu'au , à la suite d'un décret de qui proroge le mandat des députés jusqu'à cette date.
Il entre en contact avec les résistants vosgiens, aidant les réfractaires au STO, notamment son fils, qui prend le maquis. À la Libération, il refuse un poste de préfet proposé par le ministre de l'intérieur et milite à nouveau à la Jeune RépubliqueJean-Paul Rothiot, op. cit., La Jeune République, avril 1945.
Il participe au congrès de ce parti, en L'Aube, , La Jeune République, 22 septembre 1945 et se présente aux cantonales le même mois, à Bruyères, mais il est battu dès le premier tour. En , il figure à la deuxième place sur une liste comprenant des membres de la Jeune République et des radicaux, à l'élection législative constituante mais aucun candidat de cette liste n'est éluJean-Paul Rothiot, La Jeune République, 13 octobre 1945, Ibid., 27 octobre 1945.
Il participe à la relance de la Jeune République en 1959. Ce petit parti s'oppose à la République gaullienne« La Jeune République : Ne pas consolider la monocratie », Le Monde, : . Vice-président du parti en , il le préside de à 1974Jean-Paul Rothiot, op. cit., .
En parallèle, il milite encore dans l'univers des anciens combattants : il préside de 1953 à 1964La Légion vosgienne, décembre 1964 l'Union française des associations de combattants et de victimes de guerre (UFAC) des Vosges. L'UFAC, fondée en 1945, est une confédération rassemblant les grandes fédérations d'anciens combattants, seule habilitée par l’État pour intervenir auprès des pouvoirs et administrations publicsSite de l'UFAC.
Il meurt le à Golbey (Vosges)Archives départementales des Vosges, commune de Charmois-l'Orgueuilleux, année 1887, acte de naissance , vues 8-9/21 (avec mention marginale de décès).
Décorations La Jeune République, 16 juillet 1939
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie
Jean-Paul Rothiot, « Jean Leroy, agriculteur, ancien combattant, député et militant de la Jeune République », Le Pays de Dompaire, Fédération des Sociétés savantes, 2012, Jacques-Olivier Boudon (dir.), La Jeune République. Histoire et influence, 1912 à nos jours, Paris, Champion, Bibliothèque d'études des mondes chrétiens, 2017 Bertrand Munier, Le Grand Livre des élus vosgiens, 1791-2003, Haroué, Gérard Louis, 2003
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